JUD;E
réservés par lui pour le jugement du grand jour, liés par des chaînes éternelles, dans les ténèbres.
7. De même, Sodome et Goraorrhe, et les villes voisines, qui se livrèrent comme eux à l'impureté et à des vices contre nature, sont devant nous comme un exemple, subissant la peine du feu éternel.
8. Pareillement, ces hommes aussi souillent la chair ; de plus, ils méprisent l'autorité, et insultent ceux qui sont élevés en dignité.
9. Cependant l'archange Michel, lorsqu'il discutait avec le diable, lui disputant le corps de Moïse , n'osa pas porter
diei, vinculis aeternis sub caligine reservavit.
7. Sicut Sodoma et Goraorrha, et finitimaî civitates simili modo cxfornicatae, et abeuntes post carnem alteram , factse sunt exempîum, ignis seterni pcenam sustinentes.
8. Similiter et hi carnem quidem maculant, dominationem autem spernunt, majestatem autem blasphémant.
9. Cum Michael archangelus cum diabolo disputans altercaretur de Moysi corpore, non est ausus judicium inferre
Dans le verbô èxuopveueiv, sur lequel a été calqué le mot latin exfornicatx , la préposition ex fortifie l'idée; elle marque un crime qui dépasse toutes les bornes. — Abeuntes post... alteram... est un euphémisme, qui voile à demi les fautes contre nature auxquelles se livraient les habitants de Sodome et des villes voisines. Cf. Gren. XIX, 5. — Pactœ sunt. A la lettre dans le grec : « jacent pro » ; elles gisent pour ainsi dire sous les yeux de tous, comme un exemple et un avertissement terrible pour les pécheurs.
— Les mots suivants , ignis seterni pœnam..., marquent en quoi consiste cet exemple.
8-11. Première partie de la description des docteurs pervers : manière dont ils outrageaient les esprits célestes.— Similiter ((xévTOt, cependant) et hi. Le pronom désigne les hommes mauvais que le vers. 4 a introduits sur la scène. Le texte original ajoute le mot ev'j7rviaCojj.evot, que n'a pas traduit la Vulgate et qui signifie : « somniantes ». Ce trait fait sans doute allusion au rôle de prophètes que jouaient ces misérables (cf. II Petr. ii, 1), pour appuyer leur enseignement erroné sur de prétendues i-évélations qu'ils auraient reçues en songe. Comp. Deut. XIII, 1, 3, 5, où les faux prophètes reçoivent ce même nom. — Carnem... maculant : souillant leur corps par leurs mœurs dépravées, à la façon des habitants de Sodome. Comp. le vers. 4*>; II Petr. II, 10,14, 18. — Dominationem. L'abstrait pour le concret : l'autorité de Dieu ou du Christ. Voyez II Petr. ii, lO'' et le commentaire. Le verbe àôexoOatv dit quelque chose de plus que spernunt: ils mettent de côté, ils rejettent.
— Majestatem... blasphémant. Dans le grec :ils blasphèment (ils outragent) les gloires; c.-à-d., les bons anges. Autre expression identique à celle de II Petr. ii, 10 d'après le texte original (voyez les notes). — Cum Michael (vers. 9)... Voici la pensée qui sert de transition : Les faux docteurs se permettent contre les esprits célestes un langage injurieux, que l'archange saint Michel n'oga pas même employer contre Satan. Cf. II Petr. Il, 11. Dans l'Ancien Testament, saint Michel nous apparaît comme le prince et le gardien de la nation théooratlque (cf. Dan.
X, 21 et XII, 1). Dans le Nouveau Testament, il n'est mentionné qu'ici et Apoc. xii , 7. — Cum diabolo disputans. Clément d'Alex. ( Adumbr. in Ep. Judse), Origène (de Princ, m, 2, 1) et Didyme (Enarr. iv Ep. Judce) nous apprennent que l'incident en question, très mystérieux pour nous, est raconté dans l'Assomption de Moïse, livre apocryphe dont il ne nous reste que des
L'archange Baint Michel.
( D'après un ivoire du xe siècle.)
fragments. Cet incident a certainement pour base Deut. xxxiv, 5-6, passage qui raconte en quelques mots la mort et la sépulture de Moïse. Or, le Targum de Jonathan dit, précisément à propos du vers. 6, que l'archange Michel fut établi par Dieu gardien du tombeau de Moïse. On a conjecturé, comme occasion de la discussion qui s'éleva entre saint Michel et le prince des démons, que celui-ci aurait voulu s'emparer du corps de Moïse, afin d'en faire un objet d'idolâtrie pour les Israélites; dessein que l'archange fit échouer par sa courageuse opposition.
JuD^, 10-12.
Imperet tibi
blaspheraiae, sed dixit Dominus.
10. Hi autera, quaecumque qiiidera ignorant, blasphémant ; quaecumque autem naturaliter, tanquam muta animalia, norunt, in his corrumpuntur.
11. Vse illis, quia in via Gain abierunt. et errore Balaam mercede effusi sunt, et in contradictione Core perieruntl
12. Hi sunt in epulis suis maculas, convi vantes sine timoré, semetipsos pa-
contre lui un jugement injurieux ; mais dit : Que le Seigneur te réprime!
10. Mais ceux-ci insultent tout ce qu'ils ignorent ; quant à celles qu'ils connaissent naturellement, comme les bêtes brutes, ils s'y corrompent.
11. Malheur à eux! car ils ont suivi la voie de Caïn ; ils se sont jetés, pour un salaire, dans l'erreur de Balaam, et ils ont péri dans la rébellion de Coré.
12. Ils sont des taches dans leurs repas de charité , faisant bonne chère sans
Quoique relaté dans un livre apocryphe, le fait que saint Jude signale ici n'a rien d'impossible en lui-même, et il se peut fort bien que l'écrivain sacré l'ait emprunté à la tradition juive, dans laquelle a pu également puiser l'auteur de l'écrit apocryphe. Voyez l'Introd., p. 772. En tout cas, il est difficile de croire qu'un écrivain sacré ait cité comme exemple et comme argument un épisode qui n'aurait eu aucune réalité objective. La dispute entre saint Michel et Satan n'est donc pas une légende , comme on l'a prétendu ; elle a un caractère historique. Les destinataires de répître connaissaient les détails du fait, et c'est pour cela que saint Jude se contente d'une Indication rapide. — Non est ausus... : par respect pour la nature angélique du démon, bien que celui-ci se fût entièrement dégradé par sa révolte contre Dieu. — Judicium... blasphemise. C.-à-d., une condamnation accompagnée de paroles injurieuses. Laissant à Dieu le soin de condamner Satan, saint Michel se contenta de riposter avec calme et froidement à ce dernier. — Irr.peret tibi.-. Dans la prophétie de Zacharie, m, 2, l'ange du Seigneur profère ces mêmes paroles contre Satan. — Ei autem... (vers. 10). Application de l'exemple aux faux docteurs, sous la forme d'un contraste saisissant. — Le trait qtiœcumque ignorant relève l'étendue de leur faute : ce que ces hommes ignoraient et refusaient de reconnaître, c'était, d'après le vers. 8, l'autorité de Dieu et de son Christ, et aussi la dignité des anges. Comp. Il Petr. ii, 12. — En revanche, ils connaissaient à fond les choses purement naturelles, dans lesquels ils trouvaient d'impures jouissances : qusecumque autem... — Naturaliter : par leur nature inférieure et animale, comme il ressort des mots tanquam muta anlmalia. (dans le grec : les animaux sans raison). Rappi'ochement plein de mépris, mais très légitime. — In his corrum,punttir. C'est l'équivalent de « carnem maculant » du vers. 8. Plongés tout entier dans les choses extérieures et sensuelles, n'ayant d'autre part aucun attrait pour la vie spirituelle, les faux docteurs ne cherchaient dans les créatures que de honteuses satisfactions. Le verbe cpOcipovxat peut signifier aussi : ilJ produisent leur propre ruine. Mais le sens donné par la Vulgate est le meilleur et le plus communément admis. — Vse illls,.. (vers. 11).
Exclamation indignée qui s'échappe du cœur de saint Jude, à la pensée de cette conduite indigne. Comparez les imprécations semblables de Notre- Seigneur, Mattb. xxin, 13 et ss. — Quia... Trois autres grands coupables, dont les docteurs de mensonge Imitaient les forfaits, sont cités pour motiver le « Vae illis ». D'abord Caïn (in via Gain...), le premier homme qui ait outragé les lois de la nature. Cf. Gen. iv, 8. Le point de comparaison entre lui et les faux docteurs consiste sans doute en ce que ces derniers étaient aussi les meurtriers de leurs frères , auxquels ils faisaient perdre la vie éternelle. Cf. Sap. x , 3.
— Errore Balaam... Voyez II Petr. ii, 15-16, oti ce même rapprochement a lieu en termes un peu plus explicites. Les docteurs hérétiques imir talent Balaam, en quittant comme lui la droite vole et en égarant les autres par amour de l'argent. Le verbe effusi snnt est très expressif : ils se sort complètement livrés à l'égarement.
— Contradictione Core... Leur troisième modèle. De même que Coré s'était révolté d'une manière sacrilège contre Moïse et Aaron, afin de s'emparer du souverain pontificat (cf. Num. xvi, 1 et ss.), de même ces hommes superbes s'insurgeaient contre l'Église et contre leurs supérieurs légitimes. — Perierunt. Leur ruine morale est déjà un fait accompli, en attendant la ruine éternelle.
12-16. Deuxième partie de la description: les mœurs dépravées des faux docteurs. C'est du moins sur ce point que saint Jude Insiste maintenant davantage , tout en rappelant encore le jugement terrible qui attend ces grands pécheurs. Les images énergiques abondent dans les vers. 12 et 13. — In epuUs (il faut lire « vestris » au lieu de suis , d'après la meilleure leçon du texte grec). Comme au passage parallèle II Petr. II, IS** (voyez les notes), le texte original flotte entre les variantes àyaTcatç, agapes, et àny.ratç , tromperies. Le substantif aY^^Tiatç donne la leçon la mieux autorisée : d'où il suit que l'apôtre doit avoir eu en vue les repas fraternels associés alors à la célébration des saints mystères. Ceux que décrit saint Jude souillaient ces pieuses agapes , non seulement par leur présence, qui était à elle seule une tache (maculœ, crm- Xâôeç), mais encore par leurs orgies grossières et égoïstes (.convivantcs.,., semetipsos,,.). y ojei
JuD^, 13-16.
retenue, se repaissant eux-mêmes; nuées sans eau, emportées çà et là par les vents; arbres d'automne, sans fruits, deux fois morts , déracinés ;
13. vagues furieuses de la mer, qui rejettent l'écume de leurs infamies; astres errants, auxquels une tempête ténébreuse est réservée pour l'éternité.
14. C'est d'eux qu'a prophétisé Enoch, le septième patriarche depuis Adam, lorsqu'il a dit : Voici, le Seigneur est venu avec ses saintes myriades,
15. pour exercer un jugement contre tous, et pour convaincre tous les impies de toutes les œuvres d'impiété qu'ils ont commises, et de toutes les dures paroles que ces pécheurs impies ont proférées contre lui.