II. Le corps de l'épître. Vers
1° Certitude de la condamnation des docteurs hérétiques et description de leurs mœurs criminelles. Vers. 6-16.
5-7. Le jugement divin les atteindra d'une manière certaine. A la façon de saint Pierre dans le passage parallèle II Petr. ii, 5-9, notre auteur cite trois exemples empruntés à l'Ancien Testament, pour montrer la rigueur du cMtiment réservé aux docteurs de mensonge. Toutefois, ces exemples ne sont pas entièrement les mêmes de part et d'autre : tandis que le prince des apôtres mentionne les mauvais anges, le déluge, Sodome et Gomorrhe, notre auteur rappelle le châtiment d'Israël, des mauvais anges et des villes de la Pentapole. — Premier exemple, vers. 5. Au lieu de commonere... volo, il faudrait, d'aptes le grec : Je veux vous rappeler. Voyez II Peti'. i, 12, 13 et m, 1, dans le texte original. — Les mots scientes... omnia, outre qu'ils contiennent un éloge délicat, marquent pourquoi saint Jude se contentera d'éveiller brièvement les souvenirs de ses lecteurs : Ils ont appris une fois pour toutes (semel, comme au vers. 3*"), c.-à-d., d'une façon très sérieuse, ce qu'il leur importait de savoir sur les points essentiels de la doctrine chrétienne; tout leur est clair à ce sujet. Quelques manuscrits grecs remplacent la leçon iràvra, toutes choses, par toGto, cela ; cette variante est peu accréditée. — Quoniam Jesus. Il y a trois variantes dans le grec: quelques manuscrits ont 'Iyjtouç, comme la Vulgate ; d'autres, xuptoç, le Seigneur; d'autres ©eoç, Dieu. Si la première est authentique, comme il semble , saint Jude parlerait de Jésus- Christ et de sou action immédiate sur l'histoire juive, de la même manière que le fait saint Paul. Voyez I Cor. x , 4 et le commentaire. Saint Justin était déjà favorable à ce sentiment ( Dial. c. Tryph., 120). — Populum (Xaôv) : le peuple choisi, la nation théocratique. — De terra... salvans (le grec emploie l'aoriste : ayant sauvé, après avoir sauvé). Cette expression résume tous les faits et tous les miracles qui accompagnèrent la sortie d'Egypte. — L'adverbe secundo (en se-
cond lieu) introduit une nouvel' 5 phase de l'activité divine h l'égard des Israélites , vers cette même époque. La p/emière avait consisté dans une magnifique délivrance ; celle-ci ne fut autre qu'une terrible destruction de la plus grande partie du peuple hébreu : eos qui non... perdidit. Voyez Num. xiv, 1 et ss.; Ps. xciv, 8 et ss.; Hebr. m, 7-19. — Second exemple, les mauvais anges : angelos vero... (vers. 6). Comp. II Petr. II, 4 et le commentaire. Saint Pierre ne spécifie pas le péché des anges ; notre auteur le détermine par deux traits particuliers : non servaverunt. . , , sed dereliquerunt . . . Immédiatement l'on voit qu'il est question d'anges infidèles, qui ont manqué à leur devoir. — Par principatum {o(,pyy]v) l'apôtre entend sans doute la haute dignité que ces esprits célestes avaient reçue de\Dieu; par suite de leur orgueil, ils ne surent pas s'y maintenir. — Suum domicilium. Leur a propre domicile », comme dit le grec, c'était le ciel, et pour chacun d'eux, dans ce séjour céleste, une place honorable devant le trône de Dieu. Ils avaient eu l'audace de le quitter d'eux-mêmes. Il y a ici une allusion évidente à la chute de Satan et de ceux des anges qui le suivirent dïins sa révolte. Saint Jude n'a pas plus emprunté que saint Pierre l'exposé de ce fait au livre apocryphe d'Hénoch (voyez l'Introd., p. 772, et II Petr. ii, 4-9 et le commentaire).—Les mauvais anges n'ont pas échappé au châtiment, malgré le caractère distingué de leur nature : injudiGium...reservavit. Cf. Il Petr. II, 4^ 9 et III, 7. — Magni diti. Le grand jour est celui du jugement général; la damnation des anges rebelles sera confirmée alors d'une manière solennelle. — Vincalis setemis : par des liens qui ne seront jamais brisés. — Sub caligine. Allusion au ténébreux séjour de l'enfer, dans lequel ont été relégués les esprits mauvais. — Troisième exemple , les villes de la Pentapole: Sicut (vers. 7)... Voyez II Petr. ii, 6 et les notes. — Sodoma et Oomorrha. Les deux cités principales; les trois autres (ei^nîiima'...) étaient Adama, Séboïm et Ségor. Cf, Deut. xxix, 23; Sap. x, 6; Os. xi, 8, etc. Ségor fut épargnée h cause de Lot (Gen. xix , 20 et ss.). — Siinili modo. Le grec est plus explicite : de la même manière que ceux-ci. Évidemment ce trait ne signifie pas que les mauvais anges avalent commis, comme Sodome et Gomorrhe, des péchés contre la chair. L'écrivain sacré a voulu dire que les cinq villes avalent offensé Dieu, ainsi que l'avaient fait eux-mêmes ces anges déchus. La comparaison ne porte donc pas sur le mode du crime, mais sur le crime lui-même. —