‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 733 sur 873 · à Dieu seul notre Sauveur, par · texte numérisé non relu

à Dieu seul notre Sauveur, par

Jésus -Christ notre Seigneur, gloire et magnificence, empire et force, avant tous les siècles, et maintenant, et dans tous les siècles des siècles. Amen.

teur de la gloire divine; c'est en lui et par lui que les hommes bénissent le Père, — Gloria et magniflceatia. Dans le grec, sans conjonction : Gloire, majesté. Le second substantif insiste sur l'idée qu'exprime le premier. — Imperium et potestas. Mieux : force et puissance. Répétition analogue à la précédente. Il faut sous -entendre le verbe « est », à l'indicatif présent, et non pas « sit », à l'optatif. — Ante omne..., et. ., et... Nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament

il n'existe de formule aussi complète ponr exprimer l'éternité; elle embrasse le pa-sé, le présent, l'avenir. Comme elle est rattachée aux mots « per Jesum Christum... », on a dit très justement qvi' « aucune expression ne pouvait mieux indiquer la foi de saint Jude à la préexistence et à l'éternité du Christ ». — L'authenticité de VAmen final est suffisamment garantie par les manuscrits et par les versions.

L'APOCALYPSE

INTRODUCTION

lo Le titre du livre. — Le mot grec aTroxaXu'j^tç , dont nous avons fait « apocalypse », signifie à la lettre : action de dévoiler. Il est très exactement traduit par révélation ^ Les écrivains sacrés du Nouveau Testament l'emploient jusqu'à dix-huit fois^ De très bonne heure, comme on le voit parles manuscrits les plus anciens, il servit à désigner le livre dont nous commençons l'étude et qui s'ouvre précisément par lui^. Mais, bien que l'Apocalypse soit une révélation divine, cela ne veut pas dire qu'elle nous manifeste les secrets du ciel en termes toujours clairs et sans ambiguïté. « Tout renseignement qui nous est fourni sur les desseins de Dieu, alors même qu'il demeure caché sous des images et des allégories, est une révélation. Cette règle s'applique au livre de FApocalypse, en ce sens que les renseignements qu'il contient portent maint vêtement symbolique », dont il n'est pas toujours aisé de déterminer la signification^. Toutefois, sous ce rapport, combien d'oracles de FAncien Testament ont gardé une certaine obscurité, malgré leur réalisation par Jésus- Christ !

2o L'auteur de l'Apocalypse. — Plusieurs fois, dans son écrit, l'auteur dit se .nommer Jean^, et quoique nulle part il ne se présente formellement comme apôtre^, plusieurs détails démontrent presque jusqu'à l'évidence qu'il ne diffère pas du disciple bien-aimé. 1« i, 9, nous lisons: « Moi Jean, votre frère, j'ai été dans l'île qui est appelée Patmos, à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. » Or, les écrivains les plus anciens répètent à l'envi que l'apôtre saint Jean fut exilé à Patmos par Domitien "^. 2» Nous savons aussi d'une manière très sûre^ que saint Jean passa les dernières aiuiées de sa vie à Éphèse, d'où son

* En effet, le substantif latin « revelatio » représente aussi un voile ramené en arrière.

2 Cf. Luc. II, 32; Rom. ii, 5; viii, 19 et XVI, 26; I Cor. i, 7; II Cor. xii, 1; Gai. I, 12, etc.

•^ Cf. Apoc. I, 1. A l'ongine, le titre était fort court : Apocalypse de Jean, On l'agrandit ensuite peu à peu : Apocd^yy^e de Jean le théologien; Apocalypse de Jean, apôtre et évangéliste, etc.-

* De là l'ancien dictoii : « Style d'Apocalypse, style obscur, »

^ Apoc. I, 1, 4, 9; xxn, 8.

^ Apoc. I, l^ il prend le titre de SoOXoç, c. à-d. d'esclave de Jésus, que saint Paul, saint Jacques et saint Jude joignent aussi parfois à leur nom. Cf. Eom. i, 1; Phil. i, 1; Tit. i, 1; Jac. 1,1; Judse, 1.

^ Voyez Clément d'Alex., Quis âii^ea..., c. 42; Origène, In Matih., t. xvi, 6; Eiisèbo, Hist. eccl., III , 18 ; Tertullien, De rnescript, 36 ; saint Jérôme, De Vir. ill , 9, etc.

8 Voyez la p. 722.

l'apocalypse

autorité apostolique s'exerçait sur toutes les chrétientés de l'Asie proconsulaire. Ce fait s'harmonise fort bien avec les sept épîtres adressées, dans les chap. y et iri, aux évoques de sept Églises importantes de cette contrée, car l'auteur de l'Apocalypse connaît à fond l'état de ces Églises, et il leur parle comme leur pasteur suprême. Il n'y avait alors en Asie qu'un seul « Jean » qui pût tenir un tel langage à des évequeSc 3» Remarquons encore l'appel réitéré que l'auteur fait à son propre témoignage ^ ; or, c'est là précisément une coutume caractéristicjue de l'évangéliste saint Jean ^. 4» La menace lancée, Apoc. xxii, 18 et 19, contre ceux qui oseraient falsifier le livre suppose aussi une haute dignité ^.

Le témoignage que l'Apocalypse rend elle-même h son auteur est confirmé par celui de la tradition la plus ancienne. Papias, disciple direct ou indirect de saint Jean, regardait notre livre comme jouissant d'une autorité divine'*. Le martyr saint Justin (vers 140) atteste nettement que l'Apocalypse a été composée par l'apôtre saint Jean^. D'après saint Irénée ^, « Jean, disciple du Seigneur, a contemplé dans l'Apocalypse l'arrivée sacerdotale et glorieuse du règne du Christ ». Théophile d'Antioche ', Méliton de Sardes et Apollonius d'Éphèse ®, Polycrate d'Éphèse ^, témoignent aussi, dans la deuxième moitié du second siècle, en iiaveur de l'origine apostolique de l'Apocalypse. Même croyance à Rome, où saint Hippolyte écrivait, entre 190 et 225, un livre contre le prêtre Caïus, qui niait l'authenticité, et où le canon de Muratori range clairement l'Apocalypse parmi les écrits de saint Jean. Tertullien ^^, Denys de Gorinthe ^^, Clément d'Alexandrie ^^, O^jgène ^^ et saint Gypricn ^^ pensaient de même. Ces attestations, si anciennes et si nombreuses, dont beaucoup partent de la région pour laquelle l'Apocalypse avait été directement composée (cf. Apoc. i, 4, 11), constituent une preuve des plus fortes, comme l'admettent plusieurs critiques rationalistes, malgré l'absence de notre livre dans la Peschita syriaque et son rejet formel par Marcion, Caïus et la secte infime des Alogi.

Il est vrai qu'au milieu du iir- siècle, il y eut sous ce rapport un revirement momentané de l'opinion dans l'Église grecque , grâce à l'influence de l'evêque Denys d'Alexandrie (vers 255). Pour écraser plus facilement le millénarisme grossier qu'un certain nombre de docteurs téméraires prétendaient appuyer sur divers passages de l'Apocalypse *^, Denys ne trouva rien de mieux que d'ébranler l'autorité apostolique du livre lui-même, qu'il affirma n'avoir pas eu le disciple bien-aimé pour auteur, mais soit Jean-Marc l'évangéliste, soit un prêtre nommé Jean, etc. Ses arguments, qui sont encore ceux de l'école critique, sont purement internes et se ramènent à trois principaux '^. lo L'apôtre Jean ne se nomme jamais dans ses écrits (le quatrième évangile et les trois épîtres); celui qui a composé l'Apocalypse mentionne son nom à plusieurs reprises. 2o « L'Apo-

* I, 2; xxii, 18, 20, etc.

* Cf. Joan. XIX, 35; xxt, 24; III Joan. 12.

" Nous pourrions alléguer plusieurs autres preuves intrinsèques de l'authenticité de l'Apocalypse. Si l'on compare cet écrit au quatrième évangile, on aperçoit une correspondance très frappante dans la marche des deux récits : des I deux côtés , « une lutte de plus en plus intense, aboutissant à la défaite extérieure de la cause de Dieu, et, par cette défaite même, à son complet triomphe. » Il y a aussi une « même prépondérance de la loi des contrastes dans les deux écrits; continuelle alternance de tableaux sombres et lumineux, des scènes de foi et d'incrédulité ».

^ Cramer, Catena, t. viii, p. 360,

^ Dial. cum Tryph., 81 ; comp. Eusèbe, Hist. eccl., IV, 18, 8.

^ Adv. Hœr., iv, 20 , 11 ; comp. v, 35 , 2.

"^ Eusèbe, Hist. eccl., rv, 24.

® Eusèbe, l. c, v, 18; comp. saint Jérôme, de Vir. ill., 9.

^ Eusèbe, Eist. eccl., m, 31 et v, 24.

^0 C. Marc, m, 14, 25; de rrasscr., 33, etc.

*^ Eusèbe, l. c, iv, 23, 12.

12 Strom., VI, 13; Pœdag., ii, 10, 12.

1^ In Matth., t. xvi ; in Joan., t. i.

'^ Ep. Lxm ad Csecil., 12; de Exhort. mari., II, etc.

*^ Apoc. XX, 4 et ss., etc.

1^ Voyez Eusèbe, Hiat. eccl., vu, 26, 1, et S3.

l'apocalypse

calyi»se n'a pas même une syllabe » qu'on puisse retrouver dans l'évangile et les lettres de saint Jean. 3» Le style de l'Apocalypse diffère notablement de celui de l'apôtro '. Nous verrons plus bas^ ce qu'il faut penser de cette troisième preuve. La première est sans importance; en effet, l'Apocalypse est une prophétie, et « tous les prophètes hébreux se nomment, parce que leur nom est la seule garantie de la révélation (}u'ils s'attribuent ». La seconde est singulièrement exagérée, même si l'on tient compte de la dissemblance nécessaire qui doit exister entre des œuvres littéraires si disparates que le quatrième évangile, la première épître de saint Jean et l'Apocalypse. Ce sont bien, dans ces divers écrits, les mômes idées dogmatiques, et l'on y découvre des coïncidences frappantes dans la manière d'envisager les choses religieuses^. Qu'il suffise de noter ici le nom de Logos, qui n'est pas employé dans le Nouveau Testament en dehors du quatrième évangile, de I Joan. i, 1 et de l'Apocalypse, xix, 13; le nom caractéristique d'agaeau, pour désigner Jésus- Christ '*; les eaux vives, présentées comme le symbole de la grâce divine^; la manne, promise parle divin Maître ^ ; la mention du côté percé de Jésus , accompagnée d'une citation identique, empruntée au prophète Zacharie, xii, 10'; les idées de témoignage, de vrai {y.lrflri:)^ de véritable (àXy)6tvôç), etc. Ne serait- il pas « déraisonnable » d'exiger davantage dans les conditions indiquées? Voici îa réponse du célèbre Herder, ce fin observateur littéraire, qui a porté souvent sur nos saints Livres des jugements d'une remarquable exactitude : « La différence entre l'évangile (de saint Jean) et l'Apocalypse, je ne la vois pas; je vois une ressemblance aussi grande qu'elle peut exister entre des écrits si divers. Celui qui a des yeux pour voir, et une âme pour sentir ce que c'est que l'esprit et le caractère dans un écrit, trouvera trait pour trait l'esprit et le cœur de Jean dans son Apocalypse^ ».

Les attaques de Denys d'Alexandrie contre l'authenticité de l'Apocalypse n'eurent pas un succès de longue durée, car si elles réussirent à troubler pour un temps, en Orient^, la croyance antique ^°, celle-ci ne tarda pas à redevenir florissante et presque unanime jusqu'à l'époque d'Erasme et de Luther, ou plutôt jusqu'à l'époque du rationalisme. Et, même de n^s jours, si un assez grand nombre de « critiques » traitent l'Apocalypse comme un écrit apocryphe, d'autres rationalistes la croient composée certainement par saint Jean *^

* Malgré cela, Denys d'Alexandrie n'était pas opposé d'une manière absolue à l'Apocalypse considérée en elle-même : « En ce qui me concerne personnellement, dit -il (Eusèbe, l. c, v, 25, 1), je n'oserais pas rejeter complètement le livre, parce que beaucoup de fidèles lui attachent une grande importance; mon opinion à son sujet, c'est qu'il dépasse mon Intelligence et que les faits qu'il contient renferment un sens caché et merveilleux... J'accorde que c'est l'œuvre d' jn homme saint et Inspiré de Dieu. »

2 Pages 786 et 787.

"^ Un savant protestant, M. le D' H. Gebhardt, a démontré longuement et savamment ce fait dans son remarquable ouvrage Der Lehrbegriff der Aïokalypse und sein Verhseltniss znm LehrljegrTff des Evangeliums und dcr Episteln Johannis, 1874.

* "Vingt -neuf fois dans l'Apoc, deux fois dans l'évangile selon saint Jean (i, 29 et 36), seulement une fois ailleurs (I Pctr. i, 19),

^ Joan. IV, 10 - 14 et vu , 37- 39 ; Apoc. vu, 17 ; XXI, 6; XXII, 1, 12. '

6 Joan. VI, 32; Apoc. ii, 19.

"^ Cf. Joan. XIX, 14 et Apoc. i, 7.

® Cité par R. Kûbel , Offenbarung Johannis, 2-' éd., Munich, 1898, p. 183.

^ Les Eglises d'Occident demeurèrent toujours fermes sur ce point.

^^ Eusèbe, tout en émettant des doutes personnels, reconnaît que le livre était généralement reçu dans l'Église (Hist. eccl., m, 18, 2 ; xxix, 1). Si saint Cyrille de Jérusalem et saint Jean Chrysostome ne mentionnent nulle part l'Apocalypse, saint Bphrem, Lactance, saint Épiphane, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Hilaire de Poitiers, etc., la regardent comme l'œuvre de l'apôtre saint Jean.

'^ Il est vrai qu'ils affirment, en même temps, que ce livre et le quatrième évangile ne sauraient avoir un seul et même auteur. C'est là pour eux comme un dogme de foi; ce qui leur

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3" La date et le lieu de la composition. — Saint Irénée nous fournit un renseignement très précis sur la date, (c La vision (de l'Apocalypse), dit-il^, ne remonte pas à un temps considérable, mais elle a été vue presque à notre époque, vers la fin du règne de Domitien. » Ce témoignage nous reporte donc environ aux années 93-96 de notre ère, puisque Domitien régna de 81 à 96. Il est confirmé implicitement par saint Jérôme^, qui mentionne la quatorzième année de Domitien, c'est-à-dire l'an 95, comme celle du bannissement de saint Jean à Patmos^.

Plusieurs preuves intrinsèques démontrent aussi que notre livre n'a guère pu être composé avant la fin du i^r siècle de notre ère. Plusieurs des églises auxquelles sont destinées les lettres des chap. ii et m ont perdu de leuv première ferveur; or, il y aurait une « impossibilité morale » à ce que ce fait ait été produit rapidement, peu d'années après la prédication de l'évangile par saint Paul en Asie Mineure. L'état avancé des hérésies mentionnées dans les mêmes lettres'' suppose aussi un progrès notable depuis l'époque de saint Paul, qui en avait déjà signalé les premiers germes dans ses épîtres aux Philippiens et à Timothée ; cela aussi demande un intervalle de temps assez considérable.

Trait curieux à noter : tandis que les rationalistes retardent d'ordinaire le plus possible la date des écrits bibliques, afin d'en nier l'authenticité, un certain nombre d'entre eux, qui croient que saint Jean est l'auteur de l'Apocalypse, exigent pour cet écrit une date bien antérieure à celle qui est fixée par la tradition et par les critiques orthodoxes. Suivant eux, cet écrit aurait été composé certainement avant la ruine de Jérusalem (70 après J.-C), peu après la mort de Néron (juin 68). Mais les textes sur lesquels ils s'appuient n'ont pas le sens qu'ils leur attribuent.

Le livre de l'Apocalypse a-t-il été composé à Patmos même, où saint Jean fut témoin des visions célestes ^, ou seulement à Ephèse , lorsque son exil eut pris fin? On ne saurait le dire avec une entière certitude. La première hypothèse est toutefois de beaucoup la plus vraisemblable, car il était dans l'ordre que l'auteur racontât immédiatement ce qu'il avait contemplé dans son extase, Jésus lui ayant communiqué ses révélations pour qu'il les mît aussitôt par écrit, et qu'il les transmît sans retard aux Eglises ^\

4o Le style de V Apocalypse, on ne saurait en disconvenir, diffère assez notablement de celui du quatrième évangile et des épîtres de saint Jean. Mais Denys d'Alexandrie^ et les critiques qui ont reproduit ses arguments sous ce rapport sont tombés dans de grandes exagérations, pour rendre la divergence plus sensible. Deux faits sont certains : l» que plusieurs expressions fréquemment employées dans l'évangile et dans les lettres de saint Jean n'apparaissent nulle part dans l'Apocalypse^; 2o que le style du quatrième évangile est correct au point de vue grammatical ^, tandis que l'Apocalypse abonde en constructions irrégulières et en solécismes proprement dits ^°. En voici plusieurs exemples, qui

a attiré cette protestation de M. Harnack, Chronologie , t. I, p. 675 : « Je confesse que je suis un partisan de l'héré'^iG critique qui attribue l'Apocalypse et le quatrième évangile à un auteur unique. »

^ Adv. Haer., v, 30, 3 (comp. Eusèbe, Hist. ceci., V, 10, 6).

^ De Vir. ill., 9.

^ C'est par erreur, tout le inonde l'admet, que saint Épipbane, Escr., u, 12, 33, place la composition de l'Apocalypse sous le règne de Claude (41-54 av. J.-C).

' Voyez II, 9 et ss., etc.

^ Cf. I, 9 et ss.

^ Cf. I, 11, 19, etc.

"^ Voyez Eusèbe, Hist. ceci., vu, 25.

^ Entre autres, àXrjôeta, Çw^, y.pt(7t:, çwç, ^âpiç, etc.

^ Sans être le moins du monde élégant, malgré l'assertion contraire de Denys d'Alexandrie.

^^ Dès les premières lignes, on trouve cette expi-ession étrange : X'^9'-^ ûfxtv... oltzo to wv, xa\ o riv, xoù à èpx^fxevo;, i, 4"". Mais on

l'apocalypse

consistent surtout en des cas employés à faux, en de fausses appositions, et en des expressions très dures: i, 5, ol-ko 'Ivifrou..., 6 [xapruc;; m, 12, ty); xatvvjç 'lepouGaXri'x , '/] xaxaSatvouca.,. ; xiv, 12, uTrofxov/j xwv àytwv,... oi rripouvreç... ; XX, 2, Tov Spàxovra, 6 ocptç ô àp/ato;; iv, 1, V) cpoiv-q... ^sycov ; ix, 13, 14 : cpcovTjv... XéyovTa ; xvii, 4, ysf^ov [5o£XuY[j(.âT(ov xal xà àxàOapxa ; xxi, 14, xo xeT/oç x'^ç TroXew; £Xwv...; III, 8, ?iv oùosls ôûvaxai xXsTfjai aùxVjv, etc., etc. Toutefois, s'il est vrai que l'auteur de l'Apocalypse commet des fautes nombreuses contre la grammaire et la pureté du langage, il n'est pas moins certain qu'il connaissait le grec et ses règles, puisqu'il l'écrit habituellement d'une manière correcte, même en des circonstances où la construction était plus difficile. Mais on comprend sans peine qu'emporté par les grands spectacles qu'il décrivait, saint Jean ait moins soigné son style que dans ses autres écrits.

Ajoutons que, tout en ayant ses particularités propres, le style de l'Apocalypse présente aussi beaucoup d'affinité avec celui du quatrième évangile et des trois épîtres de l'apôtre Jean, de sorte que plusieurs critiques ont reconnu qu'on ne peut tirer, de ce côté, aucun argument défavorable à l'authenticité. Parmi les cas de ressemblance , les plus frappants sont l'usage très fréquent de la conjonclion xai pour rattacher les propositions les unes aux autres, la variété des particules, l'emploi de diverses expressions (notamment: 'éxetv [xÉpoç, eêpaVcrxt, û'I^tç, (TXYivouv, dcpàxxs'.v, xYipeTv xov Àoyov), qui, dans le Nouveau Testament, n'apparaissent pas en dehors des écrits de saint Jean.

.5"^ Le caractère prophétique et le thème principal de V Apocalypse. — Notre livre se présente lui-même comme une prophétie *, et l'auteur se donne ouvertement pour un prophète qui a reçu des révélations divines relativement à l'histoire de l'Eglise^. Mais, tandis que l'Ancien Testament abonde en écrits prophétiques, l'Apocalypse est le seul livre de ce genre dans le Nouveau Testament. Gela tient à ce que, sous l'ancienne alliance, tout dépendait de l'avenir, de l'avènement du Messie, de sorte que les principales révélations divines avaient pour but d'annoncer l'apparition plus ou moins prochaine du Libérateur promis, tandis que, sous la nouvelle alliance, le Christ ayant opéré notre rédemption, l'avenir n'a plus la même importance pour noas. Une seule chose peut intéresser l'Église sous ce rapport : c'est la consommation finale, accompagnée du retour de Jésus- Christ. Aussi est-ce vers ce fait capital que convergent, d'une manière plus ou moins directe, les principales prophéties du Sauveur et de ses apôtres-^.

La première partie de l'Apocalypse, i, l-iii, 22, possède un peu moins ce caractère prophétique, qui éclate souvent à partir de iv, 1. Les oracles transmis par saint Jean ne sont pas exposés dans le langage ordinaire, comme cela a lieu le plus ordinairement dans les livres d'Isaïe, de Jérémie, etc., mais sous la forme de visions et de symboles, ainsi qu'il arrive fréquemment dans les écrits d'Ëzéchiel, de Daniel, de Zacharie, etc. Le symbolisme de l'Apocalypse est extraordinairement varié, et mériterait une étude à part : il y a les symboles des nombres''', des couleurs^, des formes géométriques, des éléments, des pierre-

l'explique par le désir qu'avait l'auteur de conserver à ce nom divin toute sa solentiité; il l'a donc traité comme s'il était indéclinable. En outre, n'ayant pas de participe passé à sa disposition, il l'a remplacé par la formule ô yJv.

1 Cf. I, 3; X, 11; XXII, 7, 10, 18, 19.

2 Voyez 1,1; xxii , 9 , etc.

8 Voyez, Indépendamment de l'Apocalypse,

Matth. XXIV, 2 et ss. ; Marc, xiii, 1 et s?.; Luc. XVII, 20 et ss. ; xix, 41-44; xxi, 5-36; II Thess. II, 1-12; II Tim. m, 1-9; II Petr. m, 1 et ss., etc.

^ Les chiffres 3, 3 Va, 7, 12 et ss.

5 Cf. I, 13-14; VI, 2 et ss.; ix, 17; xii, 1, 3s xvii, 4, etc.

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ries, des animaux, etc. ; les symboles divins, les symboles humains, les symboles sidéraux, etc.

La forme extérieure du livre est celle d'une lettre, écrite par Jean aux Églises d'Asie Mineure ^ Il l'a sans doute choisie parce qu'il envoya de Patmos, où il était banni, le récit de ses visions aux chrétientés qu'il dirigeait. Il s'adresse donc d'abord directement à elles ; mais il cesse de les interpeller à partir de 1,10.

L'idée fondamentale de l'Apocalypse, c'est, comme nous venons de l'insinuer, le second avènement de Jésus -Christ à la fm des temps. Elle apparaît dès les premières lignes^ ; elle retentit ensuite tout le long de l'écrit ^; nous la retrouvons dans l'épilogue, où Jésus redit jusqu'à trois fois: a Voici, je viens bientôt'' », tandis que l'Église répond^: « Amen, venez, Seigneur Jésus. » Ce second avènement du Christ est donc le sujet proprement dit de notre livre, de même que son premier avènement a été l'objet des prophéties de l'Ancien Testament. En effet, « l'histoire du monde dans son essence se résume dans ces trois mots : Il vient (période qui va de la chute d'Adam à Noël) ; Il est venu (la période évangélique) ; Il revient (depuis l'ascension jusqu'à la fin des temps) ». Il revient: c'est l'histoire de la catastrophe finale, et des événements terribles qui doivent la précéder de plus ou moins près.

60 Le plan du livre est aussi clair que possible. Il y a d'abord un court prologue, I, 1-8. D'après i, 19, saint Jean contempla tour à tour dans sa vision les choses du passé et celles de l'avenir : de là deux parties très distinctes , dont la première va de i, 10 à m, 22 ; la seconde, de iv, 1 à xxii, 5. L'écrit se termine par un épilogue, xxii, 6-4, qui correspond au prologue.

La première partie peut s'intituler « Les lettres aux Églises », car elle renferme sept épîtres, que Jésus dicta à son disciple pour sept chrétientés spéciales d'Asie Mineure^. L'état spirituel de ces Églises est décrit en termes dramatiques, avec des paroles de louange ou de blâme, d'encouragement ou d'avertissement, de promesse ou de menace. Jésus-Christ nous est présenté dans cette première partie comme le Fils de l'homme transfiguré ', qui enseigne l'Église et lui donne ses ordres. Plus loin, de iv, 1 à xix, 10, il apparaît sous le symbole de l'agneau immolé et glorifié ; de xix , 11 à xx, 6, nous le voyons sous les traits d'un vainqueur irrésistible.

La deuxième partie peut s'appeler « Le livre des visions », car c'est sous la forme de sept visions successives que Jésus fit contempler à saint Jean ce qui devait s'accomplir dans la suite des temps. La première est celle du livre aux sept sceaux, iv, 1-viii, 1, momentanément interrompue (vu, 1-8 et 9-17) par deux épisodes qui constituent ensemble une vision particulière. La troisième vision, celle des sept trompettes, va de viii, 2 à' xi, 19. Elle est interrompue, comme la première, par deux épisodes rapides (x, 1-11 et xi, 1-14). La quatrième, XII, 1-xiv, 20, décrit la lutte que Dieu soutiendra en faveur de son Église contre les puissances de ce monde. La cinquième, xv, 1-xvi, 21, est celle des sept anges (|ui répandent sur le globe les coupjs remplies de la colère divine. La sixième, xvii, 1-xjx, 10, raconte la ruine de la grande cité mondaine qui figure les ennemis de Dieu et de l'Église. Dans la septième, xix, 11-xxii, 5, nous voyons Jésus-Christ s'élancer lui-même au combat, pour dompter tout ce qui est

1 Cf. I, 4; XXII, "16 et 83.

2 Cf. 1 , 7- 8.

3 II, 16; m, 4, 11, 20; VI, 2; xix, 11, etc. / xxn, 7, 12, 20.

'^ xxu, 17, 20^

^ Celles d'Éplièse, de Sm}-rne, de Perganûe, de Th3'atire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodlcée.

■^ Cf. I, 13 et as.

l'apocalypse

hostile h son peuple. La vision finale a lieu, complète et glorieuse, et le royaume de Dieu entre à jamais dans sa consommation

On peut grouper ces dilFérentes visions sous trois chefs distincts, en trois sections. La première section (iv, 1-xi, 14) correspond aux trois premières visions : tout s'y rattache au livre muni de sept sceaux, lesquels sont rompus l'un après l'autre. La seconde section (xi, 15-xvi, 2i) renferme la quatrième et la cinquième vision : elle nous fait assister à la lutte de l'Église du Christ contre la synagogue de Satan. La troisième section (xvii, 1-xxii, 5), qui comprend la sixième et la septième vision, expose le jugement de Dieu contre les ennemis de son royaume, le triomphe du Christ et le début de l'éternité bienheureuse*.

« Après cette analysej nul ne sera tenté de contester l'unité de ce livre et d'y voir, comme on l'a fait quelquefois, un composé de pièces rapportées. L'idée qui domine le tout est la lutte de Jésus glorifié contre le monde. Cette lutte se déroule en un certain nombre de phases, qui se succèdent dans une progression évidente, jusqu'au dénouement. »

7» Le but général de l'Apocalypse et son utilité. — Le but est moins celui de saint Jean que celui de Dieu même, puisque cet écrit fut composé dans des conditions particulières, sur un ordre spécial du Seigneur ^, L'intention divine est très claire en ce qui concerne la première partie, c'est-à-dire les lettres aux sept Églises ^. Elle se ramène à ces deux points : fortifier les chrétiens tout à la fois contre les hérésies et les persécutions d'alors, et les encourager par la perspective de la récompense éternelle. Or, on retrouve ces deux pensées dans le livre entier, quelque opinion que l'on embrasse d'ailleurs au sujet de son interprétation: partout les fidèles sont engagés à maintenir énergiquement leur foi contre l'erreur et la violence, ces deux puissances perpétuellement hostiles à l'Église, et, pour les mieux exciter à la lutte et à la patience, on leur rappelle la certitude de la vision finale, la glorieuse couronne qui leur est réservée dans le ciel.

A ce point de vue, l'utilité de notre livre est incontestable, et elle ne cessera d'exister qu'à la fin des temps. « N'est-ce pas une assez grande consolation aux fidèles persécutés, que de sentir même en général dans l'Apocalypse la force qui devait être inspirée aux saints martyrs , et de découvrir avec tant de magnificence, non seulement leur gloire future dans le ciel, mais encore le triomphe qui leur était préparé sur la terre? Quel mépris devaient concevoir les chrétiens de la puissance tyrannique qui les opprimait, lorsqu'ils en voyaient la gloire effacée et la chute si bien marquée dans les oracles divins ^* ? » Sous le rapport dogmatique l'Apocalypse est très utile aussi, surtort en ce qui regarde la divinité de Jésus-Christ, la vie sans fin de l'Église, l'existence des anges bons et mauvais, l'éternité du ciel et de l'enfer, etc.

8o Les divers systèmes d'interprétation. — Le livre de l'Apocalypse est peutêtre la partie de la Bible qui présente le plus de difficultés au commentateur. Néanmoins, ses obscurités d'ensemble et de détail, loin de décourager les exégètes, les ont plutôt attirés davantage, car on a' dépensé à son sujet « étonnamment d'esprit, de pénétration, de science et de temps ». Malheureusement, les résultats obtenus sont loin de correspondre à ces efforts, tant les difficultés demeurent nombreuses. C'est que, pour beaucoup d'interprètes, l'Apocalypse a servi de prétexte pour émettre toutes sortes d'idées fausses ou arbitraires,

* Pour une analyse plus détaillée, voyez le commentaire et notre Biblia sacra, p. 1350-136G. 2 Cf. I, 11, 19; xxu, 10, etc.

"^ Chap. 11 et HT.

^ Bossuet, Œuvres complètes, édit. Vives, t. II, p. 332.

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toutes sortes de fantaisies plus ou moins bizarres \ en ce qui concerne l'histoire de l'Église et spécialement la fin des temps. En laissant de côté tout ce qui ne mérite pas d'être mentionné, il reste encore un certain nombre de systèmes, que nous ramènerons à quatre principaux, sans entrer toutefois dans les variations multiples de chacun d'eux.

1. Quelques mots suffiront pour juger le système rationaliste, qui a de nos jours un assez grand nombre de partisans. L'Apocalypse, nous l'avons vu '-^, est un livre essentiellement prophétique. Or, « le rationalisme prétend que ce livre n'est qu'un poème religieux (entièrement humain dans son origine et dans sa fin), destiné à consoler et à encourager les fidèles accablés sous le poids des persécutions. Le peu qu'il se hasarde de prédire par rapport aux choses futures, il le tire soit de conjectures probables sur la marche des événements dans l'empire romain, soit du ferme espoir qu'il partageait avec tous les disciples du Christ touchant le retour prochain et glorieux du Sauveur. Persuadé qu'alors le Christ réduirait à néant tous ses ennemis, l' (écrivain) apocalyptique, donnant libre cours à ses fictions poétiques, décrit en images brûlantes et variées la vengeance que le Messie exercera contre les persécuteurs de ses fidèles. Ces visions, du reste, ne sont guère autre chose que celles de Daniel et d'Ézéchiel, légèrement modifiées et adaptées aux idées chrétiennes. Tel est, en résumé, le point de vue de l'exégèse incrédule ^. » On conçoit que nous rejetions sans autre examen une théorie qui fausse absolument le caractère de l'Apocalypse, et qui traite cet écrit comme une œuvre de pure imagination.

2. Parmi les trois classes de systèmes acceptables, le premier voit dans l'Apocalypse comme « un compendium prophétique », comme « une photographie détaillée de l'histoire de l'Église », depuis le moment où saint Jean eut sa vision, jusqu'au retour de Jésus -Christ à la fin des temps. Évidemment, il y a de grandes nuances dans l'application de cette idée mère, car, parmi ses partisans, les uns pensent que tout a été prédit, même les événements isolés, tandis que les autres se contentent d'affirmer que les grandes lignes seules (les périodes avec leur caractère essentiel) ont été dessinées d'avance. Mais, en réalité, c'est le même principe qui les dirige.

Au nombre des représentants les plus célèbres de ce sentiment, qu'on peut appeler le système historique, il faut mentionner le saint et savant prêtre allemand Barthélémy Holzhauser, mort en 1658, d'après lequel l'Apocalypse prophétise ce qui doit se passer durant les sept âges de l'Église , représentés déjà par les sept lettres des chap. ii et m. « Il distingue l'âge séminal, ou apostolique ; l'âge irrigatif, ou des martyrs ; l'âge illuminatif, ou des docteurs, depuis Constantin jusqu'à Charlemagne ; l'âge pacifique, ou du règne social du Christ, depuis Charlemagne jusqu'à Charles V; l'âge purgatif, ou des épreuves salutaires, commençant à Charles V et durant encore, jusqu'à l'avènement d'un saint pontife et d'un grand empereur ; l'âge consolatif, préparant les fidèles aux tribulations des derniers temps ; l'âge désolatif , ou de l'Antéchrist. Cet âge se terminera par le dernier jugement '*. »

D'autres, à la suite de Nicolas de Lyre, se contentent de six périodes. La première, figurée par les sept sceaux, va jusqu'à Julien l'Apostat (mort en 363) ;

* A ce point de vue , on a pu dire que « l'histoire de l'interprétation de l'Apocalypse forme un chapitre considérable dans l'histoire de la folie humaine ».

2 Page 787.

^ Corluy, dans le DUt. de la Bible de

M. Vigoureux, t. m, col. 748. Pour la réfutation développée de ce système, voyez P. Vigouroiix, les Livres saints et la critique rationaliste, 5e édlt., Paris, 1902, p. 673-689. ^ Corluy, l. c, col. 7ôl.

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c'est celle des apôtres, des martyrs et des docteurs. La seconde correspond aux sept trompettes ; elle va de Julien l'Apostat à l'empereur d'Orient; Maurice, dont le règne commença en 582. La troisième est représentée par la lutte du dragon contre la femme ; elle s'étend jusqu'à Charlemagne (800). La cinquième période va de Charlemagne à Henri IV (mort en 1106); c'est un temps de troubles et de schismes, désigné par les sept coupes. La sixième va jusqu'à l'avènement de l'Antéchrist et commence au chap. xvii. Gomme Nicolas de Lyre n'avait pas le don de prophétie (cette assertion vient de lui-même), il n'a pas expliqué la suite du livret

Cette théorie a plus d'un point faible , comme le montre le grand désaccord qui règne entre ceux qui l'ont admise. D'abord, en voulant fixer d'une certaine manière la date de la fin du monde, elle semblé contredite par la parole du Sauveur, « De die autem illa vel hora nemo scit..., nisi Pater ^ ». Gomment, après avoir tenu un langage aussi net, Jésus-Christ aurait-il précisément donné l'Apocalypse aux hommes pour les aider à faire un pareil calcul ^?

Le désaccord que nous venons de signaler n'a rien de surprenant, si l'on remarque que tous ceux qui ont adopté ce mode d'interprétation parlent comme s'ils se trouvaient au dernier âge du mond»3, de sorte que, « si l'on suit ces auteurs chronologiquement, le dernier âge recule constamment de siècle en siècle. » Te) a été le cas pour l'abbé Joachim de Flore au xiiie siècle, pour Nicolas de Lyre au xive, pour Holzhauser au xviie ; il en est de même des auteurs récents et contemporains qui marchent sur leurs traces. La même série de versets ou de chapitres correspondrait ainsi à des faits très divers, et, si le monde doit durer encore des milliers d'années, il n'y aura presque rien dans l'Apocalypse pour représenter ces siècles futurs. Ajoutons que, si cette théorie était vraie, les figures et les symboles du livre seraient éclairés parles faits destinés à leur servir de réalisation, comme cela a eu lieu pour les prophéties de l'Ancien Testament. Mais on ne saurait dire qu'il en est ainsi, puiscju'il y a tant de variété dans les explications données par les divers partisans du système historique.

3. Le second système est d'origine relativement récente. Il rapporte la partie la plus considérable de l'Apocalypse, non pas à un lointain avenir, mais aux événements qui devaient avoir lieu durant les premiers siècles de l'Église, en particulier à la victoire que le christianisme devait remporter tour à tour sur le judaïsme et sur le paganisme. C'est la théorie que l'on nomme celle des prétéristes, parce que, d'après elle, un grand nombre des oracles du livre sont déjà accomplis.

Le savant jésuite Salmeron en jeta les bases'*; un autre jésuite, Alcazar, le développa (1614). Bossuet l'adopta à son tour, en la transformant^, et il réussit à lui procurer de nombreux et illustres adhérents^. Il « partage l'Apocalypse en trois parties : les avertissements, i, l-iii, 22; les prédictions, iv, 1-xx, 15 ; les promesses, xxi, 1 et ss. Les prédictions se divisent à leur tour en trois sec-

* Ce système est au fond celui de M. Trotti de la Chétardie, curé de Saint- Sulpice (1G96), de MM. Verschraege (1855), Lafont-Sentenac, Drach, etc. Voyez la page 793, pour les titres de leurs ouvrages.

* Marc. XIII, 32-33.

^ Le grave et savant D' Kanlen ne craint pas de regarder un travail de ce genre comme un acte superstitieux.

* In Apoc. prxlect., Madrid, 1598.

^ L'Apnc. avec une explication, Paris, 1689.

^ Entre autres, Dupin, Analyse de l'Apoc, Paris, 1712; plus tard, Calmet, Comment, littéral, h. 1.; de nos jours, F. de Bovet, l'Esprit de l'Apoc., Paris, 1840; AUioli, Die h. Schri/ten, t. m, p. 879 et ss. de la 10« édit., 1885. M. Le Hir, le savant professeur de Saint -Sulpice, avait aussi adopté ce système, en le rajeunissant.

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lions. 1» Vengeance de Dieu, exercée sur les Juifs, iv, 1-viii, 12. Préparation de cette vengeance dans la vision des sept sceaux. Vengeance exercée sous Trajan et Hadrien, symbolisée par les deux premières trompettes. Motifs des malheurs d'Israël , manifestés par la troisième et la quatrième trompette. 2» Les hérésies judaïsantes : ce sont les sauterelles annoncées par la cinquième trompette, IX, 1-12. 3o Ruine de l'empire romain, ix, 13-xx, 15. La grande défaite de l'empereur Valérien, proclamée par la sixième trompette. L'apôtre déclare, dans la vision de la septième trompette, quelle est la cause de la ruine de l'empire: ce sont les persécutions exercées contre les chrétiens. La plus terrible est celle que suscita Dioclétien ; cet empereur est la bête de l'Apocalypse... Les sept coupes symbolisent la désolation de l'empire romain à partir de Valérien. Puis on parle des sept rois persécuteurs de l'Église, et des dix rois barbares , instruments de la colère de Dieu , qui viennent tour à tour fondre sur les Romains ; enfin la ruine de Rome et de sa puissance est consommée sous Alaric. L'évêque de Meaux n'ose pas entreprendre de percer le voile qui couvre la prophétie du chap. XX, dont les événements doivent s'accomplir dans le temps futur. AUioli explique cette prophétie de la paix dont jouit l'Église après la ruine de l'idolâtrie ; cette paix est représentée par le règne millénaire du Christ avec ses saints. Ce règne doit prendre fm par la venue de l'Antéchrist. Celui-ci renouvellera les persécutions contre l'Église; mais il sera vaincu et exterminé. Après cela auront lieu la résurrection et le jugement universel , et le monde sera renouvelé (xx, 7-xxii, 5)^ »

On reproche à bon droit à ce système de transformer en un simple exposé du passé une partie considérable d'un livre qui se donne lui-même comme prophétique dans son ensemble ^, En outre , pourquoi , parmi tant de visions analogues dans leur énoncé, les unes concerneraient- elles le passé, tandis que les autres se rapporteraient à l'avenir? Et puis, faudrait-il dire que, jusqu'à la fm du xviie siècle, l'Apocalypse aurait été pour l'Église un livre entièrement scellé. Enfin, ici encore (et il ne pouvait pas en être autrement), les applications des commentateurs qui acceptent cette théorie diffèrent entièrement les unes des autres : or, si les oracles en question s'étaient réellement accomplis, comme on l'affirme, il semble qu'il devrait être moins difficile de tomber d'accord à leur sujet.

4° Reste le troisième système, qu'on peut nommer la théorie eschatologique ou futuriste. Il consiste à dire que, si les chap. ii et m (les lettres aux sept Églises) concernent le temps même où l'Apocalypse fut écrite, la plus grande partie du livre (chap. iv-xxii) traite de la dernière période de l'histoire ecclésiastique, dont elle prédit les épreuves et les tribulations, suivies de la magnifique victoire finale que le Christ et son Église remporteront sur les puissances ennemies. Ces oracles forment comme un grandiose et terrible drame, dont les scènes isolées se réaliseront successivement, à la manière indiquée par les symboles mystérieux qui les annoncent. Tout demeure donc dans l'avenir à partir du chap. IV, et voilà précisément pourquoi l'obscurité règne encore sur tant de points des descriptions prophétiques de saint Jean.

Cette opinion a été au fond celle d'un grand nombre de Pères et d'anciens écrivains ecclésiastiques, comme on le voit, soit par les citations de saint Irénée'^, de saint Hippolyte'^, de saint Augustin^, soit par les commentaires de saint

* Corluy, l. c, col. 751-752. | ^ De Christo et Aniichr., 36 et ss,

2 Cf. I, 1, 3, 19; XXII, 7, 10, 18. ^ j)^ ç|y /jgt, xx, 7 et SB.

'■ Afilt;. Hser., v, 26 et ss. (

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Victorin de Pottau, de Primasius, du Vén. Bède, d'Alcuin, de Rupert de Deiilz. Ribera , Cornélius a Lapide, etc., l'ont aussi adoptée, et elle a, de nos jours, un nombre considérable d'adhérents ^ Nous lui avons donné nos préférences, car elle nous parait la plus naturelle et la plus simple de toutes. C'est donc sur elle que sera basé notre commentaire, pour lequel, d'ailleurs, nous devons nous conformer au principe de « rédaction sobre et concise » qui nous a guidé durant tout le cours de cet ouvrag-e.

9" Envisagée comme le dernier livre de la Bible, l'Apocalypse met le sceau de la manière la plus parfaite à toute la littérature sacrée ; elle en est la digne conclusion et le glorieux couronnement. Quoique unique en son genre, ce livre a des points de contact avec tous les autres écrits inspirés, car il est tour à tour historique, doctrinal, moral, tout en demeurant essentiellement prophétique. En nous transportant à la fin des temps, il nous rappelle spécialement la Genèse, qui s'occupe des origines du monde. De même, en effet, que le premier des livres sacrés raconte les débuts de l'activité divine, de même l'Apocalypse en décrit la fin, qui consistera à tout renouveler '^, à faire cesser toutes les souffrances occasionnées par le péché du premier homme ^, et à procurer aux élus des délices éternelles dans le ciel'*. Dans tout ce que nous lisons entre ce premier et ce dernier livre de la sainte Écriture, règne une admirable unité, créée surtout par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est vraiment, comme il nous a été facile de le démontrer en commençant notre œuvre ^, le centre de toute la Bible.

10« Auteurs catholiques à consulter. — Les meilleurs sont les suivants : 1« à l'époque des Pères, chez les Grecs, André, archevêque de Césarée, et son successeur immédiat, Arétas*''; chez les Latins, saint Victorin de Pettau', Primasius d'Adrumette (fm du vie siècle) et le Vén. Bède (viiF siècle); 2« dans les temps modernes, Ribera (1593), Salmeron (1598), Viega (1601), Alcazar (1(^14), Bossuet (1689), Trotti de la Ghétardie {Explication de V Apocalypse, Bourges, 1692); Cornélius a Lap., Calmet et Holzhauser^ au xviiie siècle; de nos jours, l'abbé Lafont-Sentenac (le plan de l'Apocalypse et la signification des 'prophéties qu'elle contient, Paris, 1872), P. Drach {Apocalypse de saint Jean, Paris, 1873), A. Bisping [Erklœrung der Apokalypse des Johannes, Munster, 1876) , M9r Krementz {die Offenbarung des h. Johannes im Lichte dt.s Evangeliums des Johannes, Fribourg-en-Brisgau, 1883), A. Duprat [l'Apocalypse ou l'Évangile de Jésus- Christ glorifié et l'histoire de son Église jusqu'à la fin des temps, Lyon, 1889), et Tiefenthal (die Apokalypse des h. Johannes erklrœt, Paderborn, 1892).

* Notamment le Dr Eisping, Ms' Krementz, le P. Cornely, etc.

2 Apoc. XXI, 1 et 5, "* Apoc. XXI, 4.

^ Apoc. XXI, 8-4.

^ Voyez le t. I, p. 3 et S3

^ On discute sur l'époque où ils vivaient : au ye siècle, suivant les uns; seulement au ix» ou au xe, selon les autres.

■^ Ville de Styrie.

® Biographia ejnsdemque in Apoc. commentarii, Bamberg, 1799.

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