et in medio septem candelabro
et particeps. . . Titres pleins de condescendance à l'égard des lecteurs. Cf. I Petr. v, 1. Jean se dit leur frère dans le Christ, et il leur rappelle qu'il avait, lui aussi, sa part des souffrances endurées alors par l'Église (in trihulatione). — Et regno. Le royaume des cieux sera la récompense de ceux qui endureront vaillamment les tribulations et la persécution pour le Christ. — Et patientia. C'est le lien qui unit la souffrance et le royaume. — Les mots in Christo Jesu (simplement (( in Jesu » d'après la meilleure leçon du grec) semblent se rapporter simultanément aux trois substantifs qui précèdent, car ceux-ci sont reliés entre eux par un seul et même article. — Fui (èYevofxiQv ; à la lettre : je devins, c.-à-d. je fus, je me trouvai) in.,. Patmos. Aujourd'hui Patino , une des Sporades, dans la mer Egée, en face de Milet, à environ douze milles géographiques d'Éphèse. Cette île est petite, rocheuse, peu cultivée, presque sans arbres. Elle se compose de trois massifs, reliés par deux isthmes. Voyez VAtl. géogr., pi. xvii, et V. Guérin, Description de Vile de Patmos, Paris, 1856. D'après Pline l'Ancien, Eist. nat., IV, 12, 23, elle servait alors de lieu de bannissement. — Propter verbum... et... Nous avons évidemment ici le motif pour lequel Jean se trouvait à Patmos : il y avait été banni, comme l'affirme clairement la tradition (voyez la p. 786), parce qu'il était chi'étien, apôtre de Jésus-Christ. Les passages vi, 25 et sx , 4 ne permettent aucun doute sur ce point. C'est donc bien à tort que divers critiques contemporains parlent d'un voyage spontané que Jean aurait fait à Patmos, pour prêcher l'évangile.
10-11. Début de l'apparition du Christ. — Fui in spiritu. Cf. iv, 2 ; xx , 20. Cette locution revient à dire : Je tombai en extase. Comp. Act. XI, 5 et XXII, 17. Voyez aussi II Cor. xii, 2,3. — In dominica... Ce nom n'est employé qu'ici dans le Nouveau Testament. On lit ailleurs : « una sabbatl », le premier jour de la semaine, ou le lendemain du sabbat. Cf. Act. XX, 7; I Cor. xvi, 2, etc. — Vocem magnam...: une voii retentissante, qui se faisait entendre
derrière l'apôtre (post me). C'était probablement celle d'un ange, comme dans la suite du livre. D'après quelques commentateurs, qui s'appuient sur les vers. 12 et ss., c'eût été la voix de Jésus lui - même. — Quod vides. C.-à-d., tout ce que Jean devait contempler pendant la vision qui commençait alors, et qui ne s'achève que vers la fin du livre. — Scribe. Cet ordre retentit jusqu'à douze fois dans l'Apocalypse. Comp. le vers. 19; il, 1, 8, 12, 18; m, 1, 7, 14; xiv, 13; XIX, 9; XXI, 5. — Septem ecclesiis. Comp. le vers. 4". Cette fois, elles sont énumérées. Jean nomme Éphèse, la capitale de l'Asie proconsulaire ; de là il remonte au nord , en passant par Smyrne et Pergame ; puis il redescend au sud par Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée (Atl. géogr., pi. xvii). Il existait aussi des Églises Importantes à Troas ( Act. xx , 5 - 6 ; II Cor. II, 12), à Colosses (Co.. i, 2), à Hiérapolis (CoL IV. 13), etc., autres villes importantes de la province d'Asie : pourquoi ne sont -elles pas mentionnées? C'est le secret de Dieu. — Les mots quse... in Asia sont omis dans les meilleurs manuscrits grecs.
3« Description du Fils de l'homme, tel qu'il apparut à saint Jean. I, 12-16.
12-16. Jésus se manifeste à son apôtre, « revêtu de tous les insignes qui servent d'emblème aux différents aspects de sa gloire », c.-à-d. comme Dieu , comme prêtre et comme roi. — Conversus sum : puisque, d'après le vers. 10,1a voix s'était fait entendre derrière saint Jean. — JJt viderem (^Xeuciv, pour considérer attentivement) vocem... Le sens est clair, malgré l'incorrection du langage : pour voir celui dont la voix avait ainsi retenti. — Candelabrorum (Iv/^vioLç). Chez les anciens Grecs, lal-ox^'-oi. était un support , plus ou moins élevé , destiné à recevoir le >.TJ-/voç, ou la lampe (Atl. archéol., pi. xviii, flg. 5, 6, 10, 11). Les sept chandeliers figuraient, d'après l'explication de Jésus lui-même (voyez le vers. 20»), les cept Églises qui jouent un rôle considérable dans cette première partie du livre. — Similem Filio... (vers 13). Nous retrouverons cette expression plus bas, xiv, 14. Sur le titre
Apoc. I, 14-16.
rum aureorum similem Filio hominis, vestitum podere, et praecinctum ad mamillas zona aurea.
14. Caput aiitem ejus et capilli erant candidi tanquam lana alba et tanquam iiix, et oculi ejus tanquam flamma ignis ;
15. et pedes ejus similes aurichalco, sicut in camino ardenti ; et vox illius tanquam vox aquarum multarum.
16. Et habebat in dextera sua stellas septem, et de ore ejus gladius utraque parte acutus exibat; et faciès ejus sicut sol lucet in virtute sua.
d'or, quelqu'un qui ressemblait au Fils de l'homme, vêtu d'une longue robe, et ceint d'une ceinture d'or autour de la poitrine.
14. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche et comme de la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu ;
15. et ses pieds étaient semblables à l'airain quand il est dans une fournaise ardente; et sa voix était comme le bruit des grandes eaux.
16. Il avait dans sa main droite sept étoiles, et de sa bouche sortait une épée aiguë à deux tranchants ; et son visage était comme le soleil, lorsqu'il brille dans sa force.
de Fils de l'homme , voyez Matth, viii , 20 et le commentaire. Ce n'est pas un fils de l'homme humilié qui apparut à saint Jean , mais un Messie glorieux et transfiguré. — Podere. Le TîoS-ripiQç, dont 11 n'est pas question ailleurs dans le Nouveau Testament, était, comme son nom l'indique, un vêtement qui descendait jus-
Poddrès, ou long vétemcut tombant jusqu'aux pieds. (Peinture d'Herculanum.)
qu'aux pieds; par conséquent c'est ici un emblème de dignité, de majesté. Cf. Is. vi, 4; Ez. IX, 2, 11; Dan. x, 5 (AU. archéoL, pi. i, fig. 13, etc.). Les grands prêtres juifs portaient une robe de ce genre (Ex. xxviii ,4, 31 ; Eccli. xxvii, 8; Joièphe, Ant., in, 7, 12, etc.) — Ad mamillas. De même les anges, un peu plus bas (xv, fi). D'ordinaire, c'est autour des reins que les Orientaux enroulaient leur ceinture. Cf. Luc. xn, 36; Eph. vi, 14, etc. — Caput... et capilli
(vers. 14). Traduisez : Sa tête, c.-à-d. ses cheveux. — Candidi (Xeuxat, blancs) tanquam... La laine et la neige sont des emblèmes d'une blancheur éclatante. Cf. Dan. vu, 9, etc. Les cheveux blancs marquent d'ordinaire la vieillesse; ici, l'éternité. — Oculi... flamma... Symbole d'une science infinie, à laquelle rien n'échappe. Cf. Dan. X, 6. — Pedes ejus... (vers. 15). De la tête , la description descend à l'extrémité inférieure du corps. — \uricTialco. Le substantif grec xaXxoXîêavoç déi!ve des mots xâXxoi;, airain, et Xt'êavoç, encens du Liban. Il désigne donc, au propre, un airain blanc comme l'enctns, ou recueilli sur le mont Liban ; puis , par extension, un airain très brillant (brillant comme l'or, d'après la Vulgate). Selon quelques Interprètes, il s'agirait plutôt de l'electrum, métal célèbre dans l'antiquité, et composé de quatre cinquièmes d'or et d'un cinquième d'argent.Comp. Ez. I, 4, 27, etc., dans les LXX et la Vulgate.
— Le trait sicut in... met davantage encore en relief l'éclat des pieds du Christ. L'adjectif ardenti peut se l'apporter soit à « aurichalco » (d'après la leçon TTcTnjpwasvw), soit à camino ( si l'on préfère la variante usTnjpwjjLévY)). — Vox... tanquam... Même comparaison que dans Ézéchiel, r, 24 et xliit, 2, pour représenter une voix sonore et majestueuse. Cf. xiv, 9; xix, Kî, etc. — Et habebat... (vers. 16). Trois autres détails vont caractériser le Fils de l'homme comme le chef suprême de l'Église, comme un roi tout-puissant, comme le saint par excellence.
— Septem stellas. Elles figuraient les pasteurs des sept Églises (comp. le vers. 20""). En les tenant dans sa main (cf. ii, 1), Jésus montrait qu'elles étaient sous son entière dépendance. — De ore... gladius. Pour lutter contre ses ennemis. Cf. Il, 16 ; XIX ,15, 21 ; Is. xi.ix, 2, etc. Le nom grec pO[jLcpaîa s'applique à la longue et lourde épée des Thraces; il est souvent employé dans "e livre (cf. ii, 12, 16; vi, 8, etc.), seulement une fois ailleurs dans le Nouveau Testament (Luc. ii, 35). Notre livi'c mentionne aussi la (xaxo'iptx ; sorte de glaive plus court
Apoc. I, 17-20.
17. Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort ; et il \)osa sa main droite sur moi, en disant: Ne crains point ; je suis le premier et le dernier,
18. et le vivant; j'ai été mort, et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles, et j'ai les clefs de la mort et de l'enfer.^
19. Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver ensuite après elles,
20. le mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite, et des sept chandeliers d'or. Les sept étoiles sont les anges des sept Églises, et les sept chandeliers sont les sept Églises.
17. Et cura vidissem eum, cecidiad pedes ejus tanquani mortuus ; et posuit dexteram suam super me, dicens : Noli timere ; ego sum prinius et novissimus,
18. et vivus, et fui mortuus, et ecce sum vivens in ssecula saeculorum, et habeo claves raortis et inferni.
19. Scribe ergo quae vidisti, et quae sunt, et quae oportet fieri post hœc ;
20. ■ sacramentum septem stellarura quas vidisti in dextera mea, et septem candelabra aurea : septem stellse, angeli sunt septem ecclesiarum ; et candelabra septem, septem ecclesiae sunt.
(cf. VI, 4; XIII, 10, 14). — Utraque parte... Dans le grec : (Une épée) à deux tranchants, acérée. — Faciès... sicut sol. Comme durant le mystère de la transfiguration du Christ. Cf. Matth. XVII , 2 , etc. — In virtute ... C- à - d., quand le soleil brille de son plus vif éclat. Cf. Jud. V, 31.
3« Impression produite sur Jean par cette apparition ; Jésus le rassure avec bonté et lui réitère l'ordre d'écrire aux Églises. I, 17-20.
17-18. Effroi du voyant et première explication du Fils de l'homme. — Cecidi ad... Comme Daniel devant l'ange. Cf. Dan. viii, 17 et ss.; X, 7 et ss. Voyez aussi Matth. xvii, 6, etc. Le surnatui-el, ainsi contemplé face à face, remplit d'ordinaire les hommes de terreur. — Jésus rassura son apôtre tour à tour du geste (posuit dexteram... ; cf. Dan. x, 13, 16 et Luc. xxiv, 39) et de la voix {Noli timere; cf. Matth. xvii, 7; Marc. XVI, 6, eic). — Il se fit ensuite reconnaître de lui par trois traits caractéristiques. 1» Ego primus et... C.-à-d. : Je suis l'éternel (cf. Is. XLi, 4; XLiv, 6 et xlviii, 12). 2" Et vivus, et..., et... Jésus se dit ô ![cov, le vivant par antonomase. S'il ebt mort, ce n'a été que pour un temps très court; désormais il possède la vie éternelle (et ecce... vivens in.,.). Remarquez la manière dont l'auteur oppose ces deux faits l'un à l'autre : fui , d'une façon transitoire ; sum, à tout jamais. 3' Ealeo claves... L'enfer, c.-à-d. le séjour des morts (le s"ôl hébreu), est représenté comme une forteresse aux portes solides, dans laquelle la mort personnifiée renferme les trépassés. Cf. Matth. xvi, 18. Mais le divin ressuscité possède les clés de cette citadelle, et il délivre à son gré ceux qu'elle retient prisonniers.
19-20. Seconde explication du Fils de l'homme. — Il ordonne tout d'abord à Jean de consigner par écrit ce qu'il vient de lui manifester (Scribe... quse vidisti) et ce qu'il doit lui révéler encore, soit au sujet du moment présent (quse sunt) , soit par rapport à l'avenir (et quse oportet.'..). Les mots « quœ sunt » seront développés dans les chap. ii et m ; les mots « quae oportet... »i dans tout le reste du livre jusqu'à
xxii, 5. — Post hsec. C. à-d., à la suite des choses présentes. — Sacramentum (vers. 20). Dans le grec : le mystère. Ce mot dépend aussi du verbe « scribe» (cf. verset 19) : Écris le mystère que je te révèle, fais connnaitre la signification des sept étoiles et des sept chandeliers de la vision. Comp. les vers. 13» et 16». — Angeli sunt. Au figuré, pour désigner les évoques des sept Églises, comme pensaient à bon droit la plupart des anciens commentateurs.
Les chefs ecclésiastiques sont très justement comparés à des étoiles, puisqu'ils doivent éclairer les fidèles. — Et candelahra. Apposition à « sacramentum » sous le rapport de la construction ; mais le génitif serait plus clair :
Mystère des sept étoiles et des sept chandeliers... ^- Ecclesiee sunt. De même que le chandelier à sept branches, placé dans le tabernacle (Ex. XXV, 31 etss.), symbolisait la nation théocratique.
§ IL - Les sept lettres. II, l-III, 22.
Elles ont entre elles une grande ressemblance, car elles ont été composées d'après un modèle identique. Elles sont régulièrement précédées de la formule « Écris à l'ange de l'Église de... » ; puis, dans une autre petite introduction, « Haec dicit..., Haec dicit qui... » , le Christ se désigne comme l'auteur réel de l'épltre. Les titres qu'il prend alors sont presque tous empruntés au portrait qui a été tracé de lui ci - dessus , i , 6,
Cliandelier. (D'après les aQcicDS monumeuts.)
Apoc. II, 1-2.