CHAPITRE XII
1. Et un grana signe parut dans le ciel : une femme revêtue du soleil, et qui avait la lune sous ses pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.
2. Elle était enceinte, et elle poussait des cris, étant en travail, et ressentant les douleurs de l'enfantement.
3. Et il parut un autre signe dans le ciel : c'était un grand dragon roux, qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes.
1. Et signura magnum apparuit in cselo : mulier amicta sole, et luna sub pedibus ejus, et in capite ejus corona stellarum duodecim ;
2. et in utero habens, clamabat parturiens, et cruciabatur ut pariât.
3. Et visum est aliud signum in caelo : et ecce draco magnus rufus, habens capita septem , et cornua decem , et in capitibus ejus diademata septem.
19. Conclusion solennelle de la scène. — Apertum est. . . Le ciel continue d'être représenté sous la figure d'un temple. Cf. iv, 1 ; vi, 9, etc. — Visa est arca. . . Dans le sanctuaire primitif d'Israël, l'arche formait la partie principale du mobilier sacré (cf. Ex. xxxi, 7 et ss.; Hebr. IX, 4). Elle figurait le trône du Seigneur au milieu de son peuple. Elle est censée exister aussi dans le bienheureux séjour. Son apparition soudaine au moment où vient de commencer le règne éternel de Dieu est très significative : l'alliance est à jamais consommée entre le roi céleste et son peuple; elle est indissoluble. — Et facta sunt... Voyez vm, 5 et xvi, 18. Ce signe menaçant annonçait que Dieu allait réaliser ses desseins terribles contre le monde coupable. — Après cette ouv^erture grandiose, on croirait que le règne du Seigneur et de son Christ va réellement s'ouvrir; et pourtant, elle ne sert qu'à introduire la vision qui nous présente les trois grands adversaires dont Jésus- Christ devra triompher encore. C'est donc par anticipation que les habitants du ciel ont proclamé « l'issue certaine et prochaine de la lutte entre le ciel et l'enfer ». Ils ont exprimé, « sous une forme concrète on ne peut mieux choisie, cette idée abstraite que la victoire ne saurait être douteuse au moment qu'il plaira à Dieu d'engager le combat. »
20 Apparition de la femme et du dragon. XII, 1-6.
Le chap. xii décrit le premier acte de la lutte finale. De nombreux détails sont manifestement symboliques et n'appartiennent qu'à la vision; mais le sens général se dégage de luimême.
Chap. XII. — 1-2. La femme qui doit enfanter le Messie. — Et signum. Formule d'introductiou. Le signe est appelé grand à oause de
son Importance particulière. — Mulier... Cette femme est la mère du Christ, d'après le vers. 5. Toutefois, ce n'est pas à la Vierge Marie que s'appliflue la description, comme on serait porté à le croire tout d'abord, et comme plusieurs interprètes l'ont cru de fait. Une lecture attentive de ce passage ne tarde pas à montrer qu'il s'agit d'un personnage allégorique, d'une mère mystique, car plusieurs des traits signalés par l'auteur (comp. les vers. 2, 4^ 6, 13, 14-16) sont évidemment figurés. La naissance du Christ dont parle le vers. 5 est elle-même tout idéale. Aussi devons- nous appliquer ces figures à l'Église, surtout h l'Église de la fin des temps, qui travaillera plus que jamais à faire naître Jésus- Christ dans les âmes. — Le voyant trace un beau portrait de son héroïne : amicta. .., et luna... Le soleil lui servait comme d'un vêtement magnifique ( cf. Ps. cm , 2 ) ; la lune lui servait de piédestal et les étoiles de couronne. — Duodecim. Ce chiffre figure les douze tribus, ces éléments constitutifs de l'Israël idéal. Cf. Geu. xxxvii, 9-10. — In utero habens. C'est le trait principal de cette première partie du récit. — Clamabat... , et cruciabatur... Imparfaits de la durée, qui marquent des soufErances douloureuses et prolongées. Avec une nuance dans le grec : Et elle crie , souffrant des douleurs et étant tourmentée pour enfanter.
3-4. Le dragon apparaît à son tour, horrible et redoutable. Le contraste ne pouvait pas être plus saisissant. — Et visum, est. . . Petite introduction semblable à celle du vers. 1. — Draco. A l'origine, le mot ôpaxwv désignait simplement un serpent. Plus tard, il servit à représenter ce que nous appelons aussi un dragon, c.-à-d., comme dans le cas actuel, un animal monstrueux, dont la forme générale est celle du serpent, mais dont plusieurs membres sont tout à fait
4. Et cauda ejus trahebat tertiam partem stellarum cœli, et raisit eas in terrain ; et draco Btetit ante mulierem quse erat paritura , ut cum peperisset , filium ejus devoraret.
5. Et peperit filium masculum, qui rectums erat omnes gentes in virga ferrea ; et raptus est filius ejus ad Deum et ad thronum ejus.
6. Et mulier f ugit in solitudinem , ubi habebat locum paratum a Deo, ut ibi pascant eam diebus mille ducentis sexaginta.
Apoo. XII, 4-6.
4. Et sa queue entraînait la troisième partie des étoiles du ciel, et elle les jeta sur la terre. Et le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin que, lorsqu'elle aurait enfanté, il dévorât son fils.
5. Et elle mit au monde un enfant mâle, qui devait gouverner toutes les nations avec une verge de fer ; et son fils fut enlevé vers Dieu et vers son trône.
6. Et La femme s'enfuit au désert , où elle avait un lieu que Dieu avait préparé, afin qu'on l'y nourrît durant mille deux cent soixante jours.
extraordinaires. Ce monstre symbolise à n'en pas douter (comp. le vers. 9) le prince des démons, et il est ainsi appelé par allusion à l'histoire de la chute. D'ailleurs, tout ce qui se passe ici entre lui et la femme a sa contrepartie dans la scène racontée Gen. m , 1 et ss. Seulement, les rôles sont changés : Satan est totalement vaincu et la femme remporte , grâce
Cadmus combattant le Oragon. (D'après une peinture grecque.)
au secours divin, un triomphe complet. Le dragon est décrit, lui aussi, en quelques traits vigoureux. — Magnus : d'une taille gigantesque. Comp. le vers. 4». — Rufus. Couleur qui indique son caractère cruel et sanguinaire. Cf. vi, 4. — Capita. . . et comua. . . Deux emblèmes de sa force prodigieuse. Le nombre des cornes était de dix, comme pour la bête du chap. vu de Daniel , vers. 7. — Diademata... Symbole de l'autorité royale exercée par le dragon. — Cauda... trahebat... (vers. 4). Tandis qu'il faisait ses évolutions dans le ciel, sa queue heurtait les étoiles et les lançait hors de leur orbite. Cf. Dan. VIII, 10. Ce détail figure encore sa puissance irrésistible. Suivant quelques auteurs, il désignerait les mauvais anges, que Satan a entraînés dans sa chute (comp. le vers. 7); mais le contexte immédiat ne favorise pas cette interprétation, puisque l'auteur se borne pour le
moment à décrire la forme extérieure du dragon. — Stetit ante. . . : épiant le moment de la naissance de l'enfant, pour le tuer aussitôt. Symbole de la haine que Satan nourrit, depuis sa malédiction de l'Éden, contre « la semence de la femme », c.-à-d. contre le Messie. Cf. Gen. III, 15. Il fait tout ce qu'il peut pour lui nuire et lui enlever son empire sur les hommes ; ses efforts en ce sens redoubleront aux derniers jours du monde.
5-6. La femme donne le jour à un fils. — Peperit. . . C'est la figure de la naissance spirituelle, sans cesse réitérée, du Christ dans lésâmes des fidèles, grâce au ministère de l'Église.
Ainsi pensait déjà très justement Primasius. — Qui recturus. . . Mieux : Qui doit paître toutes les nations. Nouvelle allusion au Ps. II, 9. Voyez ii, 27 et le commentaire; xix, 15. Le nouveau -né n'est donc pas le Christ dans son humilité, tel qu'il apparut à Bethléem , mais le Messie tout -puissant et roi du monde entier. — Raptus...
Manièi'e de dire que l'enfant était en dehors des atteintes du démon.
ad Deum.
tout à fait
Ce détail aussi démontre que saint Jean pas eu en vue la naissance proprement dite de Jésus, mais sa naissance figurée. — Mulier fugit... (vers. 6). Image d'une profonde détresse, en même temps que de la retraite cachée et de la sécurité (ubi... habebat...). — Ut ibi pascant (le sujet du verbe est indéterminé : on la nourrira)... Allusion aux autres secours providentiels que l'Église de Jésus recevra de Dieu, aussi longtemps que durera sa détresse, pendant la dernière période de son histoire. — Diebus mille... Pendant trois ans et demi. Voyez xi^ 2-3 et le commentaire.
30 Le dragon est vaincu et chassé du ciel, XII, 7-12.
« Cette vision... , qui rappelle l'histoire de la première chute des anges, bignifie que Satan,
Apoo. XII, 7-12.
7. Et il y eut un grand combat dans le ciel ; Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon combattait avec ses anges.
8. Mais ceux-ci ne furent pas les plus forts , et leur place ne fut plus trouvée dans le ciel.
9. Et il fut précipité, ce grand dragon, ce serpent ancien, qui est nommé le diable et Satan, qui séduit le monde entier; il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui.
10. Et j'entendis dans le ciel une voix forte qui disait : Maintenant est établi le salut, et la force, et le règne de notre Dieu, et la puissance de son Christ ; car il a été précipité l'accusateur de nos frères, qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit ;
11. et eux-mêmes ils ont vaincu à cause du sang de l'Agneau, et à cause de la parole de leur témoignage, et ils n'ont pas aimé leur vie en face de la mort.