‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 800 sur 873 · et in fronte ejus nomen scriptum · texte numérisé non relu

et in fronte ejus nomen scriptum

Mysterium, Babylon magna, mater fornicationum et abominationum terrse.

6. Et vidi mulierem ebriam de sanguine sanctorum, et de sanguine martyrum Jesu ; et miratus sum , cum vidissem illam, admiratione magna.

7. Et dixit mihi angélus : Quare miraris? Ego dicam tibi sacramentum mulieris, et bestise quae portât eam, quae habet capita septem et cornua decem.

4. Et la femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles ; elle avait dans sa main une coupe d'or, pleine des abominations et de l'impureté de sa fornication.

6. Et sur son front était écrit ce nom : Mystère; Babylone la grande, la mère des fornications et des abominations de la terre.

6, Et je vis cette femme, ivre du sang des saints, et du sang des martyrs de Jésus ; et en la voyant, je fus frappé d'un grand étonnement.

7. Et l'ange me dit : Pourquoi t'étonnestu ? Je te dirai le mystère de la femme, et de la bête qui la porte, et qui a sept têtes et dix cornes.

poculum... Circonstance tout à fait caractéristique. Cf. Jer. Li, 7. C'est à cette coupe, pleine d'abominations de tout genre qui figurent sa conduite infâme , que Babylone avait fait boire tous les peuples, les entraînant dans l'idolâtrie (abominatione ; au pluriel dans le grec) et dans la débauche (ei immunditia...^. — Et in fronte...

Femme richement vêtue.

( D'après un vase grec.)

(vers. 5). Non pas sans doute sur le front même, mais sur un bandeau élégant qui entourait son front. A Rome, les femmes de mauvaise vie affichaient parfois ainsi leur nom. — Mysterium.

On peut, à la suite de nombreux commentateurs, rattacher ce mot à nomen, en guise d'apposition : Et sur son front était écrit un nom, un mystère ; c.-à-d., un nom mystérieux, qui doit être interprété allégoriquement. On peut aussi, mais moins bien, le regarder comme formant le début de l'inscription. — Babylon magna. Comme plus haut, à deux reprises, xiv, 8 et xvi, 19 : Babylone, la grande. — Mater fornicationum... Dans le grec : La mère des prostituées et des abominations de la terre. — La formule et vidi (vers. 6) introduit une accusation particulièrement grave : mulierem (dans le grec : la femme ; c.-à-d. cette femme) ebriam de... Cette misérable avait donc pris une très grande part à la persécution de l'Église, Voyez xvin, 24. Les locutions sanctorum et martyrum sont synonymes au fond ; mais la seconde ajoute à l'idée de sainteté celle du martyre proprement dit. Cf. II, IS'', etc. — Miratus sum... Jean avait déjà vu la bête (xiii , 14) ; mais il n'avait pas encore contemplé la femme , et dès là que celle-ci était assise sur la bête, il sentait qu'il devait y avoir entre ces deux êtres néfastes des relations dont il ne comprenait pas la nature. De là son grand étonnement.

7-18. Explication de la vision. Elle est, aujourd'hui encore, i emplie d'obscurité pour nous ; aussi ce passage est-il la partie la plus difficile du livre entier. — Le vers. 7 sert d'introduction : Quare miraris ? Au passé dans le grec : Pourquoi t'es -tu étonné? Comp. vu, 14, où l'un des vingt-quatre vieillards a supposé aussi que Jean pouvait interpréter par lui-même une vision céleste. — Sacramentum mulieris : to ixuaTv^piov, le mystère, la signification symbolique. — Mulieris et bestise. L'ange commencera par celle - ci , vers. 8 -14 , et il terminera par la femme, vers. 15-18. La manière dont il les unit montre qu'elles ne forment en réalité à elles deux qu'un seul et même mystère. — Au sujet de la bête, le trait quse... capita... et... est répété, parce que c'est lui qui va donner lieu aux explications pi-inclpales. — Fuit, et non eat^et,»

Apoc. XVII, 8-9.

8. La bête que tu as vue était et n'est plus; elle doit monter de l'abîme et aller à la ruine ; et les habitants de la terre dont les noms ne sont pas écrits dans le livre de vie depuis la création du monde, s'étonneront en voyant la bête, qui était et qui n'est plus.

9. Et ici il faut une intelligence qui ait de la sagesse. Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise ; elles sont aussi sept rois.

8. Bestia quam vidisti, fuit, et non est ; et ascensura est de abysso, et in interitum ibit ; et mïrabuntur inhabitantes terram (quorum non sunt scripta nomina in libro vitae a constitutione mundi) videntes bestiam, quse erat, et non est.

9. Et hic est sensus, qui habet sapientiam. Septem capita, septem montes sunt, super quos mulier sedet, et reges septem sunt.

L'ange distingue trois états successifs de la bête : elle a existé antérieurement; maintenant elle n'est plus, elle est comme morte; mais elle reviendra de 80n séjour ténébreux, munie d'une puissance satanique nouvelle, car ce séjour n'est autre que celui des démons (ascensura... de abysso; voyez xi, 17 et les notes). Les commentateurs reconnaissent très généralement que le trait a et non est » correspond à xni, S» : ~ « Vidl unum de capltibus. . . quasi occisum in mortem », C'est de part et d'autre la même pensée , sous une image différente. Ici on affirme de la bête tout entière ce qui n'avait été dit plus haut que de l'une de ses têtes. « La bête a déjà existé, non en personne, mais au figuré », c.-à-d. dans les Institutions et les hommes d'autrefois qui avaient par anticipation l'esprit de l'Antéchrist (cf. I Joan. II, 18; iv, 1 et ss.). Elle n'est plus : en ce sens que le Christ, par son incarnation, sa vie et ga passion, lui a porté un coup funeste. Mais elle reviendra sous les traits de l'Antéchrist personnel et proprement dit. — Après sa réapparition, 4« interitum ( d'après le grec :

à la perdition) ibit; cette fois, d'une manière définitive, grâce à la victoire

finale de Jésus-Christ. Cf. xix, 19-20; II Thess. Il, 3 et 8. — Mïrabuntur... Détail parallèle à celui de xiii,3''. — Quorum non... C.-à-d., ceux qui ne sont pas prédestinés au salut. Voyez m, 5 et le commentaire; xiii,,8, etc. Les mots a couftitutione mundi nous apprennent que le décret de prédestination est aussi ancien que le monde; il a même préexisté à la création, puisqu'il correspond aux desseins éternels de Dieu sur chacun des hommes. — Videntes ((3>v£7t6v- Twv)... Motif de l'admiration des peuples. Le grec est plus complet : Contemplant la bêto, parce qu'elle était, et qu'elle n'est plus, et qu'elle reparaîtra, C'^ist la même pensée qu'au commencement du verset i — Et (cette conjonction doit être supprini! V" d'après la meilleure leçon du grec) hic est... (vers. 9). Plus exactement : Ici est l'intelligence qui a de la sagesse ;

c.-à-d,: Ici il est besoin d'une sagacité et d'une pénétration particulières. Formule analogue à celles de xni, 8 et 18, et destinée à exciter l'attention sur un point important, — Septem capita... Après avoir Indiqué les divers états de la bête, l'ange explique ce qu'il fallait entendre, d'abord par ses sept têtes , vers, 9^-11 , puis par ses dix cornes, vers, 12-13, Corap, les vers. S** et 7^; xiii, 1. — Le début de la description, septem montes.... rappelle à l'esprit la « Roma septicoUis » des classiques (Properce, m, 11, 57 : « Septem urbs alta jugis, toto quae prœsidet orbi »; voyez aussi Horace, Carmen sœc, 7; Ovide, Trist, i, 4, 9; Varron, de Lin g. lat., IV, etc.), et montre que « la grande Babylone »

Rx>me assise sur les sept collineB. ( Monnaie antiçiue.)

est un emblème de Rome, comme l'admettaient déjà les anciens écrivains ecclésiastiques (entre autres, saint Irénée, adv. Eser., v, 26; Tertullien, adv. Jud., ix; saint Jérôme, in Is. xxiv, 7-8, et xLvii, 1, etc.). Mais celle-ci n'est en cet endroit ni la Rome païenne d'alors, ni la Rome chrétienne imbue de nouv*^au de l'esprit païen à la fin des temps; elle figure à son tour la capitale mystique de l'empire de l'Antéchrist, aux derniers jours du monde. — Super quos mulier... D'après le vers. 3 , les sept collines correspondent donc à la bête aux sept têtes, par conséquent à l'Antéchrist, envisagé d'abord dans son existence impersonnelle et anticipée (« fuit », vers, 8; « qnae erat », vers, 11), De même que la Rome historique était assise sur sept collines, de même, dans la vision de Jean, la cité mystérieuse dont elle est la figure est comme assise;,

Apoo. XVIT, 10.

10, Quinque ceciderunt; unus est, et alius nondum venit ; et cum venerit, oportet illum brève tempus manere.

10. Cinq sont tombés; l'un est, et l'autre n'est pas encore venu, et quand il sera venu, il doit demeurer peu de temps.

d'après la suite de la description, sur les sept grands empires qui se sont succédé dans l'histoire du monde. — Et reges septem... Ces mots ne contiennent pas , au sujet des sept têtes , un nouvel éclaircissement, distinct de celui qui précède ; ils servent à préciser davantage le premier. En réalité, les sept rois ne diffèrent pas des sept montagnes , et, comme elles, ils représentent des empires. Sans doute , de prime abord on est porté à voir en eux des rois individuels, et c'est en ce sens que d'assez nombreux commentateurs ont interprété notre passage, à la suite de saint Victorin ; mais , avec un tel point de départ , il leur est extrêmement difficile d'expliquer les vers. 10 et 11. Un étonnant désaccord règne d'ailleurs entre eux pour les détails. Par exemple, Bossuet et Calmet comptent à partir de Dioclétien et trouvent, outre ce prince. Maximien, Constance Chlore , Galère, Maxence (« cinq sont tombés »), Maximin (« l'un d'eux existe »), et Licinius (« l'autre n'est pas venu »). D'autres partent de Domitien, parce que c'est de son règne que date la composition de l'Apocalypse ; mais ils remontent de lui jusqu'à Claude, en passant par Vitellius, Othon, Galba et Néron; puis, sans tenir compte de Vespasien, de Titus et des autres, ils affirment que le septième roi est Julien l'Apostat. On le voit, ces applications à l'histoire contemporaine de saint Jean ne mènent à aucun résultat solide. Il faut aussi dire un mot de l'interprétation rationaliste, basée sur le même principe, mais allant beaucoup plus loin. D'après elle, rien de plus clair que la présente description. « L'auteur a nettement déterminé l'horizon qu'embrasse son regard prophétique... ; Il a désigné nominativement les principaux personnages du drame qu'il déroule devant nos yeux... La capitale bâtie sur sept collines ne peut être que Rome... Ses rois sont donc les empereurs romains. L'auteur écrit pendant le règne du sixième, les cinq premiers appartenant déjà au passé. Après Auguste, Tibère, Caïus, Claude et Néron, nous arrivons à Galba. Le nombre total des empereurs étant déterminé par l'analogie de celui des collines et des têtes, et la durée de l'empire depuis le moment présent jusqu'à la catastrophe finale étant fixée... à trois ans et demi (ch. xr, 2, 3; xii, 14), et celle-ci d'une manière générale à un terme rapproché (i, 3, 4; XXII, 6 , 10) , on comprend comment l'auteur a pu dire que le septième roi ne resterait que peu de temps , sans que nous soyons pour cela autorisés à penser qu'il s'agit du personnage historique d'Othon. L'Apocalypse a donc été écrite sous le règne de Galba, c.-à-d. dans l'intervalle des deux époques où l'on put connaître en Asie la mort de Néron , arrivée le 9 juin 68, et celle de Galba, tué le 16 janvier 69... L'un des sept irois) reviendra une seconde fois comme huitième... Ce roi qui doit reparaître n'est évidem-

ment pas le sixième, régnant actuellement; ni le septième, qui, dans ce cas, se succéderait à lui-même. Il faut que nous le cherchions parmi les cinq premiers. L'auteur ajoute qu'il sera... la bête elle-même, c.-à-d. l'Antéchrist... Si, comme l'un des rois, il a été précédemment déjà le persécuteur des chrétiens, 11 réapparaîtra une seconde fols comme un démon incarné, et osera lutter contre Dieu même et son oint. Tout cela s'adapte parfaitement à l'empereur Néron, et à l'horreur que son nom inspirait à l'Église. Nous savons par des témoignages contemporains (Tacite, HisL, ii, 8; Suétone, Nero, 57), que, pendant toute la durée du règne de Galba, et encore longtemps après, le peuple refusait de croire à la mort de son prédécesseur, et le croyait retiré quelque part pour préparer sa restauration... Parmi les chrétiens... la croyance à l'Antéchrist Néron et à son retour à la fin des temps se maintint longtemps encore... Mais il y a bien plus ; l'auteur lui-même le désigne nominativement à la fin du xiii^ chap. (au vers. 18, par le nombre 666 , interprété dans le sens de « César Néron »; voyez la note); seulement, il le fait d'une manière énigmatique. » Ainsi parle M. E. Reuss , l'un des principaux chefs de l'école rationaliste contemporaine ( Apocalypse , p. 3 , 25, 26 et 27). Rien de plus simple en apparence que ce système; mais, s'il est si simple, pourquoi n*a-t-il pas été adopté dès l'origine, notamment par saint Irénée, par Tertullien, etc.? C'est qu'il s'appuie sur des données ou entièrement fausses, ou d'une application inexacte. Ainsi, l'Apocalypse a été composée sous le règne de Domitien, et non sous celui de Galba (voyez rintrod., p. 786). Elle se présente comme un livre prophétique dans la plupart de ses détails (voyez la p. 787); or, dans l'hypothèse rationaliste, les événements devaient donner bientôt à l'auteur le démenti le plus formel, puisqu'il annonçait la venue de l'Antéchrist dans un délai très court : comment se fait-il, après cela, que le livre ait conservé dans l'Église une telle autorité? Puis, cette hypothèse ne repose en fin de compte que sur des bruits populaires assez insignifiants. Aucun des premiers écrivains ecclésiastiques ne parle de l'acceptation de cette légende par les chrétiens de leur temps; Lactance, de Morte persecutor., ii, et saint Augustin, de Civ. Dei, xx , 19, disent bien qu'un certain nombre de leurs contemporains regardaient Néron comme le futur Antéchrist ; mais ils protestent contre cette croyance, qu'il est étrange assurément d'attribuer à saint Jean. Voyez aussi Sulpice Sévère, Chron., ii, 28, et saint Jérôme, in Dan. xi, 12. — Nous croyons donc, avec de nombreux commentateurs anciens et récents, que les sept rois sont symboliques, comme les sept montagnes, comme Rome même. Ils figurent, d'après l'analogie du chap. vu de Daniel , les grandes monarchies païennes ou animées de l'es-

Apoc. XVII, 11-15.

11. La bête, qui était et qui n'est plus, est elle-même la huitième ; et elle est des sept, et elle va à la ruine.

12. Et les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n'ont pas encore reçu la royauté ; mais ils recevront la puissance comme rois pendant une heure, avec la bête.

13. Ils ont un même dessein, et ils donneront leur force et leur puissance à la bête.

14. Ils combattront contre l'Agneau, et l'Agneau les vaincra, parce qu'il est le Seigneur des seigneurs, et le roi des rois ; et ceux qui sont avec lui sont les appelés, les élus et les fidèles.

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