‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 810 sur 873 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

1. Et je vis descendre du ciel un ange qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main.

2. Il saisit le dragon, l'antique serpent, qui est le diable et Satan, et il le iia pour mille ans.

3. Et il le jeta dans l'abîme, qu'il ferma et scella sur lui, pour qu'il ne séduisît plus les nations jusqu'à ce que les mille ans fussent écoulés ; après cela il doit être délié pour un peu de temps.

1. Et vidi angelum descendentem de cselo, habentem clavem abyssi, et catenam raagnam in manu sua.

2. Et apprehendit draconem, serpentem antiquum, qui est diabolus et Satanas, et ligavit eura per annos mille ;

3. et misit eum in abyssum , et clausit ,. et signavit super illum, ut non seducat amplius gentes donec consummentur mille anni ; et post hsec oportet illum solvi modico tempore.

— Vivi missi...: par contraste avec le reste de l'armée, qui périt par le glaive. Comp. le vers. 21.

— In stagnum ignis... Dans l'enfer. Cf. xx, 9'', etc. — Ceteri... (vers. 21). Ce carnage fut l'œuvre du Christ lui-même. Quoiqu'il y eût une armée nombreuse , le Verbe de Dieu semble avoir pris seul une part effective au combat.

2° La défaite totale de Satan. XX, 1-10.

Satan, qui a été le principal instigateur de la lutte du monde contre Dieu, recevra lui aussi son châtiment éternel et complet. Mais le récit fait d'abord, dans les vers. 1-6, quelques pas en arrière, pour nous ramener, avant de décrire la ruine définitiv'e de l'empire du dragon, à une époque où sa puissance avait éprouvé un premier échec très considérable, c.-à-d., au premier avènement du Christ , qui avait été le commencement de la défaite de Satan. Les vers. 7-10 racontent la dernière phase de sa révolte et de son châtiment.

Chap. XX. — 1-4. Le dragon est précipité dans l'abîme. — Angelum descendentem... Comme plus haut, xviii, 1. — Habentem clavem... Voyez IX, 1 et le commentaire. L'abîme, c'est l'enfer, par conséquent le séjour habituel du dragon; l'ange l'y enferme pendant quelque temps. — Catenam magnam. D'après le contexte, pour ie réduire, et l'empêcher de nuire aux hommes. — In manu sua. Le grec dit : sur sa main. Voyez v, 1 et les notes. Les extrémités de la chaîne pendaient des deux côtés. — Et apprehendit (vers. 2) : èxpaT'riffev, il saisit fortement. Cf. XIX, 20. — Draconem, serpentem... Remarquez l'accumulation solennelle des synonymes. Cette phrase rappelle beaucoup le passage xu-, 9 (voyez le commentaire); les noms donnés au prince des démons sont les mêmes.

— Et ligavit...: d'une manière symbolique.

puisque le dragon est un être spirituel. — Pcr annos mille. Disons dès à présent que ces mille ans, célèbres dans l'histoire de la théologie, et mentionnés encore dans les vers. 3, 4, 5, 6 et 7 (six fois en tout, avec une insistance frappante), peuvent être regardés comme un de ces nombreux détails de l'Apocalypse qu'il n'est pas nécessaire d'interpréter à la lettre. C'est probablement un chiffre rond, pour représenter l'espace de temps indéterminé qui doit s'écouler avant le jugement fénéral, entre l'ascension du Sauveur et son second avènement. Ce nombre paraît du moins représenter une durée considérable, surtout si on le rapproche du « modicum tempus » mentionné au vers. 3"^, des 1260 jours et des douze mois deg chap. xi, 2, 3 et XII, 6, etc. — Misit... et clausit... et... (vers. 3). Le récit est très circonstancié, malgré sa bi'ièveté. Il exprime de plus en plus, au moyen de figures dramatiques, cette pensée que, par l'incarnation du Christ, la puissance de Satan fut singulièrement réduite. Cf. Luc. x, 18. — Signavit super... : de même que les Juifs firent apposer les scellés sur la tombe de Jésus ( Matth. XXVII, 66). — Donec mille anni. Avec l'article dans le grec : les mille ans (dont il a été fait mention au vers. 2). — Post hsec... solvi... Le narrateUiT reviendra plus bas , vers. 7 , sur ce détail. Le verbe oportet (Set) marque une nécessité provenant du plan divin.

4-6. Le règne de mille ans. C'est là aussi « un des endroits les plus obscurs de la révélation mystérieuse faite à saint Jean » (F. Vigoureux). Après avoir lu des pages très nombreuses sur ces lignes, nous ne croyons pas qu'il soit possible d'en donner une explication entièrement satisfaisante. — Vidi sedes. Des trônes, d'après le grec. Ils devaient servir à Dieu et à ses asses-

b/^ Apoc. XX, 4.

4. Et vidi sedes, et sederunt super eas, et jndiciura datum est illis ; et animas decollatorura propter testimonium Jesu, et propter verbum Dei, et qui non adora verunt bestiam, neque imaginem ejus, nec acceperunt characterem ejus in frontibus aut in manibus suis, et vixeruQt, et regnaverunt cum Christo mille annis.

4. Et je vis des trônes, et ils s'assirent dessus, et il leur fut donné de juger. Je vis aussi les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoigaage de Jésus et à cause de la parole de Dieu, et de ceux qui n'avaient point adoré la bête, ni son image, et qui n'avaient pas pris sa marque sur leur front ni sur leurs mains; et ils vécurent, et régnèrent avec le Christ pendant mille ans.

seurs {aeUruvt), pendant le grand drame du jugement. Cf. Dan, vir, 9-10. L'auteur ne dit pas si c'est au ciel, ou sur la terre, ou ailleurs, que les trônes furent placés ; plus probablement au ciel, d'api es l'ensemble du récit. — Judic'UTi. C.-à-d., le droit de juger. Cf. Dan. vu, 22. C'est Dieu, évidemment, qui accorda le pouvoir; mais à qui faut -il appliquer le pronom illis? Aux anges, suivant les uns; selon d'autres, aux vingt -quatre vieillards; ou enco e, aux douze apôtres (cf. Matth. xix, 28). Il est niieiix de ne pas préciser ce détail. Qui devait -on juger? Peut-être, d'après le contexte, ceux qui seraient dignes de régner avec le Christ pendant mille ans. — Animas decollatorum. La Vulgate a bien traduit le verbe grec TreXey.ts'o , qui signifie : trancher avec la hache. Beaucoup d'exécutions capitales avalent lieu de cette manière dans l'empire romain. Métonymie pour dé^isigner tous les genres de martyre. Sur la formule piopter testimonium..., et..., voyez i, 9 et le commentaire. — Et qui non..., nec... Il s'agit d'une autre catégorie de chrétiens, qui étaient demeurés fidèles (cf. XIII, 15-17), mais sans avoir à répandre leur ?ang pour leur foi. Comme plus haut, la bête désigne l'Antéchrist; mais ce dernier, ainsi qu'il a été dit plusieurs fois, a eu des précurseurs nombreux dans le cours de l'histoire de l'Église, avant de paraître en personne, et c'est d'eux peut-être qu'il est ici question. — Vixerunt. C.-à-d. : Us revinrent à la vie. Ce trait suppose que l'auteur a voulu aussi désigner des morts par la formule « et qui non adoraverunt... » — Regnaverunt cum Christo. Notez qu'il n'est pas dit le moins du monde que ce règne aura lieu sur la terre. — Mille annis. Période identique à celle pendant laquelle Satan doit demeurer enchaîné (comp. les vers. 3 et 7). Comme on le sait, c'est de ce passage qu'est née l'erreur du millénarl-»me. En l'interprétant d'une façon littérale, on en a souvent conclu qu'après la défaite de l'Antéchrist, de Satan et de tous leurs alliés, et avant la résurrection générale, Il y aura ici-bas, pour les martyrs et les principaux Saints, ressuscites à part , une période de bonheur très grand , quoique encore incomplet, période pendant laquelle Jésus-Christ régnera visiblement et sans conteste au milieu d'eux. Les mille ans écoulés, Satan sera délivré de sa prison, ainsi qu'il est dit au vers. 7, et il essayera de soulever une dernière fols les peuples contre Dieu ; mais cette tentative avortera comme les précédentes. Alors seu-

lement aura lieu la résurrection générale, puis le jugement, et l'éternité commencera, bienheureuse pour les élus, malheureuse pour les damnés. Ce sentiment a été adopté par plusieurs de nos écrivains ecclésiastiques les plus anciens et les plus en renom, tels que Papias, saint -Justin (Dial., 80), saint Irénée (adv. Hser., v, 24-36), Tertullien, Lactance, etc. Mais 11 y a une tiès grande différence entre leur opinion et le millénarisme grossier de certains hérétiques, qui avait précisément poussé Denys d'Alexandrie à nier l'authenticité de l'Apocalypse, comme il a été dit dans l'Iutrod., p. 784. Une réaction te produisit au iv» siècle, et il fut bientôt généralement admis que ce passage ne prédit pas autre chose que la royauté spirituelle de Jésus- Christ sur la terre depuis son premier avènement, telle que divers oracles de l'Ancien Testament l'annoncent aui^si,et telle que l'a réalisée l'histoire de l'Église. Saint Jérôme (in Is. xvii, 60 ; in Ez.xxxvi; in Zach. xi\, etc.) joua un grand rôle dans cette heureuse transformation ; de même saint Augustin (de Civ. Dei, xx, 7), qui avait compté d'abord parmi les «milliarii» modérés. On s'en tint là pendant des siècles; puis les Anabaptistes, au temps de la Réforme, prêchèrent à leur tour l'existence d'un règne terre.-tre du Christ dans le sens millénaire. Aujourd'hui encore , divers commentateurs, protestants pour la plupart, se rallient à un millénarisme mitigé, spirituel, parce que, disent -ils, le sens littéral du texte le demande, et en outre parce que l'existence de l'Église ne paraît pas réaliser suffisamment, à elle seule, ce qui est dit ici de la répression des pouvoirs de Satan , de la royauté exercée simultanément par Jésus- Christ et par ses saints, etc. Les rationalistes sont moins embarrassés : lis ne voient dans ce passage qu'une fable rabbinique adoptée par l'auteur, ou bien, une description purement Idéale, qui décompose en plusieurs actes, accomplis successivement, le grand drame de la résurrection des morts et du jugement dernier. Nous aussi, nous croyons avec saint Jérôme, saint Augustin et cent autres, qu'il faut idéaliser, mais dans un tout autre sens. « Le Christ établit son royaume; c.-à-d., il fait triompher la vérité, la justice, la sainteté (depuis son Incarnation), et par suite 11 inaugure une ^re de bonheur pour les siens », qui régnent avec lui, étant rois en même temps que sujets. Il ne nous semble pas qu'il soit ici question, comme le pensent quelques antres comuitntateurs, d'une

Apoc. XX, 5-8.

5. Les autres morts ne revinrent pas à la vie jusqu'à ce que les mille ans fussent écoulés. C'est là la première résurrection.

6. Heureux et saint celui qui a part à la première résurrection. Sur eux la seconde mort n'a pas de pouvoir, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans.

7. Et lorsque les raille ans seront écoulés, Satan sera délié de sa prison, et il sortira, et il séduira les nations qui sont aux quatre angles de la terre, Go^ et Magog, et il les assemblera pour le combat ; leur nombre est comme le sable de la mer,

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