‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 88 sur 873 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

1. Infirmum aiitem in fide assumite, non in disceptationibus cogitationum.

2. Alius enim crédit se raanducare omnia ; qui autem infirmus est, olus manducet.

1. Accueillez celui qui est faible dans la foi, sans contester les opinions.

2. Car l'un croit pouvoir manger de tout; l'autre, qui est faible, ne mange que des légumes.

de foi. Cette question n'est cerl.aiacincnt pas sans difficultés. A première vue, il semble qu'il en est réellement comme il vient d'être dit; mais , en étudiant de plus près les textes, on voit que 03 sentiment n'a pas rie base solide. Comme leur divin Maître, les apôtres, et en particulier saint Paul, Insistent souvent sur l'ignoi-ance où nous sommes de l'époque de la fin du monde ; ils ne pouvaient donc pas songer à fixer la date précise de la fin. des temps. Si parfois ils se placent eux-mêmes parmi ceux qui vivront alors, c'est par une simple figure de rliétorique. Souvent ils supposent clairement qu'un a^sez long Intervalle les séparait du second avènement du Christ (cf. II Thess. ii, 1 et ss.), puisqu'ils annoncent des faits intermédiaires, dont la réalisation demandait un temps considérable. C'est ainsi que saint Paul, au chap. xi, a prédit, mais pour une époque éloignée, la conversion du peuple juif. Or, il ne pouvait pas i-e contredire à deux pages de distance. Enfin, le temps est si court en lui-même, si rapide, que la fin du monde arrive à tout instant avec une promptitude effrayante; à plus forte raison en est-il ainsi pour chaque individu , qui n'a que quelques années à vivre avant ce qui est la fin pour lui. Saint Paul et les autres apôtres se conduisent donc ici comme leur Maître lui-même, qui, après avoir affirmé que persoime , si ce n'est son Père, ne connaît la date du jugement dernier, profite aussitôt de ce jugement, pour exciter ses disciples à la vigilance (Matth. xxiv, 36 et ss. ; Marc, xiii, 22 et ss ; Luft. xxi, 34 et ss.). Voyez F. Vigouroux, les Livres saints et la critique rationaliste, t. IV, p. 565-570 de la 2« édit., Paris, 1890; du même, le Dict. de la Bible, t. II, col. 2274-2278; Cornely, h. l.

§ III. — Conduite à tenir à l'égard des chrétiens faibles dans la fui. XI V, 1 — XV, 13.

L'apôtre passe aux relations mutuelles qu'il voudrait établir entre ceux qu'il nomme les forts et les faibles. Comp. I Cor. viii-x, où 11 traite plus longuement encore une question identique. A Rome, comme en Palestine, en Galatie et partout ailleurs, les Juifs convertis ne se débarrassaient qu'avec peine de leurs anciennes croyances en ce qui concernait l'observation de la loi mosaïque, et ils continuaient à pratiquer plus ou moins les préceptes relatifs à la nourlitiire et aux fêles, refusant de manger tels ou tels mets, s'obcitinuut à célébrer le sabbat, les

nouvelles lunes, etc. Des préjugés du même genre existaient pour quelques chrétiens issus du paganisme, qui craignaient (cf. I Cor. viii, 1 et ss.) que certaines viandes mises en vente sur le marché eussent été offertes aux idoles. De là des divergences qui pouvaient troubler les Églises naissantes ; de là aussi la possibilité de scandales , si les chrétiens portés au scrupule agissaient contre leur conscience. Saint Paul s'efforce de mettre tout le monde d'accord, au moyen de quelques principes d'une parfaite sagesse. Il s'adresse d'abord simultanément aux deux partis, xiv, 1-12, puis en particulier aux forts, xiv, 13-23; son raisonnement redevient ensuite général, xv, 1-13.

1° C'est Dieu qui jugera les forts et les faibles ; qu'on lui abandonne donc ce soin. XIV, 1-12.

Dans cette première série de versets, l'apôtre fait appel à la foi de ses lecteurs; il stimulera ensuite leur charité.

Chap. XIV. — 1-5. Exhortation à la condescendance mutuelle. Nous avons ici comme une f^olution provisoire de la question, — Infirmum... in fide. Le faible dans la foi est celui qui ne comprend pas toute 1 1 portée de ce principe : On est sauvé par la f ji en Jésus -Christ. C'est pourquoi il désire rendre son salut plus certain par des pratiques particulières de dévotion, de religion, etc. Ses convictionschrétiennesmanqutnt de clarté, et sont incapables de le guider à travers les dédales de la vie ; il ne sait pas distinguer ce qui est nécessaire et ce qui est facultatif. Sous bien des rapports, il se confond avec le scrupuleux. Quelques interprètes donnent ici au mot « fides » la signification de conscience, qu'il a au vers. 23. Cela ne change pas beaucoup la pensée. — Assumite. C.-à-d. , accueillez -le avec bonté. — Non in disceptationibus... : sans discuter ses opinions personnelles. Le grec dit avec l'accusatif : « Non ad dijudicationes... »; l'accueil recommandé ne doit pas aboutir à une discussion qui diviserait encore davantage les esprits. — Saint Paul va préciser davantage la situation à laquelle il a fait allusion (vers. 2 et ss.): Alius... crédit... Le chrétien en question, fort et ferme dans la fol, est convaincu qu'il peut manger licitement de toutes sortes de mets. — Infirmus... manducet. D'après la leçon la plus autorisée, le grec a ÈcOtei à rindicatll présent (« manducat »). Saint Paul ne donne donc pas d'ordre en cet endroit; il se contente de décrire ce qui avait lieu des deux part;.

Rom. XIV, 3-6.

3. Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas ; et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange : car Dieu l'a pris à son service.

4. Qui es -tu, toi qui juges le serviteur d'autrui? S'il demeure ferme, ou s'il tombe, cela regarde son maître; mais il demeurera ferme, car Dieu est puissant pour l'affermir.

5. De même , l'un met de la différence entre les jours, l'autre considère tous les jours comme égaux. Que chacun abonde en son sens.

6. Celui qui distingue les jours, les distingue pour le Seigneur ; celui qui mange, le fait pour le Seigneur, car il rend grâces à Dieu ; et celui qui ne mange pas, le fait pour le Seigneur, et il rend grâces à Dieu.

3. Is qui raanduôat, non manducantem non spernat, et qui non manducat, manducantem non judicet : Deus enim illum assumpsit.

4. Tu quis es, qui judicas alienum servum? Domino suo stat, aut cadit ; stabit autem, potens est enim Deus statuere illum.

5. Nam alius judicat diem inter diem ; alius autem judicat omnem diem. Unusquisque in suo sensu abundet.

6. Qui sapit diem. Domino sapit; et qui manducat. Domino manducat, gratias enim agit Deo; et qui non manducat, Domino non manducat, et gratias agit Deo.

Plusieurs chrétiens, craignant que les viandes n'eussent été profanées de quelque manière, surtout en étant offertes aux idoles, se contentaient d'une nourriture végétale. — Is qui... (vers. 3). Règle de conduite , soit pour les forts, soit pour les faibles. D'après le verset précédent, les premiers sont désignés par les mots « Celui qui mange »; les autres, par la formule « Celui qui ne mange pas ». — Non spernat. En effet , les forts étaient naturellement portés à regarder avec orgueil et avec mépris les embarras méticuleux des faibles. Ceux-ci, au contraire , étaient tentés de juger avec sévérité une liberté qu'ils prenaient pour de la licence; de là cet ordre : Non judicet. — Deus enim... Motif de ce support mutuel. On n'a pas le droit de juger sévèrement celui que Dieu a reçu avec bonté dans son Église, comme l'un de ses enfants. Divers interprètes rattachent le pronom illum tout à la fois au fort et au faible; selon d'autres, il ne désignerait que le chrétien fort, dont il a été question en dernier lieu. — Tu quis es... (vers. 4). Aposti'ophe sévère. Elle retombe directement sur les faibles dans la foi, comme le démontre l'emploi du verbe judicas, qui a précisément servi , au vers. 3 , à décrire la conduite des faibles à l'égard des forts. — Les mots a'ienurn servum portent l'idée principale. Un serviteur, et surtout un oixérr)? (comme il est dit dans le grec), employé au service personnel de son maître, n'est responsable qu'envers ce dernier, qui a seul le droit de le juger. Or un chrétitn est le serviteur intime de Dieu : Domino suo ( dans le grec : pour son propre maître)... — Stat, aut cadit. Les deux verbes sont pris au figuré, pour marquer la persévérance Adèle, ou la chute par le péché. Qu'il tombe ou qu'il demeure ferme, le chrétien ne doit rendre compte de sa conduite qu'à Dieu. — Stabit autem... L'apôtre se corrige pour ainsi dire, comme s'il regrettait d'avoir supposé un instant la possibilité d'une chute. Au lieu de

Comment. — VIII.

« stabit », le grec dit au passif ; aTaÔr|<j£Tat , il sera établi, soutenu. C'est Dieu lui -même qui se chargera de maintenir son serviteur dans le bien : potens est... — Au vers. 5, saint Paul passe à un autre genre de faiblesse, qui consistait à fêter certains jours particuliers, et qui occasionnait aussi des dissentiments parmi les chrétiens de Rome. Il n'est pas slir que la particule yàp (vam) soit authentique; elle est omise par de nombreux manuscrits et de nombreuses versions. — Judicat diem inter. . Dans le grec : (Un auti*e) juge un jour en comparaison d'un jour; c.-à-d. , estime un jour plus sacré qu'un autre. Dans ses épitres aux Galates, iv, 10-11, et aux Colossiens, ii, 16-17, l'apôtre condamne assez sévèrement cette pratique superstitieuse. A Rome, où elle allait moins loin sans doute , il se borne à la traiter comme ime chose indifférente en elle-même ; à une condition pourtant, c'est qu'on agisse en cela suivant sa conscience, et point à la légère, ni par scrupule : Unusquisque... C'est ici encore un principe important. La locution latine « abonder daos son sens » ne rend pas tout à fait la force du grec, qui serait mieux traduit par la formule : Être certain dans son propre esprit ( sv Tto ibiiù voi); c.-à-d., agir avec une pleine conviction. 6-9. La raison pour laquelle ces deux manières d'agir sont également licites, c'est que, malgré leur divergence extérieure, elles sont inspirées par une même intention, celle de servir le Seigneur et de lui plaire. — Qui sapit ( 6 cppovôiv )... Celui qui se préoccupe de tel ou tel jour pour le fêter, comme faisaient les faibles. — Domino... C'est pour le Seigneur qu'il s'en préoccupe, en vue de lui rendre hommage et de l'honorer ainsi. — Et qui manducat. . . Même raisonnement à propos des mets qu'au sujet des jours fériés. — La preuve que celui qui mange de toutes sortes d'aliments se propose d'agir en cela pour le Seigneur, c'est qu'il rend grâces à Dieu avant que de les prendi-e : gratias enim...

Rom. XIV, 7-12.

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