CHAPITRE XXX
Job décrit l'état où il est tombé.
1. Mais maintenant je suis tourné en ridicule par des Aomunes plus jeunes que moi, dont «utrefois je n'aurais pas daigné mettre les pères avec les chiens de mon troupeau;
job.
2. Dont je comptais pour rien ia force de la main, et qui me paraissaient méme indignes de la vie;
3. Qui desséchés parla détresse et la faim, rongeaient dans un désert ce qu'ils pouvaient y trouver, défigurés par le malheur et la misere ;
4. Qui mangeaient des herbes et des écorces d'arbres, et dont la racine des genévriers était la nourriture;
9. Qui allaient les enlever dans les vallées, et qui, en ayant trouvé quelqu'une, y accouraient en criant ;
6. Qui habitaient dans des déserts auprès des torrents, dans les cavernes de la terre, ou sur le gravier;
chaleurs de l'été, et lorsque la terre était toute desséchée, et comme altérée, les auteurs sacrés empruntent de là des images, pour marquer une grande avidité, un ardent désir.
24. La lumière de mon visage; c'est-à-dire un regard gracieux de ma part. — Ne tombait pas à terre; n'était pas négligé, était au contraire très bien accueilli.
1. * II* partie du XIe discours de Job : Malheurs présents, xxx. — Ils sont décrits en trois tableaux qui commencent tous par 16 mot maintenant.— 19 Maintenant les hommes les plus méprisables s'élèvent contre lui, 1-8; — 29 maintenant il est pour eux un objet de moquerie; ils l'attaquent de toutes leurs forces, 9-15; — 3e maintenant il a cependant assez à souffrir, sans cette peine de surcroit, dela part de ses propres maux et de la part de Dieu, 16-23. — 40 Combien moins ses amis devraient-ils se tourner contre lui, puisque sa félicité passée s'est changée en une douleur si cruelle! 24-31.
2. Dont je complais pour rien, etc.; la force de leur bras m'était entièrement inutile; je n'avais nullement besoin de leur secours.
3. Ce qu'ils pouvaient y trouver. Ces mots ou autres semblables sont sous-entendus ; à moins qu'on ne considère comme complément du verbe actif rongeaient (rodebant), les mots herbes (herbas) et écorces d'arbres (arborum cortices); genre de construction qui n'est pas rare dans la Vulgate.
4. * Des herbes, en hébreu, malouakh, kali des Arabes, espèce d'arroche, d'une saveur salée, dont les pauvres mangent les bourgeons et les feuilles jeunes. Quelques philosophes pythagoriciens s'en nourrissaient aussi, au rapport d'Athénée. — La racine des genévriers. Le mot original, róthem, a été rendu par genévrier dans les anciennes versions, mais on s'accorde généralement aujourd'hui à le traduire par genét. L'abondance du genét dans une partie du désert du Sinai fit donner son nom, Iithmah, à un des campements des Israélites dans 18 péninsule, Nombres, xxxur, 18. La racine de cette plante est trés amère.
6. * Dans les cavernes. 1[ est question ici d'une espèce de Troglodytes ou d'un peuple semblable à celui que mentionnent la Genése, xiv, 6, et le Deutéronome, τι, 12, les Chorréens ou Horrhéens. Ces derniers étaient les habitants aborigènes du mont Séir. probablement les alliés des Emim et des Réphaim. Ils en furent chassés par les enfants d'Esaü, On voit encore par centaines leurs habitations, taillées dans le gres,
7. Qui au milieu de choses semblables se livraient à la joie, et mellaient leurs délices à être sous des ronces.
ὃ. Fils de peres insensés et vils, et qui ne paraissent nullement sur la terre.
9. Maintenant je suis devenu le sujet de leurs chansons, et je suis passé parmi eux en proverbe.
10. 115 m'ont en horreur, et ils fuient loin de moi, et ils n'ont pas honte de cracher sur ma face.
11. Car Dieu a ouvert son carquois, et il m'a abattu, et il a mis un frein à ma bouche.
(cii. xxx.1 19. A ma droite, quand j'ai commencé à paraitre, mes maux se sont soudain élevés; ils ont renversé mes pieds, et m'ont foulé dans leurs sentiers comme sous des flots.
13. Ils ont détruit mes chemins, ils m'ont dressé des piéges et ils ont prévalu, et il n'y a eu personne qui me portàât secours.
14. Comme par la brèche d'un mur et par une porte ouverte ils ont fondu sur moi, et ils ont accouru pour m'accabler dans ma misere.
15. J'ai été réduit au néant; comme le vent, vous avez emporté l'objet de mes désirs, et
dans les montagnes d'Edom et surtout à Pétra. Les Troglodytes dont parle Job habitaient le Haurau, dont le nom signifie peut-être « terre des cavernes, » parce que les cavernes y abondent. Elles sont encore aujourd'hui en partie habitées. M. Drake en a fait la description suivante, qui nous fait connaître en même temps la vie misérable des Troglodytes, semblable à celle des contemporains de Job. « Ils habitent les antiques cavernes, en commun avec leurs vaches, les brebis et les boues. L'entrée est généralement un passage taillé daus le roc, d'environ un mètre de large, ouvert au-dessus, et descendant soit par un plan incliné, soit par de petites marches à la porte de la caverne, qui est d'un peu plus d'un mètre sur 0,15 centim. Les parois de la caverne sont rarement polies. Elle est de forme circulaire ou ovale et ἃ rarement deux mètres de hauteur. Le milieu est occupé par le bétail; la partie réservée pour la portion humaine des habitants est marquée et délimitée par une ligne de pierres. On porte chaque matin le fumier au dehors... Lorsqu'une pluie abondante améne dans la caverne quelques centimètres d'eau, cette eau, jointe à l'humidité des murs, aux moustiques, à la vermine, à la mauvaise odeur qu'exhalent hommes et bétes, fait de cette habitation la plus affreuse des étables. Et cependant les hommes indolents, bien constitués, qui possèdent cette écurie, sont trop paresseux pour se construire une hutte. Ils préfèrent demeurer dans ces cavernes que leur ont léguées leurs ancétres et ils errent sur les collines avec leurs troupeaux, ou bien enveloppés dans leurs haillons, ils sommeillent dans quelque coin abrité, sans autre désir que de remplir leur estomac d'herbes sauvages qu'ils mangent crues. Ces herbes sauvages, du pain de millet et le lait diversement préparé forment leur nourriture ordinaire. »
1. * Sous des ronces. Hébreu : Jes ronces, ou plutôt les orties leur servent de couche.
8. Qui ne paraissent, etc.; c'est-à-dire qui n'osent point paraitre, se montrer dans leur patrie, parmi leurs concitoyens. — * Hébreu : race insensée, gens sans aveu, ils sont le rebut de la terre. La région que décrit Job a été de tout temps habitée par des pillards, vivant en partie de brigandage. La population actuelle de la Trachonitide orientale, qui porte aujourd'hui le nom arabe fort significatif de Ledjah, c'est-à-dire refuge, parce que c'est la en effet que se réfugient comme dans un repaire inaccessible les aventuriers et les bandits, rappelle particulièrement ce trait de la description de Job.
41. * JL m'a mis un frein à lu bouche. Les bas-reliefs assyriens représentent des homines à qui l'on a mis réellement un frein à la bouche.
12. * Ils ont renversé mes pieds, clfct de la maladie de Job.
[cu. xxx.]
comme un nuage, ἃ passé mon bonheur.
16. Aussi maintenant mon àme se flétrit en moi-méme, et des jours d'affliction ont pris possession de moi.
11. Pendant la nuit mes os sont transpercés de douleurs; et ceux qui me dévorent ne dorment pas.
18. Leur multitude consume mon vétement, et ils m'ont couvert comme d'un capuchon de tunique.
19. Je suis devenu comme la boue, et je suis semblable à la braise et à la cendre.
90. Je crie vers vous, et vous ne m'exaucez pas; je me tiens devant vous, et vous ne me regardez pas.
91. Vous étes changé et devenu cruel envers moi; et c'est avec la dureté de votre main que vous me combattez.