CANTIQUE DES CANTIQUES. — OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
Église, cette description des parties du corps devenait nécessaire pour exprimer les qualités ineffables de ces divins époux. Au reste les Juifs ne permettent la lecture de ce livre qu'aux gens mariés el âgés au moins de trente ans; et, si chez les chrétiens la méme défense n'existe pas expressément, les directeurs des àmes ont soin de l'interdire aux personnes pour lesquelles elle pourrait étre une pierre d'achoppement, se conformant en cela au sentiment de saint Bernard, qui veut que le Cantique ne soit confié qu'à des esprits et à des oreilles chastes. Voyez au surplus notre /ntroduction, t. 1v, ou notre Abrégé d'Introduction où nous avons réfuté les diverses attaques dont ce livre divin a été l'objet de la part surtout des exégétes modernes.
3. Quant aux comparaisons qu'on rencontre dans le cours de ce livre, et qui peuvent nous paraitre d'une exagération poussée quelquefois jusqu'au ridicule, il faut se rappeler qu'elles sont tout à fait dans le goüt du génie oriental, et que souvent, si elles nous choquent, c'est uniquement parce que, malgré tous les efforts des plus habiles interprétes, nous n'avons que des notions fort imparfaites de la plupart des objets qui font la matière de ces comparaisons. (J.-B. GLAIRE.)
* 4. Le titre hébreu du Cantique l'attribue à Salomon, cf. ΠῚ Rois, 1v, 32, et la tradition à peu prés universelle, juive et chrétienne, l'a toujours considéré comme l’œuvre du fils de David. Un certain nombre de critiques modernes prétendent, au contraire, que ce poème est de date plus récente ; quelques-uns ne le font pas remonter au delà de l'époque d'Esdras et de Néhémie. Ils s'appuient principalement, pour soutenir leur opinion, sur les aramaismes ou expressions chaldéennes qu'on rencontre dans l'original. Mais cette raison n'est pas fondée. Les meilleurs connaisseurs rapportent le Cantique à l'âge d'or de la littérature hébraique, et les quelques mots étrangers qu'on y rencontre s'expliquent trés bien parles goüts exotiques de Salomon, ou par de légers changements introduits aprés la captivité par les copistes. Le langage est d'ailleurs, dans son ensemble, conforme à celui qu'on s'attend à trouver dans la bouche du célèbre monarque, les images qu'il emploie sont celles de son époque, 1, 5, 9 ; ur, 7-10 ; Iv, 4 ; viu, 11, etc. ; il aime à mentionner les animaux et les plantes, la tourterelle, la biche, le troéne, etc., cf. ΠῚ Rois, 1v, 33, les objets précieux, l'ivoire, le marbre, 16 saphir, etc. ; son style, par les mots et par les tournures, se rapproche de celui des Proverbes autant que le comporte la nature différente du genre et du sujet.