‹ La Sainte bible polyglotteChapitre 4038 sur 5262 · PE · texte numérisé non relu

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Si, comme nous en avons la preuve consolante entre les mains, notre Traduction du Nouveau Testament a reçu l'accueil le plus favorable dans toutes les parties du monde où on lit la Bible en francais; si les protestants eux-mémes ont reconnu qu'elle rendait le texte de la Vulgate avec la fidélité la plus rigoureuse, elle a été cependant l'objet de reproches plus ou moins spécieux. C'est pour cela que nous avons cru nécessaire de dire ici quelques mots qui puissent mettre le lecteur à méme de voir ce qu'il y a de fondé dans ces reproches.

On a donc dit que nous avions donné au Décret de la Sacrée Congrégation de 110062, rendu en faveur de notre version, une portée qu'il est loin d'avoir, et que nous nous étions astreint à une littéralité exagérée qui nous a forcé de nous écarter parfois du génie de notre langue sans raison suffisante.

Le premier reproche n'est certainement pas mérité. Nous n'avons parlé qu'une seule fois du Décret dela Sacrée Congrégation de VIndez, et voici en quels termes : « Il nous reste une derniere remarque à faire, c'est que les diverses fautes que l'on pourra relever dans notre traduction ne sauraient être d'une grande importance, puisque le Saint-Siège, auquel nous avons cru devoir la soumettre, n’en a permis la publication qu'après un long examen fait par la Sacrée Congrégation de l'Index. » (Avertissement, p. xxvi.) Or, y a-t-il là un seul mot qui exagère le sens du Décret? Quelques personnes, il est vrai, prétendent que notre livrea été examiné uniquement sous le rapport de la foi et de la morale, et nullement au point de vue de sa fidélitéetdeson exactitude comme traduction. — Mais cette supposition est une injure faite à Pie IX aussi bien qu'à la Sacrée Congrégation de l’?ndex. Est-il permis, en effet, de supposer que le tribunal sacré de l’Index, chargé officiellement par le chef infaillible de l'Église de lui déclarer si un livre annoncé comme contenant les paroles de Jésus-Christ et celles des Apôtres peut, en cette qualité, être livré aux mains des fidèles, ait donné une réponse affirmative, après s’être borné à voir si ce livre ne contenait rien de contraire à la foi et aux mœurs, et sans s'inquiéter si ces paroles divines ou divinement inspirées avaient

passé sous la plume du traducteur pures el exemptes de toute altération? Est-il permis encore de supposer que le juge supréme, aussi peu soucieux lui-méme de la vérité que ses mandataires, dans la cause la plus importante qu'il ait puleur confier (cause dont le sujet et la matière sont Dieu et ses oracles sacrés), ait confirmé de son autorité un pareil jugement? Non, celle supposition n'est pas vraisemblable; ajoutons qu'elle n'est nullement vraie. En effet, si on consulte les archives de la Sacrée Congrégation, on y verra que, dans l'intervalle de plus de deux années, notre traduction a eu à subir son contróle direct, et qu'au bout de cet intervalle, deux Évéques francais des plus distingués ont été chargés officiellement par Pie IX de donner leur opinion motivée; on y verra que les Rapports des deux prélats, aprés avoir 646 discutés, sont devenus l'objet de nouveaux Rapports faits au sein méme de la Sacrée Congrégalion, et qu'on a réuni et imprimé ces divers travaux (dont un en parliculier n'a pas moins de 204 pages in-fol.); on y verra qu'alors nous avons élé appelé chez un consulteur, où nous avons dû, pendant plusieurs semaines, répondre, tous les jours, dans des séances de 3 à 4 heures, aux nombreuses et minutieuses difficultés contenues dansles divers Rapports, et toutes relatives à la conformité de notre traduction avec la Vulgate ; enfin on y verra que ce n'est qu'à la suite de ce long examen qu'a été présenté à l'assemblée des EE. Cardinaux membres de la Sacrée Congrégalion de l’?ndex un dernier Rapport qui a été examiné et approuvé par eux, pour l'étre ensuite, en dernier ressort, par le Souverain Pontife. On a prétendu encore q'ie par la formule du Décret : Nihil obstat quominus editio permitti possit, il n'avait 616 accordé aucune approbation à noire Version, mais seulement la permission de la publier aprés examen et par suite des correclions insérées par l'auteur. — Pour faire une pareille observation, il faut ignorer, ou avoir oublié que dans le langage ordinaire les mots approbation, autorisation, permission d'imprimer ou de publier, sont absolument synonymes, et par là méme continuellement confondus; aussi n'est-il pas un seul évêque au monde qui se fasse un scrupule de les employer indistinetement l'un pour l'autre. ἢ faut ignorer encore qu'il y a plusieurs sortes d'approbations, et qu'il en est une au moins qu'on ne saurait contester à notre Traduction : « Il faut distinguer trois sortes d'approbations, a dit M. Malou, ancien évéque de Bruges, et dont l'Église pleure la mort récente. La premiere est donnée par un concile œcuménique ou par le Souverain Pontife, proposant à tous les fidèles, comme chef de l'Église, un point de doctrine catholique; la seconde est accordée par le Souverain Pontife, comme chef de l'Église à des auteurs catholiques, pour autoriser l'usage des versions nouvelles; la troisième peut être donnée par un archevéque, un évêque, une université catholique..... Celle (dernière) approbation est inférieure aux deux précédentes; et, d'abord, elle ne donne à la version approuvée aucune autorité dans l'Église universelle; 6110 est naturellement circonscrite dans le

territoire propre à la juridiction dont elle émane, elle ne place pas la version au-dessus de toute contestation ; que dis-je? Elle peut être précipitée, hasardée, erronée et reprouvée par l'Église. C'est ainsi que la version francaise de Richard Simon, imprimée à Trévoux avec l'approbation de deux docteurs de Sorbonne, fut condamnée par Bossuet; c'est ainsi que le Nouveau Testament de Mons, approuvé par plusieurs théologiens, ful condamné par les évéques de France et par le Saint-Siége; c'est ainsi que la version du P. Quesnel, approuvée par le cardinal de Noailles, d'abord évêque de Chálons, ensuite archevêque de Paris, fut condamnée par l'épiscopat français et par Clément XI (1). » Ainsi le second genre d'approbation appartient incontestablement à notre Traduction. Quant aux corrections (emendationibus) dont il est parlé dans le Décret, nous pouvons prouver, pièces en main, que la Sacrée Congrégation n'a pas eu à signaler, soit dans la traduction du texte, soit dans les notes, une seule faute ayant quelque importance, mais seulement des observations relatives à une rédaction plus soignée de quelques phrases, et à quelques expressions mieux choisies.

Quant au second reproche adressé à notre traduction, celui qui regarde le système de rigoureuse littéralité que nous avons constamment suivi, nous pensons en être pleinement juslifié par la considéralion que ce système nous a été imposé par le traducteur sans égal, Bossuet, que nous avons pris pour modèle, et à qui, par conséquent, nous avons dû faire le plus d'emprunts possible. Or, Bossuet ne connait pas de raison suffisante d'abandonner jamais, méme au délriment du génie de notre langue, une littéralité qui rend le texte el le texte tout entier dans sa simplicité, dans sa rudesse, ct, le cas échéant, dans ses ombres et son obscurité; une littéralilé qui n'autorise point la licence criminelle d'iniroduire dans le texte des paraphrases qu'on devrait renvoyer dans les noles, pour ne point mêler ou substituer la pensée de l'homme à la pensée de Dieu ; une liltéralilé qui ne veul pas que par un espril de ménagement et une fausse délicatesse on donne un sens vague à un terme précis; une littéralité qui exige non seulement que les expressions et les tours identiques dans le texte se rendent de la méme sorte dans la traduction; mais encore que la figure du texte, son allure, sa manière d'étre, sa physionomie, soient fidélement reproduites, en conservant tous les idiolismes grecs ou hébreux. Enfin, Bossuet ne connait pas de raison sufigante d'abandonner une littéralité, qui, en présence du texte sacré, rejetant toutes les pompes de l'éloquence humaine, parle simplement et comme de mot à mot la langue des pauvres pécheurs de Galilée. Ces considérations, que Bossuet a répandues cà et là dans ses écrits (2),

(1) J.-B. Malou, La lecture de la Bible en lungue vulgaire, etc., t. I, p. 14, 16.

(2) M. Wallon, de l'Institut, digne interpréte de Bossuet, a réuni la plupart de ces considérations dans les Evanailes, traduction de Bossuel, mise en ordre. Avertissement, passim,

se trouvent parfaitement résumées dans 16 passage suivant, où, en parlant de la traduction de Sacy, imprimée à Mons, il dit au maréchal de Bellefonds : « Je vois avec regret que quelques-uns affectent de lire une certaine version plus à cause des traducteurs qu'à cause de Dieu qui parle, paraissent plus touchés de ce qui vient du génie ou de 1'610quence de l'interpréte que des choses mémes. J'aime pour moi qu'on respecte, qu'on goüte et qu'on aime dans les versions les plus simples la sainte vérité de Dieu. Si la version de Mons a quelque chose de blàmable, c'est principalement qu'elle affecte trop de politesse, qu'elle veut faire trouver dans sa traduction un agrément que le Saint-Esprit a dédaigné dans l'original. Aimons la parole de Dieu pour elle-méme, que ce soit la vérité qui nous touche, et non les ornements dont les hommes éloquents l'auront parée. La traduction de Mons aurait eu quelque chose de plus vénérable et de plus conforme à la gravité de l'original, si on l'avait faite un peu plus simple, et si les traducteurs eussent moins mélé leur industrie et l'élégance naturelle de leur esprit à la parole de Dieu (1). »

On comprend aisément qu'ayant souscrit à ces conditions imposées à quiconque veut traduire la Bible d'une manière digne et convenable, nous n'ayons pas couru apres l'élégance du style, vaine chimère qu'on n'atteindra jamais dans une traduction de la Bible, sans s'écarter de la voie de la fidélité et de l'exactitude. Nousavions d'ailleurs un autre modele que nous devions imiter tout naturellement, nous voulons parler de saint Jérôme lui-même. Or, le savant Père s'est-il jamais fait un scrupule de violer le génie de l'idiome latin en employant des termes et des tours de phrases inusités dans la pure lalinité classique ? Et si, sans remonter aussi haut, nous demandions à l'Italien Martini, à l'Espagnol Scio, à l'Allemand Allioli et aux auteurs de la Bible anglaise catholique, pourquoi ils ont, eux aussi, sacrifié si souvent dans leurs versions le génie de leur langue et surtout l'élégance du style, ils ne manqueraient pas de répondre, que c'était pour ne pas être obligés de sacrifier quelque chose de beaucoup plus important, le respect et la fidélité dus au texte sacré. Mais si notre traduction, comme toutes celles qui se piquent d’une rigoureuse fidélité, n’est pas d'une élégance classique, comme on dit, elle est du moins correcte; aussi, nous ne craignons pas de le dire, ceux qui en ont critiqué certains passages ont prouvé par là méme qu'ils avaient une connaissance bien imparfaite de notre langue.

Comme beaucoup de catholiques ne rougissent point de se joindre au commun des protestants pour déprimer la Vulgate, ou au moins pour lui refuser toute l'estime qui lui est due à tant de titres, nous avons cru devoir mettre en tête de notre volume les témoignages des critiques les plus habiles et des interprétes les plus savants du protestantisme en fa-

(1) Leltre XXIX, au maréchal de Bellefonds, t. xxxvi, p. 16; édit. de Versailles, 1818,

veur de cette Version, qui a conquis d'ailleurs la vénération de tous les siecles qu'elle a traversés...

Comme aussi nous avons été blàmé (là méme où nous espérions trouver naturellement toute autre chose qu'un blâme) de nous être adressé à Rome pour y faire autoriser notre traduction, il nous a paru convenable de rapporter les lettres de NN. SS.les Evéques qui ont daigné nous féliciter de cette démarche, en employant, soit dit en passant, les expressions de la plus haute sanction, celle du Saint-Siége; la plus haute approbation que puisse ambitionner notre foi; l'approbation supérieure du Saint- Siège; une garantie pour les prétres et pour les fidèles qu'aucune autre ne remplace ; approuvée par le Saint-Siège; une approbation qui suffit à tout et au delà.

Le R. P. Grenier, missionnaire Oblat, à Québec, dans le bas Canada, a bien voulu nous proposer quelques améliorations que nous avons mises à profit avec reconnaissance. La Table qui termine notre volume est une de ces améliorations. Ainsi, c'est d’après les conseils du savant missionnaire que nous avons traduit en francais A Table of References, placée à la fin des Bibles anglaises catholiques, en l'intitulant : Citations par ordre alphabétique des textes de la Bible qui établissent les dogmes catholiques contre les erreurs des protestants. Les catholiques peuvent opposer ces citations avec confiance aux protestants qui leur disent, que leurs prétendus dogmes ne sont nullement fondés sur l'Écriture, et qu'ils n'ont d'autre appui que les décisions imaginaires de l'Église romaine. C'est encore d'aprés ses conseils que nous avons ajouté à la fin de ce volume une note supplémentaire dont le but est d'appuyer par des exemples celle que nous avons faite sur les expressions, les fréres, les sœurs de Jésus (Matth., xii, 46; xur, 55, 56), « point très important, dit le Pére Grenier, dont nos fréres séparés se servent tous les jours pour égarer nos pauvres catholiques. »

Un dernier mot sur notre traduction. Il y a, sans contredit, dans le Nouveau Testament, comme dans les autres parties de la Bible, äes passages difficiles à comprendre, puisque l'apótre saint Pierre lui-méme avoue qu'il s'en trouve dans les Épitres de saint Paul (II Pierre, 11, 16). Nous rappellerons donc au lecteur, que, comme, d'aprés le méme apôtre, à n’est pas permis d'expliquer aucune prophétie, c'est-à-dire aucune parole inspirée de l'Écriture par une interprétation particulière, il devra, pour tous ceux que nous n'avons pu expliquer suffisamment, recourir aux pasteurs de l'Église, qui ont recu lumière et mission pour éclaircir les difficultés, comme on recourt ordinairement et tout naturellement aux jurisconsultes, par exemple, pour toute question de législation embarrasante, ou bien aux médecins pour tous les cas difficiles que peut présenter la pathologie, ou toute autre partie de la médecine.

J.-B. GLAIRE

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