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I. Description de la Palestine

La Palestine proprement dite est bornée au nord par le Liban, à l'ouest par la Méditerranée, au sud par le désert, à l'est par le Jourdain et la mer Morte. Elle s'étend du 31° 11° jusqu'au 33° 15' de latitude nord, et du 32° jusqu'au 33° 20' de longitude est. Sa superficie est d'environ 15,500 kilométres carrés : 223 kilomètres de Dan à Bersabée, 64 kilomètres de largeur moyenne.

« En Palestine comme en Gréce, tous les voyageurs sont frappés de l'exiguité du territoire. Méme aprés tout ce qu'ils ont déjà entendu raconter, ils sont surpris de pouvoir, en une seule journée, se rendre de la capitale de la Judée à

(1) Ce qui concerne la description générale de la Palestine, les montagnes, les rivières et les fleuves, étant traité ici ne sera naturellement pas répété dans les notes du commentaire.

celle du royaume de Samarie; de voir, dans huit heures d'intervalle, trois localités célébres comme Hébron, Bethléem et Jérusalem. Le contraste entre la pelitesse de la Palestine et la vaste étendue des empires voisins de sa frontière septentrionale et méridionale est presque toujours présent à l'esprit des prophétes et des psalmistes. [[ les aide à sentir plus vivement la bonté de Dieu envers leur patrie, quand ils chantent leurs petites collines et leurs torrents desséchés, qu'ils comparent aux hauts sommets du Liban et de l'Hermon et aux fleuves larges comme une mer de la Mésopotamie. Ce n'est pas d'ailleurs seulement par son peu d'étendue, mais aussi par son peu de largeur que cette contrée est remarquable. De tous les points élevés, sa largeur est visible dans sa totalité, de la longue muraille des collines de Moab à l'est jusqu'à la mer Méditerranée à l'ouest. » (STANLEY.)

La Palestine est essentiellement un pays montagneux, un massif de collines entrecoupées seulement de quelques vallées ou gorges plus ou moins profondes, creusées par les pluies d'hiver et appelées aujourd'hui 000006 ; il n'y a guère de plaines que sur les bords de la mer Méditerranée. Elle comprend trois principaux massifs, celui des montagnes de Nephtali, nommées plus tard de Galilée; celui des montagnes d'Éphraim et celui des montagnes de Juda.

Les montagnes de Galilée sont le prolongement du Liban, si célébre dans les Livres Saints. Le mont Liban ou « mont Blanc » s'étend au nord de la Palesline, parallèlement à l'Anti-Liban, dont il est séparé par une vallée profonde, connue des anciens sous le nom de Cœlésyrie ou Syrie creuse. Le plus haut sommet du Liban, le Dhor-el-Khédif, couvert de neiges éternelles, a 3060 métres. L'Hermon, aujourd'hui Djébel-esch-Scheik, à l'extrémité méridionale de l'Anti- Liban et également couvert de neiges, n'est guère moins élevé; il est visible d'une grande partie de la Palestine. — Les derniéres ramifications du Liban meurent dans la plaine de Jezraél ou d'Esdrelon, bornée à l'est par la vallée du Jourdain, au sud par les montagnes d'Éphraim, et à l'ouest par le Carmel et la Méditerranée.

Le Carmel, haut de 600 mètres, forme un promontoire dans la Méditerranée el va se perdre au sud-est, dans le massif central des montagnes d'Éphraim, appelées depuis montagnes de Samarie. Ces montagnes sont comme la forteresse d'Israël et le cœur du pays. Elles s'étendent depuis la plaine d'Esdrelon jusqu'aux environs de Jérusalem et offrent de loin, du cóté de la mer, l'aspect d'un immense mur. Leur altitude est d'environ 700 métres. Elles se perdent à l'est dans la vallée du Jourdain, et à l'ouest, au sud du Carmel, dans la plaine de Saron, qui se développe sur le rivage de la mer,

Le troisiéme groupe de montagnes, est celui du sud; connu sous le nom de Juda, il est formé par de hauts plateaux qui s'élévent, en. allant de Jérusalem vers Hébron, à une hauteur de mille mètres. Ils sont étroitement reliés, au nord, aux montagnes d'Ephraim; au sud, ils se perdent dans le désert; à l'ouest, ils s'abaissent de manière à former la plaine de la Séphéla ou pays bas, qu'habitaient les Philistins ; à l'est, ils finissent à la mer Morte.

A l'est du Jourdain, dans la contrée que du temps de Notre Seigneur on appelait la Pérée, court aussi une chaine de montagnes calcaires, dépendante de l'Hermon, et séparée de la Palestine strictement dite par le Jourdain. Le point le plus élevé a une altitude de 1200 mètres. Cette région, qui formait le pays de Basan et de Galaad, était très boisée, |

Les montagnes de la Terre Sainte en faisaient la force et la sécurité. — Un des traits les plus caractéristiques de ce pays, ce sont les villages qui sont la plupart construits au sommet des collines. 11 n'y a presque aucune éminence qui ne soit couronnée de maisons habitées ou en ruines. Une ville au fond d'une vallée est une exception. On cherchait, pour y établir sa demeure, les endroits dont l'accés était le plus difficile, afin d'échapper ainsi aux surprises et aux brusques attaques des ennemis, contre lesquels on avait toujours besoin de se tenir en défiance.

Toutes les montagnes de la Palestine, et particuliérement celles de Juda, étant de formation calcaire, sont percées de nombreuses cavernes, en partie naturelles, en partie artificielles, quelques-unes trés spacieuses. Elles servaient de refuge aux habitants, en temps d'invasion, et elles ont joué un róle assez important dans l'histoire du peuple de Dieu.

La Terre Sainte esttraversée du nord au sud par le Jourdain. Il tire probablement son nom de larapidité de son cours. Il a trois sources principales : 4° celle de Banias, la Césarée de Philippe du temps de Notre Seigneur; elle jaillit du fond d'une grotte creusée dans le roc; 2° celle de Dan, à cinq quarts d'heure de Banias, à Tell-el-Khadi ; 3° celle de l'ouadi Hasbani ou d'Hasbeya, située prés du village de ce nom, sur l'Hermon. Il roule ses eaux d'un jaune sale à travers les marécages de l'Ard-el-Houléh et forme ensuite le lac Mérom ou lac élevé, appelé aujourd'hui Houléh, Bahr-el-Houléh. Ce lac de forme triangulaire, de sept kilomètres environ de large sur prés de quatorze de longueur, est situé à 6 mètres & centimètres au-dessous du niveau de la Méditerranée. Ses eaux sont douces et transparentes; il est couvert en partie par une plante à larges feuilles; les oiseaux aquatiques y abondent.

Aprés avoir traversé le lac Houléh, le Jourdain se dirige vers le lac de Génésareth, l'un des plus beaux qui soient au monde. Il a 20 kilomètres de long sur 10 de large; sa forme est un ovale irrégulier; il est situé à 212 metres audessous du niveau de la Méditerranée. Son eau est claire, limpide et fraiche; il abonde en poissons. On l'appelait aussi autrefois lac de Tibériade et mer de Galilée ; aujourd'hui il porte le nom de Bahr Tabariyeh.

Au sortir du lac de Génésareth, le Jourdain précipite sa course, jusqu'à son embouchure dans la mer Morte, où il disparait. Il y déverse environ six millions de tonnes d'eau par jour. ו‎

Il n'a pas d'affluent proprement dit sur sa rive droite. Sur la rive gauche, il recoit, au-dessous du lac de Tibériade, l'Hiéromax et le Jabbok, appelés aujourd'hui le Yarmouk et le Zerka.

La vallée du Jourdain, de la mer de Galilée à la mer Morte, s'appelle aujourd'hui El-Ghór. On y remarque en divers endroits des traces d'anciennes éruptions volcaniques.

Les traits caractéristiques du cours du Jourdain sont la profondeur de son lit et ses nombreuses sinuosités. De sa source au point oü il se perd, il suit une pente interrompue de temps en temps par des rapides et des chutes ; du lac de Tibériade à la mer Morte, le lieutenant Lynch descendit vingt-sept rapides. Ses sinuosités sont moins grandes au-dessus qu'au-dessous de la mer de Galilée. Leur somme totale est telle qu'elle fait plus que tripler la longueur de son cours : il n'est que de 97 kilomètres à vol d'oiseau, mais en réalité il en a plus de 300. La largeur moyenne du Jourdain est de 20 mètres; il n'est pas navigable ; il ne

peut non plus servir pour l'irrigation, à cause de la profondeur de son lit. Il déborde tous les ans, à l'époque de la fonte des neiges, en mars et avril. Avant l'époque romaine, il n'a été couvert d'aucun pont ; on ne pouvait le franchir que par trois ou quatre gués, qui ont été reconnus par les explorateurs modernes : l'un d'eux est presque vis-à-vis de l'ouadi Zerka, l'autre vis-à-vis de Jéricho. — Différant en ce point, comme en tant d'autres, de tous les grands fleuves, le Jourdain n'a vu jamais aucune cité fleurir sur ses rives. Ses eaux sont douces et agréables à boire, quoique légèrement troubles.

La mer Morte (1), dans laquelle se jette le Jourdain, n'est pas moins singuliére que le fleuve qui l'alimente. Elle porte plusieurs noms qui dépeignent chacun quelqu'un de ses traits distinctifs : mer Morte, parce qu'elle ne contient aucun étre vivant, si l'on ne tient pas compte de quelques animaleules insignifiants; mer de sel, parce que ses eaux sont extraordinairement salées; lac Asphaltite, parce qu'on y rencontre beaucoup d'asphalte et de bitume.

Cette petite mer est un des endroits les plus remarquables du monde, à cause de la profondeur de ses eaux, de leur salure et de la dépression de sa surface. Le niveau varie un peu suivant les saisons, qui lui apportent une quantité de liquide plus ou moins considérable. D'aprés les mesures moyennes, elle est à 393 métres au-dessous de l'Océan. Elle est de forme oblongue, d'une longueur d'environ vingt-cinq lieues et de prés de quatre lieues dans sa plus grande largeur. Elle se compose de deux parties trés distinctes, la partie septentrionale, qui est une coupe gigantesque, et la partie méridionale, qui est une sorte de plaine unie. Très profonde au nord, où elle atteint jusqu'à 400 mètres, elle ne forme au sud qu'une sorte de lagune de cinq à six métres. L'énorme dépression du sol est cause que la chaleur y est trés intense et y produit une évaporation extraordinaire, égale en moyenne à la quantité d'eau recue. Cette évaporation couvre constamment le lac de vapeurs.

La pesanteur spécifique de ses eaux n'est pas partout la méme : en moyenne, elles pèsent deux dixiémes de plus que l'eau distillée, ce qui permet d'y nager plus facilement qu'ailleurs. Cette densité considérable provient dela quantité de sels minéraux qui y sont en dissolution. Elle en contient 25 pour 100, tandis que l'eau de mer ordinaire n'en contient guére que quatre. Le sel ordinaire entre pour prés d'un tiers dans ces éléments minéraux, le chlorure de magnésium y entre pour prés de deux et lui communique un goüt amer et nauséabond. Le chlorure de calcium, qu'elle renferme aussi, la rend huileuse au toucher. Elle est d'ailleurs limpide. Tous les éléments qui la composent se trouvent dans les montagnes environnantes ou dans les pays que traversent ses affluents.

On admet généralement aujourd'hui que la mer Morte existait avant l'arrivée d'Abraham en Palestine. Sa forme a pu cependant étre modifiée en partie, lors de la catastrophe de Sodome. Les eaux du Jourdain se sont, en tout cas, toujours déchargées dans cette petite mer intérieure, qui est sans issue. L'étude géologique du pays a prouvé que son cours ne s'était jamais prolongé jusqu'à la mer Rouge.

Les bords de la mer Morte sont désolés et stériles. Elle est encaissée, dans

(4) « Le lac Asphaltite ne mérite pas seulement le nom de mer à cause de sa profondeur et de sa forte salure : il a aussi son courant principal, se dirigeant du nord au midi en continuant le cours du Jourdain, et ses autres courants, refluant à droite ou à gauche, parallèlement au littoral. » (Vianns.)

toute sa longueur, entre deux chaînes de collines élevées, coupées seulement par quelques affluents, qui sont, à l'est, le Zerka-Main, dont les eaux chaudes et sulfureuses (31° 5 à l'embouchure) viennent des sources de Callirhoé; l'Arnon, aujourd'hui Ouadi- Modjib; le Beni-Hemad; au sud, le Kourahy ; à l'ouest, l'Ain-Djidi. Pendant la saison des pluies, le torrent de Cédron déverse aussi ses eaux dans la mer Morte, au nord-ouest. A l'ouest s'élévent sur ses bords de vraies montagnes de sel gemme.

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