‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 15 sur 106 · LA RÈGLE DE FOI PROTESTANTE ÉLOIGNÉE · texte numérisé non relu

LA RÈGLE DE FOI PROTESTANTE ÉLOIGNÉE

refusent d'admettre le tribunal suprême que Jésus- Christ a constitué pour enseigner les peuples. Qui leur dira quels sont les livres inspirés de Dieu? Qui leur indiquera les livres qui composent le canon dès Saintes Ecritures? Qui leur fera connaître d'une manière indubitable que leur Bible est authentique, qu'elle n'a pas été falsifiée, qu'elle est bien l'expression de la parole divine? Personne. Ce sont là autant d'énigmes, qui, comme nous le verrons, sont pour eux insolubles ; elles ruinent par sa base même tout l'édifice du protestantisme ; le doute et toujours le doute avec ses terribles angoisses : voilà l'océan sans rivages sur lequel ils sont ballottés ; voilà l'abîme insondable dans lequel s'engloutit tout espoir de certitude. Quelques développements feront mieux connaître l'état de la question ; le lecteur impartial pourra remarquer toute une série d'impossibilités qui sont inhérentes au principe fondamental du protestantisme et qui le détruisent pour toujours.

ARTICLE PREMIER

Impossible à un protestant de savoir si les Saintes Ecritures sont un livre inspiré. — Examen des caractères par lesquels les protestants prétendent établir l'inspiration des Livres Saints.

Qu'est-ce que l'inspiration ? Sans vouloir en donner ici une définition stricte, je dirai que c'est un fait surnaturel, qui se passe dans l'esprit de l'homme, et qui, comme tous les faits intérieurs, n'est connu que de Dieu et de celui qui est inspiré. L'inspiration ne peut donc se manifester aux autres hommes que par les effets extérieurs, c'est-à-dire par le /iwe lui-même qui en est le résultat, ou encore par un témoignage digne de foi.

Mais quelles marques extérieures pourrait-on trouver dans le livre des Saintes Ecritures pour établir qu'elles sont inspirées de Dieu ? Reconnaissons tout d'abord qu'on ne saurait démontrer par les Ecritures ■que les Ecritures elles-mêmes sont inspirées ; ce serait prouver une chose par elle-même, et d'ailleurs il n'y a aucun texte qui affirme cette inspiration de laRible en général, ou dont on puisse la déduire.

Dira-t-on, comme l'ont soutenu quelques écrivains protestants, que les Ecritures sont inspirées, parce qu'elles contiennent la narration de miracles et de prophéties qui se sont fidèlement accomplies ? Evidemment non, puisqu'un livre ayant pour auteur un

homme ordinaire abandonné aux ressources de son intelligence, peut renfermer le récit de ces manifestations surnaturelles. On pourrait tout au plus en conclure qu'il rapporte une doctrine ou des faits révélés, tel que pourrait le faire un historien profane quelconque ; mais il y a encore loin de là à l'inspiration qui suppose une action directe de Dieu sur l'écrivain sacré, de telle sorte qu'il exprime tout ce que Dieu veut révéler au monde et rien au-delà, et qu'on puisse dire : ce livre est le livre de Dieu ; cette parole est la parole de Dieu.

Affîrmera-t-on que la sainteté, la sublimité et l'harmonie de la doctrine des Ecritures prouvent qu'elles sont inspirées ? Non, répondrai-je sans hésiter; cela ne saurait constituer une preuve, car toutes ces qualités se trouvent certainement réunies et à un aussi haut degré dans les magnifiques lettres de saint Clément Romain, de saint Ignace M., de saint Polycarpe, et même dans l'Imitation de Jésus-Christ, que dans le livre des Paralipomènes, ou dans les épîtres de saint Jean, de saint Jude, de saint Pierre, ou de saint Paul à Tite et à Philémon. S'il fallait ranger au nombre des livres vraiment inspirés tous ceux qui portent le cachet d'une doctrine sainte, sublime et toujours logique, on les compterait par milliers, et les écrits des Pères et des Docteurs de l'Eglise n'occuperaient pas le dernier rang.

Maintiendra-t-on l'inspiration des Ecritures, parce que ceux qui les lisent en ressentent de grands sen-

CONSTATER l' INSPIRATION DE LA BIBLE. 21

timents de piété, de merveilleux effets pour leur avancement spirituel ? Non, encore une fois, car des livres de piété, des ouvrages ascétiques tels que ceux de saint Bonaventiire, du Bienheureux Louis de Grenade, de saint Ignace de Loyala, de saint François de Sales, produiront certainement des résultats aussi consolants que la lecture du livre des Nombres ou de l'Apocalypse de saint Jean.

Il est donc impossible de tirer du livre même de la Bible une preuve convaincante de son inspiration.

Pour connaître si Dieu est réellement l'auteur principal de l'Ecriture, il ne reste donc plus d'autre moyen que celui d'un femoi^'na^e extrinsèque au Livre sacré, et digne de foi. Ce témoignage sera ou humain, ou divin. S'il est humain, il faudra bien qu'il tire son origine de l'écrivain inspiré, car il n'y a que Dieu et lui qui connaissent le fait de l'inspiration d'une manière immédiate. Mais si ce témoignage est humain, en d'autres termes, si l'autorité sur laquelle je m'appuie, est celle d'un homme, je ne pourrai croire le fait de l'inspiration que d'une foi humaine et faillible. Par conséquent, il est clair comme le soleil que je ne puis croire que d'une fui humaine tout ce qui est contenu dans la Bible, toutes les vérités que Dieu aura pu y inspirer et révéler. En effet, dans ce cas, le témoignage humain est la base de ma foi, de ma croyance au fait de l'inspiration. Or la foi qui s'appuie sur un témoignage purement humain, n'est et ne peut être qu'une foi humaine et faillible ; et si

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l'on ne peut croire que d'une foi humaine et faillible au fait de l'inspiration, on ne pourra croire aussi que d'une foi humaine et faillible aux vérités contenues dans l'Ecriture. Cependant de l'aveu de tout le monde, catholiques et protestants, on doit croire d'une foi divine tout ce que renferme la Bible. Donc le témoignage humain est tout-à-fait insuffisant pour établir le fait de l'inspiration ; le témoignage divin est la seule base qui puisse asseoir solidement l'édifice de notre foi.

Il est bien évident qu'il n'est pas nécessaire que Dieu lui-même rende ce témoignage d'une manière immédiate ; il suffit qu'il le fasse par un organe authentique, par un ambassadeur légitime, auquel il aura immédiatement révélé le fait de l'inspiration de tel ou tel livre. Pour nous, catholiques, cet organe divinement constitué, c'est l'Eglise enseignante, qui a exhibé tous les titres de sa céleste mission. Mais comme les protestants n'admettent pas sa divine autorité, il en résulte, par une conséquence inévitable, qu'ils sont incapables de démontrer l'inspiration de la Bible, et de chacun des livres qui la composent.

Cette démonstration, dont j'ai emprunté la substance au R. P. Franzelin, mon ancien professeur et l'une des gloires de l'Université Grégorienne, me paraît pcremptoire et irréfragable (i).

(1) Voyez Franzelin, De divinâ traditione et Scripturâ, p. 831.

ARTICLE DEUXIEME

Impossible à un protestant de savoir quels livres composent le canon des Ecritures ou la Bible. — Variations incessantes du protestantisme sur ce sujet.

J'interroge un protestant quelconque, qui fait profession de croire à la parole de Dieu contenue dans la Bible et dans la Bible seule, et je lui pose cette question : Quels sont les livres qui composent la Bible ? Combien y en a-t-il ?

Il me citera sans doute, en premier lieu, tous les livres protocanoniques de l'Ancien Testaments. — Mais pourquoi n'admcttoz-vous pas dans votre Bible les livres deutérocanoniques (2) ? Quelles raisons

(1) On donne le nom de 2»'otoca7iomqties aux Livres Saints qui ont toujours été regardés comme insjnrés, et qu'on n'a jamais fait diflSculté d'admettre dans le canon des Ecritures. Les Juifs qui considéraient CCS livres comme divins, les portaient au nombre de vingtdeux, d'aprtïs le nombre des lettres de leur alphabet. Les voici : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, Josué, les Juges et Ruth, deux livres do Samuel, deux livres des Rois, deux livres des Paralipomènes, Esdras et Néliémie, Esther, Isaïe, Jérémio et les Lamentations, Ezéchiel, Daniel, les douze petits Prophètes, Job, les Psaumes, les Proverbes do Salomon, rEcclésiastc, le Cantique des Cantiques.

(2) Les livres deutérocanoniques sont ceux de l'inspiration desquels on a douté en certains temps et en certains lieux. Ce sont pour l'Ancien Testament : Tobic, Judith, la Sagesse, l'Ecclésiastique, le

avez-vous de les en exclure ? — Parce que, dira-t-il, les protocanoniques qui forment le canon des Juifs, étaient déjà compris dans la collection des Ecritures du temps de Jésus-Christ et des Apôtres, tandis qu'on n'en pourrait pas dire autant des deutérocanoniques. Or on voit, en beaucoup d'endroits du Nouveau Testament) que Notre-Seigneur et ses Apôtres ont approuvé cette collection comme étant composée de livres inspirés. Donc nous avons un témoignage divin de l'inspiration des protoeanoniques.

Soit ; mais je ferai remarquer que ce témoignage est purement a/'^nnafi/et non ])as exclusif . On pourra bien en conclure, si vous le voulez, que ces livres sont inspirés ; mais il serait illogique d'en déduire que ceux-là seuls sont inspirés, à l'exclusion de tout autre, et que le canon des Juifs était complet. — Le raisonnement du protestantisme paraît d'autant plus faux que tous les chrétiens reconnaissent que les Apôtres ont transmis aux Eglises d'autres livres faisant partie du Nouveau Testament et qu'on regarde comme inspirés ; que les Juifs avaient en leur possession d'autres livres au sujet desquels on émettait un doute, à savoir, s'ils avaient autant d'autorité que les protocanoniques ; que probablement les Juifs Hellénistes avaient des Bibles renfermant d'autres livres que ceux qui ont été énumérés. Il est donc impossible

premier et le second livre des Machabées, Baruch. A ces livres complets on joint quelques fragments de Daniel (III, 24-90; XIII et XIV) et les sept derniers chapitres d'Esther (X, 4-XVI, 24).

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