‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 25 sur 106 · LA BIBLE SELLE · texte numérisé non relu

LA BIBLE SELLE

Tous les textes de l'Ecriture que les protestants nous apportent invariablement pour prouver leur thèse, ne prouvent pas assez, car ils ne démontrent logiquement que ce que tous les catholiques ont toujours reconnu comme eux.

Ainsi, par exemple, lorsque Jésus-Christ dit : « Scrutez les Ecritures, puisque vous pensez avoir en elles la vie éternelle, car ce sont elles qui rendent témoignage de moi, » 0) vcul-il dire par là que les Ecritures renferment toute la parole de Dieu et sont l'unique règle de foi ? Evidemment non ; cette conclusion ne se trouve nullement contenue dans les paroles du Sauveur. En effet, Jésus-Christ s'adresse en ces termes à des Juifs non encore convertis ; il veut les convaincre de la vérité de sa divine mission, et comme ils admettent le témoignage des Ecritures de l'Ancien Testament, il les y renvoie afin de leur permettre de constater l'identité du Messie promis et annoncé si clairement depuis des siècles, avec celui qui se trouve au milieu d'eux, et de vérifier ainsi en lui l'accomplissement des nombreuses prophéties qui le concernaient.

D'ailleurs, il est bien clair qu'il ne pouvait pas leur conseiller de lire toute la Bible, puisque les livres du Nouveau Testament n'existaient pas encore. Tout ce que l'on peut déduire de ce passage c'est que Notre Seigneur voulait démontrer aux Juifs sa mission céleste, en s'appuyant sur une base qu'ils devaient né-

(1) Joan. V, 39.

cessairemcnt admettre ; absolument de la même manière que les catholiques agissent envers les protestants, lorsqu'ils se servent de textes clairs et décisifs du Nouveau Testament pour leur prouver la divinité et l'infaillibilité de l'Eglise. C'était une des preuves de sa mission, mais ce n'était pas la seule^ puisque, un peu auparavant (v. 36), il en avait appelé à ses œuvres ou à ses miracles, pour démontrer la même vérité d'une manière péremptoire.

Ces remarques peuvent et doivent s'appliquer au passage des Actes des Apôtres (0, on il est rapporté que les Juifs de Bérée reçurent la parole avec la plus^ grande avidité, cherchant tous les jours dans les Ecritures s'il en était ainsi. » Ici encore il s'agit des livres de l'Ancien Testament et de Juifs que saint Paul voulait convertir, en leur montrant que Jésus-Christ était bien ce Messie annoncé par les prophètes et en qui se vérifiaient toutes les prédictions. Ces Juifs comparent les paroles de l'Apôtre avec celles des prophéties, afin de s'assurer de la vérité de son enseignement. En cela, il n'y a rien que de très-louable^ mais aussi il n'y a rien qui fasse voir que la Bible contient toutes les vérités révélées.

De môme, lorsque dans certains endroits des Livres Saints (2) il est question de la loi du Seigneur qui convertit les âmes, ou de la parole de Dieu qui éclaire nos pas, et que l'on veut en faire l'application à

(1) Act. XVII, 11.

(2) Ps. XVIII, 8; Is. LV, 10, etc., Jérém. XXXIII, 24.

TOUTES LES VÉRITÉS RÉVÉLÉES. lS^3

TEcrilure seule, on raisonne fort mal, puisque la loi et la parole de Dieu peuvent être écrites et non écrites et ê(re laissées en même temps entre les mains de l'Eglise infaillible pour être par elle enseignées, conservées et propagées.

La même remarque trouve sa place au sujet du fameux texte du Deuléronome (i), oîi Dieu dit expressément : « Vous n'ajouterez ni n'ôlerez rien aux paroles que je vous dis. » — En effet, tant qu'on n'aura pas démontré que la parole de Dieu ne peut être contenue que dans la Bible et ne peut désigner que les Saintes Ecritures, tant qu'on n'aura pas prouvé que Dieu est astreint à ne parler à l'homme que dans un livre^ on n'aura absolument rien prouvé ; on n'aura pas même abordé la question, qui consiste à prouver que l'Ecriture seule contient la parole de Dieu, et qu'elle est Vunique source de la doctrine révélée^ Yunique règle de foi.

11 est facile de remarquer aussi que tous ces derniers textes de l'Ancien Testament, qui concernent la loi ancienne, ne sauraient évidemment jamais nous faire arriver à une conclusion qui ne regarde que la loi nouvelle, la constitution de l'Eglise chrétienne.

Mais, dit-on, Jésus-Christ, le plus sage des législateurs, aurait-il donc omis de consigner dans son code une partie de ses lois? N'est-ce pas une impiété que de soupçonner que Notre Seigneur a pu laisser son ceuvre incomplète ?

(1) Deut. IV, a.

Celte conclusion ne saurait porter le 'cachet de la vérité que dans la supposition que Jésus-Christ eut voulu faire de l'Ecriture un code de lois, un code qui fut l'unique organe de ses volontés, comme le font les législateurs humains ; mais c'est ce qu'on ne pourra jamais démontrer. Non, il est absolument impossible de prouver que Dieu ait voulu faire de la Bible l'unique règle de foi, l'unique dépôt des vérités révélées, et cela explique peut-être pourquoi l'Ecriture contient certains petits détails, peu importants en apparence, et passe sous silence des vérités plus essentielles : c'est que les premiers auraient pu se perdre sans les Livres Saints, au lieu que, pour les vérités fondamentales, Dieu avait pourvu à leur conservation par l'enseignement oral et traditionnel du corps des pasteurs.

Mais, reprennent nos adversaires, la Bible est donc une œuvre imparfaite.

Je distingue : elle est imparfaite, si on la considère par rapport à la tradition dont elle n'est qu'une partie, et en ce sens qu'elle ne contient pas tout ce que renferme la tradition ; mais elle est parfaite en ce sens qu'elle renferme tout ce que Dieu a voulu qui y fût inséré. De même, bien que chaque livre ait sa perfection propre et absolue, parce qu'il ne lui manque rien de ce qu'il doit contenir, il a cependant par rapport à la Bible entière, une imperfecticn relative, puisqu'il ne contient pas tout ce qui se trouve dans le reste. Il n'est d(Vic pas plus étonnant que la Bible ait, en quelque sorte, son supplément dans la

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