‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 38 sur 106 · NE PEUT PAS ÊTRE UNE RÈGLE DE FOI · texte numérisé non relu

NE PEUT PAS ÊTRE UNE RÈGLE DE FOI

Bretagne ; on n'y voit plus qu'un tissu d'absurdités et de prétentions impies qui ne valent pas la peine d'être examinées 0).

2° Il ne suffit même pas d'avoir une bonne version de la Bible et de pouvoir la lire, il faut encore être en état de la comprendre dans son véritable sens ; autrement cette Bible devient parfaitement inutile et même nuisible, puisqu'elle peut être pour les individus une source tristement féconde en funestes erreurs. Or elle ne peut être comprise de tous, et nons avons déjà vu que dans bon nombre de livres et de passages qui contiennent des dogmes, elle est tellement obscure que la plupart des hommes, laissés à eux-mêmes, sont absolument incapables d'en pénétrer le sens et d'en extraire la vraie doctrine. Je pourrais ajouter que même les plus doctes interprèles, avec tous les trésors de leur érudition, avec les ressources de leur science et de leur génie, ne sauraient, indépendamment de l'autorité infaillible de l'Eglise enseignante, puiser dans l'Ecriture un symbole de loi complet et non enlaché d'erreur.

Ne suffit-il pas, en etTet, de jeter un simple regard sur l'état actuel du protestantisme pour se convaincre de la vérité de mon assertion ? Les faits sont aussi éclatants que le soleil, et il faudrait être frappé de cécité pour ne pas les apercevoir avec toutes les conséquences qui en découlent. Luthériens, Calvinistes,. Méthodistes, Presbytériens réforuS'és, et non réformés,

(1) Vol. I, p. 53.

80 l'arc-en-ciel protestant

Episcopaliens, Baptistes, Anabaptistes, PédobaptisteSy Free-will Baptistes, Seventh-day Baptistes, Six-principle Baptistes, Quaker-Baptistes, Anti-pedobaptistes, Unitaires, Universalistes, Sociniens, Emancipateurs, Quakers, Jumpers, Tumblers, Moraves, Non-Résistants, Illuminés, Campbellistes, Harmless Christians, Primitive Christians, Puséistes, Free Communion Baptistes, Christian connection, Come-outers, Fighting Quakers, Swedenborgians, etc., etc. : tous lisent les Ecritures, tous cherchent à les comprendre et y trouvent des doctrines bien souvent tout-à-fait contradictoires. Le Rév. M. Doudiet 0-) trouve dans ce pêle-mêle d'opinions qui se repoussent, la beauté des nuances de l'arc-en-ciel ; il a horreur de l'uniformité, comme si la vérité pouvait être variable avec les individus, ou avec les latitudes ! Ce qui lui parait beau est pourtant, aux yeux de tout philosophe, une pionstruosité ; car il est indubitable que le Saint- Esprit, qui a inspiré les écrivains sacrés, n'a pas pu enseigner des doctrines qui sont en flagrante contradiction. Dieu, qui est la vérité par essence, ne peut pas enseigner l'erreur. S'il est vrai de dire que Jésus- Christ est Dieu, qu'il est réellement présent dans l'Eucharistie, qu'il a institué des Sacrements, qu'il y a un enfer éternel, etc., il est par là môme faux d'affirmer que Jésus-Christ n'est pas Dieu, qu'il n'est pas réellement présent dans l'Eucharistie, qu'il n'a pas

(1) Morning Chronide, 15 février 1872.

ET l'alliance évangélique. 8t

institué de Sacrements et qu'il n'y a pas d'enfer. II n'y a pas de milieu, pas d'arc-en-ciel possible : la même chose ne saurait être à la fois vraie et fausse. II faut donc admettre nécessairement qu'un grand nombre de protestants, qui interprètent l'Ecriture d'après les lumières de leur raison, d'après leur jugement privé, tombent dans de graves erreurs. Je ne veux pas encore déterminer qui a raison et qui a tort ; je me contente pour le moment de constater l'insuffisance de la raison individuelle pour arriver à la connaissance entière et certaine des vérités révélées dans les Ecritures. Trouvez-moi chez les protestants un seul dogme, une seule doctrine qui n'ait pas eu ses adversaires s'appuyant sur la Bible et persuadés de la bien comprendre, et je m'empresserai de le proclamer partout. En attendant, je soutiens que les protestants, avec leur principe fondamental de l'interprétation individuelle, n'ont jamais eu, n'ont pas maintenant et n'auront jamais un symbole commun de foi, quelque limité qu'on le suppose ; ils pourront parler d'alliance évangélique autant qu'il leur plaira, faire des assemblées pompeuses chaque année, porter jusqu'aux nues le spectacle de leur unité, le résultat final sera toujours le même (^) ; l'unité de foi est

(1) Moming Chronicle, du 27 février, 1874. Le Rév. Dr. Burns a eu le courage ! de lancer ces affirmations : " Protestantism must be looked upon as a great «ni<e(Z échoie, in spito of the préjudice and passion which the discussion of religious principle might evoke. Upon the great points of Christian doctrine, they are ail at one, and the sole différence lays in matters of government. The book brought them togethor and united them..."

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pour eux radicalement impossible, et JAMAIS on ne verra le protestantisme vérifier ces paroles du Sauveur : « Il n'y aura qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur. »

Mais^ me dira-t-on, vous rangez parmi les protestants des sectes qui ne sont pas même chrétiennes.

— Quand vous m'aurez déterminé les articles de foi qu'il faut absolument admettre sous peine de cesser d'être chrétien, alors il vous sera loisible de refuser ce nom à ceux qui ne consentiront pas à les recevoir. Mais comme vous n'avez jamais pu réussir à vous entendre sur ce point, et que toutes ces sectes, appuyées comme vous sur la Bible, prétendent bien être chrétiennes, je ne vois pas pourquoi il me faudrait ajouter foi à votre parole plutôt qu'à la leur, surtout, lorsqu'elles prennent pour base votre règle de foi, votre principe fondamental, la libre interprétation de l'Ecriture. Ou bien renoncez à votre principe, ou bien cessez d'anathémathiser ces sectes, lorsqu'elles ne font que l'appliquer.

C'est aussi ce que faisait sagement remarquer M. l'abbé Magnin, lorsqu'il écrivait ces lignes : «M. Bost ne saurait voir la primauté de saint Pierre et celle du Pape dans le texte Tu es Petrus ; il en rejette le sens catholique et d'après son principe il a raison. Mais le sociuien ne peut trouver dans l'Ecriture Sainte la divinité du Yerbe ;. il a donc raison de la nier d'après le môme principe. Luther voit dans l'Ecriture la présence réelle que Calvin, de sou côté, doit anallié-

DÉTRUIT NÉCESSAIREMENT l'uNITÉ. 83

Tïiatiser, puisqu'il ne l'y découvre pas. Le catholique y voit la suprématie du Pape ; je le demande à M. JBost lui-même, qu'ordonne au catholique sa conscience, lorsque l'Ecriture Sainte lui parle un tel langage? Cet auteur dira-t-il que tous ceux qui ne découvrent pas dans la Bible le môme sens que lui sont infidèles à l'Esprit-Sainl ou à la raison ? Il n'oserait. Le reproche d'ailleurs qu'il ferait aux autres, tous n'ont-ils pas un égal droit à le lui adresser? Qui sera juge entre eux? L'Ecriture? Mais elle se tait, elle souffre violence sans mol dire. Laiaison? Qui prétend ne l'avoir pas pour soi? Abjurer donc le principe de la réforme, ou se taire devant toutes les erreurs en religion, et leur reconnaître à toutes le droit de s'appeler la pure parole de Dieu, nous ne voyons pas de milieu entre ces deux termes d). »

Il est donc bien constant que de fait ce principe du libre examen n'a conduit qu'à un fractionnement sans fin, à une véritable fourmilière de sectes plus ou moins étranges, disparates, et n'ayant d'autre lien commun que la Bible — lettre morte qui ne dit rien et souffre tout, — et la haine contre l'Eglise catholique. A voir l'horrible bigarrure que forment ces différentes communions séparées, qui pourrait jamais croire qu'elles ont toutes pour base la même Bible ? Qui pourrait soupçonner môme que le Puséiste alamême règle de foi que le Méthodiste, le Harmless Christian,

(1) La papauté aux prissa avec le jiroteatanttame, p. 309.

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ou le Jumper? Il y a toute la différence du jour à la nuit ; aussi Luther et Calvin étaient-ils déjà effrayés de ces discordes au sein de la réforme.

Remarquons bien maintenant que ces divisions et subdivisions ne sont pas dues à des circonstances accidentelles et extrinsèques au protestantisme ; elles ne sont en réalité que le produit naturel de son principe fondamental, le libre examen, l'interprétation privée des Ecritures. Il manque au protestantisme une autorité, et sans cette autorité l'unité n'est qu'un beau rêve, une pure chimère.

Notre pauvre raison humaine, bien que susceptible d'acquérir une certaine somme de connaissances, n'en est pas moins faible, chancelante, sujette à l'erreur et la proie facile du préjugé. Si elle trébuche si souvent dans la démonstration de vérités naturelles, comment pourrait-elle se constituer juge et reine dans les choses surnaturelles ? Si l'on n'a jamais pu obtenir l'uniformité de sentiments sur des questions philosophiques, comment oserait-on espérer de la réaliser, en dehors de l'autorité infaillible, dans une sphère qui dépasse la portée de l'intelligence humaine? Que de dogmes sublimes, que de doctrines abstraites renferme la Sainte Ecriture, et que la plupart des fidèles ne sont pas capables de saisir ! que de mystères insondables ! que d'expressions sur la signification desquelles on se méprendra complètement ! Quels sont ceux qui pourraient, les Ecritures en main, en extraire, par exemple, les trente-neuf

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