‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 45 sur 106 · FAUSSE ILLUMINATION · texte numérisé non relu

FAUSSE ILLUMINATION

Cependant nous savons que Dieu a voulu nous donner une révélation extérieure, et qu'il nous a parla même assujettis à un enseignement venant du dehors. Dieu aurait pu sans aucun doute adopter un autre moyen, de même qu'il aurait pu nous rendre parfaits en un instant; mais il ne l'a pas voulu ; à nous de nous soumettre à ses adorables décrets.

Avec celte doctrine de l'inspiration, à quoi servent les Ecritures? à quoi bon l'apostolat? de quelle utilité peut être une Eglise enseignante? Erreur funeste qui anéantit l'œuvre de Jésiis-Clirist, qui la soumet aux caprices et aux aberrations d'esprit de chacun, et qui permet de supprimer la rédemption des hommes comme une œuvre inutile.

ARTICLE TROISIÈME

L'autorité d'une Eglise faillible, telle qu'admise par les anglicans, ne peut pas être la véritable règle de foi. — Elle ne peut pas dirimer les controverses religieuses ; elle n'offre aucune certitude d'orthodoxie. — L'anglicanisme et le puséisme nous ramènent en défmitive à l'examen privé des Ecritures. — L'affaire Gorham.

Les anglicans prétendent suivre une voie intermédiaire entre ce qu'ils appellent le romanisme avec son autorité infaillible, et l'amas informe de sectes dissidentes avec leur principe essentiellement dissolvant de l'interprétation privée des Saintes Ecritures, Cependant il est manifeste que l'anglicanisme, comme nous allons le voir, n'est en réalité rien autre chose que l'une de ces sectes qu'il affecte de mépriser, puisque son principe est le même en défmitive.

Les trente-neuf articles qui lui servent de base, et qui ont été empruntés au catholicisme, au lulhéra* nisme et surtout au calvinisme, furent rédigés en 1562. D'après ce système, l'Ecriture Sainte est Vunique source de la révélation (art. YI) ; on rejette les livres deutéro-canoniques de l'Ancien Testament et la tradition. Les symboles des Apôtres, de Nicée et de saint Alhanase sont admis (art. YIII), mais seulement parce qu'ils ont été jugés conformes à l'Ecriture. De même on a conservé la hiérarchie, composée d'évêques, de prêtres et de diacres ; mais

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à Pierre et à ses successeurs que Jésus-Christ a choisis pour être le fondement de son Eglise, on a substitué arbitrairement le roi d'Angleterre (art. XXIII, XXYI, XXXII, XXXYI, XXXVII) ; c'est par son autorité que les évèques, les prêtres et les diacres sont ordonnés et institués dans leurs fonctions (art. XXXIII, XXXYI, XXXYII). C'est aussi par son ordre que sont convoqués les conciles universels, qui sont expressément déclarés et reconnus faillibles et sujets à l'erreur (art. XXI). Il est vrai que par l'article XX on reconnaît à l'Eglise le droit de décider dans les discussions de foi et d'interpréter l'Ecriture Sainte, mais elle doit puiser ses décisions dans l'Ecriture même, en dehors de laquelle elle n'a ni droit, ni pouvoir. Si les fidèles découvrent que les décisions de leur Eglise ne sont pas conformes au texte sacré, ils sont libres de les rejeter. Toutefois c'est le roi qui prononce en définitive dans les décisions dogmatiques ; on ne peut en appeler à une autorité plus haute que la sienne, et ainsi l'on reconnaît implicitement au souverain temporel V infaillibilité qu'on refuse à l'Eglise.

Yoilà, en résumé, le curieux mélange de doctrines qui constituent la base, la règle de foi de l'Eglise anglicane, de la Haute Eglise d'Angleterre : d'un côté, une Eglise faillible, chargés de dirimer les controverses d'après l'examen de l'Ecriture Sainte ; de l'autre, des fidèles qui ne sont tenus de se soumettre à ses décisions que lorsqu'ils les trouvent conformes à la Bible.

Il est bien évident que tout se réduit en définitive au libre examen, au jugement privé des Ecritures. L'autorité de l'Eglise ne peut être alors que celle d'un corps de savants, qui apporte plus ou moins de lumières sur des questions épineuses de la théologie, sur des textes difficiles de la Bible, mais à laquelle personne n'est tenu d'obéir, du moment qu'on la croit engagée dans l'erreur. Cette Eglise pourra bien dire : «Je pense que telle doctrine est révélée ; il me semble qu'elle est !enfermée dans'Ies enseignements de Jésus-Christ» ; mais elle ne pourra jamais dire: telle vérité est três-cerlainement révélée ; il faut nécessairement la croire sous peine de renoncer à l'espérance du salut ; c'est un article de foi obligatoire pour tous » . Cette manière de s'exprimer ne peut se rencontrer que chez ceux qui ont l'assurance parfaite de ne pas se tromper, et qui sont absolument certains d'avoir l'assistanro perpétuelle du Saint- Espril, comme l'Eglise catholique.

Supposons un instant qu'un membre de l'Eglise anglicane confronte avec les Saintes Ecritures la doctrine des trente-neuf articles qui n'admettent que les sacrements du Baptême et de la Cène, qui renferment les symboles des premiers siècles, qui proclament la justification par la foi seule sans les œuvres, et qu'il acquière la conviction intime que la Bible contient en outre la doctrine du Sacrement de Pénitence (que Henri VIII regarda toujours comme nécessaire), qu'elle contredit parfois les anciens symboles de foi.

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qu'elle reconnaît la nécessité des bonnes œuvres avec la foi pour le salut: ne pourra-t-il pas, ne devra-t-il pas même abandonner cette Eglise faillible, qui lui a en réalité enseigné l'erreur ou soustrait une partie de la doctrine révélée? S'il a des doutes sur l'orthodoxie de l'enseignement donné par son Eglise, — et qui n'en aurait pas dans une Eglise qui se proclame passible d'erreur? — n'est-il pas strictement obligé de s'enquérir de ce qui fait l'objet de ses doutes ? Or tous peuvent et doivent être inquiets de connaître si la voie qu'ils suivent est vraie ou fausse,, bonne ou mauvaise ; la question est des plus importantes, puisqu'il y va du salut ou de la réprobation éternelle ; tous devront donc s'assurer si les trente-neuf articles et les décisions postérieures de leur Eglise sont en parfaite harmonie avec les Ecritures. Mais quels sont ceux qui sont en état de faire une pareille étude, en supposant même qu'ils aient une version fidèle des Livres inspirés ? Combien y a-t-il de personnes dont l'intelligence est suffisamment cultivée et les loisirs assez considérables pour entreprendre ce difficile travail et y réussir? Je n'hésite pas à dire que le nombre en serait excessivement restreint.

On voit donc de suite 1° que cette autorité d'une Eglise faillible ne peut pas dirimer les controverses religieuses ; 2° qu'elle ne peut offrir aucune garantie d'orthodoxie ni de certitude à ceux qui font profession de la reconnaître ; 3° qu'elle les ramène en définitive à l'examen privé des Ecritures. De là il est facile de

conclure que ce système est insuffisant, impossible et opposé à la révélation, comme nous l'avons déjà démontré.

Le système Puséiste qui cherche à se- rapprocher encore davantage de la règle de foi catholique, est sujet aux mômes inconvénients que les précédents. Il n'est pas appuyé sur l'Ecriture, et par là même qu'il déclare que l'Eglise a pu errer et a erré après les quatre ou cinq premiers siècles, par là même aussi il proclame que l'Eglise de Jésus-Christ est faillible, et que chacun devra contrôler ses définitions en examinant si elles sont conformes à l'Ecriture : et nous voilà encore revenus à l'examen privé, à l'interprétation individuelle de la Bible.

Voyons si les faits ne confirment pas ce que nous venons de dire. Le Rév. Marsh, évoque de Peterborough, affirme que l'Eglise d'Angleterre n'étend point son autorité au-delà de ce qu'exige rigoureusement l'intérêt de sa propre conservation ; il ajoute que personne n'est obligé d'accepter une interprétation donuée par l'Eglise, s'il la juge fausse, et que, dans ce dernier cas, il est tout à fait libre de se séparer de l'anglicanisme (^).

Le R. P. Perrone a traité la même question avec beaucoup de talent. Il fait dans les termes suivants C2) l'exposé historique des discussions animées qui eurent

(1) Comparative vieio of tke churches of England and Rome, ch.

(2) La règle de foi, t. I, p. 542.

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lieu au parlement anglais, en 1840 : « Dans l'ardeur du combat engagé au sujet des trente-neuf articles, et que la nouvelle école d'Oxford n'a fait qu'animer davantage en cherchant à donner à ces articles un sens plus rapproché des doctrines romaines, des pétitions d'un grand nombre de ministres anglicans ont été présentées, il y a peu d'années, au parlement, dans le but d'obtenir des modifications à ces articles, ainsi qu'au livre des Communes prières. De là ce débat orageux qui eut lieu au parlement dans la session du 26 mars, 1840, où les évoques anglicans se montrèrent divisés sur la question de l'autorité de leur Eglise. D'un côté, l'évêque de Norwich prétendait que l'Eglise anglicane était fondée sur la liberté de conscience et sur le droit du jugement privé, et que le refus d'admettre certains points doctrinaux de la liturgie ou du symbole de saint Athanase, ne devait empêcher personne d'être admis aux ordres sacrés ; de l'autre, l'évêque de Londres prolestait qu'une telle prétention était une injure faite à l'Eglise établie, et que le seul moyen de maintenir cette dernière était de tenir ferme la branche du compas théologique: sur quoi, quelque autre observait que le compas était contourné, et que personne n'était plus capable de le redresser. Et cette vérité même, l'archevêque anglican de Dublin l'avait proclamée peu d'années auparavant (7 août, 1833), dans cette même Chambre des Pairs, en disant « qu'il n'y avait ni individu, ni corps d'individus duns l'Eglise anglicane, à qui put être

ET l'affaire GORHAM. 107

déférée la solution d'un doule ou d'une difficulté quelconque, en un mot, aucune autorité constituée à laquelle on pût recourir pour avoir la décision de ces sortes de questions» (i).

Il y a un fait qui s'est produit il n'y a que quelques années en Angleterre et qui montre avec toute la clarté de l'évidence que l'Eglise anglicane n'a aucune autorité en matière docirinale, que son symbole de foi est nul et que l'on peut tout nier sans cesser d'être l'un de ses membres. C'est le fait tout récent de Gorham. «Nommé par le gouvernement ministre d'une église comprise dans le diocèse d'Exeter, il avait essuyé de l'évêque Philippots le refus d'être investi de cette cure, parce iju'il niait le dogme de la régénération baptismale. On fit grand bruit de ce refus, et l'Eglise anglicane se divisa en deux partis, les uns tenant pour Gorham, et les autres pour l'évêque d'Exeler. Gorham appela de la sentence de son évêque au conseil privé de la reine, considéré comme la suprême aulorité en matière de controverses religieuses. Sur ces entrefaites, l'évêque d'Exetir, craignant peut-être une sentence défavorable à la mesure qu'il avait prise, écrivit la lettre énergique que nous rapportons ici : « Des doutes trè?-3érieux se sont élevés dans l'esprit d'un grand nombre sur le point de savoir si l'Eglise anglicane, en acceptant ce jugement d'une manière passive, ne perdrait pas ses droits à être regardée comme une portion de l'Eglise de Jé-

(1) Dublin Rnieic, n° XXII, ncvembre, 1840.

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sus-Christ. C'est pourquoi il y a de fortes raisons de craindre qu'un tel jugement n'ait pour effet d'éloigner de notre Eglise un grand nombre de ses membres, qui se donneront peut-être à Rome, à cette Eglise qui promet le repos pour prix d'avoir cherché la vérité. Je déclare, enfin, que je ne puis rester sans péché, et que je ne resterai pas non plus, si Dieu m'en fait la grâce, en communion avec celui (l'archevêque de Cantorbéry) qui abusera de la haute charge qui lui est confiée pour donner mission et charge d'âmes dans la circonscription de mon diocèse» . Mais l'avis du conseil privé de la reine ne se fit pas attendre, et il prononça que chacun était en droit de garder l'opinion qui lui plaisait le plus sur la nature et les effets du baptême. L'Eglise anglicane se soumit humblement à cette sentence, et le terrible évêque d'Exeter, pour ne pas perdre la faveur dont il jouissait, jugea plus à propos de donner l'investiture à Gorham ; et ainsi finirent les bruyantes querelles que cette affaire avait soulevées. Gorham n'avait fait au fond que se conformer à l'article XX, en soutenant que la doctrine de la régénération baptismale ne s'appuie pas sur la parole de Dieu écrite, interprétée à sa manière, et personne n'avait le droit de le condamner» ^^^.^

Ces faits et mille autres que nous pourrions rapporter, prouvent jusqu'à l'évidence qu'une Eglise faillible ne saurait constituer une véritable règle de foi, puisqu'elle n'a pas l'autorité requise pour produire l'unité, et ne peut donner aucune certitude.

(1) Perrone, La règle de foi, 1. 1, p. 545.

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