‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 57 sur 106 · UNITÉ DE FOI IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

UNITÉ DE FOI IMPOSSIBLE

grante que ce royaume est divisé contre lui-même. » Ailleurs il dit que « le protestantisme n'est que le lieu d'une religion, qu'il ne fut pas d'abord un principe, mais un fait ; ce ne fut pas protestantisme,

mais protestation La séparation n'était qu'un

remède, que plusieurs ont pris pour un aliment. Etrange régime ! il faut l'avouer » C^).

« L'Eglise luthérienne, dit Froeseisen. au point de vue de ses fractions diverses, ressemble à un ver coupé en mille morceaux, dont chacun s'agite tant qu'il lui reste un peu de vie, mais qui finit par mourir » (2),

« Si Luther sortait de son tombeau, dit Reinhard, il lui serait impossible de reconnaître pour membres de son Eglise les docteurs qui se disent ses successeurs » (2).

« La différence, ajoute Augusti, entre les anciens et les nouveaux protestants, est si grande, que si Luther revenait, il protesterait solennellement contre le nouveau protestantisme, de même que, plus d'une fois, les nouveaux théologiens protestants ont exprimé la résolution de délivrer le protestantisme de la tyrannie de Luther » C4).

a Ce n'est pas une Eglise, dit Planck, ce sont des Eglises que nous avons » W.

(1) Ibid. p. 180.

(2) Discours de réception au doctorat, Strasbourg, 1713.

(3) Homélie pour l'anniversaire de la Réforme, 1810.

(4) Souvenirs de l'histoire de la ré/orme allemande, 1814, C. 2, p.

(6) Situation du parti catholique et protestant, 1816.

« On voii, reprend Lehman, et on conçoit le protestantisme ; mais on ne voit nulle part une Eglise protestante » (i).

« Avouons-le franchement, dit une revue protestante, notre Eglise est déchirée à l'intérieur autant qu'à l'extérieur ; elle est divisée de principes et d'opinions au dedans comme au dehors d'elle-même ; elle est partagée en sectes sans nombre, en fractions de fractions à l'infini » (2).

Il serait facile de multiplier indéfiniment les citations analogues ; les plus zélés partisans de la réforme constatent avec douleur que leur Eglise est un édifice tout vermoulu, qui menace ruine ; il leur semble parfois, et avec raison, qu'ils sont comme abandonnés à la fureur des flots, n'ayant pour les séparer de l'abîme que les débris d'un navire naufragé : terrible situation qui leur arrache des larmes amères et parfois des cris de terreur et de désespoir.

Certains protestants font cependant bonne contenance ; ils avouent franchement que l'unité doctrinale est impossible chez eux ; mais ils prétendent justifier l'existence des milliers de sectes qui s'agitent sur la surface du globe en affirmant que Jésus-Christ n'exige pas cette unité ; ils vont même jusqu'à assimiler la diversité de leurs doctrines aux mille nuances de couleurs qui donnent à l'arc-en-ciel toute sa radieuse beauté. Ils feignent d'ignorer ou de ne pas

(1) Aspect et danger du protestantisme, 1810.

(2) L'Idée, revue trimestrielle, 1835.

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comprendre que Jésus-Christ, vrai Dieu et la vérité même, ne peut pas ciiérir l'erreur, ne peut pas la tolérer, ni sympathiser avec elle, sous quelque nuance, sous quelque forme qu'elle se présente. Il y a une opposition invincible, essentielle entre le vrai et le faux, entre Dieu, vérité absolue et l'erreur ; comment se pourrait-il faire qu'il se complût dans ce qui est la négation de sa divine essence ? En outre, une comparaison n'est pas une preuve ; et l'arc-en-ciel, si beau dans l'ordre physique à cause de l'harmonie des couleurs, peut être, dans l'ordre intellectuel, un monstre hideux. Il faudrait, avant tout, démontrer clairement que Jésus-Christ a pu vouloir et a voulu en réalité cette étonnante diversité de doctrines ; c'est ce qu'on ne pourra jai\l\is faire, puisque ce serait nier le caractère divin du Christ, anéantir l'objet de sa mission dans le monde, et donner un démenti formel à la doctrine de l'unité consignée en maints endroits de l'Ecriture.

Les Révérends Doudiet C^) et Burns (2) ont la délicatesse de nous dire qu'ils préfèrent ces nuances si variées de doctrine à l'uniformité dans l'ignorance et l'obscurité. Laissant de côté l'injure toute gratuite qu'ils nous font et qu'il serait bien facile de rétorquer, je me contenterai de leur demander des preuves de celle ignorante et obscure uniformité dans le catholicisme. Peut-être s'apercevronl-ils un jour que ce

(1) Morning Chronide, 15 février 1872.

(2) Morning Chronide, 27 février 1874.

qu'ils appellent maintenant ténèbres n'est autre chose que la pure lumière du soleil de l'infinie vérité qui ne cesse de nous éclairer, de nous donner la clialeur, le mouvement et la vie, tandis que leur arc-en-ciel ne doit son apparente beaulé qu'à certains layons du soleil et n'a toujours qu'une existence tout à fait éphémère.

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