‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 56 sur 106 · UNITÉ DE FOI IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

UNITÉ DE FOI IMPOSSIBLE

éclairée, plus ou moins sous l'empire de systèmes préconçus, pourra toujours penser et juger différemment de ce qu'on pense et juge ailleurs ; elle pourra nier le lendemain ce qu'elle avait affirme la veille. Si le code de lois, même le plus clair que vous puissiez imaginer, se prête à bien des interprétations diverses et soulève des conûils d'opinions que l'autorité seu e du juge peut faire disparaître, que sera-ce de la Bible, qui est loin d'être claire et intelligible pour

tous ? . , , ,,T- r ;i

Mais pour conserver intacte l'unite de 1 Eglise, U ne suffit pas d'une autorité vivante, il faut encore qu'elle soit infaillible ; car une autorité qui peut se tromper ne saurait jamais s'imposer aux mtelligences et aux volontés, de manière à commander leur assentiment absolu à ses décisions ; il sera toujours permis de les examiner, de les rejeter comme entachées d'erreur, et dès lors l'unité devient radicalement impossible Qu'on ne se fasse donc pas illusion ; tout en proclamant que Jésus-Christ a certainement voulu l'unité dans les croyances de son Eglise, qu'on reconnaisse donc que cette unité ne sera toujours qu'une pure chimère pour toutes les sociétés auxquelles ne présidera pas le vrai principe d'unité, l'autorité vivante et infaillible de l'Eglise du Christ.

Il est absolument indubitable que le protestantisme, avec son libre examen et môme avec une autorité faillible, n'a pas en soi la vertu d'amener les peuples à l'unité religieuse. Appuyé sur une base aussi mobile.

on ne peut qu'être emporté à tout vent de doctrine, être jeté d'écueil en écueil, sans pouvoir jamais avoir Ja certitude d'arriver au port de la vérité. De combien d'âmes ne pourrait-on pas écrire l'émouvante, mais dangereuse Odyssée à travers le labyrinthe de la Réforme ?

Non-seulement le principe fondamental du libre examen renferme en soi la possibilité de l'erreur, de la désunion, du fractionnement à l'infini, mais il a déjà de fait produit ces funestes résultats. C'est ce que tous les protestants n'ont pu s'empêcher de constater et de déplorer, sans pouvoir cependant trouver un remède au sein de leur Eglise ; il faudrait aller la demander au catholicisme, à sa divine autorité qu'ils ont répudiée depuis le seizième siècle.

Ecoutons le langage de quelques-uns de leurs chefs : « Il ne faut pas, dit Vinet, pasteur à Genève (i), que trois siècles de vie extérieure fassent illusion au protestantisme. Il vit encore de la première et vigoureuse impulsion qu'il a reçue au seizième siècle ; il vit de ses antécédents politiques ; il vit de l'élément de la nationalité. Mais cette impulsion s'épuise. Les poutres de la charpente se déjoignent. L'édifice craque de toute part. Les forces accessoires et auxiliaires se retirent. Le protestantisme reste seul et

désorganisé Il y a des protestants ; il n'y a plus

de protestantisme Ce n'est donc pas seulement

en principe, c'est en fait, c'est d'une manière fla-

(l) Essai êur la manifestation dei convictions religieuses, p. 495.

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