ET LA. VULGATE
Qu'il soit donc bien constaté encore une fois 1° que les catholiques reconnaissent dans la Sainte Ecriture la véritable parole de Dieu aux hommes et qu'ils professent pour elle le plus profond respect ; 2° qu'ils contribuent à la propager, à la faire connaître par les prédications bien plus que le protestantisme par le moyen de ses sociétés bibliques ; 3" que la Bible est laissée aux soins de l'Eglise enseignante, qui doit la conserver intacte et lui donner l'interprétation authentique, mais qu'elle n'est pas abandonnée aux caprices du premier venu, qui pourrait en retrancher à sa guise tantôt un verset, tantôt un livre entier ; 4° que la Vulgate est encore la plus fidèle des versions latines de la Bible et ne renferme rien qui puisse affecter substantiellement la doctrine céleste que Dieu est venu apporter aux hommes.
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ARTICLE DEUXIÈME
De la Iradilion: sa nature. — Tradition objective. — Les protestants doivent nécessairement admettre la tradition, sous peine d'enlever toute base à leur règle de foi, et à plusieurs de leurs croyances. — L'Ecriture et les Pères de l'Eglise admf-ttent la tradition objective comme partie de la révélation.— Saint Vincent de Lérins. — Témoignages de plusieurs écrivains protestants favorables à la tradition. — Jésus-Christ ne rejette que les traditions vaines et fausses. — La vérité révélée est écrite partout en caractères ineffaçables. — Monuments chrétiens. — Tradition active. — Transformations que le protestantisme a fait subir aux églises catholiques dont il s'est emparé. — La liturgie anglicane n'a conservé que les accessoires du culte.
En réfutant la règle de foi protestante, j'ai démontré que, si l'on rejette la tradition catholique, la Bible même nous échappe des mains, le christianisme n'est plus qu'une ombre vaine, une théorie sans fondement ; car la religion chrétienne n'est, à proprement parler, qu'une tradition et repose tout entière sur la tradition, de sorte que supprimer celle-ci, c'est anéantir celle-là.
Il n'y a rien qui cause tant de frayeur au protestantisme que la tradition; ce mot réveille une foule de préjugés ; on se figure de suite un enseignement humain ajouté à la parole de Dieu, un mélange confus de superstitions agglomérées sur le parcours des siècles, un recueil de formules transmises jusqu'à
nous de bouche en bouche et par conséquent inévitablement altérées et défigurées. Il n'y a qu'à lire les ouvrages des coryphées de l'école d'Oxford pour se convaincre qu'ils ont des idées tout à fait fausses sur la tradition catholique et n'attaquent que des chimères.
Qu'est-ce donc que la tradition ? « C'est, répond le R. P. Perrone (^), l'enseignement oral tout entier que les Apôtres ont reçu des lèvres mêmes du divin Sauveur, et cet autre enseignement intérieur qui leur a été suggéré et inspiré par le Saint-Esprit. Enseignement qui consiste non dans de pures formules, dans de simples paroles, mais dans la vérité et les choses mêmes. Enseignement qui s'incorpora, pour ainsi dire, à l'Eglise naissante, la pénétra aussitôt, la rempht tout entière, et, depuis cette époque, n'a pas cessé de vivre en elle, de s'y conserver et de s'y propager dans toute la suite des siècles, comme il s'y propagera et s'y conservera jusqu'à la fin du monde. Enseignement qui avait atteint sa plénitude et sa perfection avant même que fussent écrits les livres de la nouvelle alliance, et qui, par conséquent, contenait déjà toutes les vérités qui depuis ont été en grande partie consignées dans les livres saints, mais vérités qui, bien loin de n'être qu'une lettre morte gravée sur un papier muet, ont toujours été des vérités vivantes ou vivifiées par la foi, par l'instruction,
(1) La règle de foi, t, 2, p. 43.
par la vie pratique et par l'esprit intérieur du corps entier de l'Eglise. Enseignement qui n*a rien perdu de son autorité divine ni de son efficacité, comme de sa qualité et de sa dignité de règle, quand une partie en a été rédigée par écrit de manière à former peu à peu le canon du Nouveau Testament, dont les livres, incontestablement postérieurs à cet enseignement traditionnel, n'ont jamais offert, quoi qu'on en dise, qu'une partie de la parole de Dieu. Je dis qu'une partie de celte parole : car personne ne s'avisera de dire que tout l'enseignement oral ait été consigné dans le premier évangile composé par saint Matthieu, puisque nous trouvons dans saint Marc plusieurs choses omises par ce premier. Nous aurions la même chose à dire de l'évangile de saint Luc par rapport aux deux évangiles antérieurs, la même chose à dire en sens inverse des diverses épîtres des Apôtres, y compris l'Apocalypse, par rapport à l'évangile composé par saint Jean, le dernier dans l'ordre des dates de tous les livres du Nouveau Testament, et oii se trouvent beaucoup de choses omises dans tous les autres. Et qu'on ne dise pas pour cela que tout ce qui restait de l'enseignement oral ait été renfermé dans ce dernier évangile ; car non-seulement aucun document ne le prouve, mais, de plus, nous trouvons dans ce livre même une protestation du contraire, puisque l'Evangéliste y déclare en termes exprès que Jésus-Christ a fait bien d'autres choses qui ne sont