LA SAINTETÉ
quelques citations que ces braves réformateurs, qui se connaissaient bien les uns les autres, n'étaient pas plus prêts à se canoniser mutuellôment que nous ne serions disposés à le faire nous-mêmes.
Si une telle origine n'est ni pure, ni sainte, il n'est pas moins vrai d'affirmer que les doctrines et les moyens de sanctification ne le sont pas davantage. Qu'il me suffise de rapporter les principes suivants, admis par Luther, Calvin et Zwingie : 1° le dogme de la justification par la foi seule, et de l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut ; 2° la doctrine abominable que Dieu est l'auteur du péché, en ce qu'il pousse l'homme à pécher par une nécessité irrésistible : « Nàm et mala opéra in impiis Deus operatur » , écrivait Luther ; 3" le péché originel a privé Adam et sa postérité du libre arbitre ; 4° il est devenu absolument impossible d'observer les commandements de Dieu ; 5° Dieu n'a créé la plupart des hommes que pour les damner éternellement ; 6° les élus seuls sont justifiés et dès qu'ils ont reçu le baptême ils ne peuvent plus pécher, ou du moins leurs péchés ne leur sont plus imputables ; 7° la seule imputation extérieure des mérites de Jésus- Christ, au moyen de la foi seule, suffit pour rendre saint à l'égal des anges ou de la Sainte Yierge, eûton d'ailleurs la conscience chargée de tous les crimes du monde. Yoilà des doctrines aiîreuses qu'on trouve exprimées en toutes lettres en une foule d'endroits de leurs écrits ; si elles étaient rigoureusement appli-
<juées dans la conduite ordinaire de la vie, elles seraient capables de ruiner la morale publique et de Tjouleverserles sociétés. Heureusement les hérétiques et les schismafiques, comme on l'a déjà dit, sont souvent meilleurs que leurs hérésies et leurs schismes. D'ailleurs en faisant disparaître les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, on a enlevé aux hommes les deux plus grandes sources de sanctification qu'il y ait dans la religion chrétienne.
Quant aux résultats obtenus par la fausse Réforme, on pourrait écrire des volumes sur cette question, et montrer à quoi se réduit le dévouement chrétien de ses missionnaires envers les infidèles et les classes pauvres de la société ; il serait facile de faire voir que la doctrine de l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut a produit les fruits qu'on pouvait en attendre. Où sont les saints qu'a produit la Réforme ? Oii sont les hommes qu'elle a formés à la pratique des conseils évangéliques ? Pourquoi cette espèce d'horreur qu'elle manifeste à l'égard des religieux qui s'unissent au Seigneur pour toute leur vie par les vœux de pauvreté, de virginité et d'obéissance? Pourquoi celte persécution à outrance dirigée contre des hommes qui n'ont d'autre tort que de vouloir fuir les dangers du monde, d'autre crime social à expier que celui de consumer leur vie dans l'étude, dans la pratique de la piété, dans l'exercice des œuvres de zèle apostolique? A quoi ont abouti tous les efforts qu'on a tentés ici et là pour fonder des couvents de religieux