LA SAINTETÉ DU PROTESTANTISME
et (les amalgames d'incrédulité à toutes les doses, enfin une vraie pulvérisation de la doctrine évangélique....)) (1)
Le protestantisme ne possède guère plus la note de SAINTETÉ que celle de l'unité. Je ne veux pas descendre ici à des questions de personnes ; les polémiques irritantes produisent rarement quelque bien, et je me plais à reconnaître qu'il y a chez les protestants de bonne foi des âmes nobles, grandes, sincères, auxquelles Dieu accordera le bonheur de la patrie céleste, comme le reconnaissent les plus grands théologiens, tels que De Lugo (2). Mais ici je veux comparer surtout les sociétés, telles qu'elles se révèlent aux yeux de tout homme impartial, dans leur origine, dans les moyens de sanctification qu'elles emploient et spécialement dans les résultats qu'elles obtiennent.
Quant aux chefs de la Réforme du seizième siècle, je ne veux pas les juger moi-même, de crainte qu'on ne m'accuse de partialité ; je préfère ne citer que quelques courts passages de leurs écrits et rapporter les gracieusetés qu'ils se disent mutuellement ; le lecleur pourra se prononcer ensuite sur la sainteté de l'origine du protestantisme. La sincérité de Luther se peint bien dans celte lettre confidentielle à son ami Mélanchton, 30 août, 1530 : « Quand une fois nous n'aurons plus rien à craindre, quand nous serons laissés en paix, alors il sera temps de rectifier nos
(1) Caussette, Le bon sens de la foi, t 1, p. 392.
(2) Dejide, XII, 3, 30.
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tromperies, nos mensonges et nos erreurs)^. — «Pierre, dit-il ailleurs, le plus grand des Apôtres, vivait et enseignait contrairement à la parole de Dieu « (i). — « Moïse, dit-il, avait une langue, mais une langue embarassée, qui balbutiait... une langue de mort, de colère et de péché. Recueillez toutes Jes paroles de sagesse de Moïse, des philosophes gentils, et vous trouverez qu'elles n'expriment que T idolâtrie ou Vhypocrisie . . .f) (2). — Je ne veux rien citer de ses Propos de table, [Tischreden) qui forment un volume in-folio de 1350 pages ; je craindrais de manquer au respect que je dois aux lecteurs honnêtes. C'est de lui que Zwingle écrivait : « Quand je lis ce livre (deLuther)^ il me semble voir un pourceau immonde grogner en flairant ici et là les fleurs d'un beau jardin ; tant il parle de Dieu et des choses saintes en termes indécents, peu théologiques et inconvenants ». — « Voilà, s'écrie-l-il ailleurs, comment Satan cherche à s'emparer de cet homme tout entier» C^). «A son tour Luther dit de Zwingle qu'il est satanisé, insatanisé, sursatanisé C^). Dans une lettre adressée à Bucer, le 9 janvier, 1538, Calvin accuse Luther de faste, de médisance, d'ignorance, de grossières bévues où il serait tombé, et d'une insolente fierté. Bucer, dis-
(1) Comment, in Ep. ad Gai. c. 2, édit. Wittemberg, 0pp. t. V» p. 290.
(2) T. III, in Ps. XLV, p. 425.
(3) Zwingle, opp. t. II, Reap. ad conf. Luth^ri, p. 474 et 478.
(4) Audin, Vie de Luther, t. II, p. 376.
ciple de Calvin, appelait son maître « un écrivain possédé de la passion de médire, un chien enragé » 0). — Dans son ouvrage intitulé De vera et falsa religione, (p. 202) Zwingle écrivait : « Nous revenons ici sur ce que nous avons dit ailleurs, à condition toutefois qu'on admette ce que nous écrivons dans la quarantedeuxième année de notre âge, de préférence à ce que nous avons écrit n'ayant encore que quarante ans, dans un temps, comme nous l'avons dit, où nous consultions plutôt V intérêt du moment que la vérité... ne inter initia canes et porci nos rumpant » . Il n'est donc que trop vrai de dire avec le protestant W. Cobbett, que «jamais peut-être le monde ne vit dans un même siècle une collection de misérables et de scélérats tels que Luther, Zwingle, Calvin, Bèze et les autres célèbres réformateurs de la religion catholique. Tous, de l'aveu même de leurs propres sectateurs, étaient diffamés par les vices les plus honteux. Le seul point sur lequel ils fussent tous d'accord entre eux était l'inutilité des bonnes œuvres. Leur vie sert à prouver combien ils étaient sincères dans leurs principes, et il n'en est pas un seul parmi eux dont les actions n'aient pas mérité toutes les rigueurs de la justice humaine » W. Que de choses n'y auraitil pas à dire de Carlostadt, de Mélanchton, de Bèze, de Bucer et autres ! Mais on peut déjà juger par ces
(1) Freudenfold, Origine de la réformation de Calvin.
(2) A liistory of the protestant reformation, London, 1829, C. VII,^ S. 200.