LA BIBLE ËÊT LA BIBLE SEULE
catholiques, au contraire, nous disent unanimement : « Dans la Bible et dans la Tradition.» Voilà une prèmière divergence. D’après les protestants, il n’y à donc, en dehors des Saintes Ecritures, aucune vérité révélée. D'après l’enseignement catholique, il y a la parole de Dieu écrite et la parole non écrite ; le tout nous est conservé par voie de tradition, c’est-à-dire par le corps enseignant divinement constitué, par les Apôtres et leurssuccesseurs que Jésus-Christ a chargés de prècher sa doctrine : et alors les Saintes Ecritures ne sout,à vrai dire, qu’une partie de la tradition objective.
Il ne serait peut-être pas hors de propos de donner ici, en passant, l'argument que Schurft faisait à Luther, et qui blessait au cœur le réformateur saxon : « Qu'est-ce que la Bible, sinon une tradition ? Comment prouver sa divinité, sinon par la voie orale, tradition séculaire qui nous assure que le souffle de Dieu s’est répandu sur sa lettre? Il n’en est pas du Nouveau Testiment comme du ciel où chaque étoile parle un langage compris de tons. Qui nous a remis ce livre de bonne nouvelle? Des hommes. Qui nous l’a transmis d'âge en âge? Des hommes. Ainsi donc
the Church of Rome holds that the Holy Scriptures are insuficient by themselves, aud that we must admit, in addition to them, a second sourcé, from which some essential articles of faith are derived, namely tradition; and that this second source is of equal authority with the first, and independent of it.”’—Gayer, Catholic layman, «ol. I, p. 61.
c'est par la tradition que vous savez que le nom de chrétien que vous portez, vient du Christ. C’est le fleuve de la tradition qui vous a apporté les deux Testaments, le Sinaï et le Thabor, l’ancienne et la nouvelle loi, Dieu et Jésus.» Ainsi donc l'Ecriture n’est en réalité qu'une tradition; c’est par des hommes qu'elle a été transmise et conservée jusqu’à nos jours.
Mais laissons de côté pour le moment la tradition proprement dite, ou la parole de Dieu non écrite, et ne nous arrêtons qu’à l'Ecriture qui est la règle de foi de tous les protestants. Ils reconnaissent et professent ouvertement que la Bible contient la parole de Dieu aux hommes ; sur ce point encore ils sont en harmonie parfaite avec les catholiques, dont la doctrine est consignée dans le Concile de Trente, session IV. En effet, le Concile déclare que Dieu est Pauteur de l'Ancien et du Nouveau Testament, et qu'il faut en recevoir tous les livres et chacune de leurs parties avec piété et vénération. Donc tous les chrétiens professent un profond respect pour la parole de Dieu écrite.
Maintenant, comment s'approprier cette parole de Dieu, cette révélation contenue dans un livre? Comment faire pénétrer dans l'intelligence de chacun cet objet de notre foi ? Par quel moyen la parole de Dieu arrivera-t-elle jusqu’à notre âme ? En d’autres termes, quelle est la règle prochaine de notre foi ?
Les catholiques répondent : c’est l'Eglise infaillible,
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établie par Jésus-Christ pour enseigner à toutes les nations ce qu'il lui a plu de leur révéler; c’est à elle qu’il a confié tout le dépôt sacré de sa doctrine pour être conservé et propagé dans toute son intégrité jusqu’à la fin des siècles. Il est vrai qu’une partie de celte révélation a été, par une providence spéciale de Dieu, consignée dans les Livres Saints, mais ce fait n’a nullement détruit la mission donnée par Jésus- Christ à son Eglise d'enseigner oralement sa doctrine, non plus que l'obligation pour les fidèles de suivre ces enseignements et d’y obéir. C’est donc de l'Eglise enseignante et divinement constituée, que nous devons recevoir la vérité révélée, qu'elle soit contenue dans les Saintes Ecritures ou dans la tradition seule.
Les protestants ne s'entendent pas sur cette importante question. Les uns donnent comme moyen d'arriver à la connaissance de la révélation écrite, la raison individuelle, qui peut et doit étudier dans la Bible la parole de Dieu, en approfondir le sens, et en tirer un symbole ou l’ensemble des vérités qu’elle est tenue de croire. D’autres prétendent que chaque lecteur du texte sacré, par là même qu'il est homme de prière, animé de pieux sentiments, fervent chrétien, peut compter sur Ja lumière du Saint-Esprit, qui éclairera son intelligence, et lui fera comprendre les obscurités bibliques dans leur sens véritable ; c’est à un flambeau céleste qui ne doit s’éteindre qu'avec le nfauvais vouloir d’un chacun. D’autres enfin reçoivent la doctrine contenue dans jes Ecritures par l’in-
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termédiaire de leur Eglise; mais cette Eglise n’est pas infaillible, elle peut errer, et personne n'est tenu de se soumettre à ses enseignements, à moins qu’il ne les trouve conformes à la Bible.
Considérons d’abord la règle de foi protestante objectivement, c’est-à-dire l'Ecriture elle-même et en elle-même, et ensuite subjectivement, c'est-à-dire dans les différents moyens qu’emploient nos adversaires pour parvenir à la connaissance de la révélation écrite, ou du sens de la Bible. En d’autres termes nous étudierons en premier lieu leur règle de foi éloignée, et en second lieu leur règle de foi pro- * chaine, et nous verrons qu’elle n’est ni à /a portée de tous, ni sûre, ni propre à terminer les controverses, ni tndéfectible, et que par conséquent elle ne possède pas les caractères qui doivent être inhérents à toute règle: de foi.