‹ La Sainte Ecriture et la règle de foi [microforme]Chapitre 12 sur 142 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La règle de foi protestante éloignée, ou le livre des Saintes Ecritures.

Pour nous, catholiques, toutes les questions qui peuvent s’agiter relativement aux Saintes Ecritures, reçoivent une solution facile et complète de la part de l'Eglise. Nous avons en elle un tribunal vivant, infaillible, suprême ; elle parle, et, sur ce sujet comme sur tous les autres, les intelligences et les volontés se soumettent et lui donnent la ferme et libre adhésion de leur foi. A peine a-t-elle rendu son jugement, la question est résolue ; le doute disparaît devant les splendeurs de la vérité ; la doctrine définie prend place dans le domaine des connaissances acquises à l'esprit humain, et personne ne songe à la contester davantage. Mais pour nos frères séparés, ils demeurent et demeureront toujours dans l'incertitude sur une foule de points controversés, précisément parce qu'ils

18 LA RÈGLE DE FOI PROTESTANTE ÉLOIGNÉE

refusent d'admettre le tribunal suprême que Jésus- Christ a constitué pour enseigner les peuples. Qui leur dira quels sont les livres inspirés de Dieu ? Qui Jeur indiquera les livres qui composent le canon des Saintes Ecritures ? Qui leur fera connaître d’une manière indubitable que leur Bible est authentique, qu’elle n’a pas été falsifiée, qu’elle est bien l’expression de la parole divine ? Personne. Ce sont là autant d’énigmes, qui, comme nous le verrons, sont pour eux insolubles ; elles ruinent par sa base même tout l'édifice du protestantisme ; le doute et toujours le doute avec ses terribles angoisses : voilà l’océan sans rivages sur lequel ils sont ballottés ; voilà l’abîme insondable dans lequel s’engloutit tout espoir de certitude. Quelques développements feront mieux connaître l’état de la question ; le lecteur impartial pourra remarquer toute une série d’impossibilités qui sont inhérentes au principe fondamental du protestantisme et qui le détruisent pour toujours.

ARTICLE PREMIER

Impossible à un protestant de savoir si les Saintes Ecritures sont un livre inspiré.—Examen des caractères par lesquels les protestants prétendent établir l'inspiration des Livres Saints.

Qu'est-ce que l'inspiration? Sans vouloir en donner ici une définition stricte, je dirai que c’est un fait surnaturel, qui se passe dans l’esprit de l’homme, et qui, comme tous les faits intérieurs, n’est connu que de Dieu et de celui qui est inspiré. L'inspiralion ne peut donc se manifester aux autres hommes que par les effets extérieurs, c’est-à-dire par le livre lui-même qui en est le résultat, ou encore par un témoignage digne de foi.

Mais quelles marques extérieures pourrait-on trouver dans le livre des Saintes Ecritures pour établir qu’elles sont inspirées de Dieu ? Reconnaissons tout d’abord qu'on ne saurait démontrer par les Ecritures que les Ecritures elles-mêmes sont inspirées ; ce serait prouver une chose par elle-même, et d’ailleurs il n’y a aucun texte qui affirme cette inspiration de la Bible en général, ou dont on puisse la déduire.

Dira-t-on, comme l'ont soutenu quelques écrivains protestants, que les Ecrilures sont inspirées, parce qu’elles contiennent ia narration de miracles et de prophéties qui se sont fidèlement accomplies ? Evidemment non, puisqu’un livre ayant pour auteur un

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homme ordinaire abandonné aux ressources de son intelligence, peut renfermer le récit de ces manifestations surnaturelles. On pourrait tout au plus en conclure qu’il rapporte une doctrine ou des faits révélés, tel que pourrait le faire un historien profane quelconque ; mais il y a encore loin de là à l’inspiration qui suppose une action directe de Dieu sur l'écrivain sacré, de telle sorte qu'il exprime tout ce que Dieu veut révéler au monde et rien au-delà, et qu’on puisse dire : ce livre est le livre de Dieu ; cette parole est la parole de Dieu.

Affirmera-t-on que la sainteté, la sublimité et l’harmonie de la doctrine des Ecritures prouvent qu’elles sont inspirées ? Non, répondrai-je sans hésiter ; cela ne saurait constituer une preuve, car toutes ces qualités se trouvent certainement réunies et à un aussi haut degré dans les magnifiques lettres de saint Clément Romain, de saint Ignace M., de saint Polycarpe, et même dans l’Imitation de Jésus-Christ, que dans le livre des Paralipomènes, ou dans les épîtres de saint Jean, de saint Jude, de saint Pierre, ou de saint Paul à Tite et à Philémon. S'il fallait ranger au nombre des livres vraiment inspirés tous ceux qui portent le cachet d’une doctrine sainte, sublime et toujours logique, on les compterait par milliers, et les écrits des Pères et des Docteurs de l'Eglise n’oc- Cuperaient pas le dernier rang.

Maintiendra-t-on l'inspiration des Ecritures, parce que ceux qui les lisent en ressentent de grands sen-

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