NE POSSÈDE PAS L'UNITÉ
‘actuel de la réforme ; il serait facile d'apporter des milliers. de témoignages analogues à ceux que je viens de citér ().
Cependant le protestantisme a bien souvent essayé de se préserver de l’anarchie à laquelle il devait fatalément aboutir ; tout a été inutile. Il a fallu se résigner à contempler de ses propres yeux le spectacle alarmant d’une désorganisation complète, et d'une mort prochaine, semblable à ces malheureux qui, rongés tout vivants par un chancre ou minés par une gangrène mortelle, sentent que la vie les abandonne et que le tombeau sera bientôt leur demeure. On a publié des confessions de foi, on a fait jurer de es défendre toujours et dans toutes leurs parties ; mais bientôt chacun y découvrant des erreurs se croyait obligé de dire adieu à ce drapeau du mensonge: de là des luttes doctrinales, des divisions, des subdivisions interminables. A quoi ont abouti tous Tes synodes protestants, y compris l'Alliance évangélique ? A faire rire tout homme sérieux, et à faire toucher du doigt aux protestants eux-mêmes leur fthpuissance radicale à extraire de leur Bible une Seule vérité de foi que tout le monde dût admettre. Je me contenterai d'en rapporter un exemple.
« Au mois de mars, 1838, un synode protéstant était réuni à Lausanne. Convoqué par un conseil d'Etat dont les membres pouvaient être catholiques,
(1) Cf. Perrone, op. cit. t. III, p. 331, etc.
250 Lë PROTESTANTISME
juifs, athées, trente-deux pasteurs s’assemblaient journellement dans la salle du grand conseil, lequel devait les juger en dernier ressort. On se demanda d’abord ce que c'était que l'Eglise, et si elle était école ou société, ou tout à la fois école et société, ou tour à tour société et école ; c'est-à-dire que, dès le principe, l'existence d'un ministère enseignant dans l'Eglise fut mis en doute. Rien ne fut décidé. On discuta néanmoins celte question si grave : Le baptéme est-il nécessaire pour appartenir à l'Eglise ? Sur quoi un membre fit observer que, pour se conserver en bonne harmonie avec ceux qui ne baptisent pas leurs enfants, —pratique qui, dans quelques années, pourrait devenir générale chez nous, —il était prudent de ne pas exiger cette condition ! Le baptême provisoirement maintenu, on s’occupa de la confession de foi. Et d'abord en faut-il une ? La majorité dit oui. —Doit-elle être déclarée variable ou invariable ?— Essentiellement variable, répondirent 21 voix sur 32! Et faut-il changer l’ancienne confession helvétique ? Quinze voix dire oui, quinze voix dirent non —I] fut enfin résolu que la confession helvétique serait conservée, non comme régle de foi, mais comme régle d'enseignement ; distinction qui parut à plusieurs subtile. Puis des hommes qui se disaient ministres de l'Eglise et pasteurs des âmes, se demandèrent au dix-neuvième siècle de l’ère chrétienne : A qui appartient-il de gouverner l'Eglise ? Est-ce à nous ou bien est-ce aux laïques ? D’excellentes choses furent dites