‹ La Sainte Ecriture et la règle de foi [microforme]Chapitre 121 sur 142 · LA SAINTETÉ DU PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

LA SAINTETÉ DU PROTESTANTISME

et des amalgames d'’incrédulité à toutes les doses, enfin une vraie pulvérisation de la doctrine évangélique... » ()

Le protestantisme ne possède guère plus la note de sAINTETÉ que celle de l'unité. Je ne veux pas descendre ici à des questions de personnes ; les polémiques irritante’; produisent rarement quelque bien, et je me plais à reconnaître qu’il y a chez les nrotestants de bonne foi des âmes nobles, grandes, sincères, auxquelles Dieu accordera le bonheur de la patrie céieste, comme le reconnaissent les plus grands théologiens, tels que De Lugo @). Mais ici ©: veux comparer surtou: les sociélés, telles qu’elles se révèlent aux yeux de tout homme impartial, dans leur origine, dans les moyens de sanctification qu’elles emploient et spécialement dans les résultats qu’elles obliennent.

Quant aux chefs de la Réforme du seizième siècle, je ne veux pas les juger moi-même, de crainte qu’on ne m’accuse de partialité ; je préfère ne citer que quelques courts passages de leurs écrits et rapporter les gracieuselés qu'ils se disent mutuellement ; le lecteur pourra se prononcer ensuite sur la sainteté de l’origine du protestantisme. La sincérité de Luther se peint bien dans cette lettre confidentielle à son ami Mélanchton, 30 août, 1530 : « Quand une fois nous n'aurons plus rien à craindre, quand nous serons laissés en paix, alors &! sera temps de rectifier nos

(1) Cavssette, Le bon sens de La fot, à. Y, p. 392. (2) De fide, XII, 3, -0.

tromperies, nos mensonges et nos erreurs».—« Pierre, dit-il ailleürs, le plus grand des Apôtres, vivait et enseignait contrairement à la parole de Dieu » ().— « Moïse, dit-il, avait une langue, mais une langue embarassée, qui balbutiait.. une langue de mort, de colère et de péché. Recueillez toutes les paroles de sagesse de Moïse, des philosophes gentils, et vous ‘rouverez qu’elles n’expriment que l’idolâtrie ou l'hypocrisie...» G@),—Je ne veux rien citer de ses Propos de table, (Tischreden) qui forment un volume in-folio de 1350 pages ; je craindrais de manquer au respect que je dois aux lecteurs honnêtes. C’est de lui que Zwingle écrivait : « Quand je lis ce livre (de Luther), i} me semble voir un pourceau immonde grogner en flairant ici et là les fleurs d'un beau jardin ; tant il parle de Dieu et des choses saintes en termes indécents, peu théologiques et inconvenants ».—-« Voilà, s'écrie-t-il ailleurs, comment Satan cherche à s'emparer de cet homme tout entier » @). «A son tour Luther dit de Zwingle qu'il est satanisé, insatanisé, sursatanisé (4), Dans une lettre adressée à Bucer, le 9 janvier, 1538, Calvin accuse Luther de faste, de médisance, d'ignorance, de grossières bévues où il serait tombé, et d’une insolente fierté. Bucer, dis-

(4) Comment. in Ep. ad Gal. c. 2, édit. Wittemberg, Opp. t. V, pr 290.

(2) T. III, in Ps. XLV, p. 425.

(3) Zwingle, oppet. II, Resp, ad eonf. Luther, p. 474 ot 478.

(4) Audin, Vie de Luther, t. II, p. 376.

ciple de Calvin, appelait son maître «un écrivain possédé de la passion de médire, un chien enragé » (),— Dans son ouvrage intitulé De vera et falsa religione, (p. 202) Zwingle écrivait : « Nous revenons ici sur ce que nous avons dit ailleurs, à condition toutefois qu’on admette ce que nous écrivons dans la quarantedeuxième année de notre âge, de préférence à ce que nous avons écrit n’ayant encore que quarante ans, dans un temps, comme nous l'avons dit, où nous. consultions plutôt l'intérêt du moment que la vérité... neinter inihia canes el porci nos rumpant ». Il n’est. donc que trop vrai de dire avec le protestant W. Cobbett, que « jamais peut-être le monde ne vit dans un même siècle une collection de misérables et de scélérats tels que Luther, Zwingle, Calvin, Bèze et. les autres célèbres réformateurs de la religion catholique. Tous, de l’aveu même de leurs propres sectateurs, étaient diffsmés par les vices les plus honteux. Le seul point sur lequel ils fussent tous d'accord entre eux était l'inutilité des bonnes œuvres. Leur vie sert à prouver combien ils étaient sincères dans leurs principes, et il n’en est pas un seul parmi eux dont les actions n’aient pas mérité toutes les rigueurs, de la justice humaine » @). Que de choses n’y auraitil pas à dire de Carlostadt, de Mélanchton, de Bèze,

. de Bucer et autres ! Mais on peut déjà juger par ces

(1) Freudenfeld, Origine de la réformation de Calvin. (2) À history of the protestant reformation, London, 1829, c. VEE, n. 200.

quelques citations que ces braves réformateurs, qui se connaissaient bien les uns les autres, n'étaient pas plus prêts à se canoniser mutuellement que nous ne serions disposés à le faire nous-rnêmes.

Si une telle origine n’est ni pure, ni sainte, 1] n’est pas moins vrai d'affirmer que les doctrines et les moyens de sanctification ne le sont pas davantage. Qu'il me suffise de rapporter les principes suivants, admis par Luther, Calvin et Zwingle : 1° le dogme de la justification par la foi seule, et de l’inutilité des bonnes œuvres pour le salut ; 2° la doctrine abominable que Dieu est l’auteur du péché, en ce qu'il pousse l’homme à pécher par une nécessité irrésistible: «Nâm et mala opera in impiis Deus operatur », écrivait Luther ; 3° le péché originel a privé Adam et sa postérité du libre arbitre ; 4° il est devenu absolument impossible d’observer les commandements de Dieu ; 5° Dieu n’a créé la plupart des hommes que pour les damner éternellement ; 6° les élus seuls sont justifiés et dès qu’ils ont reçu le baptème ils ne peuvent plus pécher, ou du moins leurs péchés ne leur sont plus imputables ; 7° la seule imputation extérieure des mérites de Jésus- Christ, au moyen de la foi seule, suffit pour rendre saint à l’égal des anges ou de la Sainte Vierge, eûton d’ailleurs la conscience chargée de tous les crimes du monde. Voilà des doctrines affreuses qu’on trouve exprimées en toutes lettres en une foule d’endroits de leurs écrits ; si elles étaient rigoureusement appli-

quées dans la conduite ordinaire de la vie, elles seraient capables de ruiner la morale publique et de bouleverser les sociétés. Heureusement les hérétiques ci les schismafiques, comme on l’a déjà dit, sont souvent meilleurs que leurs hérésies et leurs schismes. D'ailleurs en faisant disparaître les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, on a enlevé aux hommes les deux plus grandes sources de sanclification qu'il y ait dans la religion chrétienne.

Quant aux résultats obtenus par la fausse Réforme, On pourrait écrire des volumes sur cette question, et montrer à quoi se réduit le dévouement chrétien de ses missionnaires envers les infidèles et les classes pauvres de la société ; il serait facile de faire voir que la doctrine de l’inutilité des bonnes œuvres pour le salut a produit les fruits qu'on pouvait en attendre. Où sont les saints qu'a produit la Réforme ? Où sont les hommes qu’elle a formés à la pratique des conseils évangéliques ? Pourquoi cette espèce d'horreur qu’elle manifeste à l'égard des religieux qui s’unissent au Seigneur pour toute leur vie par les vœux de pauvreté, de virginité et d’obéissance ? Pourquoi cette persécution à outrance dirigée contre des hommes qui n’ont d'autre tort que de vouloir fuir les dangers du monde, d'autre crime social à expier que celui de consumer leur vie dans l'étude, dans la pratique de la piété, dans l'exercice des œuvres de zèle apostolique? À quoi ont abouti tous les efforts qu'on a tentés ici et là pour fonder des couvents de religieux

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