LA CATHOLICITÉ DU PROTESTANTISME
et de religieuses comme dans le catholicisme? A rien; tout s’est terminé par une dispersion générale. Quel rôle ont joué et jouent encore ces propagateurs de la Bible pure chez les nations infidèles? Celui de bons citoyens, soigneusement protégés par une femme et des enfants, et voyageant pour la foi maïs ne la confessant point, ou encore, comme s’exprimait le R. P. Caussette, « celuide commis-voyageurs de l'Evangile, laissant à d’autres la gloire d’en être les apôtres Œ», Ceux qui pourraient croire que j'exagère tant soit peu, n'auront qu’à lire les écrits des chefs du protes: tantisme, ou encore l’ouvrage de Dôllinger, intitulé La Réforme, en trois volumes (chez Gaume frères) et traduit de l'allemand par Em. Perrot et par Unger ; ils se convaincront facilement que je n’ai pas dit la millième partie de la vérité sur cette question.
Par là même que l'unité n'existe pas dans le protestantisme, il est évident que la note de carHoziciTÉ ôu d'universalité ne peut pas s’y trouver non plus. En effet, quand on dit qu'ane société religieuse est câtholique ou universelle, cela doit s'entendre d’une société dont les mémbres professent et sont tenns de vrofésser une même croyance positive, sous peine de hé plus appartenir à cette soeiété. Maïs que trouve t-oh dans la Réforme? Y a-t-il une unité quelconque dans la foi? Aucune. Est-on obligé d’adhérer à cer: täinés doctrines particulières, positives? Nullement.
{13 Le Bon vens de la foi, t. 1, p. 428.
L'APOSTOLICITÉ DU PROTESTANTISME. 261
Il peut done y avoir autant de chrétientés que de chrétiens, autant de protestantismes que de protestants? Sans aucun doute, puisque chacun croit ce qui lui plaît et rien au-delà. Mais comment former une sociélé avec des éléments aussi disparates, avec des hommes qui n'ont de cohésion entre eux que dans la négation persévérante de l'Eglise Romaine ? Le problème ne me parait pas facile à résoudre, à moins qu’on ne place, avec un spirituel écrivain, la note de catholicité dans «l'harmonie des divergences universelles », ou qu'on ne veuille assimiler l'Eglise à «un bouquet artificiel qui serait composé d’une rose, d’un choux, d’une tulipe et d'un bignon, le {out réuni soigneusement par un cordon de soulier » (1),
Quant à l’aposroriciré, je sais que beaucoup de Communions dissidentes n’y ont pas la moindre prétention et pour cause : elles ont même fait divorce avec foute.espèce de sacerdoce ; leur religion se résume dans l'infaillibäité de Ja raison individuelle ou de la raison du souverain appliquée à la Bible. Remonter jusqu'aux Apôlres par une succession non interrompue de pasteurs légitimes, c’est là une gloire qui ne se trouve que dans l'Eglise catholique romaine. Il y a cependant certaines sectes qui se consument en efforts stériles pour montrer au monde qu'elles ne sont pas illégilimes : mais le moyen d'y réussir ? Comment trouver le fil conducteur au-delà de Luther,
(1) Comedy of convocation in the English Church, ete., p. 62-63.
262 L'APOS1OLICITÉ
de Calvin, de Zwingle, et de Henri VII ou d’Elizabeth? Il est bien manifeste que les Eglises qu'ils ont fondées ne sont pas apostoliques, puisqu'elles ne datent que de trois siècles ; elles ne sont pas non plus greffées à l'Eglise apostolique, puisqu’elles en ont, au contraire, été retranchées, ou s’en sont séparées d’elles-mêmes. A partir de l’époque où eut lieu cette rupture criminelle, les communions protestantes ne peuvent pas plus se vanter d’être la vraie Eglise apostolique que les Ariens, les Nestoriens, les Eutychiens et les Monophysites. Ce sont des branches séparées de l'arbre et condamnées à mourir ; elles ne reçoivent plus la sève vivifiante de la doctrine des Apôtres ; on pourrait dire d'elles ce que la Revue britannique disait, en 1838, de l’église anglicane : « C’est une momie, un cadavre solennel qui ne peut plus ni marcher ni respirer. » Nul doute que l'arbre généalogique du protestantisme n’étend pas ses rameaux au-delà du seizième siècle, à moins qu'on ne veuille soutenir que Henri VIII fut le successeur légitime de l'autorité spirituelle du Pape Léon X, et Cranmer, le représentant de la foi catholique et de la vertu sur le siége de Cantorbéry : ce qui est une manifeste absurdité.
Il y a des protestants qui se sont fabriqué d’étranges titres de noblesse; ils prétendent remonter de secte en secte jusqu'à Jésus-Christ. Libre à eux dé se choisir de tels ancêtres! Cela ne leur fait guère honneur. Mais il serait facile de démontrer (si ce
n'était trop long) que ces sectes, sur une foule de points importants, différaient de croyance avec les protestants. D'ailleurs cette singulière échelle généalogique, qui vous présente à chacun de ses degrés diverses espèces de schismatiques ou de révoltés, nous conduit enfin à Simon le magicien et à certaines sectes qui n'avaient qu'un tsrt, celui de professer une doctrine tout à fait opposée à celle de Jésus- Christ et des Apôtres !
D'autres se réfugient dans l'apostolicité de la doctrine qu'ils prétendent avoir conservée. Mais ils devraient faire attention que c'est à précisément la difficulté qu’il s'agit de résoudre, et que la doctrine ne peul pas être une note, un caractère distinctif et visible de la vraie Eglise, bien qu’elle en soit nécessairement une propriété. En effet on voit bien Ja Succession apostolique ; c’est un fait historique, patent ; mais la doctrine est-elle visible de la même manière ?
Le presbytérianisme du Rév. Dr. Cook ne s’accommodé guère de la présence réelle, de la confession auriculaire et d’une liturgie en partie romaine ; Mais le ritualisme du Rév. Dr. Hamilton se prononce différemment sur ces sujets et sur bien d'autres : tous deux cependant prétendent bien être en possession de la doctrine apostolique. Qui décidera entre eux ? Je pour ‘is faire le même raisonnement pour chaque article du symbole des Apôtres et pour toutes les
sectes ; toujours la question demeurerait insoluble pour la même raison,
Mais prenons un exemple en particulier, afin de faire voir que les premiers réformateurs ont abandonné la foi de l'Eglise apostolique et n’ont jamais reçu une mission divine. Au commencement de sa carrière, Luther croyait-il à la suprématie pon-
tificale, à la réalité du Saint Sacrifice de la Messe,
au culte des Saints, à la nécessité de la confession des péchés ? Oui, sans aucun doute; ses écrits en font foi. L'Eglise catholique alors répandue par toute la terre enseignait-elle les mêmes doctrines et les avait-elle enseignées au moyen-âge et dans ice premiers siècles ? Cela est absolument certain ; les protestants eux-mêmes se plaisent parfois à le reconnaître, et c’est pour cela que la plupart font divorce avec la tradition et se réfugient dans la Bible pure. Il y a donc eu innovation sacrilége de la part de Luther et des autres réformateurs ; ils se sont donc insurgés contre l'Eglise fondée par Jésus-Christ et avec laquelle il a promis d’être jusqu’à la consommation des siècles ; ils ont mis leur raison personnelle au-dessus de celle de l'Eglise entière ; ils ont rejeté la religion du Pape pour devenir eux-mêmes les Papes de leur religion ; … ont accusé l'Eglise d'idolâtrie, de superstition, d'impiété, etc. Quand un homme se donne un rôle aussi important que celui de réformer l'Eglise, quand il a la hardiesse de contredire des croyances seize fois séculaires, quand il