‹ La Sainte Ecriture et la règle de foi [microforme]Chapitre 26 sur 142 · LA BIBLE SEULE · texte numérisé non relu

LA BIBLE SEULE

Tous les textes de l’'Ecriture que les protestants nous apportent invariablement pour prouver leur thèse, ne prouvent pas assez, car ils ne démontrent logiquement que ce que tous les catholiques ont toujours reconnu comme eux.

Ainsi, par exemple, lorsque Jésus-Christ dit : «Scrutez les Ecritures, puisque vous pensez avoir en elles la vie éternelle, car ce sont elles qui rendent témoignage de moi, » (1) veut-il dire par là que les Ecritures renferment toute la parole de Dieu et sont l'unique règle de foi ? Evidemment non; cette conclusion ne se trouve nullement contenue dans les paroles du Sauveur. En effet, Jésus-Christ s'adresse en ces termes à des Juifs non encore convertis ; il veut les convaincre de la vérité de sa divine mission, et comme ils admettent le témoigne des Ecritures de l'Ancien Testament, il les y renvoie afin de leur permettre de constater l'identité du Messie promis et annoncé si clairement depuis des siècles, avec celui qui se trouve au milieu d’eux, et de vérifier ainsi en lui l’accomplissement des nombreuses prophéties qui le concernaient.

D'ailleurs, il est bien clair qu'il ne pouvait pas leur conseiller de lire toute la Bible, puisque les livres du Nouveau Testament n’existaient pas encore. Tout ce que l’on peut déduire de ce passage c’est que Notre Seigneur voulait démontrer aux Juifs sa mission céleste, en s'appuyant sur une base qu'ils devaient né-

(1) Joan. V, 39.

cessairement admettre ; absolument de la même manière que les catholiques agissent envers les protestants, lorsqu'ils se servent de textes clairs ct décisifs du Nouveau Testament pour leur prouver la divinité et j’inraillibilité de l'Eglise. C'était une des preuves de sa mission, mais ce n’était pas la seule, puisque, un peu auparavant (v. 36), il en avait appelé àses œuvres ou à ses miracles, pour démontrer la même vérité d’une manière péremptoire.

Ces remarques peuvent et doivent s'appliquer au ‘passage des Actes des Apôtres 4), où il est rapporté que les Juifs de Bérée reçurent la parole avec la plus grande avidité, cherchant tous les jours dans les Ecritures s'il en était ainsi.» Ici encore il s’agit des livres de l'Ancien Testament et de Juifs que saint Paul voulait convertir, en leur montrant que Jésus-Christ .était bien ce Messie annoncé par les prophètes et en qui se vérifiaient toutes les prédictions. Ces Juifs comparent les paroles de l’Apôtre avec celles des prophéties, afin de s'assurer de la vérité de son enseignement. En cela, il n’y a rien que de très-louable,

mais aussi il n’y a rien qui fasse voir que la Bible contient toutes les vérités révélées.

De même, lorsque dans certains endroits des Livres Saints @) il est question de la loi du Seigneur qui convertit les âmes, ou de la parole de Dieu qui éclaire nos pas, et que l'on veut en faire l'application à

(1) Act. XVII, 11.

(2) Ps. XVIII, 8; Is. LV, 10, etc., Jérém. XXXIII, 24.

u dé œ

l’Ecriture seule, on raisonne fort mal, puisque Ja loi et la parole de Dieu peuvent être écrites et non écrites et être laissées en même temps entre les mains de l'Eglise infaillible pour être par elle enseignées, conservées et propagées.

La même remarque trouve sa place au sujet du fameux texte du Deutéronome @), où Dieu dit expressément : « Vous n'ajouterez ni n’ôterez rien aux paroles que je vous dis. »—En effet, tant qu’on n’aura pas démontré que la parole de Dieu ne peut être contenue que dans la Bible et ne peut désigner que les Saintes Ecritures, tant qu'on n’aura pas pronvé que Dieu est astreint à ne parler à l’homme que dans un livre, on n'aura absolument rien prouvé ; on n’aura pas même abordé la question, qui consiste à prouver que l’Ecriture seule contient la parole de Dieu, et qu'elle est l'unique source de {a doctrine révélée, l'unique règle de foi.

Il est facile de remarquer aussi que tous ces derniers textes de l'Ancien Testament, qui concernent la loi ancienne, ne sauraient évidemment jamais nous faire arriver à une conclusion qui ne regarde que la loi nouvelle, la constitution de l'Eglise chrétienne.

Mais, dit-on, Jésus-Christ, le plus sage des législateurs, aurait-il donc omis de consigner dans son code une partie de ses lois ? N'est-ce pas une impiété que de soupçonner que Notre Seigneur a pu laisser son œuvre incomplète ?

(1) Deut. IV, 2,

Cette conclusion ne saurait porter le "cachet de la vérité que dans la supposition que Jésus-Christ eut voulu faire de l’Ecriture un code de lois, un code qui fut l'unique organe de ses volontés, comme le font les législateurs humains ; mais c'est ce qu’on ne pourra jamais démontrer. Non, il est absolument impossible de prouver que Dieu ait voulu faire de la Bible l'unique règle de foi, l'unique dépôt des vérités révélées, et cela explique peut-être pourquoi l’Ecriture contient certains petits détails, peu importants en apparence, et passe sous silence des vérités plus essentielles : c'est que les premiers auraient pu se perdre sans les Livres Saints, au lieu que, pour les vérités fondamentales, Dieu avait pourvu à leur conservation par l’enseignement oral et traditionnel du corps des pasteurs.

Mais, reprennent nos adversaires, la Bible est donc une œuvre èmpar/aite.

Je distingue : elle est imparfaite, si on la considère par rapport à la tradition dont elle n’est qu’une partie, et en ce sens qu'elle ne contient pas tout ce que renferme la tradition; mais elle est parfaite en ce sens qu’elle renferme tout ce que Dieu a voulu qu. y fût inséré. De même, bien que chaque livre ait sa perfection propre ct absolue, parce qu'il ne lui manque rien de ce qu’il doit contenir, il a cependant par rapport à la Bible entière, une imperfection rela-

tive, puisqu'il ne contient pas tout ce qui se trouve dans le reste. !1 n’est denc pas plus étonnant que la Bible ait, en quelque sorte, son supplément dans la

tradition, qu'il n’est étonnant que chaque Livre Saint ait attendu et reçu le sien dans les autres livres qui ont été écrits à diverses époques. Aïnsi donc le raisonnement des protestants tombe complètement à faux, parce qu'il suppose toujours que Dieu a voulu nous donner la Bible comme l'unique règle de notre foi, comme le code complet des vérités qu'il avait apportées au genre humain.

Cette dernière supposition, que les protestants admettent sans preuve, est cependant en opposition évidente avec l’enseignement de l’Ecriture. Ecoutons encore sur ce sujet les remarques si pleines de science et de sagesse, tombées de la plume du R. P. Perrone ; elles nous feront connaître un autre côté faible du principe fondamental du protestantisme :

«C'est un passage fameux que celui où l’apôtre recommande aux fidèles de Thessalonique de tenir aux traditions qu’ils avaient reçues de lui, tant de vive voix que par écrit. On a observé avec justesse sur ce passage que non-seulement l’apôtre distingue la tradition orale de la tradition écrite, mais que de plus il attribue à l’une et à l'autre la même autorité, la même valeur. C’est un lexte connu que celui où le même apôtre recommandait à Timothée de garder le dépôt qu'il lui avait confié ; et il est hors de doute que l’apôtre en parlant ainsi ne faisait pas allusion à la Bible, qui n’était pas même achevée à cette époque, mais seulement à la doctrine qu’il lui avait enseignée, en l'avertissant, immédiatement après les paroles

que nous venons de citer, que quelques-uns s'étaient éloignés de lui, et entre autres Phigelle et Hermogènes ; et immédiatement avant, il lui avait recommandé de prendre pour modèles les saines instructions qu’il avait reçues de lui par la foi. Ce sont des passages connus que ceux des épîtres de saint Jean où cet apôtre déclarait ne vouloir pas confier au papier quelques-unes de ses instructions, qu’il se réservait de donner de vive voix.

« Qu'on ne dise pas qu’au moins se trouvent dans la Bible les vérités nécessaires ; car ce serait encore là une allégation que les protestants ne sauraient justifier avec leur règle bornée à la seule Bible, puisque la Bible n’en parle pas. Et puis, ce ne serait après tout qu'une misérable équivoque, puisque, si l’on entendait par ces vérités nécessaires à connaître et à croire celles-là seulement qui sont indispensables au salut, et qu’on ne saurait ignorer sans se rendre coupable, on pourrait alors faire disparaître de la symbolique protestante bien des vérités qui efcctivement peuvent être ignorées sans préjudice du salut, et que pour cette raison on n'est pas obligé de croire explicitement. Que si par ces vérités nécessaires à savoir et à croire on entend toutes celles qu'il a plu à Dieu de nous révéler et de nous proposer à croire lorsqu'elles viennent à notre connaissance, il n’y a

pas un seul article dans toute la révélation qu’il ne soit nécessaire de croire dans ce dernier sers.

« Si donc les vérités révélées ne sont pas toutes

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renfermées dans la Bible seule, mais se trouvent aussi dans la tradilion ; si de plus toutes les vérités sont contenues dans la tradition, et qu'il n’y en ait qu’une partie qui soit contenue dans la Bible, il est évident que la véritable règle de foi est celle qui s'appuie en même temps sur l'Ecriture et sur la tradition; et telle est, à l'exclusion de toutes les autres, la règle de l'Eglise catholique, fondée sur toute la parole de Dieu, écrite el traditionnelle. J'ai dit : la règle de l'Eglise catholique à l'exclusion de toutes les autres, parce qu'il n’y a que cette Eglise qui puisse avoir une pareille règle, étant la seule qui n'ait pas souffert d'interruption dans sa durée, ni par conséquent dans son enseignement, par la chaine continue qu’elle offre de ses pasteurs depuis les apôtres dans tout le cours des âges : avantage que ne saurait avoir toute autre communion séparée d'elle, puisqu'il n’en est aucune dont on ne puisse fixer le commencement et indiquer l’origine. Et voilà le motif de cette aversion vraiment native que loutes les sectes ont pour la tradition. Il n’y en a pas une qui ne l'abhorre, parce que chacune d'elles sait et sent qu’elle en est privée, comme ces filets d’eau qui, coupés et séparés de la source, se changent en eau putride et boueuse, sans plus recevoir l’eau vive qui continue à couler dans son lit principal. » @)

Plus tard il sera encore question de l'Eglise et de la tradition ; nous entrerons dans plus de détails.

(1) Le protestantisme et la règle de foi, t. II, p. 61, etc.

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