L'AUTORITÉ DE L'ÉGLISE
et celui qui vous méprise, me méprise. »—« Si quelqu'un n’écoute pas l'Eglise, qu’il soit regardé comme un païen et un publicain. »
Il convenait d’ailleurs qu'il en fût ainsi, si le divin Législateur voulait conserver à son œuvre le caractère d'unité et d’immutabilité qui lui est essentiel. De même qu’un code de lois humaines, quelque clair qu’il soit, n’est jamais abandonné à la libre interprétation de chacun, mais qu'il y a toujours des magistrats et des tribunaux chargés de décider les contestations qui s'élèvent sur le sens de ces lois, de même aussi le Législateur suprême ne pouvait manquer de mettre un frein au dévergondage de l'esprit humain, toujours disposé à adapler tout, même les lois divines, aux caprices, aux passions, aux besoins du moment.
Qu'on ne nous dise pas cependant, que nous mettons par là l’autorité de l'Eglise au-dessus de celle de l’Ecriture ou de la parole de Dieu. Nullement ; en agissant ainsi, nous ne faisons que préférer l'interprétation que l'Eglise nous donne de la parole de Dieu écrite, à l'interprétation que nous en donnerions nous-mêmes. En cela, nous montrons moins de présomplion que les protestants, qui préfèrent leur interprétation privée à celle de l'Eglise, à celle de tous les catholiques réunis, et même à celle de tous les réformés qui ne pensent pas comme eux. Pour nous, l'Eglise est une autorité divine et toujours vivante, qui juge du sens de la parole de Dieu écrite ;
nous ne plaçons donc pas l'autorité de l’homme au-dessus de celle de Dieu. Quand un juge donne une interprétation d’une loi un peu obscure, personne n’est assez sot pour croire que le juge revêt par là même une autorité supérieure à celle de la reine ou du parlement qui a porté cette loi.
6° Cette sollicitude extrême que l'Eglise manifeste pour les Ecritures s'explique facilement. Comme elle est intimement convaincue que les Livres Saints contiennent la parole de Dieu aux hommes, que ces mêmes Livres sont confiés à sa garde et que la perversité humaine peut facilement en corrompre et la lettre et l'esprit, elle veille sur eux avec toute la sollicitude d’une mère sur le berceau de son enfant; elle écarte les téméraires qui voudraient porter une main sacrilége sur le précieux dépôt qu’elle a reçu de Dieu ; elle empêche que l'or pur de la parole divine ne soit changé en un vil métal ; en un mot, elle use d’un droit incontestable, en même temps qu'elle remplit vis-à-vis de l'humanité le plus impérieux de tous les devoirs.
Avant de sortir de cet important sujet, je veux rapporter les belles paroles du Cardinal Wiseman, de cet homme si éminent, dont les catholiques d'Angleterre et du monde entier déploreront longtemps la perte. Cette citation est un peu longue, mais elle complète si bien la question que je traite actuellement qu’on me saura gré, j'en suis sûr, de ne l’avoir pas omise. « On dit et l’on répète que les catholiques
n'aiment pas FEcriture sainte ; que leur Eglise n'aime pas la parole de Dieu, qu’elle voudrait pouvoir la supprimer et mettre la lumière divine sous le boisseau pour l’éteindre. L'Eglise catholique n’a ni amour, ni estime pour la parole de Dieu! Est-il une autre Eglise qui place plus haut l’autorité des Ecritures ? Est-il une autre Eglise qui, comme la nôtre, établisse la règle qu’elle veut imposer aux hommes sur les paroles mêmes de ce livre sacré ; et, par conséquent, est-il une Eglise qui ait un intérêt aussi grand à conserver et à enseigner celte parole ? Ceux qui ont été élevés dans la religion catholique le savent ; en effet, c'est, les Saintes Ecritures à la main, que l'Eglise réclame cette autorité, précieux et divin legs de son fondateur. Aussi non-seulement elle a aimé, elle a chéri l’Ecriture, mais elle s’est montrée jalouse de la sainte intégrité du livre de Dieu, à un point que n’a jamais pu atteindre le zèle des autres communions chrétiennes... :
«Et d’abord, c’est elle qui a recueilli les divers fragments des auteurs inspirés et qui les a réunis de manière à en former un ensemble. A ceux qui diraient le contraire je répondrais que le principe de l’unité catholique a seul pu amener les diverses Églises à se communiquer les livres et les lettres adressées à chacune d’elles par les Apôtres, et que c'est seule+ ment grâce à cette communication que le canon des Ecritures a été formé. Puis n'est-ce point elle encor® qui a employé les copistes par centaines, par milliers,