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et partout, vous entendrez la même profession de foi ; vous les verrez administrer les mêmes sacrements : vous les trouverez tous soumis à leurs évêques, et par là même au chef de l'Eglise universelle, au Sous verain Pontife, successeur de l'Apôtre saint Pierre ; le symbole de foi que chante le Pape sous les voûtes de la basilique Vaticane, est le même qui se chante du fond du cœur par tous les catholiques de l'univers.
Comme on ie voit, l'unité est inhérente à la consti: tution, à la règle de foi de l'Eglise catholique ; quiconque refuse à son autorité infaillible l’obéissancé qu'il lui doit, se trouve par là même exclu de son sein, et cesse d’être un de ses membres. Ainsi donc quelqu'un peut bien se séparer de l'Eglise catholique, mais ilne peut pas se séparer dans l'Eglise catho= lique : ce serait un contre-sens. Que ce soit un empereur, un prince, un évêque ou un simple fidèle, il ne fait plus partie de l'Eglise du moment qu’il répudie sciemment une doctrine qu’elle a définie. Mais il en est tout autrement chez les partisans de là fausse Réforme ; il n’y a pas de limites dans la négation ; on peut tout nier et demeurer protestant, pourvu toutefois qu’on n'ose jamais affirmer que à Bible contient l'institution divine d’une Eglise in faillible.
Beaucoup de protestants sincères n’ont pas hésité à reconnaître que Jésus-Christ veut l’unité dans son Eglise. Les premiers réformateurs surtout insistaiént fortement sur ce point, déclarant que se séparer dé
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l'Eglise, c'était renier Jésus-Christ, c'était commettre 4n attentat des plus afroces @). Leurs livres symboliques contiennent la profession de foi en une seule Eglise, dans laquelle règne l'unité. «Je défie, disait Samuel Parker @), de me montrer un article plus impérieusement prescrit, aussi fréquemment recommandé que le maintien de l’unité parmiles chrétiens. — « Quant au péché de diviser l'Eglise, nous conviendrons sans peine que c’est un crime des plus graves et des plus énormes comme des plus odieux » G@).
Les efforts que les protestants de toutes les dénominations ont faits à diverses époques pour formuler des symboles, des professions de foi communes, demeureront comme un monument éternel de leur adhésion à la doctrine chrétienne de l’unité de l'Eglise, en même temps qu'un témoignage authentique de leur impuissance à la produire en pratique. Suivant l'expression d’un célèbre réformé, l'unité protestante est hachée en mulle pelotons.
Comment pourrait-il en être autrement ? Comment sans une autorité vivante et infaillible arriverait-on à l'unité doctrinale ? Tant que le protestantisme n'aura d'autre règle de foi que la lettre morte de l'Ecriture, chacun sera libre de croire ce qu’il voudra et comme il le voudra. La raison plus ou moins
(1) Calvin, Znstitut. 1. IV,
(2) Religion and loyalty, 1684.
(8) Serious enquiry into the causes of the neglect of the protestant religion,
éclairée, plus ou moins sous l'empire de systèmes préconçus, pourra toujours penser et juger différemment de ce qu’on pense et juge ailleurs ; elle pourra nier le lendemain ce qu’elle avait affirmé la veille. Si le code de lois, même le plus clair que vous puissiez imaginer, se prête à bien des interprétations diverses et soulève des conflits d'opinions que l'autorité seule du juge peut faire disparaître, que sera-ce de la Bible, qui est loin d’être claire et intelligible pour tous ?
Mais pour conserver intacte l’unité de l'Eglise, il ne suffit pas d’une autorité vivante, il faut encore qu’elle soit infaillible ; car une autorité qui peut se tromper ne saurait jamais s'imposer aux intelligences et aux volontés, de manière à commander leur assentiment absolu à ses décisions; il sera toujours permis de les examiner, de les rejeter comme entachées d’erreur, et dès lors l'unité devient radicalement impossible. Qu'on ne se fasse donc pas illusion ; tout en proclamant que Jésus-Christ a certainement voulu l'unité dans les croyances de son Eglise, qu’on reconnaisse donc que cette unité ne sera toujours qu’une pure chimère pour toutes les sociétés auxquelles ne présidera pas le vrai principe d'unité, l'autorité vivante et infaillible de l'Eglise du Christ.
Il est absolument indubitable que le protestantisme, avec son libre examen et même avec une autorité faillible, n’a pas en soi la vertu d’améner les peuples à l'unité religieuse. Appuyé sur une base aussi mobile,
on ne peut qu'être emporté à tout vent de doctrine, être jeté d’écueil en écueil, sans pouvoir jamais avoir Ja certitude d'arriver au port de la vérité. De combien d’âmes ne pourrait-on pas écrire l’émouyante, mais dangereuse Odyssée à travers le labyrinthe de la Réforme ?
Non-seulement le principe fondamental du libre examen renferme en soi la possibilité de l’erreur, de la désunion, du fractionnement à l'infini, mais il a déjà de fait produit ces funestes résultats. C’est ce que tous les protestants n’ont pu s'empêcher de constater et de déplorer, sans pouvoir cependant trouver un remède au sein de leur Eglise ; il faudrait aller la demander au catholicisme, à sa divine autorité qu’ils ont répudiée depuis le seizième siècle.
Ecoutonsle langage de quelques-uns de leurs chefs: «Il ne faut pas, dit Vinet, pasteur à Genève (), que trois siècles de vie extérieure fassent illusion au protestantisme. Il vit encore de la première et vigoureuse impulsion qu’il a reçue au seizième siècle ; il vit de ses antécédents politiques ; il vit de l'élément de la nationalité. Mais cette impulsion s’épuise. Les poutres de la charpente se déjoignent. L'édifice craque de toute part. Les forces accessoires et auxiliaires se retirent. Le protestantisme reste seul et désorganisé.…… JL y a des protestants ; il n’y a plus de protestantisme... Ce n'est denc pas seulement en principe, c’est en fait, c'est d’une manière fla-
(1) Essai sur la manifestation des convictions religieuses, p. 495.
grante que ce royaume est divisé contre lui-même. » Ailleurs il dit que «le protestantisme n'est que le lieu d’une religion, qu'il ne fut pas d’abord un principe, mais un fait; ce ne fut pas protestantisme, mais protestation. La séparation n'était qu’un remède, que plusieurs ont pris pour un aliment. Etrange régime ! il faut l’avouer » ().
« L'Eglise luthérienne, dit Froeseisen, au point de vue de ses fractions diverses, ressemble à un ver coupé en mille morceaux, dont chacun s’agite tant qu’il lui reste un peu de vie, mais qui finit par mourir » (2),
« Si Luther sortait de son tombeau, dit Reinhard, il Jui serait impossible de reconnaître pour menbres de son Eglise les docteurs qui se disent ses successeurs » G).
« La différence, ajoute Augusti, entre lesanciens et les nouveaux protestants, est si grande, que si Luther revenait, il protesterait solennellement contre le nouveau protestantisme, de même que, plus d’une fois, les nouveaux théologiens protestants ont exprimé la résolution de délivrer le protestantisme de la tyrannie de Luther » (4).
« Ce n’est pas une Eglise, dit Planck, ce sont des Eglises que nous avons » (),
(1) Ibid. p. 180.
(3) Discours de réception au doctorat, Strasbourg, 1713.
(3) Homélie pour l'anniversaire de la Réforme, 1810.
(4) Souvenirs de l’histoire de la réforme allemande, 1814, c. 3, p.
(5) Situation du parti catholique et protestant, 1816.
«On voit, reprend Lehman, et on conçoit le protestantisme ; mais on ne voit nulle part une Eglise protestante » (1),
« Avouons-le franchement, dit une revue protestante, notre Eglise est déchirée à l’intérieur autant qu’à l'extérieur ; elle est divisée de principes et d'opinions au dedans comme au dehors d'elle-même ; elle est partagée en sectes sans nombre, en fractions de fractions à l'infini » @).
Il serait facile de multiplier indéfiniment les citations analogues ; les plus zélés partisans de la réforme constatent avec douleur que leur Eglise est un édifice tout vermoulu, qui menace ruine ; il leur semble parfois, et avec raison, qu’ils sont comme abandonnés à la fureur des flots, n'ayant pour les séparer de l'abîme que les débris d’un navire naufragé : terrible situation qui leur arrache des larmes amères et parfois des cris de terreur et de désespoir.
Certains protestants font cependant bonne contenance ; ils avouent franchement que l'unité doctrinale est impossible chez eux ; mais ils prétendent justifier l’existence des milliers de sectes qui s’agitent sur la surface du globe en affirmant que Jésus-Christ n’exige pas celte unité ; ils vont même jusqu’à assimiler la diversité de leurs doctrines aux mille nuances de couleurs qui donnent à l’arc-en-ciel toute sa radieuse beauté. Ils feignent d'ignorer ou de ne pas
(1) Aspect et danger du protestantisme, 1810. (2) L'Idée, revue trimestrielle, 1835.