JÉSUS-CHRIST
se serait fait un scrupule de changer la moindre chose à ces livres; on aurait même souffert la mort plutôt que d'y ajouter ou d’en retrancher quoi que ce soit, parce qu’on était convaincu qu’ils renfermaient la pure parole de Dieu ; ils jouissaient donc tous de l’autorité divine. Mais, comme je l'ai déjà fait remarquer, outre les livres que la nation entière considérait comme certainement inspirés, il y en avait d’autres qu'on tenait en grande vénération, sans être cependant tout à fait certains qu'ils fussent d'origine divine, à cause de l’obscurité qui régnait concernant la succession des prophètes. Ce sont les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament, que l'Eglise catholique a admis dans son canon des Ecritures, tandis que le protestantisme les a rejetés. Il Serail beaucoup trop long de discuter cette question äu point de vue historique ; il me suffit de constater ici l'existence d’une collection de Livres sacrés, sans examiner quels sont ceux qui la composent. ‘C’est cette collection que Notre-Seigneur Jésus- Christ et ses Apôtres désignent sous le nom générique d'Ecriture, d'Ecriture Sainte ou de Saintes Lettres. ls en ‘citent un grand nombre de textes différents, tirés des divers livres qui la composent ; ils la regardent comme d’une incontestable autorité ; ils s’en servent pour prouver d’une manière péremptoire. Jésus-Christ lui-même affirme qu'il n’est pas venu sur la terre pour détruire la Loi et les Prophètes, mais pour les accomplir ; il ajoute ailleurs que tout
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ce quiaété écrit de lui dans Ja Loi, dans les Prophètes et les Psaumes, doit nécessairement se réaliser. Jamais il ne profère une seule parole de blâme, jamais le moindre indice de désapprobation au sujet de la croyance des Juifs en l'inspiration de l’Ancien Testament ; au contraire, il la confirme en se servant de leurs livres pour prouver la divinité de sa mission, en leur donnant le nom d’oracles divins, d'Ecritures inspirées, en proclamant que même le moindre vota de la Loi recevra son entier accomplissement, en manifestant sans cesse à leur endroit la plus profonde vénération. Or, on ne comprendrait pas cette manière d'agir du Sauveur, si la foi du peuple juif était erronée en cette malière ; il appartenait sans doute à un Dieu, venu sur la terre pour rétablir la vérité, de corriger cette erreur, si réellement il y avait erreur. Il est donc bien évident, d’après ces quelques remarques, que nous devons, à l'exemple de Jésus-Christ et des Apôtres, considérer cette collection de livres comme ayant une origine divine. Toutes fois ce témoignage du Sauveur ne nous fait pas connaître quels sont tous les livres et les seuls livres, tous les textes et les seuls textes qui sont inspirés.
Quant à la collection entière du Nouveau Testament et à chacun des livres quila composent, on ne peut en prouver la divine inspiration que par les
écrits des Apôtres ou des Pères des premiers siècles,
Si nous mettions de côté l'autorité de la tradition catholique, comme le font les protestants, il est bien
certain que nous ne pourrions jamais fixer le canon du Nouveau Testament d’une manière incontestable. En effet, comme on a déjà pu le remarquer ci-dessus, les témoignages des Apôtres saint Pierre (® et saint Paul (@) peuvent bien avoir quelque valeur pour prouver la divinité de ce qui avait déjà été écrit auparavant, mais non pas de ce qui a pu être écrit plus tard. Quant aux livres deutéro-canoniques de l'Ancien Testament, il n’y a que l'Eglise catholique qui puisse décider s'ils sont inspirés ou non inspirés. D'ailleurs, sans entrer ici dans plus de détails, nous admettons volontiers et nous croyons fermement que les Saintes Ecritures ont Dieu pour auteur, qu’elles renferment la parole de Dieu, une partie de la révélation, que c'est Dieu lui-même qui a illuminé les intelligences et mû les volontés des écrivains sacrés, de manière à leur faire écrire tout ce qu'il voulait et seulement ce qu'il voulait consigner dans les Livres Saints. Il suffit de lire le décret du concile de Trente sur les Ecritures canoniques (sess. IV)
pour se convaincre que telle est la foi de l'Eglise
romaine. Les Révérends Wells et Burns, orateurs de l'assemblée de la société biblique, peuvent être bien certains que notre respect pour la Sainte Ecriture n’est pas inférieur au leur ; nous pourrions même affirmer sans crainte que nous professons pour ce livre divin une plus profonde vénération que les pro-
(1) IT Petr. III, 16.
non ble.
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testants, puisque nous ne permettrions jamais comme eux de le lacérer, d’en retrancher tantôt un livre, tantôt un texte un peu gênant, ou pas assez conforme à des idées préconçues.
On ne saurait non plus contester raisonnablement la légitimité du canon par lequel le même concile détermine quels sont les livres inspirés. Outre lPargument fondamental de l’infaillibilité de l'Eglise enseignante, qui est inattaquable pour tout catholique, il y a encore la preuve scientifique ou historique, qui doit avoir, même pour les protestants, au moins une autorité humuine. Or il est bien certain que le canon des Ecritures, tel que rapporté dans le concile de Trente, est appuyé sur le témoignage de l'antiquité chrétienne, et peut résister aux attaques de la critique. En effet, nous le trouvons admis en entier par les Eglises d’Afrique et de Rome au quatrième siècle, consigné dans les plus anciennes versions de l’Ecriture ; tous les livres qui le composent sont cités par les différents Pères de l'Eglise comme divins et inspirés, bien que chacun de ces Pères ne les cite pas tous de suite tantôt pour une raison, tantôt pour une autre ; les Eglises Orientales mêmes, séparées de l'Eglise Rornaine depuis les premiers siècles du christianisme, telles que les Nestoriens, les Jacobites, les Eutychiens, regardent également comme divins tous les livres énumérés par le Concile de Trente, Done, même à ne considérer que le point de vue. scientifique et humain, il est bien plus raisonnable
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