LA TRADITION
voulait l'amener à sa secte. « Ne me parlez pas, dit-il, de votre religion, elle a moins d'âge que mon régiment. » |
Aussi l’on est péniblement affecté, lorsqu'on visite ces grandes égiises gothiques de Westminster, de Bâle, de Lausanne et autres, construites pour le culte catholique et qui ont été usurpées par quelque secte protestante ; l'autel a été enlevé complètement, ou quelquefois remplacé par une table de marbre ordinaire ; le chœur est dépouillé de tout ce qui lui donne sa raison d'être ; les niches, destinées aux statues de la Sainte Vierge et des saï.ts, sont vides ; 1es bas-reliefs, qui rappelaient t : ,e catholicisme, sont mutilés ; il n’y a plus de vie dans une telle église ; on sent que Dieu a cessé d’y habiter, depuis qu'une religion étrangère, ennemie des antiques traditions, est venue l’en chasser impitoyablement.
Après avoir parlé de la liturgie anglicane, dont on vante l’incomparable beauté, sans penser qu’elle n’est qu'un reflet de la nôtre qu’on a abolie, le cardinal] Wiseman fait remarquer avec raison que la partie essentielle du culte anglican (collectes, épître, évangile) n’est, chez nous, qu'une partie secondaire, qu'une introduction à un acte plus intime, au sacrifice eucharistique ; puis il ajoute : « Assurément, en face de cette contradiction manifeste de la religion anglicane qui veille à la conservation des accessoires de notre culte et estime à un si haut prix le cadre où notre liturgie n’est que renfermée, je ne puis que la regarder
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comme une mère infortunée, touchée du doigt de Dieu, chez laquelle la lumière de la raison s’est obscurcie, qui presse encore contre son cœur le cadre qui entourait une image chérie, et qui continue à remuer le berceau vide d’un enfant qu’elle a perdu » (), Qu'on ne nous dise pas que la révélation, non consignée dans les Saintes Ecritures, a dù nécessairement s’altérer avec le temps et se mêler, sur le parcours des siècles, avec les impures scories de mille superstilions ; cette objection suppose nécessairement des idées erronées chez ceux qui la font. En effet, Jésus-Christ ayant établi, comme nous allons le voir, une Eglise enseignante, pour être la dépositaire et la gardienne infaillible de toute vérité révélée, écrite ou non écrite, il s'ensuit que la vraie doctrine ne peut jamais se corrompre entre les mains de cette Eglise. - Si elle a été capable, avec l'assistance divine, de conserver inlacts les Livres Saints, elle a pu aussi facilement conserver les vérités qui ne se trouvent pas dans l’Ecriture ; l’un n’est pas plus impossible que l’autre à la toute-puissance divine.
(1) Conférences sur les doctrines, eto., p. 157.