DES MINISTRES DE L'EUCHARISTIE
I. Les prêtres seuls peuvent consacrer la Sainte Eucharistie. — IL Dispensateurs ordinaires et extraordinaires du sacrement de l'Eucharistie.
Le ministre du sacrement de l'Eucharistie a deux fonctions bien distinctes à remplir : la première est de consacrer le sacrement, c'est-à-dire de changer le pain et le vin au corps et au sang de Notre-Seigneur ; la seconde est de les distribuer aux fidèles.
Le ministre qui consacre le sacrement de l'Eucharistie n'est pas seulement ministre du sacrement, il est ministre du sacrifice eucharistique. En même temps qu'il prépare pour le peuple fidèle le pain d'immortalité qui est la chair du Fils de Dieu, et le vin qui est son sang, il renouvelle à l'autel, d'une manière non sanglante, le sacrifice offert par Jésus-Christ à son Père lorsqu'il est mort pour nous sur la croix.
A qui appartient-il de consacrer le pain et le vin, et de faire ainsi descendre le Fils de Dieu sur l'autel?
A cette question S. Thomas répond que la Sainte Eucharistie est d'une si haute dignité, qu'elle ne peut être consacrée que par quelqu'un qui tienne la place de Jésus-Christ et agisse en sonnom. Or pour agir ainsi au nom de quelqu'un, une délégation expresse est indispensable. Jésus-Christ la donne au prêtre au moment de son Ordination. C'est alors qu'il le place au rang de ceux à qui il a dit : Hoc facile in meam commémorât ionem : « Faites ceci en « mémoire de moi. » (Luc, xxii, 19.)
C'est donc aux prêtres qu'il appartient de consacrer le pain
et le vin pour qu'ils soient le corps et le sang de Notre-Seigneur '.
Les vaudois, précurseurs des protestants, prétendaient que tout laïque, pourvu qu'il fût honnête homme, jouissait de ce pouvoir, en vertu même de son baptême; cependant on peut dire que Luther a été le premier à enseigner ouvertement cette doctrine paradoxale, et contraire à la croyance universelle et constante de l'Église, depuis les premiers siècles. « Quoiqu'on trouve quelques semences de cette erreur dans les livres de Jean Wiclef et dans la doctrine des vaudois, dit le P. Scheffmacher -, de la Société de Jésus, le sentiment de Luther n'est pas néanmoins tout à fait le même que celui de ces hérétiques. Jean Wiclef a prétendu, après Arius, qu'un simple prêtre avait aussi bien le pouvoir d'ordonner que l'évêque, et que les femmes n'étaient pas moins capables de recevoir les Ordres que les hommes. Les vaudois soutenaient que tout homme juste et ami de Dieu était prêtre par la grâce sanctifiante, mais ils n'étendaient pas le sacerdoce à tous les chrétiens ; il n'y a que Luther qui ait été si libéral envers tous, et qui ait fondé le pouvoir sacerdotal sur la grâce du Baptême, et non sur celle de l'Ordination. Que si quelqu'un prétend trouver une parfaite conformité de sentiments dans la doctrine de Luther, de Wiclef et des vaudois, ce n'en sera pas moins une nouveauté, et il y aura aussi peu d'honneur que de profit pour Luther de l'avoir puisée dans des sources si empoisonnées. Qu'importe que ce soit au commencement du xvi" siècle, temps de Luther, ou sur la fin du xii% temps des vaudois, ou vers le milieu du xiv% temps de Wiclef, qu'on ait ouï parler pour la première fois de cette doctrine? La date de son origine sera toujours assez fraîche pour faire comprendre la fausseté du nouveau dogme à quiconque voudra réfléchir
1. rinoii cnnsecvdlit) lui jus sacramenli ail jiropvia saci'vdotis? — Respondeo dicenduiii quod sicut supra dictiim est (quœsl. lxxviii, art. 1 et 4), l^oc sacramcntuin est tanlce di;,niilatis quod non conficilur nisi in persona Cliristi. Quicumquo autem aliquid agit in persona alterius, oporlethoc fieriper potestatenri ah illo concessam. Sicut autem baptizato conceditur a Christopotestas sumendi hoc sacramentum ; ita sacerdoti, cum ordinatur, confertur potestas hoc sacramentum consecrandi inper.sonaChrisli. Per hoc enimponitur in gradu eorum quilms dictum est a Domino {Luc, xxii, 19) : Hoc facile in meam commemorniionem. — Et ideo dicendum est quod proprium est sacerdotum conficerc hoc sacramentum. (S. Tiiom., III, q. lxxxii, art. 1.)
"l. \o\v : Lettres cVun docteur aUeniand à un gentilhomme et à un magistrat protestant, V« lettre. IV« vol. de la Défense de la foi, édition Migne.
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à la nature de la chose ; car comment un article si important qui intéresse généralement tous les chrétiens, et qui, dans une infinité d'occasions, aurait été d'une très grande ressource, a-t-il pu être ignoré de tous les clirétiens pendant un temps si considérable? Quoi ! les chrétiens sont tous des prêtres, et ils n'en ont rien su pendant douze ou quinze siècles? Ils ont le pouvoir de consacrer et d'absoudre, et dans un million de besoins qui se sont présentés, ils n'en ont jamais fait aucun usage? Personne ne les a avertis de l'excellence ni de la vertu de leur sacerdoce; personne ne leur a appris à en faire les fonctions, dans les occasions pressantes, où les ministres de l'Église ne seraient pas à portée de leur donner du secours ? Gomment donc se vérifiera la parole du Sauveur, par laquelle il a promis à son Église de lui envoyer l'Esprit saint (qui lui enseignera toute vérité, s'il est vrai de dire qu'une vérité aussi essentielle que celle-là, vérité pratique et d'usage, et d'un usage très fréquent et très nécessaire, a été soustraite pendant tant de siècles à la connaissance des fidèles?
« Peut-être me direz- vous que le Saint-Esprit l'a bien assez clairement révélé dans les écrits des Apôtres et que les chrétiens de leur temps en ont été parfaitement instruits; permettez-moi de vous demander ici comme il s'est donc fait que les chrétiens l'aient oublié dans la suite? S'est-il jamais vu de roi qui ait oublié qu'il fût roi ; de général, de magistrat qui ne se soient plus souvenus de ce qu'ils étaient? Gomment donc les chrétiens, s'ils ont été tous de véritables prêtres, ont-ils pu oublier, pendant plus de mille ans, qu'ils le fussent en effet? L'ont-ils été sans le savoir, ou ontils cru l'être, sans daigner en faire les fonctions dans les plus pressants besoins? Avouez qu'on découvre ici, dans la prétention de Luther, quelque chose de fort difficile à combiner, pour ne pas dire quelque chose de fort approchant de la chimère ; au lieu que rien n'est plus simple ni plus naturel que notre façon de raisonner. Si les chrétiens, disons-nous, ont été en tout temps de véritables prêtres, il ne se peut qu'ils l'aient constamment ignoré, or ils l'ont ignoré constamment, jusqu'au temps de Luther, du moins jusqu'au temps de Pierre Valdo, car je défie que pendant tout le temps qui s'est écoulé depuis les Apôtres jusqu'à l'époque marquée, on puisse produire aucun acte, fait, monument ou témoignage qui fasse preuve de la persuasion où il eût fallu qu'eussent été tous les chrétiens : donc la dignité de prêtre, communiquée à chaque
chrétien, avec tous les droits et apanages de la prêtrise, ne peut être regardée que comme une pure rêverie. »
On ne dira pas davantage que le pouvoir de consacrer est donné par la communauté. Le droit de gouverner l'Église et de lui administrer les sacrements appartenant à Jésus-Christ, il Ta communiqué aux hommes, à telles conditions qu'il a voulues. A qui l'a-t-il confié? C'est une question de lait sur laquelle nos imaginations et nos raisonnements sont sans action. Ceux à qui le Seigneur a communiqué le sacerdoce, et en particulier le pouvoir de consacrer la Sainte Eucharistie, peuvent seuls exercer validement ces sublimes fonctions : les autres sont impuissants à le faire. Or il n'est écrit nulle part que Dieu ait confié la dignité et la puissance sacerdotale à la foule pour qu'elle la délègue à ceux qu'il aurait choisis. Ce ne sont pas les soixante-douze disciples et les autres croyants qui choisissent les Apôtres et qui leur donnent le pouvoir de consacrer son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin, c'est Jésus-Christ lui-même. Et les Apôtres, à leur tour, choisiront et consacreront ceux qu'ils jugeront appelés de Dieu, pour les aider et leur succéder dans ce ministère sacré. Aussi voyons-nous, dès les premiers temps de l'Église, le caractère sacerdotal exigé pour les principales fonctions du culte, et en particulier pour la consécration du corps et du sang du Sauveur.
Laissons donc les inventions sacrilèges que le démon a inspirées à Luther, et montrons en quelques mots que c'est à ses Apôtres et à leurs successeurs les évoques et les prêtres, que Notre-Seigneur Jésus-Christ a confié le pouvoir de consacrer le pain et le vin, qui deviennent son corps et son sang, dans le sacrement adorable de l'Eucharistie.
Dans la dernière Cène, Jésus-Christ dit à ses Apôtres, après avoir consacré la Sainte Eucharistie : « Faites ceci en mémoire de moi : Iloc facite uiineam commemorcUionem. » {Luc, xxii, 19.) En leur ordonnant, à eux et à leurs successeurs, de faire ce qu'il a fait lui-même, il leur confère évidemment le pouvoir d'accomplir ce mandat. C'est un pouvoir tout à fait surnaturel, et que nul ne saurait posséder s'il ne l'a reçu du Seigneur. Les Apôtres l'ont reçu à l'exclusion des autres disciples, car eux seuls étaient présents, et c'est uniquement à eux qu'il est dit : Iloc facile in nwani commemoralionem. S'il en fallait une autre preuve que l'interprétation donnée à ce passage par tous les chrétiens des quinze premiers
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siècles, il suffirait de citer ces paroles de S. Paul aux Hébreux : Tout pontife pris cV entre les hommes est établi pour les hommes en ce qui regarde Dieu, afin quil offre des dons et des sacrifices pour les péchés.... Or nul ne s'attribue à lui-même cet honneur, sinon celui qui est appelé de Dieu, comme Aaron. Ainsi ce n'est pas le Christ qui s'est glorifié lui-înéme pour devenir pontife, mais c'est celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils, c'est moi aujourd'hui qui vous ai engendré. Comme aussi dans un autre endivit il dit : Vous êtes prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech •. Ainsi, d'après S. Paul, tout pontife destiné à offrir à Dieu des sacrifices est choisi par Dieu lui-même, entre les hommes. Tous n'ont donc pas le pouvoir d'offrir ces sacrifices, tous ne sont pas prêtres, mais seulement ceux que Dieu a choisis : Nul ne s'attribue à lui-même cet honneur : Nec quisquam sumit sibi honorent sed qui vocatur a Deo. Il faut être choisi de Dieu, comme le fut Jésus-Christ lui-même, à qui il a été dit : Vous êtes jwêtre pour V éternité, selon l'ordre de Melchisédech : Tu es sacerdos in œternum secundum ordinem Melchisédech.
Un des disciples de S. Paul, qui fut l'un des premiers successeurs de S. Pierre sur le siège de Rome, le pape S. Clément, dit qu'un laïque qui tente d'offrir le Saint Sacrifice en l'absence d'un prêtre ne fait rien 2. S. Denj's l'Aréopagite dit que le chrétien luimême ne sera pas prêtre, s'il n'est promu au sacerdoce par la consécration du Pontife 3. S. Épiphane ajoute que les diacres n'ont pas reçu le pouvoir d'offrir le Saint Sacrifice, mais seulement de servir ceux qui l'offrent ^. S. Jean Chrysostome a écrit tout un traité sur le sacerdoce, pour en exalter la grandeur ^. S. Augus-
1. Omnis namque Ponlifex ex hominibiis assumptiis, pro hominibus constituitur in iis quae sunt ad Deum, ut offerat dona, et sacrificia pro peccatis : qui condolere possit iis, qui ignorant, et errant : quoniam et ipse circumdatus est infirniitatc : et proptcrea dcljct, quemadnioduin pro populo, ita etiam et pro semotipso offerre pro peccatis. Xec quisquani sumil si])i honorem, sed qui vocatur a Deo, tanqunm Aaron. Sic et Christus non sometipsum clarificavit ut pontifox fieret : sed qui loculus est ad eum : Filius meus es tu, ego hodio irenui te. Queniadmodum et in alio loco dicit : Tu es sacerdos in ailernum, secundum ordinem Melchisédech. (Ilehr., v, 1-0.)