DIFFÉRENTES MAXIÈRES DE PARTICIPER AU SACREMENT DE LEUCHAIUSTIE
S. Thomas enseigne dans sa Somme (héolocjique qu'il y a deux manières de participer au sacrement de TEucliaristie ' ; Scot en
i. l'Iritm (Ustindui dclteonl duo vuxli nianihirandi corjjiis DoDiiui? — Videtur quod, etc. Scd conlra est quod super illud [I Cor., xi) : Qui mamlucat et
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énumère quatre, mais généralement on s'arrête à trois, avec le saint concile de Trente qui dit : « Nos Pères ont très sagement dis- « tingué trois manières de recevoir le sacrement de l'Eucharistie. « Ils enseignent que les uns ne le reçoivent que sacramentelle- « ment; ce sont ceux qui s'en approchent en état de péché. Les « autres ne le reçoivent que spirituellement; ce sont ceux qui défi sirent ardemment ce pain céleste qui nous est offert; ils le man- « gent par la vivacité de leur foi qui opère par la charité, et ils en « recueillent le fruit et l'utilité. Les troisièmes le reçoivent spiri- « tuellement et sacramentellement tout ensemble; ce sont ceux « qui s'examinent et se préparent de telle manière avant de s'ap- « prêcher de cette divine table, qu'ils s'y présentent avec la robe « nuptiale K »
Ainsi donc, d'après le saint concile de Trente, on pai'ticipe au sacrement de l'Eucharistie de trois manières : i" lorsqu'on le reçoit sans en être digne; 2" lorsqu'on ne le reçoit pas réellement, mais qu'on désire ardemment le recevoir et en recueillir les fruits; 3° lorsqu'on est digne de le recevoir et qu'on le reçoit réellement. Le quatrième cas, ajouté par le Docteur Subtil, est celui où un animal mangerait les sai ntes espèces ; mais ce serait là un acte purement matériel, n'ayant aucun rapport avec l'institution et la réception du sacrement; aussi la plupart des théologiens, à l'exemple du
hiliil unlitpie, de, (licit Cilossa ordin. : Duos (licinms rss(> iiiodos niaiHlucandi, ununi sacramonlalem, et alium spiriliiahMii.
Resjjondeo diccndiun quod in sumptiono hujus sacramenli duo sunl. considcranda, scilicct ipsum sacranienliini, et eft'eclus ipsius; de quorum utroque jaiii supra dictum est (quaest. prsec). Perfectus igitur modus sumcndi hoc sacranienlum est quando aliquis ita hoc sacramentum suscipit, quod percipit hujus elîectuiu. (lonliiifiil aiUem quandoque, sicut supra diolum est, quod alifjuis iin])oditur a ])crcipiendo eiï'oclii liujus sacrainenti ; et talis sumptio hujus sacrainenti est hnperfecta. — Sicut igitur perfecluin conlra inipcrfectum dividilur, lia sacramentalis manducatio, per quam sumilur sohim sacramentum sine eiïectu ipsius, dividitur contra spiritualem manducationem, per quam quis ])ercipit el'feclum hujus sacramenli, (pio spirilualiler homo Christo conjungitur ])er tidem et charitatem. (S. Tmom., JII, q. Lxxx, art. i.)
1. Quoad usum autem, recte et sapienter patres nosiri très rationes hoc sacramentum accijtiendi distinxerunt. Quosdam enim docuenml sacram(>nlahter (hmtaxat id sumere, ut peccatores ; alios lantum sjjiritualiter, illos nimirum qui volo propositum ilhmi cœlestem panem edcntes, fide viv;i, quse per dileciionem operatur, fruclum ejus et utiliiatem sentiunt. Tertios porro sacramentahter simul et spirituahter : hi autem sunt i|ui ila se ])rius prol)ant et instruunt, ut vestem nui)lialem induli ad divinaiii hanc mensam accédant. {ConriL Triil., sess. XI 11, caji. viii.i
DE CEUX OUI PEUVENT RECEVOIR LE SACREMENT DE l'eUCIIARISTIE. G37
concile de Trente, n'en font-ils même pas mention '. Mais si Ton rejette avec raison ce quatrième mode de participer à l'Eucharistie, il en est un autre qui s'y rattache; c'est le cas où quelqu'un mangerait les saintes espèces, sans savoir qu'elles sont consacrées, ou dans l'ignorance de ce que contient le sacrement de l'Eucharistie; c'est le cas encore où elles seraient reçues par quelqu'un qui ne serait pas baptisé et n'aurait pas mauvaise intention en les prenant. Dans ces deux occasions, la réception de la Sainte Eucharistie ne serait que matérielle et ressemblerait au cas supposé par le docteur Scot; de sorte que celui qui la recevrait ainsi ne recueillerait aucun fruit de cet acte, fût-il en état de grâce : d'autre part, l'ignorance, si elle n'était pas coupable, le mettrait à l'abri de tout péché.
La réception purement sacramentelle de la Sainte Eucharistie, c'est-à-dire la réception réelle de l'Eucharistie comme sacrement, mais sans y apporter les dispositions strictement nécessaires, est la profanation du sacrement lui-même; nous en parlerons plus tard.
La réception purement spirituelle n'est pas, à proprement parler, la réception du sacrement ou la communion ; de même que le désir du Baptême n'est pas le Baptême; mais les fruits qu'on en retire ne laissent pas d'être très abondants. Le saint concile de Trente déclare que ceux qui communient ainsi ressentent le fruit et l'utilité du sacrement : Fructum ejiis et utilitatem sentiunt; non pas toutefois la grâce sacramentelle proprement dite, car le sacrement, pour agir ex opère ojteralo, a besoin d'être conféré. Les paroles du concile de Trente peuvent être entendues de deux manières. La première est que ceux qui communient spirituellement, c'est-à-dire par le désir ardent qu'ils ont de participer à l'adorable Eucharistie, reçoivent la même grâce que s'ils communiaient réellement. Ce pieux désir, en effet, augmente la grâce habituelle et les dons de Dieu ; il arrive même souvent que telle personne retirera plus de fruit de la communion spirituelle, à cause de sa ferveur, (jue telle autre en état de grâce comme elle, mais moins fervente, de la communion sacramentelle. Alors, il est
I. N;im cori)iis (Ihrisli suinitur vol roaliler l.niluni, uL manducjit l>nilinn ; vcl sacrampiitiililer laiiluni, ul inanducat peccator ; vel spirilualilor lantum, lit manducal (jui suscipit corpus Chrisli in volo ; vel sacramonlalilcr et si)iritualilcr simul, ut facil juslus qui connuunical. (ScuT., IV, d. viii, q. lu.)
G38 LA SAINTE EUCOARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE MX.
vrai, le sacrement de l'Eucharistie n'agit pas directement; ce n'est pas la grâce sacramentelle proprement dite que l'on reçoit, mais une autre qui lui est semblable, et dont la Sainte Eucharistie est la cause indirecte, par le désir ardent qui porte l'àme vers elle. C'est assez pour que ces grâces soient considérées comme le fruit du Sacrement. Celui qui brûle de verser son sang pour Jésus-Christ n'a-t-il pas, devant Dieu, le mérite du martyre? La sainte Église chante en l'honneur de S. Martin : « 0 très sainte « âme qui n'a pas été privée de la palme du martyre, quoique le « glaive du persécuteur ne l'ait pas séparée de son corps ^ »
Le second sens dont les paroles du saint concile sont susceptibles est que, par la communion de désir, on éprouve ce que le désir du sacrement produit; ce n'est pas le fruit du sacrement reçu, mais du sacrement désiré que l'on ressent; en effet, c'est bien du sacrement désiré qu'il est question dans le texte du concile. Or le sacrement, pour opérer par lui-même, ex opère operato, doit être non pas seulement désiré mais reçu. S'il n'est que désiré, l'effet produit le sera non pas par lui, mais à son occasion. Dieu donnera ses grâces à cause des dispositions et des actes de celui qui émettra ce désir.
Nous pouvons ajouter que, selon toute probabilité, celui qui communie spirituellement, avec une grande dévotion, reçoit aussi les grâces secondaires attachées à la sainte communion, non pas comme un don auquel il ait véritablement droit, mais comme une laveur, récompense de ses bonnes dispositions. Dieu est infiniment miséricordieux, et sa libéralité est sans bornes; par égard pour l'excellence du Très Saint Sacrement que cette âme désire ardemment recevoir, il lui donne la force de surmonter les tentations, les secours qui facilitent la pratique de la vertu, les douceurs et les consolations spirituelles, et les autres fruits que l'on retire de la communion sacramentelle lorsqu'on y est bien disposé. 11 est arrivé à plusieurs de ressentir même physiquement, dans leurs comnmnions spirituelles, de ces impressions qui llattent merveilleusement le goût, dont l'histoire des saints fait souvent mention.
Remarquons enfin que la manducation spirituelle du sacrement de l'Eucharistie peut s'entendre de quatre manières différentes.
On le mange spirituellement lorsqu'on s'en nourrit, c'est-à-dire
1. 0 sanctissima anima quam ctsi gladius persécutons non abslulit, palmam lamen rnartyrii non aniisit!
DE CEUX Q:;r peuvent recevoir le sacrement de l'eucharistie. 639
de Jésus-Christ, par les sentiments d'une foi vive. En effet, manger un aliment, c'est l'unir à soi de manière à se l'assimiler, à en faire sa propre substance; or par la foi, nous nous unissons à Jésus-Christ; notre àme vit en lui et il vit en nous; nous nous l'assimilons au point de pouvoir dire avec l'Apôtre : Ce n'est plus moi qui vis, cest Jésus-Christ qui vit en moi. On mange encore spirituellement le Christ, en figure, lorsqu'on mange réellement ce qui est une figure spirituelle de ce sacrement. C'est ainsi que, selon la remarque de S. Thomas i qui cite la parole de l'apôtre S. Paul , les anciens Pères ont tous été baptisés sous Moïse, dans la nuée et dans la mer ; ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle, et ils ont tous bu le même breuvage spirituel ^. Ils l'avaient mangé aussi de la première manière, par la vivacité de leur foi unie à la charité.
La troisième manière de manger spirituellement le Christ est ce que Ton appelle proprement la communion spirituelle; c'est le désir ardent de recevoir le sacrement adorable de l'Eucharistie. Ce véritable et ardent désir suppose l'état de grâce ou le produit ; nul ne peut faire effectivement la communion spirituelle s'il n'est en grâce avec Dieu. Les anciens Patriarches ne pouvaient pas communier ainsi, parce que la Sainte Eucharistie n'était pas encore instituée. Pour désirer une nourriture en particulier, il faut que cette nourriture existe comme telle. Le Fils de Dieu qui se donne à nous dans l'Eucharistie existait sans doute, mais il ne s'était pas encore incarné: il n'avait pas encore pu donner sa chair à manger et son sang à boire. Les anciens pouvaient bien avoir quelque vague soupçon de ce mystère futur, quelque regret de n'y pas participer quel qu'il fût; mais l'eussent-ils bien connu, il aurait été déraisonnable pour eux de s'arrêter au désir irréalisable de participer à un sacrement qui ne devait être institué qu'après des siècles. De même les pécheurs ne peuvent désirer recevoir la Sainte Eucharistie que conditionnellement, lorsque leurs péchés seront pardonnes, et la communion spirituelle proprement dite leur est impossible de ce chef, comme elle l'était aux anciens Hébreux.
Enfm on communie spirituellement en même temps que sacra-