IH, q. i.xxx, nrf. I .ul
iî. Umnos l);iplizali suiit iu nnhe et in mari ; et omnes eamdein escaiii spirilalcin manducaverunt, cloinncs eumdcm potum spiritalein Jjibcrunt. [ICor., X, -J, ;?, 4.)
mentellement, lorsqu'on reçoit le sacrement de l'Eucharistie avec les dispositions nécessaires pour le faire dignement. Ici deux choses sont à remarquer. La première est qu'à dispositions égales, celui qui communie sacramentellement recueille des fruits plusabondants de sa communion que celui qui ne communie que par désir. En effet, il reçoit formellement la grâce sacramentelle que le vœu du sacrementne procure pas. La seconde remarque est que la communion purement spirituelle ne procure de grâce qu'autant que le mérite la disposition de celui qui fait cet acte de piété. Le sacrement n'opère rien par lui-même, puisqu'il n'est pas reçu. Mais malgré cette restriction, tout le monde comprendra quels trésors infinis de grâce et de mérite peuvent s'amasser les personnes pieuses qui aiment à multiplier les communions spirituelles, non seulement pendant le saint sacrifice de la messe, mais môme en d'autres moments de la journée, lorsqu'elles sont libres de se recueillir et de donner cours, pendant quelques moments, à leur dévotion et à leurs sentiments d'amour pour notre divin Sauveur, dans le sacrement de l'Eucharistie. On ne peut pas communier plusieurs lois le jour; il se peut faire que la communion sacramentelle de chaque jour, ou même assez fréquente, soit impraticable; mais il est toujours possible de trouver un moment de recueillement et même plusieurs dans la journée, pour communier spirituellement.
LA COMMUNION n'eST PAS PGSSIHLE AUX ANGES NI AUX SAINTS DU CIEL
Notre-Seigneur Jésus-Christ a institué la Sainte Eucharistie pour être la nourriture spirituelle de nos âmes, pendant que nous vivons sur la terre. C'est pour nous qu'elle existe, et nous seuls pouvons prendre cet aliment divin. Les êtres sans raison ne le peuvent pas, puisqu'ils ne sont pas capables de connaître le don de Dieu, et que leur nature n'est pas telle qu'ils puissent en profiter. L'Eucharistie est la vérllable pain des enfanls qui ne doit pas être jeté aux cliiens ^ Mais les anges et les bienheureux qui sont en possession de la gloire du ciel ne pourraient-ils pas au moins faire la communion spirituelle - ?
1. Verc panis filioruin, non inittcndus canilms. (S. Tiiom., in Off. SS. corporia Christi.)
2. In hoc sacramcnto continelur i])sc Chrislus, non quidem in spccie pro-
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Il y a, avons-nous dit, deux sortes de communion spirituelle, -celle qui n'est pas accompagnée de la communion sacramentelle et celle qui en est accompagnée. Nous n'avons pas à rechercher si les anges peuvent recevoir la communion sacramentelle; la Sainte Eucharistie, qui contient réellement le corps et le sang de Notre- Seigneur, sous des espèces sensibles, n'est pas faite pour de purs esprits. Mais la communion spirituelle, séparée de la communion sacramentelle, ne leur est-elle pas possible?
Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans la Sainte Eucharistie sacramentellement; il n'y est pas sous sa forme propre, tel que les anges et les bienheureux le contemplent dans le ciel. Au sein de sa gloire éternelle, les esprits bienheureux le voient face à face ; ils se nourrissent de cette contemplation ; elle est' leur vie et leur félicité que rien ne troublera jamais. Nous espérons un jour partager leur bonheur et manger ce pain qui est celui de la patrie; mais en attendant, nous prenons le même aliment divin, caché sous les voiles eucharistiques oii la foi nous fait connaître que Jésus-Christ est présent. Les anges n'ont plus besoin de la foi ; elle n'existe même plus pour eux, parce qu'ils voient ce que nous ne faisons que croire. Ils ne peuvent pas désirer déchoir ; ils ne peuvent pas aspirer à se nourrir du Seigneur d'une manière incomparablement moins parfaite que celle qui est leur félicité; ils ne le peuvent pas, parce que la communion sacramentelle ne s'accorde pas avec leur nature ni avec leurs besoins, et que nul être ne désire pour aliment ce qui ne convient ni à ses besoins ni à sa nature. Il leur faut, pour nourriture, Jésus-Christ dans tout l'éclat de sa gloire céleste, et non pas le même Jésus-Christ tel qu'il se cache dans la Très Sainte Eucharistie, pour s'accommoder à notre faiblesse et à notre nécessité, pendant cette vie mortelle.
Pour les mêmes raisons, nous devons dire que les bienheureux
pria, scd in specie sacramenli. Dupliciler er^o contingit manducare spirilualiter ipsum Christurn : uno modo prout in sua specie consistit; et hoc modo an^'^eli manducanl spirilualiter ipsum Christurn in quantum ei uniuntur fruitione charitatis perfoctae, et visione manifesta (quem panem cxpcctamus in palria), non pcr fidem ; sicut nos ei liic unimur. — Aho modo contingit spirilualiter manducare Chrisluni, prout est sub speciel)us hujus sacramenti, in quantum scilicet ahquis crédit in t^lirislum cum desiderio sumendi hoc sacramentum ; et hoc non sohim est spirituahter manducare Christurn, scd ctiam spirituaUter manducare hoc sacramenlum ; quod non competit Angelis. Kt ideo licet angch spirilualiter manduccut Christum, non tamen convenit eis spirilualiter manducare hoc sacramenlum. (S. TnOM., 111, q. Lxxx, art. 2.)
en possession de la gloire du ciel ne peuvent pas davantage communier, ni sacramentellement, ni spirituellement. Comme les anges, ils sont des esprits, et ils n'ont plus de corps pour s'unir au corps et au sang du Seigneur. Gomme les anges, ils contemplent Jésus-Christ tel qu'il est dans le ciel; ils le voient aussi dans le Très Saint Sacrement, qui n'est plus pour eux un mystère de foi. Cette claire vue est une sorte de communion infiniment plus douce, plus fructueuse et plus complète que celle qu'il nous est donné de faire pendant la vie mortelle. Il n'y a donc pour eux aucun motif de désirer recevoir un sacrement auquel il leur est, du reste, impossible de participer, ce qui rendrait leur désir inutile, imparfait, et par conséquent inconciliable avec leur état de félicité et de perfection suprême.
On a demandé si les anges ne reçoivent pas un accroissement de grâce et de gloire, en raison de leur dévotion pour la Très Sainte Eucharistie ? Il faut répondre d'abord que la grâce essentielle des anges ne peut plus grandir, ni par conséquent leur gloire essentielle : elles sont ce qu'elles seront éternellement : mais il n'est pas douteux que la Sainte Eucharistie ne leur procure une gloire accidentelle et un bonheur particulier. Ils admirent Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; ils se réjouissent des merveilles qu'il a opérées en faveur des hommes pour se donner ainsi à eux ; ils sont heureux de voir que tant d'àmes retirent des fruits de salut de cet adorable sacrement.
Il nous reste à savoir pourquoi la Sainte Eucharistie est appelée le Pain des anges, puisque les anges n'y participent pas et ne s'en nourrissent pas comme nous. C'est au psaume Lxxvn que le saint roi David dit : Panem angeloriun manducavU liomo : « L'homme a mangé le pain des anges. » David parlait de la manne que les Hébreux mangèrent dans le désert; mais ces paroles s'entendent aussi fort bien de la Sainte Eucharistie ; les Pères les lui appliquent, et l'Église se sert d'elles dans l'office du Très Saint Sacrement. C'est qu'en effet la manne fut donnée au peuple de Dieu dans le désert, comme une figure de la Sainte Eucharistie, cette autre manne réservée au véritable peuple de Dieu dans le désert de cette vie, manne qui descend du ciel chaque jour, depuis plus de dix-huit siècles, et qui ne cessera pas d'en descendre jusqu'au dernier jour. Le prophète parle donc de la manne, comme il aurait parlé de la Sainte Eucharistie. Mais pourquoi lui donner le
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nom de Pain des anges ? Ce n'est pas parce que les anges la mangent, car ils ne reçoivent la Sainte Eucharistie ni sacramentellement ni spirituellement; ce n'est pas non plus qu'ils en soient les ministres : ils ne peuvent pas la consacrer ni même la donner aux hommes, si ce n'est très exceptionnellement, par une disposition extraordinaire de la divine Providence. Il faut donc dire avec S. Thomas que l'Eucharistie est nommée le pain des anges, à cause de ce qu'elle contient, c'est-à-dire à cause de Jésus-Christ, qui est au ciel la nourriture des anges, et qui se cache dans l'Eucharistie sous les espèces sacramentelles, pour se faire la nourriture des hommes. Elle est le pain des anges parce qu'elle contient le même aliment qui est leur nourriture dans la gloire du ciel, et qu'elle nous fait participer, d'une manière en rapport avec notre état et notre nature, à cet aliment sacré qui fait le bonheur des anges et des saints dans le ciel, et qui les rassasiera pendant toute l'éternité.
LES PÉCHEURS, EN COMMUXIAXT, REÇOIVENT REELLEMENT LE CORPS DE NOTRE-SEIGNEUR
Le respect dû à Jésus-Christ, dans le très saint et très adorable Sacrement de l'autel, a porté plusieurs docteurs et théologiens à supposer que son corps adorable s'éloignait des saintes espèces avant que la manducation fût achevée, lorsqu'elles étaient reçues par des hommes en état de péché mortel. Hugues de S. Victor n'ose pas dire que le Saint Sacrement descend dans l'estomac du pécheur, et S. Bonaventure, qui rapporte cette opinion, la regarde comme assez probable ; mais elle a été condamnée par l'Église, ainsi que les autres qui s'y rattachent, et n'en sont que des modifications. Si le corps et le sang de Notre-Seigneur ne demeuraient pas sous les espèces sacramentelles, même lorsqu'elles sont descendues dans l'estomac du pécheur, la manducation ne serait pas complète ; or c'est la croyance universelle de l'Église que les pécheurs mangent réellement le corps de Jésus-Christ. Ils ne peuvent communier spirituellement, mais ils communient sacramentellement.
La Sainte Écriture nous dit expressément que les pécheurs mangent le corps de Jésus-Christ; S. Paul parle de ceux qui reçoivent le corps et le sang du Seigneur sans en être dignes, et,
b44 LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE XI.X.
par cette communion sacrilège, mangent et boivent leur propre condamnation '. Dans l'Évangile, S. Matthieu dit que Jésus-Christ se mit à table avec ses douze apôtres, par conséquent Judas était présent, et qu'il leur présenta le calice consacré en leur disant : Bibite ex eo omnes : Buvez-en tous ; et S. Marc ajoute qu'ils en burent tous; d'où les Pères ont généralement conclu que Judas a communié comme les autres apôtres, de la main de Notre-Seigneur. Le saint concile de Trente, en spécifiant les trois manières dont on participe au sacrement de l'Eucharistie, déclare que les pécheurs ne le reçoivent que sacramentellement 2; les justes, au contraire, le reçoivent sacramentellement et spirituellement. Il est donc certain, ou plutôt il est de foi, que les justes et les pécheurs reçoivent sacramentellement le corps de Jésus-Christ, sous les saintes espèces '^
La raison qu'en donne S. Thomas est que le corps de Notre-Seigneur demeure sous les espèces sacramentelles, aussi longtemps qu'y demeurerait la substance du pain et du vin, si elle 3^ était encore. Tel a été de tout temps l'enseignement de l'Église. S. Cyrille d'Alexandrie regardait comme des insensés ceux qui prétendaient que la Sainte Eucharistie ne pouvait pas se conserver plusieurs jours. « Jésus-Christ ne s'altère pas, disait-il, et son très
4. Oui enim manducat et bil)it inditcno, judicium sihi manducat et bibit. (/ Cor., XI, 29.)
2. Quosdam enim docuerunt sacraincntaliter dunlaxal id suinore, ut peccatores. (Sess. XIII, cap. viii.)
.S. lUrumsoIus homojustus possit Christum satTamcntaliter manducare ? — \'idetur quod, etc. Sed contra estquod super illud Joann., \i: Patres vestri manfhtcaverunt manna in déserta, et mortni suni, dicit Augustinus (tract. XXVI in Joann.) : << Multi de altari accipiunt, et accipiendo moriuntur : unde dicit « Apnstolus : Judicium siln manducat et hihit. » Sed non moriuntur sumendo nisi pcccatores. Ergo peccatores corpus Christi sacramentaliter manducant et non solumjusli.
Respondeo quod circa hoc quidam antiqui erravorunt, dicentes quod corpus Christi ncc eliam sacramentaliter a poccalori])us sumilur, sed quam cito labiis peccatoris contingitur, tam cito sub s])eciel)us sacramentalibus desinit esse corpus Christi. — Sed lioc est erroneum ; derogat enim veritali hujus sacramenti, ad quam pertinet quod manentibus speciebus, corpus Christi sub eis esse non desinat. Specncs autem manent quandiu sul)slantia panis mancrcl si ibi adesset, ut supra dictum est. Manifcstum est aulom (piod snl)stantia panis assuinpta a peccaloro, non statim esse desinit, sed manet, (juandiu per calorem naturalem digeratur : unde tamdiu corpus Christi sul> specieljus sacramentalibus manet a peccatoribus sumptis. Unde dicendum est quod peccator .sacramentaliter corpus Christi manducare potest, et non solum justus. (S. TnoM., III, q. Lxxx, art. 3.)
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« saint corps ne change pas ; au contraire, la vertu de la bénédic- 4 tion et la grâce vivifiante sont en lui '. » Ainsi, d'après le savant docteur d'Alexandrie, il est certain, en premier lieu, que les espèces qui restent après la consécration demeurent consacrées et que, par conséquent, Jésus-Christ ne cessQ pas d'y être présent. Gomment pourrait-il en être autrement? Ces paroles : Ceci est mon corps : Hoc est corpus meum, sont absolues et n'imposent de limite ni de temps ni de lieu, à la présence de ce corps adorable; aussi longtemps que dureront les saintes espèces, n'importe en quel lieu elles soient, elles contiendront le corps du Seigneur. La signification que leur ont donnée les paroles de la consécration durera autant qu'elles, et la chose signifiée sera présente aussi longtemps que la signification persistera. Voilà une hostie consacrée : Notre- Seigneur Jésus-Christ est présent sous cette hostie. S'il plaît à une main sacrilège de profaner cette hostie et de la jeter dans la boue, le corps de Notre-Seigneur cessera-t-il pour cela d'y être présent? Cet acte sacrilège opérera-t-il un miracle analogue à celui qui s'est fait au moment de la consécration? Le pain qui avait cessé d'être pain pour devenir le corps de Jésus-Christ, redeviendra-t-il du pain? Non certainement, et l'Eucharistie sera toujours l'Eucharistie ; le corps du Seigneur se cachera sous les espèces sacramentelles tant qu'elles resteront ce qu'elles sont. Pourquoi en serait-il autrement lorsqu'un pécheur, au lieu de jeter la sainte hostie dans la boue, la profane par une communion sacrilège? La présence de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie n'est pas soumise à des lois incertaines qui ne nous permettent pas d'être jamais assurés de cette divine présence; il n'est pas loisible à chacun d'y poser les conditions qui lui plaisent. La grande règle est que Jésus-Christ demeure dans l'Eucharistie autant de temps et dans les mêmes conditions qu'y demeurerait la substance du pain ou du vin dont il a pris la place. Tel est l'enseignement des anciens et tel est celui de tous les docteurs et de tous les théologiens catholiques modernes.
On pourrait demander ici si Thomme qui a le malheur de communier en état de péché mortel, reçoit véritablement le sacrement,
1. Insaniunl qui dicuiil luyslicam benctlictionemnon itavalerc ad consecrationem ul remaiieant roliquife ejus in altcrum diem ; non eniin altt-ratur Christus, noque sanclnm ojus corpus mulalur; quin potius virtus benediclio nis et vivifica gratia perpétua est in eo. (S. Cyrill. Alex., epist. ad Colo&yr.)
si la communion qu'il fait est une véritable communion. Il est vrai que le corps adorable du Sauveur repose dans sa bouche, descend et demeure dans son estomac jusqu'à la dissolution des saintes espèces. C'est donc bien la réception du sacrement, la communion. Mais c'est une réception imparfaite, une communion à laquelle l'essentiel manque, parce que l'effet qu'elle doit produire est impossible à cause du péché. Il reçoit sacramentellement le corps du Sauveur, mais en réalité il ne le mange pas, parce qu'il ne s'assimile pas cet aliment divin. S'il sait ce qu'il fait, s'il connaît le mystère de l'Eucharistie et veut recevoir le sacrement, il le reçoit, mais pour sa condamnation et sa mort ; s'il ignore ce qu'il fait, s'il ne sait pas que Jésus-Christ est véritablement présent sous les saintes espèces, il profane le Très Saint Sacrement, mais sans responsabilité, comme le ferait un animal sans raison. Ainsi, le don le plus précieux que Dieu ait fait aux hommes demeure inutile pour lui; il n'y trouve pas la vie, et, s'il a conscience de son acte, il y trouve la mort éternelle. Heureux, au contraire, ceux qui connaissent le don de Dieu et s'efforcent d'en profiter.