‹ La Sainte EucharistieChapitre 138 sur 169 · S. Cyr., in Joann., lib. XI, c. wii · texte numérisé non relu

S. Cyr., in Joann., lib. XI, c. wii

corruptible de l'homme s'élève jusqu'à l'immortalité, à moins qu'une nature immortelle ne descende jusqu'à elle, et, par la participation de soi-même, ne nous réforme et ne nous élève de la bassesse de notre mortalité à sa sublime perfection. Nous arrivons donc à l'union parfaite avec Dieu le Père, par l'entremise de Notre- Seigneur. C'est en recevant en nous, corporellement et sultstantiellcment, le Fils uni au Père par nature, que nous devenons participants de la divinité. Voilà, d'après S. Cyrille, la chaîne qui nous unit à Dieu. Elle comprend trois parties. La première est la résidence substantielle et essentielle de la divinité du Père en la personne du P'ils, par le moyen de la génération éternelle. La seconde est la résidence substantielle et personnelle de la divinité du Fils en son humanité, parle moyen de l'incarnation; la troisième est la résidence substantielle et corporelle du corps de Jésus- Christ dans le nôtre, par le moyen de l'Eucharistie. L'aimant attire le fer à soi, et ce fer, à son tour, en attire d'autre qui, par cet intermédiaire, s'unit ainsi à l'aimant et subit toute son influence : ainsi le Fils de Dieu nous attire et nous unit à lui par le moyen de l'humanité à laquelle il s'est premièrement et perpétuellement uni, et à laquelle nous nous unissons par la réception du sacrement qui la contient '.

\. Le savnnt et pieux cnrdinal Cienfue.uos n'a pas trouvé suffisante cette union de Jésus-Christ avec le communiant, quelque merveilleuse qu'elle soit. Il s'eU'orco de prouver qu'après la disparition des saintes espèces et, par conséquent, du corps et du sang de Jésus-Christ, l'âme humaine du Seigneur demeure réellement en celui qui a communié, tant qu'il reste digne de la garder en lui. 11 donne à l'exposé et aux preuves de cette opinion, qu'il avoue être nouvelle et qu'il est à peu près seul à soutenir, de vastes développements. ^'oici comment il l'indique au commencement de son ouvrage :

Nullus l'ère existit Theologus, qui ultra memoratos effectus, non attribuât Eucharistiae vim aliquam specialem magneticam copulandi singulari ncxu animam cum Christo Domino ; quancpiam discordent non paruni inter sese' in eo nexu declarando, qucmdicunt i)lui'imi potissimum Eucharisliœ fructum. Frigent tamen communes hujusce vinculi explicaliones, nihilque dignum majcstate, et magnitudine amoris in tanto mysferio delitescentis affermit, sed unionis niodos, vel pure nielaphoricos, vel in effectibus aliorum sacrainentorum jtarifer repertos ; quod dignilali hujus maximi arcani derogat, finemque illud instifuendi reddit plane vulgarem, immo non sufficionter dignum : ut ad illuni assequendum regia physice praîsentia Christi Domini opus sit, cum asquc j)ra;cisive ab illa oblineri valeat, siculi reipsa obtinetur per caetera sacramenla. Nondum itaque finis principalis, et fructus dignior, gloriosiorque palarn Theologiœ et orbi innotuil. Desiderabatur adhuc individua aliqua ejusmodi effectus notitia, cum jam in confuse et generatim, per Scripturarum, et sanctorum locutiones insonuissel a longe ejus fama. Noviter autem modo in

DES EFFETS DU SACREMENT DE l'eUCIIARISTIE. 795

Cette union, si glorieuse pour les hommes, ne s'accomplit pas sans qu'un grand changement s'opère en eux. La Sainte Euciiaristie, aliment divin, a trop de vertu par elle-même pour être, ainsi qu'un aliment ordinaire, changée en celui qui le mange ; au contraire, l'homme qui communie est, en quelque manière, changé lui-même en l'aliment qu'il prend. Le Seigneur disait à S. Augustin, peu de temps après sa conversion : « Je suis la nour- « riture des grandes âmes; grandis et tu me mangeras; mais tu « ne me changeras pas en toi comme tu fais de l'aliment qui nour- « rit ta chair ; c'est toi qui seras changé en moi '. » S. Léon proclame, en d'autres termes, la même vérité, lorsqu'il dit : « La par- « ticipation au corps et au sang de Jésus-Christ consiste unique- « ment pour nous à devenir ce que nous prenons -. » Remarquez cependant qu'il ne s'agit pas de notre substance ; elle reste ce qu'elle était; mais ce sont nos affections qui changent et qui deviennent celles de Jésus-Christ, en vertu de l'union opérée par la réception de la Très Sainte Eucharistie.

De l'union de Notre-Seigneur Jésus-Christ avec chacun des fidèles qui le reçoivent par la sainte communion, découle naturellement l'union des fidèles entre eux '\ Jésus-Christ dans l'Eucha-

lucem editur fructus hic dulcissimus, quantnmvis jam pridein, ah ipsaque arcani institutione maturus, intcr phirimas aUas hujuscc secreti profunditates latuisset. Unio reahs scilicet, aul conjunctio permanens semper (quantum est ex parte illius) aiiimaî Christi Doiniiii assumentis, et assislentis, nuUatenus vcro informantis, cum digne, et sancte corpus ejusdem reale integrumque Christum Dominum suscipiente, quse persistit, et conjungit etiam dum resolutis speciehus intra sumentem, desinit esse ihi corpus et sanguis Domini ; ex quû pullulât in Patria alius vcre suhlimis et ejusdem Eucharistie singularis, ejusdemmot numéro visionis heatre cum Cliristo Domino, quanquam pœne diversum claritatis gradum infusae. (CiENFUEGOScard., Vil(( absconditfudi^Tp.i, sect. 1, n. 30.)

1. Cihus ego sum grandium ; crescc et manducabis me; nec tu me mutahis in te sicut cibum carnis tuœ, sed tu mutahcris in me. (S. August., lib. ^I[ Con/pss., cap. x.)

"2. Non aliud agit participatio corporis et sanguinis Christi quam ut in ((uod sumimus transeamus. (S. Llo, serm. X\' île Passiutie.)

3. Ex unione fidclium cum Christo nexus eoruni intcr scliquido conscquitur. Etenim quœ sunt eadem uni tertio, unum etiam inter se omnino efticiuntur. Quare Christus in Eucharistia est veluti centrum in quod omnes boni Christiani, veluti lineai confluunt : ca?mentum est ac divinum signum, quo tidelium inter se corda slringuntur : lapis est angularis, qui facit utraquc unum. Unde illud tritum Apostoli : Ufium corpus mulli sumus oiniies qui de uno pane et de uno calice participamus....

In lioc ergo cognoscent omnes num Christo in Eucharistia uniamur, si di-

ristie est comme le centre autour duquel tous les chrétiens se rassemblent; il est le ciment qui les unit comme autant de pierres, pour composer Tédifice de sa sainte Église ; il est le sceau unique qui marque tous leurs cœurs; il est le lien qui lait de tant d'êtres différents un tout inséparable, ou plutôt il est un corps dont ils sont les membres, il est la vigne dont ils sont les ceps. Et c'est pourquoi l'Apôtre a dit : Quoique nombreuXy nous sommes un seul corps, nous qui mangeons un même pain el buvons cVun même calice '. On reconnaîtra que nous nous unissons réellement à Jésus-Christ dans l'Eucharistie, à ce signe que nous serons unis entre nous, que nous nous aimerons les uns les autres. Cette union montrera mieux que cent miracles que nos communions sont bonnes et que nous en tirons du fruit.

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