S. 15ASIL. iii ciip. III /.s
'A. Caro iiu'a vere osl (•il)iis ol san/j:iiis nions verc est polus. [Jotiini., vi, .'»().) /.. S. A.NSEI.M., Kpisl. CVll, lil). IV.
LA SAINTE EUCIIARlSTIi:. — T. I. 6
sont dus. — En second lieu, pour le remercier dignement des bienfaits sans nombre qu'il ne cesse de répandre sur nous. C'est ainsi que les grâces dont il nous comble remontent vers leur source, pour en descendre de nouveau. — Il est nécessaire encore à cause des péchés que nous commettons tous les jours ; il faut que tous les jours l'Agneau immaculé soit offert sur nos autels; son sang, dont la voix a plus de force que la voix du sang d'Abel, peut seul éteindre ou du moins apaiser la colère divine allumée par nos iniquités. — Enfin nous sommes en proie à mille besoins aussi bien du corps que de l'àme : grâce au sacrifice de Jésus- Christ, qui, étant Dieu, ne peut pas n'être pas exaucé, nous demandons et nous obtenons les secours temporels et spirituels dont nous avons besoin.
Disons encore que Jésus-Christ vit au milieu de nous dans la Sainte Eucharistie, pour se faire mieux connaître, pour nous montrer combien il est aimable, accessible, disposé à nous accorder ses faveurs, facile à imiter. Il se fait mieux connaître par la manifestation de ses attributs, par les prodiges qu'il opère ; il se fait mieux aimer par la multiplication et la grandeur des bienfaits qu'il accorde ; il se rend plus accessible, par la facilité qu'il nous donne de nous approcher de lui ; il se montre propice et favorable par le fait même de son immolation perpétuelle pour nous ; enfin il nous invite et nous aide à l'imiter, par les exemples de toutes sortes de vertus qu'il nous donne, exemples d'humilité, d'obéissance, de pauvreté, de patience, d'amour de la retraite et de la solitude, d'oraison, enfin de tout ce qui constitue la sainteté parfaite. Quel vaste champ pour nos méditations! Mais au-dessus de tous ces motifs ({ui ont déterminé Jésus-Christ à instituer le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie, s'élève, comme nous l'avons dit, sa charité pour l'Église militante qu'il a prise pour son Épouse et dont il ne se séparera jamais. C'est pour elle qu"il a prononcé ces paroles du Lévi tique : Je poserai mon tabernacle au milieu de vous, et mon âme îie vous rejettera point '.
Comment se fait-il donc que notre cœur demeure froid, qu'aucune étincelle do la divine charité ne s'allume en nous? Jésus- Christ est venu apporter le feu sur la terre, il le répand partout chaque jour, par d'innombrables communions ; tout son désir est
4. Ponam labernaculuin inciim iii inodio vesiri, el non iibjicict vos anima mca. [Levit., x.wi, M.)
MOTIFS DE L INSTITUTION DE l'eUCHARISTIE. 83
qu'il s'allume. Cependant notre tiédeur, notre froideur, notre endurcissement ne font que croître avec le temps. « Quelle sera notre « excuse, s'écrie S. Jean Clirysostome, si, rassasiés d'un tel ali- « ment, nous commettons de tels péchés, si nous devenons des « loups en mangeant la chair de l'Agneau, si, nourris comme des « brebis, nous imitons les lions déchirant leur proie '? »
Jésus-Christ s'anéantit en quelque sorte dans ce sacrement, non seulement pour notre salut et pour notre utilité, mais aussi pour notre joie et notre consolation. D'où vient donc que les choses divines ont si peu de saveur pour nous? que le Sauveur lui-même nous paraît sans goût? Cependant, comparé à lui, tout plaisir n'est que douleur, toute douceur n'est qu'amertume, toute beauté n'est que laideur, tout ce qui peut charmer enfin n'est que gêne et misère. D'où naît ce phénomène étrange, sinon de la perversion que le péché a introduite en nous? Notre goût a été changé; ce n'est plus le bien qui le flatte, mais le mal. Le divin aliment n'a pas perdu sa suavité, mais le palais vicié et corrompu de l'homme, abaissé jusqu'au rang des vils animaux, n'apprécie plus ce qui est de Dieu ; son àme dégénérée ne trouve plus de saveur qu'aux choses de la terre. L'homme abandonne la fontaine de vie, et il se creuse des citernes peu solides, incapables de retenir les eaux si elles ne sont troublées, vaseuses et impures. Ne nous étonnons pas que la xManne divine n'ait plus de goût pour lui; ne nous étonnons pas que son palais malade trouve amer ce qui est doux et doux ce qui est amer; ne nous étonnons pas que les Juifs charnels préfèrent les viandes et les oignons de la terre de servitude à l'aliment que Dieu leur envoie du ciel.
Voulez-vous goûter combien le Seigneur est doux? voulez-vous connaître par expérience les délices immaculées du divin banquet? Dilatez votre cœur par l'amour et Dieu le remplira ; autant sa capacité sera vaste, autant vous recevrez. Pleinement rassasiés de ce suprême et souverain bien, vous ne désirerez plus rien des choses de la terre, vous vous attacherez à la Très Sainte Eucharistie, et vous trouverez tous les biens en elle.
•1. s. CiiKvs. hoiii. l.WXIII /// M'illh.
84 LA SAINTE EUCHAmSTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE III.
NÉCESSITÉ DE l'eUCIIAUISTIE POUR NOTRE SALUT
Il est admis par tous les théologiens que quelque chose peut être nécessaire pour le salut des âmes de deux manières : de nécessité de moyen, ou de nécessité de précepte. Cette distinction que les anciens auteurs avaient seulement indiquée a été mise en pleine lumière par ceux qui les ont suivis.
Nous n'avons à traiter ici que de la nécessité de moyen ; nous parlerons de l'autre en son temps ; mais il faut voir d'abord ce qui établit une différence entre elles K
Nous n'entrerons pas dans les discussions infinies soulevées chez
\. s. Thomas, III, q. Lxxii, art. 3, traite de la nécessité de moyen, lorsqu'il répond à cette question : Utrum Euckarislia sit de necessilale snluHsf Voici, sa réponse : Respondeo dicendum quod in hoc sacramento duo est considerare, scilicet ipsum sacramentum et res sacramenti. Dictum est autem {art. prœcecl.) quod res hujus sacramenti est unitas corporis mystici sine quo non potest esse salus : nulli enim patet adilus salutis extra Ecclesiam, sicut nec in diluvio absque arca Noe, quœ significat Ecclesiam, ut habetur (// Pelri, m) ; dictum est autem supra (qitscsl. lxviii, art. '-2), quod res alicujus sacramenti haberi potest ante percoptionom sacramenti, ex ipso voto sacramenti percipiendi. Unde ante perceptioncm hujus sacramenti potest homo habere salutem ex voto percipiendi hoc sacramentum, sicut et ante l)aptismum, ex voto baptismi, ut supra dictum est {qiiœst. lxviii, art. 2). Est tamen dilterentia quantum ad duo : primo quidem quia ba})tismus est principium spiritualis vitaî, et janua sacramentorum; Eucharislia vcro est quasi consummatio spiritualis vitae, et omnium sacramentorum finis ut supra dictum est [qitxst. Lxv, art. 3) ; per sanctificationes enim omnium sacramentorum fil prœparatio ad suscipiendam vel consecrandam Eucharistiam. Et ideo perceptio baptismi est necessaria ad inchoandam spiritualem vitam, perceptio autem Eucharistiae est necessaria ad consummandam ipsam, non ad hoc quod simplicitcr habeatur, sed sufficit eam habere in voto, sicut et finis habetur in desiderio et intentione. Alia differentia est quia per baptismum ordinatur homo ad Eucharistiam, et ideo ex hoc ipso quod pueri l)aptizantur, ordinantur per Ecclesiam ad Eucharistiam, et sicut ex fide Ecclesise credunt, sic ex intentione Ecclesiae desiderant Eucharistiam, et per consequens recipiunt rem ipsius. Sed ad baptismum non ordinantur per aliud praecedens sacramentum, et ideo ante suscc])tionem baptismi non habent pueri aliquo modo baptismum in voto, sed soli adulti. Unde rem sacramenti non possunt percijjoro sine perceptione sacramenti. Et ideo hoc sacramentum non est de necessitate salutis. (S. Thomas, III, quaest. Lxxiii, art. 3.)
Dans le sed contra, avant cette réponse, S. Thomas avait cité d'abord ce texte de S. Augustin : Nec illud cogitetis parvulos vitam habere non posse, qui sunt expertes corporis et sanguinis Domini. (S. August. epist. ad Bonifacinm, cnnirn Pc/agianos.)
MOTIFS DE L INSTITUTION DE L EUCHARISTIE, 8o
les théologiens pour la solution de cette question, mais nous y répondrons en quelques mots '.
Il faut considérer comme nécessaire de nécessité de moyen ce sans quoi il est impossible d'arriver au salut.
Les choses de nécessité de précepte sont seulement nécessaires et indispensables, pour éviter quelque péché qui serait un obstacle au salut éternel. — Ainsi le Baptême est nécessaire de nécessité de moyen, parce qu'il est absolument requis pour arriver à la première grâce, sans laquelle on ne saurait obtenir le salut. La restitution, au contraire, est seulement nécessaire de nécessité de précepte, parce qu'elle est seulement exigée pour que l'acte de retenir injustement le bien d'autrui, qui est un péché, soit écarté et ne mette pas obstacle au salut.
De là nait une autre diflérence qui aide à distinguer ce qui est de nécessité de moyen d'avec ce qui ne l'est que de précepte. Ce qui est nécessaire de cette seconde manière rentre dans la catégorie des choses que l'ignorance excuse. Par exemple, celui qui ignore invinciblement qu'il est obligé à quelque restitution, n'est pas coupable et ne sera pas puni pour n'avoir pas restitué. Mais, lorsqu'il s'agit des choses qui sont de nécessité de moyen, il n'en va plus de même. L'ignorance invincible iïiit bien que l'on ne se rend pas coupable d'un nouveau péché, mais elle ne procure pas le bien pour lequel la chose ignorée serait indispensable. Celui qui ignore invinciblement la nécessité du Baptême ne commet pas le péché qu'il commettrait si, connaissant cette nécessité, il refusait néanmoins de se faire baptiser ; cependant il ne sera pas sauvé, parce que son ignorance ne peut lui procurer la grâce indispensable au salut que lui donnerait le Baptême.
On fait reposer encore sur une autre base la différence entre les choses qui sont de nécessité de moyen et celles qui sont de nécessité de précepte. Les premières, dit-on, sont celles dont la nécessité est antérieure à tout commandement ; les autres ne deviennent nécessaires qu'en vertu du commandement qui en est fait. Les premières, sans doute, peuvent être et sont commandées aussi, mais elles le sont parce que sans elles le salut sérail impossible, tandis que, pnur les secondes, le salut n'est impossible sans
I . \'oir, outre De Luco, que nous suivons en labrégeant, Vasquez, disp. cLXix, cap. I, et t. \\, in III. j).. (|u;i"st. i.xwiv, ;irt. iJ. Noir aussi les autres grands théoloiriens.
86 LA SAINTE ElCIIARISiTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE III.
elles que parcequ'ellessontcommandées.C'estainsiquela restitution est nécessaire parce qu'elle est ordonnée, et que le Baptême est imposé parce qu'il est nécessaire pour le salut ; en effet, Notre- Seigneur l'a institué comme l'unique moyen pour y arriver, et de là vient l'obligation de le recevoir. Certaines choses sont, par leur nature même, nécessaires au salut; telles sont la grâce habituelle, la foi ; d'autres le sont par institution divine, comme le Baptême, la Pénitence. Les unes et les autres sont aussi de précepte, mais la loi qui les ordonne suppose en elles la nécessité de moyen.
Suarez (tome III, disp. x\xi, sect. 1) et Vasquez n'admettent pas cette explication, parce que, disent-ils, si Jésus-Christ n'avait pas fait un précepte de la confession, supposé qu'il lui eût donné néanmoins la vertu d'effacer les péchés et de produire la justification ex opère ojoeraio, elle ne serait pas pour cela un moyen nécessaire de salut. Les hommes pourraient laisser ce moyen de côté et arriver à la justification par la contrition, comme ils le faisaient avant l'institution du sacrement de Pénitence. C'est donc ici le précepte ajouté à la vertu de justification inhérente à la confession qui fait de celle-ci un moyen de salut nécessaire ; le précepte ne repose pas sur la nécessité, mais la nécessité sur le précepte.
Quoi qu'il en soit de ces diverses opinions, nous pouvons nous arrêter à ceci qu'une chose est nécessaire de nécessité de moyen lorsqu'elle est requise de telle manière qu'il est impossible sans elle d'arriver au but proposé, et que nulle dispense ne saurait y suppli'cr. Elle peut être telle soit de sa propre nature, comme la grâce habituelle pour entrer en possession de la vie éternelle, soit par institution divine, comme le Baptême. Telle autre chose est nécessaire aussi, mais ne l'est qu'en vertu du précepte qui l'ordonne; avant ce précepte elle ne l'était pas; sans lui elle pourrait être extrêmement utile, mais non pas le moyen unique et indispensable pour arriver à la fin proposée : en ce cas elle n'est pas de nécessité de moyen, mais de nécessité de précepte.
Ces explications données, il sera facile de décider si la nécessité du sacrement de l'Eucharistie est seulement une nécessité de précepte ou si elle est en même temps une nécessité de moyen. Nous verrons plus fard ce qui concerne la nécessité de précepte que l'on ne peut mettre en doute, et nous n'avons à nous occuper ici que de Tautrc.
MOTIFS DE l'institution DE I.'eUCHARISTIE. 87
Un commandement absolu de Notre-Seigneur Jésus-Christ luimême et de la sainte Église impose à tous les chrétiens en élat de participer au sacrement de l'Eucharistie Tobligation de le faire sous peine de ne pas arriver à la vie éternelle. Mais, en dehors de ce commandement, existerait-il une véritable nécessité de communier?
Il faut reconnaître tout d'abord que la réception effective de la Sainte Eucharistie n'est pas un moyen de salut indispensable pour tous. Il est constant que les petits enfants et même avec eux un nombre considérable d'adultes sont sauvés sans la réception de la Sainte Eucharistie, soil que l'impuissance, soit que l'ignorance les excuse du manquement à l'accomplissement de ce grave devoir. Aucun catholique ne met cette vérité en doute ; il serait même difficile de citer des hérétiques qui aient soutenu directement une -opinion contraire.
Ce que nous avons donc à rechercher ici, c'est si l'usage du sacrement de l'Eucharistie est nécessaire à tous, au moins en désir, de nécessité de moyen, comme le sont les sacrements de Baptême et de Pénitence. Plusieurs commentateurs de S. Thomas l'affirment et disent que tel est le sentiment du Docteur Angélique. Cependant l'opinion commune, celle qui a pour elle les raisons les plus graves et toutes les apparences de la vérité, c'est que la réception du sacrement de l'Eucharistie, soit réelle, soit en vœu, n'est pas nécessaire de nécessité de moyen. S. Thomas dit que deux sacrements seulement sont simplement nécessaires à chacun de nous pour atteindre sa fin, le Baptême et la Pénitence; les autres, dit-il, sont seulement utiles pour atteindre cette fin '.
La principale raison sur laquelle cette opinion s'appuie est que la
1. Dicendum quod neccssarium rospectu finis, do quo nunc loquimur, dicitur aliquid dupliciter : imo modo, sine quo non potesf liaberi finis, sicut cihus est necessarius vila; human», et lioc est simplicitcr neccssarium ad fincm : alio modo diciUir neccssarium id sine quo non habelur finis ila convenionler, sicut equus necessarius est ad iter : lioc aulem non est simplicitcr neccssarium ad fincm. Primo igitur modo ncccssitafis sunt tria sacramenta necessaria : duo quidcm ])ersonaî sinj.'ulari; l)aptismus quidem simpliciler et ahsoliitc; pœnilcnlia aulem supposilo peccato morlali posl haplismum; sacramentum aulem ordinis est neccssarium Ecclesi£«, quia ulii mm rst ijuhenwtor, pdlttilus rornii'l, ut dicilur (/^ro>'.. xi, M). Scd secundo modo sunt necessaria alia sacramenla : nam confirmatio quodammodo perficil baptisnnnn, extrema unctio pœnitentiam ; inatrimonium vero Kcclesiic mulliiiKliin'iii vrv ))r(i])ai:ationem con.servat. (S. Tikim., 111, (|na'si. i.xv, art. i.)
Sainte Eucharistie ne peut être un moyen nécessaire de salut que si elle est indispensable soit pour acquérir la première grâce, soit pour persévérer dons la grâce; or elle n'est indispensable ni pour l'un ni pour l'autre objet. Il n'est pas nécessaire, pour arriver à la première grâce, de recevoir réellement ni de désii-er recevoir la Sainte Eucharistie ; on peut y arriver sans cette réception qui ne peut avoir lieu qu'après la première grâce reçue, et sans ce désir capable de conduire, il est vrai, à la Pénitence ou au Baptême qui produisent la première grâce par leur propre vertu, mais qui ne la produit jamais directement lui-môme. Cent autres motifs en dehors du désir de l'Eucharistie peuvent faire naître la contrition et déterminer à la réception du Baptême. Il est donc évident que ni la réception ni le désir de cet adorable sacrement ne sont indispensables pour arriver à la première grâce.
On dira peut-être, que dans certains cas la Sainte Eucharistie confère la première grâce, par exemple lorsqu'un honmie n'ayant que Tattrition, mais se croyant en état de grâce quoique coupable de quelque péché mortel, s'approche de bonne foi, et reçoit la sainte Communion. En pareil cas l'Eucharistie réellement reçue confère positivement la première grâce. Mais admettons pour un moment qu'il en soit ainsi, la Sainte Eucharistie en pareil cas ne conférerait pas cette première grâce par elle-même, en vertu de son institution, mais par accident. Or, pour que l'on puisse dire qu'un sacrement est un moyen nécessaire pour arriver à la première grâce, il faut qu'il soit le moyen institué exprès pour cette tîn, et qu'il possède en lui-môme la vertu de la procurer, comme le Baptême et la Pénitence.
Ajoutez cette considération. Le sacrement de l'Eucharistie est, en vertu de son institution, un aliment ; il est fait avant tout pour nourrir. Il n'a donc pas été institué pour conférer la première grâce. Pour qu'un aliment vous nourrisse, il faut premièrement que vous viviez ; il ne donne pas la vie, mais il entretient la substance de l'être vivant. Nous pouvons donc conclure que la Sainte Eucharistie n'est pas un moyen nécessaire qui produise la première grâce. Il n'est pas indispensable de la recevoir, soit de lait, soi! môme de désir, pour entrer en grâce avec Dieu.
Venons à la seconde partie de la mineure que nous avons entrepris de prouver.
Nous avons dit que la Sainte Eucharistie n'est pas non plus
MOTIFS DE l'institution DE l'eLCHAUISTIE. SÎ>
nécessaire de nécessité de moyen pour persévérer dans la grâce, lorsqu'on y est entré. Il ne sera pas difficile de le démontrer; il suffira de se rendre compte de ce qu'il faut entendre par persévère)' dans la grâce. On peut entendre par là, conserver longtemps la grâce sans tomber dons le péché mortel; mais une telle persévérance n'est pas indispensable pour le salut. Il peut arriver, et il arrive souvent, que quelqu'un meurt peu de temps après sa première justification; alors il n'a pas eu besoin de cette longue persévérance pour être sauvé. On peut entendre aussi la persévérance finale, c'est-à-dire la mort en état de grâce, soit qu'on ait reçu la grâce depuis peu, soit qu'on l'ait reçue depuis longtemps. Une telle mort est le don par excellence que Dieu fait à ses élus. On pourrait dire qu'il l'accorde en vertu de la Sainte Eucharistie reçue ou au moins désirée, et que la persévérance finale est un fruit qui procède du Très Saint Sacrement, que la sainte communion, au moins désirée, est la source nécessaire de cette grâce excellente, par conséquent un moyen nécessaire de persévérance finale et de salut. Mais on se tromperait en tirant cette conclusion. En premier lieu, rien n'autorise, ni dans la Sainte Écriture, ni dans les conciles à donner la mort en état de grâce comme un effet propre de la Sainte Eucharistie. Si l'on devait attribuer cet effet à quelque sacrement, ce serait plutôt à l'Extrême-Onction ; mais on réalité, il n'appartient en propre ni à l'un ni à l'autre sacrement. Il s'agit d'une grâce si impérieusement et si subitement nécessaire en beaucoup de circonstances, que Dieu n'a voulu l'attacher à aucun sacrement, à aucun moyen extérieur; elle dépend uniquement de sa libéralité pour nous; il ne s'agit que de nous rendre dignes d'éprouver les effets de cette libéralité.
Si la persévérance finale était l'effet sacramentel de la Très Sainte Eucharistie, il en résulterait que (juiconque aurait communié une seule fois dignement serait infailliblement pi'édestiné, parce que les sacrements sont infaillibles dans leurs effets propres et directs. Ces effets sont attachés, en vertu d'une promesse divine, aux sacrements qui ne peuvent pas ne pas les produire, s'ils sont reçus dans les conditions voulues. S'il en était autrement, si l'effet d'un sacrement pouvait manquer, cet effet ne résulterait plus de la promesse de Dieu, mais seulement de sa libéralité, ce qui n'est pas adniissible. Par conséquent, supposé (jue la mort dans l'état de grâce, ou, ce qui est la même chose, la protection de Dieu accor-
dée à quelqu'un pour ([u'il meure dans la grâce fût un effet sacramentel de rEuchnristie, celte divine protection devrait infailliblement suivre la réception de ce sacrement, et quiconque aurait reçu la sainte communion, même le petit enfant qui n'aurait pas encore atteint l'âge de discrétion, et dont la faiblesse même aurait mis l'innocence "à l'abri de toute faute, serait nécessairement sauvé lorsque viendrait la mort, ce qui est absurde.
.Mais quoique la réception du sacrement adorable de l'Eucharistie n'assure pas toujours la persévérance finale, elle procure des secours abondants pour persévérer. Le saint concile de Trente enseigne qu'entre autres effets, la sainte communion préserve ceux qui la reçoivent, du péché mortel '. Or, de tels secours sont n('cessaires pour le salut; d'où il semble que l'on peut conclure à la nécessité de l'Eucharistie qui produit directement quelque chose d'indispensable au salut des âmes.
Il n'en est rien cependant. Nous avons dit que tout ce qui produit un effet nécessaire au salut ne doit pas être compté pour cela au nondjre des choses nécessaires de nécessité de moyen. La Sainte Eucharistie inllue sur le salut et son influence est très considérable; néanmoins, elle n'est pas directe; son action consiste à éloigner un obstacle et non à procurer le salut lui-même : elle (Jonne les secours nécessaires pour éviter les péchés, mais la justification, elle ne la donne pas. L'observation des commandements concourt d'une manière efficace au salut, cependant elle n'en peut pas être considérée comme un moyen nécessaire, puisque quelqu'un qui mourrait immédiatement après le Baptême ou après l'absolution légitimement reçue serait sauvé, bien qu'il eût gravement violé les commandements, même pendant de nombreuses années. Il en est de même de la Sainte Eucharistie, qui est seulement nécessaire pour ([u'on puisse observer les préceptes pendant un temps considérable.
Certainement la Sainte Eucharistie procure avec abondance et d'une manière positive les secours propres à faciliter le salut ; mais les secours qu'elle procure ne sont eux-mêmes nécessaires
1. Sunii jiiitciii voluil iSiilvalor nosler) s;i(-rani('iiliim hoc taiiquam s])irilualom aniinarmn cihnin, quo alanlnr et coiifortentur vivcntes, vila illius qui (lixit : Qui mniiflncfii ttic, et ?/>.sv vwct propter me; et tanquam anlidotuin, quo liliercrnura culpis quolidiaiiis et a ])eccalis inoi-taliljus prseservemur. {Concil. TiiiL, sess. XI H, cap. ii.)
MOTIFS DE L INSTITUTION DE l' EUCHARISTIE. 91
que conditionnellement ; ils ne le sont pas simplement et en toute circonstance. Reprenons la supposition que nous venons de faire: un homme meurt immédiatement après avoir reçu le Baptême; entre sa purification par les eaux sacrées et sa mort, il n'y a môme pas eu le temps nécessaire pour une tentation : aucun secours particulier ne lui a donc été nécessaire, pas même la Sainte Eucharistie, qui aurait été pour lui le plus précieux de tous les secours si sa vie avait dû se prolon.s'or longtemps. Ni les grâces qui contribuent efficacement au salut de l'âme, ni la sainte communion qui les procure en abondance, ne peuvent donc être regardées comme des moyens de salut simplement nécessaires, quoiqu'ils soient nécessaires indirectement, en plusieurs occasions.
Une autre objection se présente. Un tel secours n'est pas toujours ni par conséquent simplement nécessaire à l'homme, pour vaincre les tentations et arriver au salut, mais ne doit-on pas reconnaître au moins sa nécessité absolue pour celui qui vit longtemps après avoir reçu la grâce de la justification? Il est admis en effet que l'homme ne peut éviter pendant longtemps de tomber dans des péchés graves, sans le secours de la grâce; la Sainte Eucharistie, ou au moins le désir de la i-ecevoir, est donc nécessaire au salut de quiconque vit longtemps, puisque sans elle ou son désir on serait privé des secours indispensables qu'elle procure par sa propre vertu.
On peut répondre que, même dans ce cas, la Sainte Eucharistie n'est pas absolument nécessaire comme moyen de salut. — Si l'on considère attentivement la question, on reconnaîtra que la Sainte Eucharistie ne donne rien qui soit indispensable pour éviter le ]x'ché mortel, et persévérer ainsi dans la grâce. Certainement les secours qu'(.'l!c apporte pour vaincre plus facilement les tentations qui se prt'sciitont sont nombreux et puissants ; on peut en consi'quence dire (pfelle préserve des péchés; quoique tous ceux (jui reçoivent la Sainte Eucharistie ne persévèrent pas pour cela dans la grâce, on peut affirmer nemmuins qu'ils ont eu à leur disposition des moyens qui leur rendaient la persévérance facile. Mais tous les secours si précieux et si abondants qui découlent de la Sainte Eucharislie ne sont [tas nt'cessaires simplement et absolument, quoiipi'ils soient extrêmement utiles pour la persévérance. A di'faut (le ces grâces plus abondantes, il est passible de perse-
vérer avec les seuls secours ordinaires auxquels riiomme a droit, parla même qu'il est en état de grâce. Celte surabondance extraordinaire de secours spirituels n'est donc pas absolument indispensable pour le salut, ni par conséquent la Sainte Eucharistie ellemême considérée comme source de ces secours. Une simple remarque vient corroborer encore ce que nous avons avancé. On ne dira pas assurémenl que la grâce donnée par le Baptême est moins efficace que celle qui résultait de la Circoncision sous l'ancienne Loi; or il était possible, moyennant la Circoncision, de passer toute une longue vie dans la grâce de Dieu, sans l'aide de l'Eucharistie qui n'était pas instituée. A plus forte raison la même possibilité doit-elle exister pour ceux qui ont reçu le saint Baptême.
Nous sommes donc autorisés à conclure que l'usage du sacrement de rEucliai'istie, soit de fait, soit de désir, n'est pas nécessaire de nécessité de moyen; il ne l'est ni pour conférer la première grâce, ni pour la conserver, ni pour persévérer jusqu'à la fin et obtenir la vie éternelle.
Cependant on peut faire quelques objections à cette conclusion.
La première objection serait que la nécessité de la participation réelle à la Sainte Eucharistie ressort des paroles deNotre-Seigneur : Si vous ne mangez la chair du Fils de ihomme, et si vous ne buvez son sang, vous ri aurez pas la vie en vous '. Elle ressort aussi de l'enseignement des Pères, particulièrement de la lettre du pape Innocent I*'" aux Pères du concile de iMilève, que l'on trouve parmi les lettres de S. Augustin -, et de plusieurs textes
1. Nisi niandiicavcrilis caruciii Viïn lioiiiiiiis cl luIxM-ilis ejns sanfi;uiiu!ni, non habehitis vitam in vobis. [Joann., vi, lii.)
2. Les Pères du concile de Carthage, transmettant au pape Innocent 1'"'' les actes de ce concile, exprimaient en ces termes l'une des erreurs des Pélagiens qu'ils avaient condamnées :
« Parvulos eliam propicr salnlcm, qiue por Salvatorom Christum dalur, haptizandos neganl, ac sic eosinortifera ista doctrina, in aîlernum necant, promillenlcs eliamsi non haj)lizciitur, hahiluros vitam aeternam, nec pertinere ad eos, de quibus Dominiis ait : Venit enim fiints homuns (/na-rcre et salvart' quod pcrifi'ot : quia : Isli, inquiunt, non perierant, nec est quod in eis salvetur, vp! tanto pretio redimatur : quia nihil est in eis vilialum, niliil tenetur sub diaboii potcslatc ca])tiviiin, nec pro eis fusus est sanguis, (jui fusus in remissionem legilur peccatorum. »
Le saint pape répond en ces termes, et confirme la condamnation de l'erreur des Pélagiens :
" lllud vero fUKid cos vesira fialcniitas asscril ](ra'di<Mre, jjarvulos setemae
MOTIFS DE l'institution DE l'eUCIIARISTIE. 93
de s. Augustin lui-même, qui présentent le môme sens. D'après ces divers textes, les paroles de Notre-Seigneur devraient s'appliquer aux petits enfants eux-mêmes, pour le salut desquels le Baptême ne suffirait pas, mais il faudrait aussi l'Eucharistie. S. Augustin s'appuie même sur la nécessité de l'Eucharistie, pour prouver celle du Baptême contre les Pélagiens.
Pour bien comprendre ces passages des Pères, il faut remarquer que la Sainte Eucharistie est quelquefois déclarée nécessaire non pas en elle-même, mais en raison de ce qu'elle contient et de ce qu'elle signifie. Or, elle contient le Christ notre Seigneur, en qui la foi au moins implicite, et avec qui l'union est nécessaire pour le salut. Elle signifie en même temps l'unité du corps mystique, unité à laquelle tous doivent nécessairement participer pour être sauvés; voilà pourquoi il est dit quelquefois que l'effet de l'Eucharistie, c'est-à-dire l'union au corps mystique de Jésus-Christ, ou même à Jésus-Christ en sa propre personne, est nécessaire à tous. Ceci posé, on répond à l'objection tirée des paroles de Notre-Seigneur : Si vous ne mangez la chair, du Fils de llionime et si vous ne buvez son sang, qu'elles affirment la nécessité de précepte et non celle de moyen. Suarez, Vasquez, Valentia et d'autres consacrent de nombreuses pages à prouver qu'il en est ainsi. Pour S. Augustin et le pape Innocent P"', il est très vraisemblable qu'en affirmant la nécessité de manger la chair de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et en étendant cette nécessité aux petits enfants eux-mêmes, ils entendaient parler de la manducation spirituelle. Sans doute les paroles de Notre-Seigneur auxquelles ils font allusion se rapportent à la manducation sacramentelle, mais elles n'excluent pas
viUe pranaiis, eliam sine Jjaptismatis gralia posse donari, perfatmun est. A7«J cnitii manihicdvcrinl cariwm fi/ii Itoininis, et biberiid sdiKjiiineni ejiis, non hdhchunl vilom in semclij/siK. Ouï i\u\rnihnnc eis sine regoïKMMlione defenchint videnlur mihi ipsiim l)aplismuni vclle cassare, cum praidicant hos habcre, quod in eos créditai' non nisi baplisinate conferenduin. »
On voit la corrélalion que le paj)o Innocent I''' établit entre recevoir le liaptéme, et manger la chair du Fils de Ihoinme et boire son sang. Le Baptême est l'application des mérites du corps immolé et du sang versé de Jésus- Christ, application que les hérétiques déclaraient inutile, et que le pape affirme nécessaire en se servant de ce texte : AV.si nitimlnravcritis, etc. C'est-àdire, si vous n'entrez en participation du corps et du sang de Jésus-Christ, ce qui se fait d'abord par le H;qilème, vous n'aurez pas la vie en vous.
Voir S. AiT.usTiN, Kpist. CLXW, Conn'I. Ctirl/i. ml Innoc, el Cl-.\.\.\i, Innocent, ad Concil. Mi/rril. Wnr aussi lib. I, Dr /irccdlorinn mentis et reinissiune, n. ii7, 3 t.
l'autre, et plusieurs Pères, plusieurs théologiens leur ont donné Tune et l'autre signilication. S. Augustin et le pape Innocent ont bien pu, de la nécessité de nianger spirituellement le Christ, conclure à la nécessité du Baptême, au moyen duquel les petits enfants se nourrissent de lui par la foi et par la charité '.
1. Ul rospoiuloamus illi tostimoiiio Joann., vi, et Palribns, qui circa illud citaiitur, noiinulla diconda sunl. Primum est D. Aug. stepissime locinn illuiu exponere, non de sacramenlali manducatione, sed de spiritual!, (juge est por fidem, (juo sensu sa^pe ait parvulos manducare, quia per lidem in habitu credunt, seu quia pertinent ad unitalem corporis Christi. Quem sensuin videntur sequi Cyprianus et Innocentius, prcBcedenti sectione citati, quando indicant Euctiaristiam esse necessariam parvulis, et expresse D. Thomas, supra q. i.xv, art. 4, ad "1, et infra q. Lxxx, art. 0, ad ultimum, et colligi potest ex August. lib. I conira Julianum, cap. ii, et lil). II, cap. i, et lib. IV contra duas Epislolas Pelnr/iati., cap. iv, et lib. III, de doctrina chrifil.. cap. XVIII, etaliis locis quos infra Iractabimus, ostendendo non esse hune sohnu litteralem sensuin illius loci, sed potissimuui esse de sacramenlali manducatione Christi in hoc sacramento. Unde S. Augustinus qui priori sensu utilur, nunquam hune excludit, sed potius aliis locis illum docet, ut infra dicemus. Notât et Pelrus Soto, lect. viii de Euchanstia, Patres, cum prœdictum sensum loquentur, nunquam dicere homines non posse salvari sine hoc sacramento, sed sine participatione corporis et sanguinis Domini.
Secundo dicitur, sermonem ibi esse de hoc sacramento, sed oportere advertere quanlam ex illis verbis esse tanlum affirmativa, seu promissiva, ut : Qui manducal me, rivet j/roj)le}' me, et : Qui manducat hune j)ane))i rivet in xlernnm ; et hcBC nullam indicant necessilatem sed efficacitatem Imjus cibi. Habet autem illa promissio sul)inlollec|am conditionem, ut sujjra diximus. Et ita ex hac parte facile expedilur difficuUas ; neque enim oportel, sicut Filius est a Pâtre, ut ab unico principio, ita spiritualem vilam in nol)is esse al) hoc sacramento, non enim necessc est exemplum esse simile in omnibus, neque comparatio in eo fil, sed solum in communicatione et dimanatione. Alia sunt autem verba comminatoria, ut sunt illa : Aisi nuDiditcareritis ; et haec continent quidem necessitatem, non tamen medii, sed pra^-epli, hujusmodi enim forma verborum de se indifferens est, et interdum significat necessilatem medii, ut in illo : Niai pœnitcntiam egeritis; interdum vero praecepti, ut in illo : Nisi rflîriamini airiU pnnmli, etc. Unde ex materia in quam cadunt, discernendus est sensus. Si enim est .sermo de re necessariaad tollendum peccalummorlale, vel acquirendam graliam, pneter necessitatem pra-cepti, continent necessilatem medii, et hujusmodi sunt loculiones ilUne de Baplismo et Pœnitentia. Si vero sermo sit de actione aliqua qu;e supjjonit peccalum remissum, cl graliam ac(|uisitam, solum signiticant necessitatem praecepti, ut si dicamus, nisi quis servaverit mandata non salvabitur ; vel, nisi quis restituent, etc. Nam quia observalio mandalorum est suo modo necessarium médium ad salulem aeternam, ideo bis eliam verbis hcEc nécessitas significari potest. VA de bac necessitate loquitur Cyrillus supra, et sa^pe August. et D. Thom. infra (\. lxxx, art. 2"ad 1, et o])tinie Laurenlius .Justin., \ih. de perfectionis f/radi/iiis, cap. xiv, et alii qui interdum agunl conira cos ([ui myslerium hoc non credunt et contemnunl. De quihus inerilo dicunt, non posse salvari sine hoc sacramento, sallem credilo el dcsiderato, eo modo quo creduntur et
MOTIFS DE l'iNSTITITION DE l'eLCII ARISTIE. 95
Une seconde objection que l'on peut faire en vue de prouver que la Sainte Eucharistie est nécessaire de nécessité de moyen, au moins pour la persévérance dans la grâce, est que cet adorable sacrement est l'aliment spirituel de nos âmes ; or il est impossible de conserver longtemps la vie naturelle si l'on ne prend pas de nourriture, et la même impossibilité doit exister pour la vie surnaturelle ; il est donc impossible de conserver longtemps la vie spirituelle de 1 ame, si l'on ne prend pas cet aliment sacré. S. Cyrille ' dit en propres termes : « Ils avaient besoin d'apprendre que s'ils « voulaient échapper à la mort, il était nécessaire de participer à cf ce pain. » S. Cyprien s'exprime de même en traitant des paroles de l'Oraison dominicale : « Donnez-nous notre pain quotidien : « Panem nosfnnn quotidianum da nobis, » et l'on pourrait citer encore d'autres auteurs abondant dans le même sens.
La réponse à cette difficulté est qu'il faut distinguer entre la nourriture naturelle, qui est l'unique moyen d'entretenir la vie du corps, et la nourriture spirituelle. La vie de l'âme, qui consiste dans la grâce sanctifiante, peut s'entretenir par d'autres moyens que par la Sainte Eucharistie ; les bonnes œuvres et les autres sacrements y contribuent puissamment et y suffisent au besoin. Cependant il faut reconnaître une obligation morale de participer au sacrement de l'Eucharistie ; car il est certain que si quelqu'un
desiderantur alla prœcepta, ad qiiem modiiin dicunl eliam sacriticium Missa' esse necessariuin ad salulem.
Et juxta hanc expositionem, consequenler direndum osl tertio, verlja illa : Xiai manducaveriiis dirigi ad adultes tantum, et non ad infantes lU liene divtis Tlioinas exponit, lect. vu in Joan»., et Laurentius Justin., lih. de ohedicnlia, cap. i.iv, Jansen., cap. i.ix Concoirlia', ubi dicit Auifustinuui interduui extciidisse illa verha in aliquo sensu ad pannilos, ad abundantiam dodrina^ non vero quia ille sensus necessarius esset, nec proprius illorum verborum. Primo quidem, quia soli adulti sunt capaces prœcepti, verlja auteni illa prieceptuni continf^nt, ut dixi, noc jjolest dici extendi ad infantes, boc sensu, quia scilicel adulti lenerUur illis Kucbaristiani pnebere, erroneuin est enim boc, nam nullum extat taie praeceptuni, ut quaest. lxxx ostendeinus. Secundo, quia Hucliarislia per se non est insliluta pro parvulis, sed pro adultis ut usus Kcclesia^ probat, et (juia non omnes infantes sunt capaces proprii cibi et potus corporalis nec etiam spiritualis, quia non sunt capaces devotionis. Er^n verba quibus boc sacranientum ])r;i'ciiMtur non dirigunlur ad parvulos ; Cbrislus enini de propria et ])erfecla manducatione loquitur, de sacramenti scilicet qua^ babet adjunctam sj)irilualeni ut fructuosa sif, et ([ualis decet tanlum sacranienluni. De qua et loquilur Paulus, / Cor., xi, cuui inquit : Pro/tct aideni sf ijisiinn homo, et air de ixinc illo edat et de calice Itibal, etc. (Sl'AliEZ, in III. ])art., qua>st. lxxiii, art. i.)