‹ La Sainte EucharistieChapitre 36 sur 169 · Qui manducaf mo vivo! piMplor me. [Jotinii., vi, JiS · texte numérisé non relu

Qui manducaf mo vivo! piMplor me. [Jotinii., vi, JiS

:j. Qui manducat hune panem vivet in aeternuin, et ego resuscilaho euni iu novissiino die. [Jonnn., vi, JJ'.).)

'(. Milii vivorc ChrisliLs est el moi-i lucruin. [Pliilipp., i, "21.)

pour riiomme de justification possible sans le désir, au moins implicite, d'arriver à cette fin que Dieu lui assigne ; il n'y a donc pas non plus pour lui de salut sans l'emploi, ou sans la volonté au moins implicite d'employer les moyens qui conduisent à cette fin nécessaire.

La Sainte Eucharistie est l'un de ces moyens ; c'est même le plus important de tous sous certains rapports, puisqu'il est le plus noble et que tous les autres se rapportent à lui; nous sommes donc en droit de conclure que le désir au moins implicite de recevoir cet adorable sacrement est nécessaire au salut. Et ce n'est pas assez pour les adultes de ce désir implicite ou même simplement virtuel, tel qu'il se trouve dans les petits enfants. Ils doivent se souvenir que ces paroles de Notre-Seigneur ont été dites pour eux : Si vous ne man(jez la chair du Fils de r homme et si vous lie Ourez son sang, vous n aurez pas la vie en vous. Une longue persévérance dans la grâce reçue au saint baptême ou recouvrée au tribunal de la pénitence, n'est possible pour eux qu'à la condition de manger la chair du Fils de l'homme et de boire son sang, c'est-à-dire de communier. A ce prix seulement, ils continueront de vivre dans la grâce, ils feront une sainte mort et ils arriveront au ciel.

l'IU.NCirALKS ATTAQUES DIRIGÉES CONTUE LE TUES SAINT SACREMENT

DE l'eucharistie

Comme tous les autres mystères de notre sainte religion, l'adorable Eucharistie fut exposée aux attaques des hérétiques, attaques d'autant plus furieuses que l'excellence du sacrement est grande.

Les premiers ennemis qui se levèrent contre elle furent les Capharnaïtcs et quelques disciples du Seigneur, qui, ayant entendu la promesse qu'il faisait de donner sa chair en nourriture et son sang en breuvage, s'éloignèrent de lui en disant : Cette parole est dure : Durus est hic sermo K

Après eux vint Simon le Magicien, qui prétendait que le corps de Jésus-Christ n'était pas un corps véritable, mais une simple apparence de corps, ce qui le conduisait à refuser d'admettre le

i . JiKinii., VI, Cil .

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changement du pain en ce corps auquel il ne croyait pas, et à rejeter le saint sacrifice de l'autel. Théodoret nous donne ces détails qu'il a puisés dans les lettres de S. Ignace.

Tous ceux qui ont erré touchant la personne de Notre-Seigneur .Jésus-Christ, soit en niant la réalité de sa chair et de son humanité, soit en s'attaquant à l'union hypostatique de la divinité avec l'humanité, ont été engagés, par suite de ces erreurs, dans de fausses opinions touchant la Sainte Eucharistie. Les uns, dit Lan- IVanc, reconnaissaient bien que le pain et le vin étaient réellement changés au corps et au sang du Fils de l'homme ; mais quel était ce Fils de l'homme? Voilà sur quoi ils n'étaient point d'accord. Plusieurs croyaient qu'il fallait entendre sous ce nom n'importe quel homme, juste ou pécheur, qui prend des aliments terrestres et les transforme, lorsqu'il les mange, en sa propre chair et en son propre sang, ce qui les purifie. D'autres pensaient que le Fils de l'homme n'était pas ainsi le premier venu, mais un homme juste, saint, très élevé au-dessus des autres par la perfection de sa vie; le pain et le vin offerts sur l'autel pouvaient être, disaientils, changés au corps et au sang d'un tel homme. Cette hérésie fut condamnée au concile d'Éphèse, qui définit expressément la doctrine catholique en déclarant que le pain est changé en ce même corps de Jésus-Christ qui fut attaché à la croix, et le vin en ce même sang qui coula de son côtépendantqu'ily étaitsuspendu. Dansle onzième anathème publié par S. Cyrille sur l'ordre du concile, on lit : « Nous « offrons dans les églises un sacrifice saint, vivifiant et non san- « glant, et nous ne croyons pas que le corps qui est sur l'autel, « ainsi que le sang précieux, soient le corps et le sang d'un « homme ordinaire et semblable à nous ; mais nous les regardons « comme devenus le propre corps et le sang même du Verbe qui « vivifie toutes choses ; puisqu'il est vrai qu'une chair commune « ne saurait rien vivitier, selon que le Sauveur l'a proclamé kii- « même en disant : La chair ne sert de rien; cest Vesprit qui « vivifie. Mais la chair qui est devenue la chair propre du N'erbe « est par là même vivifiante '. »

I. Sanctum ac viviticiun, iiicrucnlumque in l'^cclcsiis sacriticium pora^imus, corpus quod proponitur similiter et pretiosum sanguinem non coinmunis, no- Msque similis hoininis cujuspiam esse credentes; sed potins lanquam prol)riuin corpus elîectum et sanguinem etiam Verhi quod omnia viviticat, accil)ientes, siquidem communis caro viviticare non potcsl. Kt hoc Servator ipso N'stafum facit : Oiro, inquiens, non jjrodest ijiiiilijuam, spiritiis est qui vivi/i-

Au viif siècle, parurent quelques hérétiques qui prétendaient ne reconnaître dans TF^ucharistie que la figure du corps et du sang de Jésus-Christ, et non pas ce corps et ce sang adorables dans leur réalité. S. Jean Damascène ' nous l'apprend par la réfutation qu'il fait de leurs erreurs. Il s'écrie : * Loin de nous une « telle croyance. Nous savons, au contraire, que c'est bien le corps « déifié du Seigneur qui est présent, car il a dit lui-même : Ceci a csf non pas la figure de mon corps, mais 7non corps ; non pas la « figure de mon sang, mais mon sang. »

S. Jean Damascène nous apprend encore qu'il existait à la même époque d'autres hérétiques qui soutenaient que le corps de Jésus- Christ était bien dans l'Eucharistie, mais corruptible et subissant, lorsqu'on le prenait dans la communion, toutes les transformationsauxquelles sont soumis les aliments ordinaires. Les partisans de cette grossière erreur, que l'on nomma Stercoranistes, oubliaient ([ue Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus, et que sa chair est incorruptible ; ils oubliaient aussi qu'aux premières altérations que les espèces sacramentelles subissent dans l'estomac, le corps et le sang de Jésus-Christ cessent de demeurer unis à des apparences (jui ne sont plus ni celles du pain ni celles du vin. « La Sainte « Eucharistie, dit ce saint docteur ^, hostie pure et non sanglante « qui, selon l'oracle du Prophète, est offerte au Seigneur de « l'Orient à l'Occident, est le corps et le sang de Jésus-Christ ; « mais c'est un aliment qui, s'il sustente nos âmes et nos corps, « n'en est pas moins incorruptible et ne saurait être consommé. « Rien en lui qui doive être rejeté ; il sert tout entier à nous sou- « tenir, à nous conserver, à réparer nos pertes de toutes sortes, à " nous purifier de toute souillure. »

Ces hérétiques croyaient bien à la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, mais la manière toute matérielle dont ils l'entendaient les portait à faire des excès et à tirer de leur croyance des conséquences profondément répugnantes •'.

rat [JotuDi., VI, (ii). niii;i voro c.iro \'orl)i fncta est propria, oIj id inlelligilur d est vivitica, etc. [Act. voncil. J'Jfthes., apud Contenson.)

i. S. Damasc, lib. IV, (le Fidc, c. xiv.

a. S. Damasc, Id., ibiil.

;{. Diximus supcrius, non minus ore corporis quam ore cordis corpus Doiiiini esse suniendum : sed ex hac ipsa visiljili et corporali comestione quiv. saf-raïuenlo tenus fil, nascilur fo'dissinia lijeresis Stercoranistaruni. Dicunt ciiirn lantum sacranienlum sicut corporali coincslioni, sic et secessui esse

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Au ix** siècle, Bertrame ou Ratramne, qui fut d'abord moine et prêtre de Tabbaye de Corbie, puis abbé d'un autre monastère, écrivit, vers l'an 850, un traité du Corps et du sang du Seigneur. Ce que l'on sait de lui d'une manière certaine, c'est qu"il combattit plusieurs propositions de Paschase Radbert sur la même matière. Mais allat-il jusqu'à soutenir lui-même des erreurs contraires à la foi, il est plus difficile de l'affirmer, quoique l'on puisse, à sa manière de parler, le soupçonner très sérieusement d'avoir cru que le Christ n'était présent au sacrement de l'autel que pour la foi. Ces mystères, dit-il, ont quelque chose de secret qui n'est manifeste qu'aux yeux de la foi : Aliquid secreti continent quod oculis fidei solummodo pateat. Il ajoute : Ce secret, quel qu'il soit, la foi seule le voit tout entier, et les yeux de la chair n'en saisissent rien. Comprenez que le corps et le sang du Christ ainsi vus existent non dans leur espèce, mais dans leur vertu : Fides totum quidqiùd illud est adspicit, et oculus carnis nihil apprehendit. Intellige quod non specie, sed in virtute, corpus et sanguis Christi existant quœ cernuntur. On est fortifié dans ce soupçon, quand on voit la manière dont il envisage les t3^pes de l'Ancien Testament, la manne dans le désert et l'eau du rocher, miracles qu'il met absolument de niveau avec la transsubstantiation eucharistique. Divers autres passages ne sont pas moins significatifs, et l'on comprend que Calvin ait prétendu reconnaître en lui un de ses prédécesseurs. Cependant, les plus anciens auteurs n'accusent pas Bertrame d'hérésie; Bérenger ne s'appuie pas sur lui, et Trithème, dans son ouvrage intitulé : de Scriptoribus ecclesiasticis, représente Bertrame comme un moine et un prêtre très versé dans la science des Saintes Écritures, non moins recommandable par la sainteté de sa vie que par sa doctrine. Il fait, en particulier, l'éloge de son traih' de Corpore et sanguine Doniini, celui que l'on incrimine. Il faut donc croire que le ti'aité que nous avons aujourd'hui, sous le nom de Bertrame, et qui fut justement mis à

ol)noxiuin.... Non est ihi de corporo suspicnnduni, iibi non esl ;ili([n;i Inijus fœditatis naluni, sod lantnnunodo divina' virtulis iniraculuni. Non sniil itiitur observanda (Iriocoruni lian'clicoruni, qni nierilo SLercoranist^u vocantiu", delirainenla, qui dicnnf parlicipatione corporis et sanguinis Christi solvi ecelesiaslica jejunia, usque ad crapulam et ebrietatem ventrisque distentionem, jmtantcs cicleslem subslanliam velut lerrenani indifferenler accipi, et in sordiduni ven- Iris secessum emitti. (Al.dKHis, lib. Il tli' Sarramcnla rorporis et titiiit/iiinia Jiominici, cap. i.)

rindex par le pope Clément VIII, n'est pus celui qu'écrivit cet auteur, ou qu'il a été interpolé par les hérétiques.

\'ers le même temps vivait Scot Érigène qui, en sa qualité d'homme lettré, l'ut attiré à la cour de Charles le Chauve. Il y fut mis à la tète de la haute école qui y ilorissait, et jouit à un haut degré de la faveur de l'empereur. La sûreté de sa doctrine n'était pas en rapport avec sa brillante érudition, et il s'attira en particulier de graves désagréments par son traité de divina Prn'destlnatione. Longtemps après la mort d'Érigène, Lanfranc reprocha à Bérenger de s'être servi d'un écrit de Scot Érigène, dirigé contre Paschase Radbert. Le fait était vrai; Bérenger ne le nia pas. L'écrit en question fut lu au concile de Verceil en 1050 et condamné avec l'hérésie de Bérenger. Or cet opuscule n'existe plus, à moins que ce ne soit celui attribué à Bertrame dont nous avons parlé. Il est didicile de dire avec certitude auquel des deux autours il appartient. Cependant, il faut que l'on ait eu des raisons pour suspecter la loi de Scot Érigène, touchant la Sainte Eucharistie, car Hincmar écrivait qu'Érigène enseignait que le sacrement de l'autel n'est pas le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, mais uniquement la mémoire de l'un et de l'autre. On peut donc, jusqu'à un certain point, le compter au nombre des précurseurs des ennemis modernes de la présence réelle.

\'ers le milieu du xi" siècle, Bérenger exhuma de l'oubli les erreurs au moins apparentes de Hatramneet de Scot Érigène. Archidiacre d'Angers, modérateur de l'école de Tours, qui fleurit sous sa direction, mais éclipsé par Lanfranc, abbé du Bec, en Normandie, et depuis archevêque de Cantorbéry, il entrepi'itde recouvrer, par la nouveauté de son enseignement, la célébrité qu'il avait perdue. Dans cette vue, il dogmatisa d'abord sourdement, ouvertement ensuite, contre l'Eucharistie.

Il n'est pas facile de saisir la vraie pensée de Bérenger sur ce mystère. Sun esprit mobile le faisait constamment varier dans ses opinions, et tout pirjuve qu'il arriva peu à peu à l'hérésie, bien plus par la lutte même dans laquelle il s'engagea, que par l'étude préalable et sérieuse de la doctrine qu'il attaqua. L'école fondée par lui fut aussi mobile et aussi contradictoire que lui-même ; car, dit Staudenmaier, il y a d'ordinaire analogie entre la doctrine et le caractère du maître, et l'on peut, en général, conclure de l'un à l'autre. Hugues, évêque de Langres, qui était son ami et chercha

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à le ramener au vrai, lui reproche de concevoir le corps du Christ dans le sacrement, de telle sorte que la substance du pain et du vin n'est pas changée, et de ne voir dans le corps qui a été crucifié qu'un corps intelligible. Son hérésie, concernant l'Eucharistie, consistait donc dans la négation du changement ou de la conversion de la substance. Il enseignait que le pain et le vin ne sont pas détruits et changés en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, mais que tout ce qui constitue leur essence physique continuant d'exister, le corps et le sang du Fils de Dieu s'y unissent par la vertu des paroles de la consécration.

Ce système favorable aux sens et à l'imagination attira plusieurs prosélytes à Bérenger; mais l'Église se liàla de combattre son hérésie. Condamné par quatre papes et par six conciles, le novateur reprit ses erreurs autant de fois qu'il les abjura. Trente ans de sa vie se passèrent à faire succéder de nouveaux écrits empreints d'erreur et d'hérésie à ceux qu'il avait désavoués et brûlés de sa propre main devant les évêques. Huit ans avant sa mort, il retourna sincèrement à la vraie foi sans plus se démentir, et finit son orageuse carrière dans le sein de l'Église catholique, en l'an 1088.

Les Bérengariens, ses disciples, allèrent plus loin que leur maître. Non contents de nier la transsubstantiation, et ne concevant pas que Jésus-Christ pût s'unir au pain et au vin, ils rejetèrent la j)résence réelle et soutinrent que le pain et le vin ne sont que la figure du corps et du sang de Jésus-Christ. Ce dernier sentiment fut adopté par tous les hérétiques du xii^ et du xiii^ siècle, dont les Luthériens et les Calvinistes ont fait leurs précurseurs, afin de se donner l'ancienneté et la perpétuité qui leur manquent.

Vers la fin du xf siècle, quelques autres hérétiques prétendirent aussi que le pain et le vin n'étaient que pai-tiellement changés en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, et qu'ils conservaient en partie leur substance. D'autres convenaient que le cliangementde substance était intégral, mais que le corps de Jésus- Christ et Son sang redevenaient du pain, lorsqu'ils étaient reçus par des indignes.

Pierre de Bruys, né en Dauphiné, enseigna ses erreurs vers l'an 11 10. Sa secte se répandit dans les provinces méridionales de la France. Ses disciples, appelés Fétrobrusiens, niaient la nécessité du baptême avant l'âge de raison, prétendaient qu'il fallait dé-

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truire les églises et les autels, sous prétexte que les prières étaient tout aussi bonnes en n'iniporlc quel autre endroit; brûler toutes les croix, parce que les chrétiens doivent avoir en horreur tous les instruments de la passion de Jésus-Christ, leur chef. Ils niaient la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, et l'utilité des sacrifices, des aumônes et des prières pour les âmes des trépassés. Au fond, les Pétrobrusiens étaient des Manichéens. Les protestants ont fait un martyr de ce brigand, qui parcourait les provinces avec ses prosélytes, brûlant les croix, saccageant les églises, et qui mourut de la main du bourreau, comme un malfaiteur vulgaire meurt victime de ses crimes.

Les Vaudois et les Albigeois, auxquels se rallièrent en quelque sorte tous les autres hérétiques du xir siècle, sont aussi des ancêtres dont se recommandent les protestants. Aucun dogme catholique n'étant à l'abri de leurs attaques, la Sainte Eucharistie ne fut pas plus respectée par eux que les autres mystères.

Le xiv'' siècle vit naître la secte des Wicléfites. Elle eut pour chef Jean Wiclef, professeur dans l'Université d'Oxiord.

Ambitieux, avide de célébrité, Wiclef aspirait à l'épiscopat. Plusieurs disgrâces qui n'étaient que trop méritées allumèrent dans le cœur de Wiclef une iiaine implacable contre l'Église, le clergé séculier et les moines. Son hérésie, presque dans tous ses points, n'est qu'une déclaration de guerre motivée contre la puissance ecclésiastique qu'il voudrait détruire. Il nie la transsubstantiation dans le sacrement de l'Eucharistie, parce que, dit-il, les accidents ne peuvent subsister sans sujet. Quant à la présence réelle, il a des passages pour et contre; il prétond que la consécration dépend de la sainteté du ministre; mais il dit en même temps qu'il faut présumer pour la sainteté des prêtres; cependant le doute subsiste et il n'adore la sainte hostie que sous condition, car il n'est pas certain de la sainteté du prêtre consécrateur.

Toute la doctrine de Wiclef tend à la subversion de tout ordre, de toute dépendance dans la société religieuse et politique. Aussi vit-on sui'tir de cette source un déluge de maux, lorsque les hussites, les anabaptistes, les protestants de France et d'Allemagne mirent à exécution ces théories dévastatrices. Wiclef semble s'être rétracté après plusieurs condamnations; il mourut en 1387.

Au xvi" siècle parut Luther, suscité par l'enfer pour déchaîner sur l'Église, et l'on peut dire sur le monde entier, la plus horrible

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(les tempêtes. Il fut un ennemi acharné de l'Eucharistie, et il eût désire donner atteinte au dogme de la présence réelle, parce que, disait-il, rien n'eût mieux avancé son projet de nuire à la papauté. Mais il demeura toujours invinciblement frappé de ces paroles : Ceci est mon corps, et tout ce qu'il put se permettre fut de nier la transsubstantiation, sans s'expliquer clairement sur le contact de Jésus-Christ et du pain. Il disait tantôt que le corps est avec le pain comme le feu est avec le fer ardent; tantôt, plus grossièrement, qu'il est dans le pain et sous le pain, comme le vin dans le tonneau qui le contient. Sentant que ces paroles : Ceci est mon corps, signifient quelque chose de plus qu'une juxtaposition, il les traduisit par celles-ci : Ce pain est mon corps substantiellement et proprement; d'où Osiandre tira sans détour et sans obscurité le dogme insoutenable de rimpanation ou de l'union hypostatique de .Jésus-Christ avec le pain, qui devient partie intégrante de sa substance. Cette étrange opinion tomba d'elle-même par sa propre absurdité. Luther ne l'approuva point. Ses disciples y substituèrent, les uns la consubstantiation, ou union par concomitance, les autres le système de Vubiquité, sentiment que Luther enseigna lui-même en 1527.

Si Jésus-Christ est dans l'Eucharistie, il doit y être adoré. Luther fut d'abord d'accord avec les catholiques sur ce point, en haine de Carlostad, puis il supprima l'élévation de l'hostie et du calice à la messe, et défendit de conserver du pain consaci'é, ce qui réduisait la présence réelle au temps précis de l'usage. Melanchthon fit prévaloir cette opinion dans les églises luthériennes où son maître avait introduit la communion sous les deux espèces du pain et du vin.

Lutlier poursuivit avec une ardeur diabolique la suppression de la messe. Ne voulant admettre d'autre application des mérites de Jésus-Christ que par la foi, il voyait la condamnation de ce principe erroné dans toutes les paroles du canon. Par une vénération hypocrite pour le sacrifice de la croix, dont il accusait les catholiques d'infirmer la valeur et la surabondance par l'addition de la messe, il décréta que celle-ci n'était pas un véritable sacrifice. Il supprima l'oblatiun comme il avait supprimé l'élévation de l'hoslie. Les messes privées eurent le même sort.

Avant même la mort de Luther, ses sectateurs se divisèrent en une infinité de sectes, en vertu du principe du libre examen. Bien-

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tôt, du luthrranisme il ne resta que ces deux points fondamentaux, l'examen privé de l'Écriture, et la foi qui justifie sans les œuvres. S'il n'est pas mort entièrement depuis par sa transformation en rationalisme pur, il n'existe plus que dans do faibles portions <les masses, parmi « quelques vieux croyants d'une orthodoxie « ingénue et enfantine, qui lisent encore la Bible, récitent des « prières, chantent des cantiques, écoutent dans un temple les « prédications de leurs ministres, salariés pour annoncer à leurs « dupes une religion qu'ils ont reniée dans leur cœur. » Le rationalisme a envahi les classes éclairées; on y tient encore au christianisme, mais « comme à la plus philanthropique et à laplusphi- « losophique de toutes les religions; le Christ y est regardé « conmie l'idéal de la plus sublime vertu. » Du reste, point de dogmes: Strauss en a fait bonne justice; point d'autre culte que l'adoration du moi K

En l.'ill), Zwingle, curé à Zurich, leva comme Luther l'étendard

1. Lo saint coiu-ile de Tronic, dans sa XIII'' session, jMihlia los canons suivants qui rosumont en les condamnant les erreurs contre la Sainte Eucharistie, inventées ou renouvelées par Luther et les autres novateurs du xvr' siècle.

Canon I. — Si quelqu'un nie ([ue le corps et le sang de iSolre-Seigneur Jésus- (ihrisl, avec .son ànie et sa divinité, et ])ar conséciuenl Jésus-Cllirist tout entier, soit contenu véritablement, réellemcMil cl substantiellement au sacrement de la Très Sainte Eucharistie; mais dit qu'il y est seulement couiine dans im signe, ou bien en ligure, ou en vertu : qu'il soit anathème.

Canon II. — Si quelcpi'un dit que la suljstance du pain et du vin reste au très saint sacrement de l'Eucharistie, ensemlile avec le corps et le sang de Xolre-Seigneur Jésus-Christ, et nie cette conversion admirable et singulière de toute la substance du pain au corps, et de toute la substance du vin au sang de Jésus-Christ, ne restant seulement que les espèces du pain et du vin; laquelle conversion est appelée j)ar l'Eglise catholique du nom très propre de transsubst intialion : qu'il soit anathème.

Canon Jll. — Si quehpi'un nie que, dans le vénéi'able sacrement de l'Eurjiaristie, Jésus-Christ tout entier soit contenu sous chaque espèce, et sous rliacune des parties de chaque espèce, après la séparation : qu'il soit anathème.

Canon / V. — Si quelqu'un dil (|u'après (|ue la conséo'alion est faite, le cor])s et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ne sont pas dans radmiral)le sacrement de l'Eucharistie, mais qu'ils y sont .seulement dans l'usage, pendant ([u'on les reçoit, et non auparavant ni a})rès; et que, dans les hosties ou parcelles con.sacrées que l'on réserve, ou qui restent après la communion, le vrai corps de Notre-Seigneur ne demeure pas : qu'il soit anathème.

Canon V. — Si quelqu'un dit que le })rincipal fruit de la Très Sainte Eucharistie e.sl la rémission des péchés, ou qu'elle ne produit point d'autres elï'ets : (pi'il .soit anathème.

Canon VI. — Si quelqu'un dit que Jésiis-Chi'isl, Fils uniipie de Dieu, ne doit

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de la révolte contre l'Église, par dépit de n"avoir pas été désigné pour prêcher les indulgences publiées par Léon X. Sa doctrine difTérait de celle de Luther sur plusieurs points. Ainsi Luther ne cessait de répéter que les paroles de Jésus-Christ dans l'institution de l'Eucharistie ne peuvent s'entendre que d'une présence substantielle, à moins de les tordre et de les dépouiller de leur signification naturelle et piiniitive : Z\Aingle adopta l'opinion de Carlostad et devint avec lui le chef des sacramentairos.

11 traduisit : Hoc est corpus meum, par : Ce pain signifie mon corps. Cette interprétation lui avait été suggérée par un fantôme blanc ou noir (il ne se rappelait pas la couleur), qui lui dit: Lis au douzième chapitre de l'Exode cette phrase : Est enim phase, ici est transitus Domini. Ne vois-tu pas que le verbe est pris dans le sens de signifier? Si le fantôme noir ou blanc avait été meilleur traducteur, il aurait découvert que, dans le passage par lui indique, le vrai sens n'est pas : l'agneau est le signe, la représentation de

pas être adoré au saint sacrement de l'Eucliaristie, (hi culte de latrie, même extérieur; et que, par conséquent, il ne faut pas non plus l'honorer d'une fête solennelle et particulière, ni le porter avec pompe et appareil aux processions, selon la louable coutume et l'usage universel de la sainte Église; ou qu'il ne faut pas l'exposer publiquement au peuple pour être adoré, et que ceux qui l'adorent sont idolâtres : qu'il soit anathème.

Cfiixm Vil. — Si quelqu'un dit qu'il n'est pas permis de conserver la Sainte Eucharistie dans mi vase sacré, mais qu'incontinent après la consécration, il faut nécessairement la distribuer aux assistants; ou qu'il n'est pas permis de la porter avec honneur et respect aux malades : qu'il soit anathème.

Canon VIII. — Si quelqu'un dit que Jésus-Christ, présenté dans l'Eucharistie, est mangé seulement spirituellement et non })as aussi sacramentellement et réellement : qu'il soit anathème.

Canon IX. — Si quelqu'un nie que tous et un chacun des fidèles de l'un el l'autre .sexe, ayant atteint l'âge de discrétion, soient obligés de communieitous les ans au moins à Pâques, selon le commandement de la sainte mère Eglise : qu'il soit anathème.

Canon X. — Si quelqu'un dit ((u'il n'est pas permis à un prêtre célébranl de se communifT lui-même : qu'il soil analhème.

Cjnion XI. — Si quelqu'un dit (jue la foi seule est une préparation suffisante pour recevoir le sacrement de la Très Sainte P'ucharistie : qu'il soit anathème.

Et pour empêcher qu'un si grand sacrement ne soit reçu indignement, el, par conséquent, pour la mort et pour la condamnation, le saint concile ordonne et déclare que ceux qui .se sentent la conscience chargée de quelque péché mortel, quelque contrition qu'ils pensent en avoir, sont nécessairement obligés, s'ils peuvent avoir un confesseur, de faire précéder la confession sacramentelle. Et si quoiqu'un avait la témérité d'enseigner ou de prêcher le contraire, ou bien même de l'assurer avec opiniâtreté, ou de le .soutenir en disl)Ute i)ubli(iii(' : qu'il soit dès là même excommunié. [Concil. Trid., sess. XIII.)

110 LA SAINTE ErCIlARISTlE. — LIVRE I. — CHAPITRE 111.

la pàque, ou du passage du Seigneur, mais : Uagneaa est la victime de la pâqiie, ainsi que le décide le contexte.

Calvin, fondateur de la secte qui porte encore aujourd'hui son nom, naquit à Noyon en 1509, de parents obscurs et pauvres. Il fit ses humanités et sa philosophie à Paris, étudia le droit à Orléans et fit dans cette ville connaissance avec l'Allemand Wolmar, professeur de langue grecque, catholique en apparence et luthérien dans le cœur. Calvin en prit les sentiments, remplaça quelques-unes des erreurs de Luther par celles de Zwingle et se mit à dogmatiser. Ses liaisons avec des personnes suspectes et le zèle indiscret de son prosélytisme, attirèrent sur lui l'attention du gouvernement, qui donna Tordre de l'arrêter. Il en eut avis et s'étant évadé, il se retira d'abord à Bàle, puis à Genève, où il jouit pendant plus de vingt ans d'un empire absolu.

Calvin n'admet que deux sacrements, le baptême et la cène. Selon lui, la cène est un sacrement par lequel nous participons au corps et au sang de .Jésus-Christ, non en ce sens qu'ils soient unis au pain et au vin, comme le prétend Luther; non que le pain et le vin soient changés au corps et au sang du Seigneur, comme le croit l'Église catholique, mais parce que quand nous recevons les symboles eucharistiques, la chair de Jésus-Christ s'unit substantiellement à nous par un miracle semblable à celui qui, dans la doctrine orthodoxe, la place sous les apparences de la matière transformée.

Quant à la messe, Calvin ne voit en elle qu'un sacrilège et une idolâtrie. L'Eucharistie, dit-il, n'a pas été instituée pour être offerte à Dieu en sacrifice ni pour être adorée. Le seul sacrifice chrétien est celui de la croix que la cène retrace et dont elle nous applique indirectement les mérites. Tout ce qui est au delà doit son origine à l'ignorance et à la superstition.

Telles furent les principales hérésies que l'enfer inventa dans le cours des siècles contre le sacrement adorable de l'Eucharistie. En établissant la vérité du dogme telle que la sainte Église nous l'enseigne, nous montrerons l'inanité de toutes ces fausses doctrines et nous apprendrons à mieux connaître le don infiniment précieux que .Jésus-Christ nous a fait, lorsqu'il institua le divin Saci'ement, dernier effort de son amour pour nous.

PREPARATION DE l'eUCHARISTIE DANS l'aNCIEN TESTAMENT 111

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