‹ La Sainte EucharistieChapitre 38 sur 169 · DIFFÉRENTES SORTES DE FIGURES EUCHARISTIQUES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENTES SORTES DE FIGURES EUCHARISTIQUES

Tout, dans rAncien Testament, se rapporte au Fils de Dieu fait liomme; tout parle de lui, comme c'est lui qui parle partout dans ces pages sacrées. Ne sont-elles pas la parole de Dieu, et n'en est-il pas le Verbe? Elles préparaient sa venue sur la terre; elles révélaient par avance aux hommes qu'il devait racheter, quelques traits de ses grandeurs et de ses miséricordes : pouvaient-elles laisser entièrement dans l'ombre l'une des plus grandes, sinon la plus grande de ses œuvres? On trouverait dans nos saints Livres, en bien cherchant, d'innombrables allusions, figures et prophéties se rapportant à l'adorable sacrement de nos autels. Nous ne signalerons que les plus importantes, celles que nul ne pourrait, sans mauvaise foi, taxer d'interprétations arbitraires.

D'après les enseignements des Pères et de toute la tradition catholique, que S. Thomas résume, comme il sait le faire, en quelques points précis, les figures de l'Eucharistie dans l'Ancien Testament peuvent se diviser en trois classes. Les unes représentent uniquement ce qui frappe les sens dans l'Eucharistie sacrement uu sacrifice, c'est-à-dire les espèces du pain et du vin. D'autres sont l'image et le symbole, non seulement des saintes espèces, mais aussi de la chose sacrée qu'elles signifient et qu'elles contiennent, en la voilant à nos regards, c'est-à-dire du corps cl du sang de Noire-Seigneur Jésus-Christ. D'autres enfin font connaître les effets de cet adorable mystère.

Le saint Docteur ne donne qu'un exemple de chacune de ces trois

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sortes de figures. Il présente le sacrifice de Melchisédech comme le type de celles qui se rapportent uniquement aux espèces ou apparences ilu sacrifice de la Loi nouvelle.

Tous les sacrifices sanglants de l'Ancien Testament sont, à ses yeux, la fi^'ure du sacrifice de Jésus-Christ sur la croix, et, par conséquent, du sacrifice de nos autels, qui est le même en substance et ne diflère du premier que par le mode de loblation.

La manne, enfin, fut la principale image du sacrement de TEucharistie considéré dans les effets qui en résultent pour nous.

Lorsque S. Thomas a ainsi donné plusieurs exemples servant de preuves aux différentes parties d'une même proposition, il aime à résumer son enseignement dans un exemple unique qui contient tout ce qu'on trouve dans les autres. L'Agneau pascal lui fournit cet exemple. Nous verrons plus loin avec quelle perfection il convenait au but que se proposait le Docteur Angélique ' ; car il ne nous suffit pas d'un simple énoncé, et nous devons considérer avec plus de détails la sollicitude infinie de Dieu pour préparer les hommes à recevoir dignement le bien par excellence, la merveille des merveilles qu'il se proposait de leur donner au moment voulu, en instituant la Sainte Eucharistie.

1. Utruin Agnuspaschalis fuerit priEcipua figura hujus sacramenti ? Respondeo (licoiuliiin, qiiod in hoc sacramento, tria cniisiderare po.ssnmus; scilicetid quod est sacramentum lantiun, (inod est panis et vinum ; et id qaod est res et sacrainenlum, scilicet corpus Christi verum, et quod est res tantum, scilicet, elTeclus hujus sacramenti. Quantum igitur ad id, quod est sacramentum tantum, potissima figura fuit hujus saci-amenti oblatio Melcliisedech, qui obtulit panem et vinum. Quantum autem ad ipsum Ghristum passum, qui continetur in hoc sacramento, figurée ejus fuerunt omnia sacrificia veteris Teslamenti, prœcipuc sacrificium expiationis, quod erat solemnissimum. Quantum autem ad cireclum, fuit pnecipua ejus figura manna, quod tiabebat in se omnis saporis suavilatem (ut dicitur Sfip., xv), sicut et gratia hujus sacramenti, quantum ad omnia reficit mentem ; sed Agnus paschalis quantum ad hœc tria jiraifigurahat hoc sacramentum. Quantum enim ad ])rimum, quia manducajjalur cum panibus azymis, secundum illud ICxod., xu, 8 : Et edent cornes p( (t:>/nnis jiniifs. Quantum vero ad secundum, quia immolal)atur ab omni multitudiiie filiorum israel, quarla décima hma, cfuod fuit figura passionis Christi, qui priijjter innocentiam dicitur agnus ; quantum vero ad effeclum, quia per sanguinem agni paschahs protecti sunt filii Israel a dévastante angelo, et educti de .i]gy])tiaca servitute ; et (|uantum ad hoc ponitur praicipua figura hujus sacramenli agnus paschahs, quia secundum omnia ij)sxim repraescntal. (S. Tho.\i., III, quccsl. Lxxiii, art. 0.)

PRÉPARATION DE l'eUCUARISTIE DANS l'aNCIEN TESTAMENT. 113

LE PARADIS TERRESTRE ET CE Qu'iL CONTENAIT : l'aRBRE DE VIE ;

I arbre de la science du bien et du mal ; la fontaine qui s'Élevait de la terre; dieu présent; le pain qu'il faudra

QUE l'homme mange.

Avant de créer Tliomme, Dieu lui avait préparé un séjour magnifique et tel qu'il convenait au roi de ce monde visible. C'était le Paradis terrestre, jardin où la bonté du Créateur avait rassemblé tout ce que la terre peut produire de plus propre à charmer des sens que les passions ne troublaient pas encore, et à faire monter vers l'auteur de tout bien les pensées de ses créatures et leur reconnaissance ardente. Entre quantité d'arbres d'une beauté ravissante dont ce jardin était orné, il y en avait deux revêtus d'une vertu particulière. L'un était l'arbre de vie : il devait réparer si bien les forces corporelles que l'homme, en mangeant de ses fruits, aurait joui de l'immortalité. L'autre était destiné à servir d'épreuve à la fidélité et à la soumission de l'homme envers Dieu. En effet, le Seigneur lui défendit, sous peine de mort, de toucher aux fruits de cet arbre. Se soumettre à cette défense, c'était reconnaître l'autorité suprême de son Créateur.

II y avait aussi une fontaine merveilleuse qui s'élevait de la terre comme une douce vapeur, et qui, retombant ensuite en rosée, se répandait sur toutes les plantes de ce jardin délicieux et donnait aux fleurs et aux fruits une beauté, un parfum et un goût incomparables. Il n'était pas besoin de pluies pour rafraîchir la terre, car cette fontaine se partageait ensuite en quatre fleuves qui, sortant de ce lieu de délices, allaient porter partout la richesse et la fertilité. Mais là n'était pas le plus grand charme de cet heureux séjour; ce qui en faisait un autre ciel sur la terre, c'était la présence sensible du Seigneur qui, avec une ineflable bonté, daignait y converser familièrement avec l'homme dans l'état d'innocence.

Dieu nous traçait ainsi, d'une manière sensible, une belle figure du bien qu'il voulait fiiire dans son Église, véritable Paradis terrestre dont le premier était simplement l'image. Les richesses et les beautés de ce jardin de délices n'étaient que la figure de celles qui s'y trouvent, et toutes ces merveilles sont à peine des ombres des grands bienfaits dont Dieu a enrichi cette Église, qu'il appelle son royaume, son temple, sa maison.

Dans ce nouveau paradis, en elTol, les fidèles du Seigneur ont un arbre de vie qui répare leurs forces '. Ils y trouvent une immortalité qui leur est donnée, non pour vivre au sein des plaisirs de la terre, que porlagent en quelque sorte avec eux les simples animaux, mais pour jouir de ceux des anges et des bienheureux dans le ciel. C'est le corps de Jésus-Christ qui est ce fruit délicieux. La croix est l'arhre qui porte ce fruit, et ils le prennent comme leur nourriture, sous les espèces eucharistiques. Le démon, en présentant au premier homme le fruit de la désobéissance, lui promettait que lui et ses descendants seraient comme des dieux ; mais il mentait, et Adam ne trouva que la mort au lieu de la vie. Jésus-Christ, dans son sacrement, nous donne à manger le fruit de la croix, le fruit de l'obéissance, son corps adotable immolé pour nous, et nous y trouvons, selon sa promesse, l'immortalité : Si quelqiiwi mange de ce pain, nous dit-il, il vivra élernellenient, et le pain que Je donnerai est ma chair pour la vie du monde -.

Ils y trouvent une fontaine qui, après s'être élevée de la terre»

1. Pjirndisus Ecclesia est de qua dicitur: Hortus conclmus soror mea. [Cant., IV, 1:2.) A principio Paradisiis supplantatur, quia Ecclesia catholica a Christo Iji'incipio omnium conditaesse cognoscitur. Ligna fructifera sanctos accepimus omncs, fruclus aulein eorum, opéra eorum ; lignum vit» sanclum sanclorum Chrislum Dominum, ad quem quisque si porrexerit manum vivet in eeternum. (S. AuuusT., De Civilalp l)ei, lib. XI, cap. x.\i.)

Alienatus enim a vita (Adamus), non sohun quam fueral, si pr;eceplum servasset, cum Angelis acceplurus, sed ab illa eliani quani dncebat in paradiso, felici quodam corporis statu, separari utique debuil a ligno vitcE : sive quod ex ipso illi subsisleret felix ille ijjse status corporis, ex re visibili, virtute invisibili, sive quod in eo esset et sacramentum visibile invisibilis sai)ientiîB; alienandus Inde utique fueral, vel jam moriturus, vel etiani tanquani excomniunicatus : sicut etiam in boc paradiso, id est Ecclesia, soient a sacramenlis allaris visibililnis homines discij)lina ecclesiastica removeri. (li)., De Gcnrsi atl lilt., lib. XI, cap. XI..)

Non mirum cuiquam videri débet, si jxt sensibilem arborem immortalitas conferatur quando el per sensil)ileni af|uaui reniissio peccalorum credenlibns datur : et panis el vinum, corporalia cuiii siiit, sui participes sanctificare soient. (AcACius, episc. Cœ.sar.)

Sicut in Paradiso lignum vitaî fuit, ex quo jugis subsisteret status hominis, si mandata I)ei servasset, el immortalitas; ila provisum est in Ecclesia boc myslerium salulis, in quo divina virlus ad immortalitatem suam invisibili ])olentiae, quasi ex fructu ligni Paradisi nos, el guslu sapicntiœ sustentai, et virtute, qualenus per boc immortales in anima; qnandiu ex boc digne sumimus, demum in melius iransposili ad immortaHa feremur. (S. Pasciias., lib. de Corporr et nftiif/iiiiie Domini, cap. i.)

t2. Si quis manducaverit ex boc pane vivet in seternum, el panis quem ego dabo caro mea est ])ro mundi vila. [Joatin., vi, li2.)

PRÉPAHATION DE l'eL'CIIARISTIE DANS l'aNCIEN TESTAMENT. 115

s'y répond pour leur servir de breuvage et pour arroser tous les fruits qu'ils produisent. Le Sauveur est cette fontaine d'eau vive. Élevé de la terre sur l'arbre de la croix, il a répandu de là son sang comme une rosée céleste pour étancher la soif de ses fidèles. Il arrose tous les fruits de ce jardin délicieux, parce que toutes les vei'tus et toutes les actions que font les fidèles dans l'Église n'ont de force ni de mérite qu'autant qu'elles sont arrosées des eaux de cette divine fontaine. C'est elle qui leur donne ce goût qui charme Dieu ; c'est elle qui les fait croître et mûrir pour le ciel '.

Mais le plus grand avantage de ce lieu de délices, de cette Église de Jésus-Christ, c'est d'y jouir de la conversation de Dieu, qui nous y parle comme à ses amis et nous révèle tous ses secrets. Il veut éprouver notre fidélité, en nous défendant de toucher à l'arbre de la science du bien et du mal ; il ne nous permet point d'appro-

\. Le B. Albert le Grand compare la source qui arrosait toute la terre au sacrement de l'Eucharistie. Il s'exprime en ces termes :

Fons delectatiunis est corpus Christi, et rivi derivati a fonte sunt quce singulis viribus et virlutibus, et potentiis, et membris diriguntur, et ad qufecumque non venit hoc nutrimentum pietatis, haec arescunt etmarcescunt, etdestituuntur, et abjiciuntur. Iste est fons de quo dieitur Gen., ii : Fons oscendehal de terra ; hoc est de terreno corpore Domini in sacramento, irrif/ans universam SHjjerfîciem Paradisi. Paradisus enim locus deliciarum est in nutrimentis Ecclesiœ, in quem locum iste fons delectationis iiifluit, et omnia irrigat interiora animae, et corporis ad quae derivatur. (B. Albert. Mac, dist. in, tract, i, cap. vil.)

Le R. P. Louis Novare de Vérone, à qui nous empruntons cette citation, ajoute :

Hue vocari potest quod habet S. Chrysostomus, hom. LXI ad jiojiultim Antiochenum : « Ascendebat ex Paradiso fons fluvios emittens sensibiles ; ex hac i< mensa fons ascendit spirituales emittens fluvios. » Idem habet hom. XLV in Joann. : << A mensa hac prodiit fons qui fluvios spirituales diffundit ; juxta « hune fontem, non stériles salices germinant, sed arbores cœluui ipsumatlin- " génies, quae fructus tempestivos et solidos semper producunt.n Salices juxta Babylonis flumina fuerant : ab hoc fonte exulare salices debent.

Certo lempore fructus produeant cjetcrpe arbores ; ilUe quœ hisce fontibus irriganlur maturos semper fructus producunt, et qui marcescere nesciant. Fructiljus semper vernet qui eucharisticam mensam fréquentât ; qui iefernitatis Dominum accipit, temporum spatiis rem non définit ut frucfum producat.

Ferunt fontes reperiri, qui adeo flammas non extinguant, ut nutriant lanquam oleum. Rem ad Kucliarislicam fontem flecti ; hic quoque Christi sanguis et abluit animam, et inflammat. S. Chrysostomi senlentia hœc est producta hom. LXI ad jinitulum : << Hic est salus animarum nostrarum ; hoc abluitur « anima, hoc adornatur, hoc inflammatur. Hic menlem nosfram igné reddit « splendidiorem ; hic auro clariorem animam facit. )) (Alovsi Xovari.m .l^/n/i- Jïuc/jwrj'i^u'j/s, lib. V, n. GG4 et GOlî.)

fondir, par une curiosité criminelle, les mystères qu'il nous ordonne de respecter avec une foi humble, si nous voulons rester dans ce Paradis et jouir de l'avantage d'y goûter le fruit de l'arbre de vie ; il nous défend de commettre le mal, que sa divine lumière nous désigne comme opposé à sa loi. C'est l'arbre du bien et du mal, auquel il ne faut point toucher, si l'on veut demeurer dans FÉglise. L'on s'en abstient lorsqu'on laisse les vérités de la foi dans leur entier, que l'on se soumet à la révélation et à l'autorité de Dieu, qui parle dans son Église, et que l'on évite la science pratique du péché qui l'offense. Alors on est véritablement en état de manger de ce fruit de vie qui donne l'immortalité, et de boire de cette fontaine de grâces qui nous enrichit de tous les trésors des vertus chrétiennes.

Avant de sortir du Paradis terrestre, faisons encore une remarque. Lorsque nos premiers parents curent avoué leur désobéissance, Dieu prononça la sentence de condamnation, et il dit à Adam : Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit dont je t'avais défendu de manger, la terre sera maudite en ton œuvre, et cest avec des labeurs que tu en tireras ta nourriture durant tous les jours de ta vie. Elle te produira des épines et des chardons, et tu mangeras Vherbe de la terre. Cest à la sueur de ton front que tu te nourriras de pain ^ Ce pain, qui sera la nourriture de l'homme, est évidemment le pain matériel. Mais n'est-il que celui-là? Adam ne savait pas, au moment où Dieu lui parlait ainsi, ce que pouvait être ce genre de nourriture -. Il n'avait goûté qu'aux fruits délicieux que les arbres du Paradis terrestre produisaient sans culture, et il n'avait eu qu'à étendre la main pour se les procurer. Cultiver le blé, le réduire en farine et en pâte, faire cuire cette pâte pour qu'elle devienne le pain dont Dieu lui parlait, autant de travaux dont il n'avait aucune idi'c jusqu'à ce moment. Pourquoi donc Dieu lui nomme-t-il le pain qu'il ne connaîtra que plus tard? Pourquoi Moïse, après tant de milliers d'années, n'oublie-t-il pas de rapporter scrupuleusement celte parole du Seigneur? Il est difficile de ne pas voir dans

4. Quia audisli vocein iixoris tuae et comedisti de ligno, ex quo praeceperain tibi ne comederes, maledicla terra in opère luo : in lal)oribus comedes ex ea runctis diebus vitœ tuge. Spinas et Iribulos germinabit tibi, et comedes herl)ani terrae. In sudore viiltus tui vesceris pane. [Gcn., m, 47-19.)

•±. Hune paneni (scilicel Kucliaristiam) cum maxiino dolore et ])œnilenLiaî sali.sfaclione accipere debcmus. (S. EuciiARirs apud Novarinum.)

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cette parole de nos Livres saints une allusion au Pain eucharistique que l'homme doit manger un jour, mais qu'il ne mangera qu'après une longue attente, après de longs travaux et de longues souffrances, et une préparation sérieuse.

Après le déluge, Dieu donne le vin à Noé. Ce vin, qui doit réconforter le cœur de l'homme, comme le pain donné à Adam remédie à l'insuffisance des herbes de la terre pour le nourrir, ce vin, dis-je, ne semble-t-il pas être l'image du calice de bénédiction que Dieu nous préparait dès lors? Ainsi, dès les premiers temps, Dieu donnait à l'homme ce qui servirait un jour de matière à son adorable sacrement, et Moïse enregistrait solennellement, dans les annales du genre humain, ce double don que Dieu daignait nous faire. II traçait les premiers linéaments de l'Eucharistie. En avançant, les traits deviendront plus distincts.

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