LES PAINS DE PROPOSITION
Moïse avait fait faire, par l'ordre de Dieu, une table de bois incorruptil)le revêtue d'or. Il la mit dans le Sanctuaire, proche du voile qui était devant l'Arche d'alliance. Il y avait sur cette table douze pains, appelée pains de proposition, faits de pure farine de froment pétrie avec de l'huile. Ils devaient être azymes, c'està-dire sans levain, et posés l'un sur l'autre en deux piles de six chacun, mais séparés par de petits tuyaux d'or qui ne leur permettaient pas de se toucher et évitaient ainsi tout danger de corruption.
Il y avait dessus un petit vase d'or plein d'un parfum excellent. L'on apportait ces pains tout chauds ; on les mettait d'abord reposer
1. Illis aqun do jx-lra fluxit, tihi sanguis c Chrislo. Illos ad horam snliavil aqua, te sanguis diluit in aelernum. Judaeus bibit et sitit : tu cum biberis, .sitire non poleris. Et illud in umbra, hoc in veritate. (S. Ambr., de Myaleriis^ cap. VIII.)
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sur une table d'argent qui était à l'entrée du temple, puis on les plaçait sur la table de proposition. Après une semaine écoulée, on remplaçait par des pains frais les anciens que les prêtres seuls ixvec leur famille sacerdotale avaient le droit de manger.
II n'est guère de figure dans l'Ancien Testament qui nous représente mieux le sacrifice perpétuel de nos autels que celle des pains de proposition *.
Nous pouvons juger, par tous les respects dont le Seigneur entend que ces pains de proposition soient environnés, de ceux qu'il réclame pour son adorable sacrement, car il y a autant de différence entre le pain que l'on présentait à Dieu dans l'ancienne Loi et le corps de Jésus-Christ, dit S. Jérôme, qu'entre l'ombre et le corps, entre l'image et la vérité, entre les figures des choses à
1. In duodecim panibus, duodeciin tribuum Israël videtur commemoratio ante Domlnum fieri, et praeceptum dari, ut sine cessatione isti duodecim panes in conspectu Domini proponantur, ut et memoria duodecim tribuum apud eum seraper habeatur, quo veluti exoratio quaedam et supplicatio per hœc pro singulis lïeri videatur. Sed parva satis et tenuis est hujusmodi intercessio. Sed si referantur bœc ad mysterii magnitudinem, invenies commemorationem istam babere ingentis propitiationis effectum : si redeas ad illum panem, qui de cœlo descendit, et dat buic mundo vitam; illum panem propositionis, quem proposuit Deus propitiationem per fîdem in sanguine ejus; et si respicias ad illam commemorationem, de qua dicit Dominus : Hoc facile in meam conwieniorotionem, invenies quod ista est commemoratio sola, quœ propitium faciat hominibus Deum. Si ergo intentius ecclesiastica mysteria recorderis, in bis quae lex scribit, futurae veritatis invenies imaginem prceformatam, etc. i^Ori- GEN., hom. XIII m Levil.)
Christus enim mensa est, in qua panes depositi sunt, quibus omnes participatione corporis sui, ad vitam seternam aluntur. Ego enim, ait, sura panis qui descendi de cœlo, et vitam aeternam do mundo. Si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in seternum. Et panis quem ego dabo, caro mea est, quam ego dabo pro mundi vita. Mensa; igitur propositio, id est panes, sanctissimum Christi corpus, quo ad vitam œternam omnes aluntur, prorsus significat. (S. CvRiixus, lib. IV in Joann.)
Pane et vino suscepit Melchisedech Abraham, ex ca^de alienigenarum revertentem qui erat sacordos Dei .Mtissimi. Illa mensa banc mysticam pnetiguravit mensam, velut et sacerdos ille, Christi veri sacerdotis figuram prœ se ferel)af, et imaginem.... llunc panem panes figurabant propositionis. Ihec est pura scilicet hostia et incrucnta quam ab orlu usque ad occasum ipsi offerri per proplietam Dominus loquitur, corpus videlicet et sanguis Christi, in stabilimenlum animse noslrae et corporis, inconsumplum et incorruptum. (S. Joann. Damasc, lil). IV, Orlhod. Fiilei, cap. .\iv.)
Si tam solerter munditia qua^rebatur ejus qui sanctihcatum Moysis manibus panem typicum guslaret, quantam necesse est munditi;ç curam gerat, qui in sanctas ac venerabiles Christi manus acceptum panem, in sacramontum corporis ejus consecralum, in memoria mortis ejus mortalibus credilum ad vit;c perennis est auxilia sumi)lnrus. (Ven. Beda in / lieg., cap. x.xi.)
venir et les choses mêmes représentées par les figures. Le coi-pssacré de Jésus-Christ, lorsqu'il se donne à nous sous les espèces eucharistiques, ne veut se reposer que sur l'or le plus pur. Il lui faut des cœurs fermement résolus de quitter à jamais toute la corruption du péché : c'est ce que marque la table de bois incorruptible ; mais ce n'est pas assez de ce bois, ce n'est pas assez d'avoir quitté le vice et purifié la maison de son cœur, il faut, pour recevoir un si grand hôte, qu'elle soit ornée et parée. Le plus riche ornement qu'il demande est l'or de la charité. Il faut que tout en soit revêtu, qu'il brille de toutes parts.
Il y avait une double couronne d'or à la table qui recevait les pains de proposition, pour nous marquer la double victoire que la charité doit nous avoir fait remporter sur l'amour-propre et sur le monde, avant que de recevoir le corps du Sauveur. Ces pains mystérieux étaient en deux colonnes, pour nous figurer les deux peuples de Dieu, le peuple juif et le peuple chrétien, et ils étaient douze, représentant les douze patriarches et les douze fondateurs des deux peuples qui se trouvent réunis en Jésus-Christ, dans son saci-ement que les premiers ont reçu en figure et les seconds en vérité.
Les pains de proposition étaient appuyés deux à deux sur des tuyaux d'or : c'était premièrement pour nous marquer l'union que nous devons avoir ensemble en Jésus-Christ, union qui ne saurait reposer que sur l'amour très pur de cet adorable Sauveur. Ces tuyaux étaient pour donner de l'air et empêcher toute corruption (jui aurait pu naître de l'attouchement, parce qu'ils devaient demeurer pendant sept jours dans cet état. Nous apprenons de là que cette même charité qui nous unit en Jésus-Christ doit empêcher que l'habitude de recevoir ce divin sacrement ne nous fasse contracter quelque souillure par le peu de respect avec lequel nous en approcherions ; qu'il faut toujours que nous respirions l'air pur et que le souille du Saint-Esprit circule abondamment autour et au dedans de nous, pour nous tenir perpétuellement dans la nouveauté de cet esprit.
Ces pains étaient faits de la plus belle farine de froment, avec de l'huile et sans levain. Tout dans ces circonstances nous représente l'extrême sainteté de ce Dieu qui se donne à nous sous ces espèces sacn'-es, et la grande pureté qu'il exige de ceux qui s'en approchent, l'oint de levain du péché ; point de corruption d'amour-propre ; le
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cœur doit être tout à Dieu, sans réserve. C'est un pain onctueux qui renferme la source des grâces et qui les donne en abondance à ceux qui s'en approchent dignement.
Ces pains ne pouvaient être mangés que par les prêtres et par ceux de leur famille. C'était pour nous apprendre qu'étant unis à Jésus-Christ comme les membres à leur chef, nous devons tous un jour participer à son sacerdoce, et qu'alors nous aurons l'avantage de nous unir à lui en mangeant de ce pain des prêtres. Mais il exige que tous ceux qui y participent vivent dans une continuelle pureté.