Voir De Lugo, De Eucharistia, disp. xi, sect. viii
îlii LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE 1. — CHAPITRE VI.
mômft temps que lui les paroles de la consécration. Cette coutume introduite, dit-on, vers le temps du pape Innocent III, s'est conservée pour la messe pendant laquelle se lait l'ordination des nouveaux prêtres. Ceux qui sont élevés alors à la dignité du sacerdoce disent, en même temps que l'évêque qui les ordonne, les paroles de la consécration ; ils consacrent avec lui.
Que cette consécration opérée par plusieurs prêtres à la fois soit valide et efficnce, on ne peut en douter. Chacun de ceux qui prononc(^nt les paroles sacramentelles ayant le pouvoir de changer le pain et le vin au corps et au sang de Notre-Seigneur, en verlu de ces paroles, elles ne perdent pas de leur efficacité pour être prononcées par plusieurs à la fois. Tous les officiants peuvent évidemment ce qu'un seul d'entre eux pourrait '.
De même on doit dire que cette pratique est permise, dans la circonstance où la sainte Église l'emploie et l'ordonne, quoique son introduction dans la liturgie soit relativement récente. Ce fut le pape Clément VIII qui retendit à toutes les églises particulières, et fit à tous les évêques un devoir de l'observer; mais l'origine première paraît remonter au temps d'Innocent III.
Cette pratique devenue universelle et obligatoire ne laisse pas de présenter quelques difficultés. Il semble que ceux qui consacrent ainsi s'exposent au péril moral de réitérer les paroles sacramentelles sur une matière déjcà consacrée, ce qui en soi est illicite. Il est bien difficile, en effet, quelque soin qu'on y apporte, que tous ceux qui prononcent ces paroles ensemble les achèvent absolument au même instant ; quelques-uns seront toujours en avance sur les autres; le premier qui finira de prononcer les paroles sacramentelles aura consacré, et les autres ne consacreront pas, puisque déjà la transsubstantiation sera opérée, lorsqu'ils les achè-
1. f'inint ji/itrcs sacerdotes possint urunn el eatndem hostiam consecrare? — \'i<lcliir quo(i, etc.... Scd contra est quod secundum consuetudinem quarumdaiii crclosiarum sacerdoles, cum de novo ordiiiaalur, concélébrant episcopo ordiiianli.
Hfspondeo dicenduni quod sicut dictum est (art. praec.) sacerdos cum ordinalur constiliiilur in gradu eorum qui acceperunt potestatem consecrandi in coena. Ht ideo secundurn consuetudinem quarumdam ecciesiarum, sicut apostoli Christo c<r;nanti concœnavcrunt, ita novi ordinati episcopo ordinanti concélébrant. Nec propter hoc iteratur consecratio super eamdem hostiam, quia sicut Innocentius lil dicit [De myst. missœ, lib. IV, cap. SU, in med.), omnium intentio débet ferri ad idem instans consecrationis. (S. Thu.m., III, quaest. LX.\.\ii, art. 2.)
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veront à leur tour. Il arrivera même que quelqu'un des nouveaux prêtres aura fini de les dire avant l'évêque, et alors l'évêque, qui est le principal célébrant, ne consacrera pas. Ajoutez que le sacrifice n'est parfait qu'à la condition que celui qui l'offre consomme les saintes espèces. On ne doit consacrer qu'avec l'intention de prendre le corps et le sang de Notre-Seigneur; or l'évêque seul prend le précieux sang, môme s'il arrivait qu'un nouveau piètre, se hâtant trop, eût prononcé avant lui les paroles de la consécration. Le sacrifice ne serait-il pas imparfait surtout de ce chef? Ne l'est-il pas même parce que les nouveaux prêtres ne participent pas au précieux sang?
Frappés de ces difficultés, quelques anciens théologiens que citent Suarez et Vasquez, tels que Durand, ont conclu qu'il y aurait lieu de supprimer cette coutume. Mais leur opinion serait téméraire et offensante pour la sainte Église qui, depuis plusieurs siècles, non seulement approuve ce rite, mais en fait une obligation.
D'autres ont pensé que l'évêque seul doit pi'ononcer les paroles sacramentelles avec l'intention de consacrer; les autres prêtres ne feraient que les réciter, sans avoir cette intention, pour apprendre en quelque sorte de lui les paroles qu'ils devront dire, lorsqu'ils célébreront et consacreront à leur tour. Il y a d'ailleurs, disent-ils, d'autres paroles qu'ils ne font évidemment que réciter ainsi, par exemple celles-ci : Ccdicem salutaris accipiam.... Sanyuis Domini nostri Jesic Cliristi...., puisque de fait ils ne participent pas au calice. On pourrait en conclure qu'ils ne font de même que réciter les paroles de la consécration, lorsqu'ils les prononcent.
Mais cette opinion ne saurait être soutenue, d'abord parce que, dans le Pontifical édité par ordre de Clémtmt VIII, il est répété plusieurs fois que ces nouveaux prêtres célèbrent, ou qu'ils célèbrent avec le pontife. En second lieu, le Pontifical les avertit avec insistance d'avoir soin, par-dessus tout, d'achever la prononciation des paroles de la consécration en même temps que l'évêque ; or s'ils ne disaient que matériellement les paroles de la consécration, il n'y aurait pas d'inconvénient appréciable à les achever après le principal ou plutôt alors l'unique célébrant. Enfin, dans le sacre d'un évêque, l'évêque qui est sacré célèbre de même avec l'évêque consécrateur, et consacre aussi la même matière. Vasquez ajoute que dans l'Église grecque, un prêtre accompagne toujours l'évêque qui célèbre, et consacre avec lui la même hostie. Il est vrai
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qu'en un endroit du Pontifical on Vdisicul sicelebrarent, « comme s'ils cok'braient, » d'oii l'on pourrait conclui'e qu'ils ne célèbrent juis réellement. Mais cette parole doit s'expliquer par les passades nombreux qui affirment qu'ils célèbrent; il faut donc l'entendre en ce sens : Comme s'ils célébraient chacun en particulier et non plusieurs ensemble, de concert avec l'évêque, principal célébrant. La remarque qu'ils prononcent plusieurs paroles uniquement par mode de récitation peut être vraie pour ces paroles, mais on n'en doit rien conclure pour celles de la consécration, qu'ils disent comme le prêtre lui-même, avec l'intention de consacrer.
D'autres ont imaginé de dii'e que ces prêti-es, unis à l'évêque pour le grand acte de la consécration, ne sont en réalité qu'un seul ministre, un seul être moral composé de plusieurs parties; d'où il suit qu'il importe peu que l'un d'entre eux finisse avant ou après les autres, la consécration ne produisant son effet que lorsque tous en ont achevé la formule. Ils expliquent de plusieurs manières comment il en peut être ainsi. Les uns disent que l'intention de chacun est que la consécration ne s'opère qu'au moment où les autres achèveront la prononciation des paroles mystérieuses. Mais il n'en saurait être ainsi. Il n'est pas au pouvoir de celui qui pi'ononce ces paroles sur la matière légitime d'en suspendre l'elfet, ne fût-ce que pour un temps ti'ès court; sinon il pourrait la suspendre aussi bien pendant plusieurs minutes ou plusieurs heures; ce qui est tiès faux, même pour les autres sacrements. De plus si, par exemple, dix nouve.iux prêtres étaient ordonnés, que neuf aient achevé de prononcer les paroles de la consécration, et que le dixième s'arrêtât et ne les prononçât point, il s'ensuivrait que la consécration n'aurait pas lieu, parce que chacun des autr-es n'aurait consacré que suspensivement, avec l'intention que la consécration ne s'elïectuât que lorsque la prononciation des paroles, par tous, serait complète. Il est évident qu'on ne saui-ait s'arrêter a un j)rincipe qui conduit à une conséquence aussi absurde.
D'autres encore ont dit que les autres prêtres prononcent les paroles de la consécration avec l'intention qu'elles produisent leur effet à l'instant où l'évêque, officiant priu'^ipal, achèverait lui-même de les prononcer. .Mais les paroles sicramimtelles ne se rapportent ni au passé ni au futur; c'est uniquement le présent qu'elles expriment, et on ne peut les rapportera un autre moment que celui où elles sont prononcées, sans en changer le sens. S'il suffisait d'une
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telle intention, l'Église ne recommanderait pas avec tant de sollicitude, aux nouveaux prêtres, de terminer tous au même instant la prononciation des paroles sacrées. Ce ne sont pas les seuls inconvénients; il en est d'autres que cette opinion partage avec la suivante.
Suarez, Egidius, et plusieurs théologiens avec eux, disent que les nouveaux prêtres doivent avoir l'intention de consacrer, mais conditionnellement; ils voudront consacrer, s'ils achèvent les paroles de la consécration en même temps que l'évêque ; ils ne le voudront pas, s'ils les achèvent avant ou après lui. De cette manière, disent ces savants auteurs, tous les inconvénients énumérés jusque-là sont évités. Peut-être, mais il y en a d'autres. D'abord cette opinion ne s'accorde pas avec la pratique générale de l'Église, qui n'avertit nullement les nouveaux ordonnés d'avoir cette intention conditionnelle, et de ne vouloir pas consacrer, s'ils devancent l'évêque ou le suivent. Ensuite, il demeure moralement certain que plusieurs de ceux qui prononcent ainsi ces paroles les prononcent inutilement, parce qu'ils ont été plus vite ou plus lentement que l'évêque ; l'exactitude mathématique étant très difficile, sinon impossible. Il importe peu que leur intention soit conditionnelle, prononcer les paroles de la consécration, même conditionnellement, sur une matière déjà consacrée, est mal en soi et défendu. Ensuite cette consécration condilionnelle n'évite pas l'inconvénient dont nous avons parlé, que quelqu'un qui a consacré ne complète pas le sacrifice, parce qu'il ne consomme pas l'espèce du vin après celle du pain.
Quoi qu'il en soit de toutes ces opinions, de toutes ces explications et de plusieurs autres encore qu'il serait trop long de rapporter, il convient, dans la pratique, de dire que tous les nouveaux prêtres doivent avoir l'intention au moins conditionnelle de consacrer, et non pas de réciter matériellement les paroles sacramentelles. L'inconvénient presque inévitable que plusieurs achèvent de les prononcer avant ou après l'évêque, n'est pas aussi grave qu'il paraît, car aucun des consacrants n'est moralement sûr que la matière est consacrée déjà lorsqu'il achève de prononcer la dernière syllabe, d'autant plus que tous apportent un grand soin à la prononcer en même temps que l'évêque. Ils peuvent donc tous avoir l'intention de consacrer, puisque la matière est au moins douteuse. Mais on doit regarxler comme intolérable la pratique de plusieurs qui veulent que les nouveaux ordonnés attendent, pour
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prononcer chacune des paroles de la consécration, que l'évêque l'ait non seulement commencée, mais achevée. En effet, ce n'est plus alors sur une matière douteuse, mais certainement consacrée, que les paroles sacramentelles sont dites, ce qui est une profanation de ces paroles sacrées, puisqu'il ne reste aucune apparence qu'elles puissent être efficaces '. Il n'y a pas à s'inquiéter davantage du second inconvénient que l'on redoute, si tous les prêtres qui prononcent les paroles de la consécration ont l'intention absolue de consacrer. Il pourrait arriver, il est vrai, que celui qui aurait réellement consacré le pain ne consacrât pas le vin, ou ne praticipàt point au calice et, par conséquent, ne complétât point le sacrifice qu'il aurait commencé. Mais, il n'est pas certain que rinterdiclion de consacrer le pain sans le calice soit de droit divin ; ensuite, quoique la consécration exige, de droit divin, que la consommation la suive, il est assez probable que, tout précepte ecclésiastique à part, il suffirait que la consommation des saintes espèces lut faite par un autre prêtre, à défaut de celui qui aurait consacré et qui ne communierait pas. N'est-ce pas, du reste, ce qui se fait, lorsqu'un prêtre meurt à l'autel après la consécration ou se trouve dans l'impossibilité d'achever le Saint Sacrifice? Un autre prêtre qui n'a pas consacré consomme les saintes espèces. Et, le Jeudi saint, le célébrant consacre à la messe une hostie qui doit servir à la messe du lendemain ; il consacre ce qu'il ne consommera pas, et le lendemain un autre consommera ce qu'il aura consacré. La consécration et la consommation ne sont donc pas inséparables de droit divin ; l'Église peut, si elle le juge à propos, les séparer en certaines circonstances, ou permettre qu'on s'expose à ce qu'elles le soient. Cependant elle a bien fait de défendre de la manière la plus stricte au prêtre de consacrer, s'il ne peut pas compléter lui-même le sacrifice, en pi-enant l'une et l'autre espèce; c'est le moyen le plus sûr d'éviter que le sacrifice demeure
\. Passoriiii, qui s'nttache plus étroitement que De Lugo et que Suarez à la doctrine de S. Thomas, s'exprime ainsi : Cum vero DD., ut hanc consuetudinem défendant, multa dicant, communis sententia est ut juxta mentem Innoccntii 111, quam refcrt D. Thomas, omnes référant intentionem suam ad inslans in quo episcoj)us complet verba consecrationis, ita scilicet ut intentio Episcopi sit aJ)soluta, aliorum vero conditionata seu disjuncta, ut intendant consecraresimul cuin episcoposi possinl, sin minus tantum materialiter, et recilalive verba proferre. Vel ut admoiiet Cajetanus, ut ordinati intendant consecrare et proferre verba omni meliori modo quo possunt. (Passerini, quaest. Lxxxii, art. ±)
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quelquefois inachevé, ce qui est absolument prohibé de droit divin ; autrement il pourrait se faire que les saintes espèces ré servées pour être consommées par un autre prêtre se corrompissent; c'est aussi le moyen d'imiter plus parfaitement Notre- Seigneur, qui consacra et consomma cet adorable Sacrement lorsqu'il l'institua.
Supposé donc que le précepte en vertu duquel le même prêtre qui consacre doit aussi consommer l'une et l'autre espèce consacrée, ou du moins consommer une partie de l'une et de l'autre, ne soit pas de droit divin, mais seulement de droit ecclésiastique, l'Église peut dispenser de ce précepte comme elle dispense, le jour du Vendredi saint, du précepte de ne pas célébrer sans consacrer; et c'est ce qu'elle fait en faveur des nouveaux prêtres qui consacrent et ne participent pas au calice; c'est ce qu'elle fait d'une autre manière pour l'évêque qui n'aurait prononcé les paroles de la consécration que trop tard, lorsque d'autres les auraient eu prononcées déjà, et qui, par conséquent, n'ayant pas consacré, n'en consommerait pas moins seul le précieux sang. Ce qui importe absolument, c'est que la consécration soit faite, et que la consommation des espèces la suive. iMais il peut arriver qu'en vertu des ordonnances de l'Église, pour des cas extraordinaires, celui qui consomme ne soit pas celui qui a consacré.
Peut-on dire que ces pi'êtres qui ont réellement consacré avec l'évêque, sans partager avec lui le précieux sang, ont véritablement offert le divin sacrifice? La consommation de l'une et l'autre espèce est évidemment une partie essentielle du sacrifice. Ils n'ont pas consommé l'espèce du vin : comment le Pontifical peut-il dire qu'ils ont tous célébré avec l'évêque?
Ils ont tous. célébré, parce que si la consécration n'est pas l'oblation intégrale et complète du sacrifice, elle n'en est pas moins une oblation. De plus, non seulement ils consacrent, mais ils sont tenus de recevoir le corps de Notre-Seigneur, quoiqu'ils ne participent pas à son sang. Cette communion ressemble à celle des laïques; cependant il est très vraisemblable qu'elle est plutôt une communion sacerdotale et qu'elle complète, jusqu'à un certain point, le sacrifice qu'ils ont commencé d'offrir en prenant part à la consécration. Si leur communion était la communion laïque, ils la recevraient comme les diacres, les sous-diacres et les autres ordinands qui communient après eux. Mais il y a une diflerence
très caractéristique. L'Église ordonne la récitation du Confiteor avant la communion de ceux-ci, mais elle ne veut pas de cette récitation avant la communion des nouveaux prêtres, parce que, dit le Pontifical, ils célèbrent avec le pontife : « quia ipsi concele- « brant ponlifici. » N'est-ce pas dire : Les autres reçoivent la communion laïque, et c'est pourquoi leur communion doit être précédée de la récitation du Confiteor, comme il se fait pour tous les fidèles ; mais les nouveaux prêtres communient comme prêtres et comme célébrants ; or le célébrant ne dit la formule générale de confession qu'au commencement de la messe ; il ne la redit pas avant la communion. Une autre remarque. Il est noté dans le Pontifical que l'évêque doit consacrer autant d'hosties qu'il y a de nouveaux prêtres ; chacun des prêtres célébrants a ainsi la sienne, et complète, en la recevant, le sacrifice qu'il offre. Ils ne sont donc pas dispensés par l'Église de l'obligation de faire suivre la consécration de la consommation ; mais elle les dispense de prendre le précieux sang ; peut-être en agit-elle ainsi pour marquer l'infériorité dans laquelle ils sont encore vis-à-vis de l'évêque. Lorsqu'un évêque est sacré, il participe au calice avec l'évêque consécrateur, parce qu'il est son égal et évêque comme lui, mais le prêtre, tout prêtre qu'il soit, demeure inférieur à l'évêque. Il ne communie que sous une espèce, pour marquer cette infériorité, mais néanmoins il communie, parce qu'il a pris part à la consécration et qu'il lui appartient de prendre part aussi à sa consommation.