‹ La Sainte EucharistieChapitre 58 sur 169 · IV, (1. vui, f[. II, art. 2, q. iv, ad i · texte numérisé non relu

IV, (1. vui, f[. II, art. 2, q. iv, ad i

le considère'. Certainement, le sang de Jésus-Christ est contenu réellement dans le saint sacrement de l'Eucharistie; cependant, il y est caché s,ous le voile des accidents du vin. Il est, à ce litre, mystère de foi, myslerium fidei, parce qu'il est un objet de foi pour nous, qui voyons une chose et qui en croyons une autre. Nous voyons du vin et nous croyons que ce n'est point du vin, mais le sang du Seigneur. Il est donc vrai de dire que le sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est un mystère de foi, un des mystères les plus sublimes que la foi nous propose à croire. Suarez et plusieurs autres théologiens ajoutent que le calice du sang de Noire-Seigneur est encore un mystère de foi, parce qu'il représente la passion de Notre-Seigneur, qui est le mystère caché en Dieu dès l'origine des siècles. D'où il suit que l'Eucharistie est un sacrement de charité, en même temps qu'un mystère de foi. Elle est un mystère de foi parce qu'elle est l'objet de la foi; elle est un sacrement de charité, parce qu'elle est la cause et la figure de la charité.

La formule de la consécration du calice se complète par ces mots : Qui pro vobis et piv multis effundetur in rcmissionem peccatorum : Qui sera répandu pour vous et pour plusieurs en rémission des péchés. S'agit-il ici du sang de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, ou de ce même sang versé sur la croix? Jansénius et plusieurs commentateurs après lui ont dit qu'il faut entendre ces paroles du sang de Jésus-Christ considéré dans le sacrement de l'Eucharistie qui, en effet, coule sui" nos autels, pour la rémission des péchés; en conséquence, ils substituent le présent au futur, e/funditur à effundetur K Mais il n'y a pas lieu de s'arrê-

1. (hti /,/•<> Niitllis. Lucns, Pro vo/n's : Ecclesi.i utrumque confundit dicendo, jtrii v<ibis et )/)(i mullis. Multos aulem dicere ninvull, quam omnes, quia non taiii sacrificii sufficientiam respicere vidclur, quam l'rucUun ejus : quasi dicerol. jiro vpstra et mulloruin sainte efj'unilciur. Intorpres respexit crtusionem, qua- facta est in sarrificio crucis, sed textns originalis omnium trium EvangelisUirum et S. Pauli halict pnesens, qui l'Ifiinditur. Quod quamvis intelligi eliam posset de criice, quia mox in ea sanguis ejus eiîundcndus erat ; Lucas L-iinen et Paulus clarv fonjungunt cum calice, tanquam adjectivum cum suo subsUinlivo, qui calix elTundilur, seu libatur. L'nde significat Chrislus, sanguinem suiini jam tum efiuiidi, id est oflerri Deo, quod proprie li])ari dicitur, tflnquam sangiiinem saorificii. Mine eodem sensu Lucas de corpore dicit, quoil pro viihix ilnliir, et Paulus, quod pro vobis frangilur, id est offertur et immoialur. Proprie enim panis est frangi, non corporis, nisi sub specie panis, ])rœsertim cum pra-dictuni fucrit, non esse frangendum in cruce, Os non cnmminuelis ex eo {Joatm., .\ix,:U'.), j)rout utrumque observât Cbrysostomus in

DE LA FORME DU SACREMENT DE l'eUCHARISTIE. 215

ter à cette opinion : Jésus-Christ parlait de son sang qui devait couler pendant sa Passion pour le salut des hommes et la rémission de leurs péchés. N'était-il pas sur le point de se livrer à ses ennemis ? son sang n'allail-il pas couler à flots quelques heures plus tard ? Aussi S. Thomas enseigne que la rémission des péchés n'est pas présentée ici comme un effet du sacrement de l'Eucharistie, mais comme un effet de la Passion que ce sacrement représente.

Si ces paroles, qui pro vobis effundetur, se rapportaient au sang de Jésus-Christ considéré dans le sacrement de l'Eucharistie, il faudrait en conclure que la rémission des péchés est l'effet propre de cet adorable sacrement, ce qui est f^iux. C'est donc au sang de Notre-Seigneur, considéré comme versé au temps de sa Passion, qu'il faut les rapporter.

Mais pourquoi Jésus-Christ n'o-t-il pas dit : « Qui sera versé pour tous? » N'a-t-il donc pas souffert pour tous les hommes? Il est certain que le Fils de Dieu a souffert pour tous les hommes, en ce sens que les mérites acquis par ses souffrances suffisent à la rédemption de tous; mais tous ne profitent pas de ses souffrances; par leur faute ou par suite de circonstances même indépendantes de leur volonté, plusieurs n'ont point la part qu'ils pourraient avoir aux mérites de Jésus-Christ. On peut dire que le sang de Jésus- Christ n'est pas versé pour eux, puisqu'ils n'en profitent pas; comme on peut dire qu'il l'est, puisque de fait son effusion suffit pour les racheter et les sauver, s'ils voulaient ou pouvaient en profiter. Mais Notre-Seigneur, en disant que son sang sera répandu pour les apôtres et pour plusieurs, a principalement en vue ceux

vers. 16, cap. .x, / ad Cor. Non intelligi potest, effundi snnguinem et dari corpus ad bibendum et comedendura, tanquam sacramentum, quia hoc jam dixerat per comedite et bibile; neque enim dixit vobis, sicut diceiidum fuisset, sed })ro vobis, scilicet datur et efïundilur Deo, quod proprie est sacrifîcii. Offertur namque Deo pro salute multorum, nempe, m vemissionem peccatorum : qui proprie est effectus ejus ut sacriticii, non ut sacramenti ; sic enim vitœ conservalionem, vigorem et augmentum oporatur. Remissionis solius mentionom facit, quia in ea veluti fonte, cœtera legata novi testamenti, justitia, adoplio, vita ailerna continentur. Adjunxit aulem eam sanguini magis quam corpori, lum quia in sanguine ratio sacriticii maxime cernitur, tum quia sanguis expressior est figura mortis, in sanctificationem pro peccatis susccptic : quamvis efiam tacite in eo contineatur, quod de corpore dictum est, qiiod pro vobis datur, id est pro salute vestra,pro remissione peccatorum vestrorum.Ex quibus patet Eucharistiam non tan tum esse sacramentum sed et sacrificium propitiatorium. (Cornel. Jansen., Comment, in S. Matth., cap. xxvi.)

216 L\ SAINTE EICHARISTIE. — LIVRE I. — CIIAPITRE VI.

qui prufilerontde l'œuvre de la rédemption. Tous les apôtres en profitcrenl, à l'exceplion de Judas, ce qui pourrait faire croire qu'il notait déjà plus présent au moment de l'institution de la Sainte Kucharislie. Mais supposé qu'il fût présent, une exception sur douze personnes n'empêchait pas que Jésus-Christ pût dire généralement en parlant des apôtres : Mon sang sera répandu pour vous : Pro vobis e/f'undelur.

S. Thomas explique ainsi ces mots : Qui sera répandu pour vous, Juifs élus, et pour plusieurs, c'est à-dire pour les Gentils. Ou bien encoie : Qui sera répandu pour vous, apôtres et prêtres, et pour plusieurs, c'est-à-dire les laïques et les enfants du siècle.

Le docteur Angélique fait remarquer encore que ces paroles : Qui pro vobis et pro multis e/fundelur, font partie de la formule qui SCI t à la consécration du calice, tandis que l'on ne dit pas : Qui pro vuOis trad:tur : Qui sera livré pour vous, lorsque l'on consacre le pain; la raison en est que le précieux sang, consacré séparément du corps de Notre-Seigneur, représente d'une manière plus sensible sa mort, par laquelle il a consommé l'œuvre de notre rédemption.

Telles sont les paroles au moyen desquelles s'accomplit le grand mystère de l'amour de Dieu pour nous, paroles dont on ne peut comparer la puissance qu'à celles qui ont fait jaillir le monde du néant, ou incarner le Fils de Dieu dans le sein de Marie.

COMMENT LE PRÊTRE PROXOiNCE LES PAROLES DE LA CONSÉCRATION

Quelques écrivains ecclésiastiques, s'appuyant sur l'autorité du pape Innocent III (iib. IV de Mysterio miss., cap. iv), ont enseigné que le prêtre, lorsqu'il prononce les paroles de la consécration, fait simplement le récit des actes de Jésus-Christ et redit ses paroles; toute son action se borne, d'après eux, à cette récitation; il ne dit i-ien, il n'alfii-mc l'ien, il ne veut rien, il récite les paroles de la conséciation, et c'est là tout son ministère. Durand, Gatharinus et Pic de la Mirandule ont été les principaux fauteurs de cette opinion. Durand raisonne ainsi : Le prêtre parle au nom de Jésus-Christ ou en son propre nom. S'il parle en son propre nom, il ne dit pas la vérité en piononçant ces mots : Hocestenim torjjus meunt, parce que la sainte hostie n'est pas le corps du

DE L\ FORME OU SACREMENT DE l'eUCII \RI>TIE. 217

prêtre. S'il parle ou nom de Jésus Christ, et comme s'il était Jésus- Clirist iui-niêrne, il pèclie (\o même contre la vérité en disant : Hic est sanguis qui pro vobis ci pro muUis effuncletur, car Jésus-Christ ne peut plus alfirmiT maintenant que son sang sera versé, efj'undetur Le prêtre ne peut pas réellement parler aux apôtres et leur dire : Accipite et maiiducate : Prenez et maiyjez, comme Jésus-Christ le leur dit, ajoute Pic de la Mirandole. Il ne peut même pas dire aux fulcles en parlant du calice : liihile ex en onines : Buvez-en tous, puisque maintenant tous ne participent pas au calice. En ti-oisième lieu, le pi-être, s'il faisait autre chose que réciter les paroles de la consécnition, s'exclurait lui-même du nombre de ceux pour qui le sang de Jésus-Christ doit être offert, puisqu'il dirait : Hic est culix sanguinis mei qui pio vobis et pro multis effuncletur : Ceci est le calice de mon sang qui sera versé pour vous et pour plusieurs ; dans cette énumération il n'y a pas de place pour lui.

Quoi qu'il en soit des motifs allégués et de l'autorité des auteurs qui soutiennent cette opinion, elle n'a pourelle aucune probabilité sérieuse; la plupart des docteurs et des théologiens disent, avec S. Thomas, que la prononciation des paroles de la consécration n'est pas un simple récit; le prêtre qui consacre signifie et affirme le mystère opéré par les paroles sacramentelles. S. Thomas part de ce principe que, dans les sacrements de la loi nouvelle, les paroles opèrent ce qu'elles signifient, et elles ne l'opèrent que parce qu'elles le signifient. « Accedit verbum ad elementum, et fit sa- « cramentum : La parule s'unit à 1 élément et le sacrement en ré- « suite, » dit S. Augustin. Cette parole qui se joint à la matière du sacrement n'est pas simplement un son matf'Tiel; tel n'est pas le sens du mot verbum qu emploie S. Autjustin ; fer^wm représente l'émission de voix employée pour signifier quelque chose, et dii^eque la parole se joint à l'élément, c'est dii-e que le signe se joint à la chose qu'il signifie; cel clément, celle nmlière n'aui-ait, sans la parole, qu'une signification plus ou moins vague et intléterminée; mais la parole, le verbe, lui donne le sens précis que le sacrement demande; il est la cause de ce sens, et par là même, du sacrement. Aussi est-il admis parmi les rathi»liques que les sacrements causent ce qu'ils signifient et siL;nifii'iit ce qu'ils causent, à la différence des sacrements de l'ancienne loi, qui n'étaient uniquement que des signes.

Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ prononça sur le pain ces paroles : Hoc est corpus mcum, elles furent efficaces, parce (ju'elles étaient vraies et avaient une signification précise, et non parce qu'elles étaient matériellement prononcées. Pourquoi donc en serait-il autrement dans la bouche du prêtre? pourquoi leur efficacité viendrait-elle uniquement de la prononciation matérielle, et non pas en même temps et surtout de leur vérité et de leur signification? La récitation purement matérielle serait un corps sans âme, ce ne serait pas la forme dont Jésus-Christ s'est servi pour la première consécration. D'ailleurs, le pape Eugène IV a défini, au concile de Florence, que la signification des paroles de la consécration leur donne leur efficacité. « La forme de ce Sacrement, a dit-il, consiste dans les paroles du Sauveur, avec lesquelles il le « consacra. Le prêtre, en effet, parlant en la personne de Jésus- « Christ, consacre ce sacrement. Car par la vertu des paroles elles- « mémos, la substance du pain est changée au corps du Christ, « et la substance du vin en son sang ^ » Remarquez qu'il est dit dans ce texte que le prêtre parle comme s'il était la personne ni.''me de Jésus-Christ : Saccrdos in persona Christi loquens. Parler ainsi, c'est parler comme Jésus-Christ lui-même l'a fait, et comme il le ferait s'il prenait la parole de nouveau, directement et en personne. Or Jésus-Christ ne s'est pas contenté de réciter matériellement les paroles de la consécration; il leur donnait un sens, une signification; elles étaient véritables dans sa bouche, et c'est pourquoi elles étaient efficaces. Il en est ainsi des mêmes paroles dans la bouche du prêtre. Aussi Eugène IV dit-il que, par la vertu de ces paroles, la substance du pain est changée au corps de Jt'SMs-Christ: a Nam ipsorum verborum virtute,substantia panis in « i-oi'pus Christi.... convertitur. » Où résiderait la vertu des paroles, sinon dans leur signification?

s. Thomas a donc raison de dire que les paroles de la consécration sont prononcées significative, comme signifiant ce qu'elles opèrent sur la matière, et qu'autrement la consécration n'aurait pas lieu, puisque la forme ne serait pas appliquée à l'élément. Si l'on ne voulait voir dans ces paroles qu'un simple récit, elles

I. F"orm.'i hujus sacniiiienli sunt verba Salvaloris, quibus hoc confecit sacranifiiliim. Sat-erdoscniin in persona Christi loquons, hoc conficit sacramentum. Nain ipsorum verborum virtule, subslanlia panis in corpus Christi, et substahfia vini in sanguincm convertitur. {Concil. Florent., décret, ad Armen.)

DE LA FORME DU SACREMENT DE l'eDCHARISTIE. 219

rappelleraient le pain que Jésus-Christ a consacré lui-même en les disant, mais non pas celui qui se trouverait présentement sur l'autel.

Le prêtre prononce donc les paroles de la consécration conmie Jésus-Christ les a prononcées, comme il les prononcerait de nouveau lui-même s'il prenait à l'autel la place du célébrant ; il les applique au pain qu'il a présent sous les yeux, afin de faire de ce pain uni à la forme, le sacrement de l'Eucharistie, mais de plus, il parle en même temps sous forme de récit. C'est la pensée de S. Thomas, lorsqu'il dit que ces paroles ne sont pas seulement émises matériellement par le prêtre, mais comme signe, significative ^ Et il ajoute que le mode récitatif sous lequel le prêtre les prononce n'enlève rien à leur signification ni à leur efficacité. Il compare ces paroles dites par Jésus-Christ aux eaux consacrées par son baptême. Les eaux dans lesquelles le Seigneur lut baptisé par Jean ne reçurent pas seules la vertu de purifier les enfants d'Adam (lu péché : toutes les autres eaux la reçurent en même temps. De même, les paroles de Jésus-Christ, sur le pain et sur le vin, n'eurent pas la puissance d'opérer la transsubstantation, seulement lorsqu'elles furent prononcées par lui, mais elles la conservent et la conserveront dans tous les siècles, toutes les fois qu'elles le seront par un de ceux pour qui le Seigneur a dit : Faites ceci l'n mémoire de moi : Hoc facile in meam commemorationem.

Il suffit de lire le texte du Canon de la messe pour se convaincre que la forme de la consécration est dite en manière de récit, en même temps que comme des paroles significatives, opérant ce qu'elles expriment. Le prêtre dit que Jésus-Christ, la veille de souffrir, prit du pain dans ses mains saintes et vénérables, et que, les yeux élevés au ciel, rendant grâces à son Père, il bénit et rompit le pain. Évidemment ces paroles sont narratives; c'est bien le récit de ce que le Seigneur a fait ; c'est donc par mode de récit que le prêtre les prononce. Il en est de môme lorsqu'il ajoute : Accipite et comedite : hoc est corpus meum : « Prenez et

1. Dicendum est qiiod etiaiii (junndo proferunlur a sacordole, significative <'t nnn tantum malerialiter sumuntur. Nec obstat quod sacerdos ea recitative profcrl quasi a Christo dicta, ([uia propler iiifinitani virtiitom Christi, sicut ex contactu cariiis siuB vis regenerativa pervenil non solum ad illas aquas qua^ (Iliristum letigerunt, sed ad omnes ubique terrarum per omnia futura sa^cula, ila cliam ex prolationo ipsius (Ibrisli, lia^c verba virtutem consecrativam sunt '•')nsecuta, a quocnuiquo sacerdote dicantur, ac si Christus ea prœsentialiter liroferret. (S. Tiiom., III, qiia'sl. i.xxviii, art. fJ in corp. art.)

€ miingoz : ceci est mon corps. » Le prêtre rein te, en les prononçant, que Jésus-Christ a dit ces paroles; c'est bien un récit; d'autant plus que la particule enim s'y ti'ouve intercalée pour marquer l'union qui existe entre ce membre de plirase : Hoc est corpus nicunt, et ce qui précède. Toutes ces paroles, telles qu'elles sont prononcées, ont donc un sens historique, mais elles n'ont pbs uniquement ce sens '. Les dernières, comme nous l'avons dit, ont aussi un sens sacrnmentel, elles sort dites pour signifier et pour opérer le changement du pain au corps de Noire-Seigneur. Ces deux sens, le sens récitatif et le sens sacramentel ou significatif et efficace, ne s'excluent nullement. Lorsque des mots ont plusieurs significations, qui peut empêcher celui qui les prononce d'avoir l'intention de leur donner ces diverses significations, même littérales? Le Saint-Esprit le fait quelquefois dans la Sainte Écriture, et n'arrive-t-il pas souvent, parmi les honnnes, que l'on emploie des mots à double sens pour créer une équivoque, et faire entendre une chose aux uns, tandis que d'auti'es en entendent une toute différente? Il est certain que toute cette partie du canon : « Qui pridie « quam pateretur, » doit être entendue dans le sens historique, et que c'est uniquement un récit, jusqu'après ces mots : « Accipite « et manducate, » on ne peut pas lui enlever ce caractère. Maisl'auti-e partie : Hoc est enim corpus meuni, a de plus un sens affir-

1. Verba aulem illa (scilicet consecrationis) a sacerdote minime proferuntur mère recilative, aul historico modo, pureque materiali, quasi narrando solum ea fuisse a Christo Domino dicta ; sed insuper formaliter et enuntiative, ita ut eorum sifriiificalum iiitendat sacerdos : subindeque ulroque modo, et enuntialivd et recitalivo dicuntur, ut colligilur ex concilio llorentino, in decreto Kufrenii, et docuit S. Tbomas, q. Lxxviii, art. iJ, ibi : Idco dicendum esl, quod pliiim, (jitando jjroft'nttitur a sacerdote, sù/iiificative, et non lantuin malenaliter sniiiitiiliir. l'ossunt eteiiim verba baljcre quam oplime duplicem sensum, et iiiaiiare ex (hiplifi intentione, ita ut signiticatio sil aiicjualenus aîquivoca, ut osleuduiil Lessius, q. i.xxviii, art. li, Coniiik, cardinal de Lugo, Amicus, Praepositus, Martinon, et P. Henao.

QuaiKiiiain opi)ositum docuerint aliqui cum Durando, distinct, viii, q. 2, opinante snluni recitative et materialiter recitari; a quibus slare videtur Innocent. III. Kainque pro viribus tuetur Salmeron ubi proxime. Uti ex adverso j)lures cum P. Vasquez, nullatenus materialiter aut narrative, sed ada^quale, pure, formaliter et significative proferri contendunt, quos imitatur Cardin, de Lugo, disput. ii, etc.

Quis in lanta viarum pluralitate dicere valeal luto, bac eundum ; quin pxponatur periculo dicendi eo ip.so, bac aberrandum? Profeclo ille solus,quem Deus erudicrit, ut ipse loquitur Ps. XLix : Illic iter quo ostendam salutare I)(i. (iiLNiUEGOs, Vitn fi//.<i(ond., disp. i, sect. ii.)

DE LA FORME DU SACREMENT DE L'EUCIIArr,TIE. 221

malif ; il y est déclaré que le pain n'est plus le pain, mais le corps de Jésus-Christ : Hoc est enim cor/ms meum. Pourquoi le prêtre ne pourrait-il pas prononcer ces paroles comme taisant partie du récit commencé par les mots précédents, et, en mêtiie temps, comme une affirmation du miracle qui s'opère en vertu de ces paroles mêmes? Comme récit historique, elles s'entendent du pain que Notre-Seiuneur bénit, rompit et distribua à ses apôtres ; mais comme allirmation, comme paroles sacramentelles, elles s'entendent du pain que le prêtre consacre. Ces deux senssont tellement distincts, qu'ih peuvent parfaitement exister l'un sans l'autre. Si un prêtre prononçait la formule delà consécration : Hoc est corpus meum, sur le pain, sans dire d'abord les paroles qui précèdent, il n'y aurait pas de sens narratif ou historique, mais uniquement l'affirmation sacramentelle, qui suffirait pleinement pour que la consécration s'opérât.

On demandera peut-être : Est-il donc nécessaire que le prêtre ait présents à l'esprit ces deux sens, le récitatif et le sacramentel ou significatif, des paroles de la consécration, lorsqu'il les prononce? Non, et même l'erreur <'ans laquelle il pourrait tomber conceinant la nécessité de ces deux sens est néiili^y'eable dans la pratique. Il lui suffit de vouloir faire ce que fait l'Église, de vouloir consacrer, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ veut que l'on consacre, en se conformant du resle, ;ivec une parfaite exactitude, aux rites institués par la sainte É:=ilise. Mais si, pnur la pratique, on peut à la rigueur offrir saintement le sarrifi'-e de nos autels, sans approfondir ces questions quelque peu obscures, il n'en est pas ,nuins vrai qu'il est du devoir du prêtre de connaître, autant qu'il est en lui, les secrets de l'adorable sacrement de TEucharistie qu'il consacre chaque jour, et qu'à défaut du devoir, Tamour seul pour Notre-Seigneur devrait suffire à l'y porter.

l'AUGLES DE LA CONSÉCRATION PUONOXCÉKS PAU PLUSIEURS PRÊTRES A LA FOIS SUR UNE MÊME MATIERE •

Il existait autrefois à Rome une coutume qui depuis a disparu. Lorsque le Souvemin Pontife célébrait solermellement la messe, les cardinaux présents la célébraient avec lui, et prononçaient en

Page 1