‹ La Sainte EucharistieChapitre 64 sur 169 · s. Justin., ApoL, II · texte numérisé non relu

s. Justin., ApoL, II

2. Eucharislias et oblationes non admiltunl, quod non confiloanfur Eucharistiam carnem esse Salvatoris nostri Jesu Christi, quœ pro pcccalis noslris passa est, quam Pater suabenignilate suscitavil. (S. Iun.vt. apud Theod., dialog. III.)

236 l..\ SAINTE ELXllAUISTIE. — LIVRE I. — CIIAPITIŒ VII.

CE qu'il fait PKNSKll DKS PAROLES DE LA CONSECRATION, DE l'aCTE DE LA c:0.\SÉCRATION, DE l'uSAGE DU SACREMENT ET DES DISPOSItions de c.ell i ()ri le reçoit, comme éléments constitutifs de l'eucharistie.

Le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ avec les espèces du pain et du vin, sont des parties essentielles et constitutives du sacrement de TEucharistie : mais sont-elles les seules ? Ne doit-on pas reconnaître celte même qualité aux paroles que prononce le prêtre pour la consécration du pain et du vin ? Il ne s'agit pas ici lie l'action sacramentelle opérée à la prononciation de ces paroles, mais des mots eux-mêmes, considérés comme forme du sacrement de l'Eucharistie K

Deux réponses principales, avec lesquelles se confond une troisième citée par Suarez, ont été faites à cette question.

D'après la première, les paroles de la consécration sont requises, il est vrai, pour la production de ce sacrement, cependant elles ne le sont pas comme forme intrinsèque composante, mais comme principe formel effectif de l'Eucharistie; d'où il résulte que le sacrement de l'Eucharistie demeurerait le même pour ce qui est de son entilé complète intrinsèque, si Dieu mettait le corps et le sang de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, sans que les paroles de la consécration fussent prononcées, comme il les y met de fait au moyen de ces paroles 2.

La seconde opinion, qui paraît plus probable, est que les paroles <ie la consécration font en réalité partie intrinsèque du sacrement <le l'Eucharistie. C'est la pensée de Suarez, quoiqu'il regarde la première opinion comme ayant aussi quelque probabilité. Valentia et plusieurs autres, on pourrait dire la presque totalité des anciens théologiens, penchent aussi vers ce sentiment; ceux mêmes qui professent ouvertement la première semblent admettre indirectement la seconde. Ils disent, en effet, que l'Eucharistie est intrinsèquement constituée par les espèces consacrées. Outre les espèces, ils admettent donc, dans la constitution essentielle du sacrement, la consécration; ils disent, il est vrai, qu'il n'y a dans les expres-

\. Voir De Luoo, de Euc/inn'stin, disp. i, soct. iv.

2. C'est l'opinion de Scot, Victoria, Ledcrma, Gatharinus, Alain, Vasquez, etc.

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sioiis dont ils se servent rien autre chose que la constatation de la consécration, mais cette réserve n'empéciie aucunement que la consécration à laquelle les espèces ont été soumises, pour devenir partie constitutive du sacrement, ne soit comme elles une de ces parties constitutives sans lesquelles l'Eucharistie ne serait pas ce qu'elle est intrinsèquement. Les paroles de la consécration ne sont pas, si l'on veut, parties constitutives directement, mais indirectement, ce qui n'empêche aucunement qu'elles ne le soient.

On peut appuyer de plusieurs preuves ce que nous avons avancé, que les paroles de la consécration font réellement partie intrinsèque du sacrement de l'Eucharistie.

La première preuve se tire du décret du pape Eugène, dans les actes du concile de Florence '. Après avoir dit (vers. Quinto Ecdesiasticoriim) que tous les sacrements se composent de matière et de forme, le pape Eugène ajoute (vers. Tertium est, que les paroles de la consécration sont la forme de l'Eucharistie ; d'oîi il suit que ces paroles font partie intrinsèque et constitutive de l'Eucharistie, au même titre que la forme des autres sacrements fait partie de chacun d'eux.

On cherche à diminuer la force de cet argument par plusieurs objections. Ainsi l'on dit que les paroles de la consécration sont, il est vrai, la forme de l'Eucharistie au moment précis où elle est consacrée, mais ne le sont plus lorsque le sacrement est constitué et

1. Mgr RossET, qui n'admet pas l'opinion du cardinal de Lugo, à laquelle nous nous sommes arrêté, répond à cet argument : Sententiam de Lugo fulcit maxime per auctoritatem concilii Florentini, quod definivit verba consecrationis esse formam hujus sacramenti, atque omnia sacramenta perfici rébus tanquam materia, et verbis tanquam forma. Sed in primis oportet advertere, voces maleriam et formam sumi analogice, ubi dicuntur de sacramentis. [De sacram. in génère, n. 96.) Unde concil. Florentinum non dicit omnia sacramenta C07istare Irihxis, acd perfici ; alias intentio ministri esset quoque pars inlrinseca sacramenti, quod tamen cversum est. {De Sacram. ,n. 101.) Deindc idem concilium définit matcriam bujus sacramenti esse panem et vinum : porro panis et vinum non constituunt illud intrinsece, sed sunt tanlum terminus n quo, necessarius quidem ad fieri sacramenti, non autem ad iu facto esse illius ; ergo, a pari, verba consecrationis sunt necessaria ad fieri sacramenti, neutiquam vero ad in facto esse illius. Unde concilium infra subdit haec verba esse formam qua boc sacramentum conficitur. Concilium igilur recensuit omnia quaa esscntialiter requirunlur ad sacramentum, non distinguens inter essentialia extrinseca et essentialia intrinseca. Et ita manet confutata lerlia sentenlia ; si enim consecrationis verba ne pars quidem sacramenti suni, a fortiori non sunt tolum sacramentum. (Micbael Rossel, Theoloijia do'jmotico-moralis, de SS. Euchar. sacrum.)

que le corps et le sang de Jésus-Christ sont et demeurent sous les espèces. Mais si Ton admettait que les paroles de la consécration, qui sont la forme du très saint sacrement de l'Eucharistie, ne le sont qu'au mon»cnt exclusif de la production de ce sacrement, il faudrait en conclure que, contrairement aux paroles du pape Eugène, le sacrement de l'Eucharistie n'aurait pas de forme et que la matière seule le constituerait. En effet, le sacrement n'existe pas encore comme tel, tant que la forme n'est pas appliquée à la matière ; il n'est constitué que par cette application. Or, d'après l'objection, la forme cesserait précisément de faire partie intégrale du sacrement au moment où, l'application étant achevée, le sacrement serait constitué, ce que l'on ne saurait admettre. La matière et la forme constituent tous les sacrements; le pape Eugène ne fait pas d'exception pour TEucharislie.

Il est vrai que les autres sacrements n'existent que par l'application de la forme à la matière aii moment où l'on en fait usage, tandis que le sacrement de l'Eucharistie demeure indépendamment de l'usage après que la forme a été appliquée à la matière. Les paroles passent, la matière seule demeure, et cependant le sacrement est toujours intact. Un homme n'est plus un homme lorsque l'àme est si'parée du corps dont elle est la forme ; peut-on dire que le sacrement de l'P^ucharistie existerait encore si la forme, qui s'est évanouie avec les paroles prononcées, était partie constitutive de ce sacrement?

Pour répondre à cette difficulté, il faut remarquer que ce qui a cessé d'exister en soi-même peut tort bien continuer d'exister par ses eflets. Voici, par exemple, une demeure antique. La maison existe, l'antiquité existe, mais ce qui constitue l'antiquité, les années, les siècles n'existent plus ; ils ont passé comme les paroles de la consécration pour l'Eucharistie; mais ils ont passé en laissant après eux le caractère d'antiquité dans lequel ils se résument, et <)ui f;iit de celte maison ce qu'elle est, une maison antique, comme les purules de la consécration ont passé, mais en produisant et en laissant après elles, sous les espèces eucharistiques, le corps et le sang de Jésus-Christ, qui sont ces mêmes paroles non plus prononcées, mais ré.disées. La forme continue donc d'exister dans l'Eucharistie avec la matière. Elle existe indirectement si l'on veut; elle existe sous un autre mode: elle se confond avec le corps de Jésus-Christ qu'elle a produit; elle existe dans son effet, mais enfin

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elle existe; elle fuit partie intrinsèque de l'adorable sacrement de l'Eucharistie, et l'on peut dire de lui comme de tous les autres sacrements, quoiqu'il subsiste en dehors de l'usage, contrairement aux autres, qu'il est comme eux composé de matière et de forme i.

Un autre élément, qui semble devoir être classé parmi les éléments constitutifs intrinsèques du sacrement de l'Eucharistie, considérée dans son sujet, c'est-à-dire comme signe de la grâce qu'elle confère, c'est la transsubstantiation, l'acte en vertu duquel le pain est changé au corps de Jésus-Christ et le vin est changé en son sang. Suarez n'est pas de cet avis néanmoins. Selon lui, l'acte même de la transsubstantiation ne fait pas partie intrinsèque du sacrement; il y conduit seulement en introduisant le corps et le sang du Seigneur sous les espèces sacramentelles. Il ne fait donc pas partie du sacrement, d'autant plus qu'il n'est pas accessible aux sens : c'est la production invisible du sacrement.

Malgré la grande autorité du prince des théologiens, il ne paraît pas que l'on doive exclure si aisément cet acte surnaturel du sacrement, et refuser de l'admettre comme partie intrinsèque constitutive de l'Eucharistie. En effet, l'acte de la transsubstantiation lie, si l'on peut ainsi parler, le corps et le sang de Jésus-Christ aux espèces, en même temps qu'il fait disparaître la substance du pain et du vin ; mais les espèces ne deviennent pas la forme du corps de Jésus-Christ. Ce corps adorable est voilé sous elles ; il n'est pas uni à elles comme la substance du pain dont il a pris la place y était unie. Ce sont des accidents que Dieu conserve privés de leur substance, mais il n'est pas devenu leur substance. L'acte qui a établi un état de choses, et en vertu duquel il persiste, ne peut pas être considéré comme étranger à cet état, aussi longtemps que dure son effet. La Sainte Eucharistie continue d'être après que la transsubstantiation est accomplie ; mais l'acte de la transsubstantiation, qui a cessé d'exister sous sa première forme, existe sous une autre avec l'Eucharistie , par la conservation du corps de Jésus-Christ sous les espèces accidentelles.

L'acte de la transsubstanlialion est bien, comme le dit Suarez, la voie qui mène au sacrement, mais il n'est pas défendu d'ad-

\. DeLugo donne de très longs développemonts à la discussion de cette opinion ; mais comme il ne s'agit (lue d'une ojjinion qui n'intéresse en rien la foi ni l'enseignement dans la chaire chrétienne, nous ne l'y suivrons pas, et nous ferons de même en toute autre occasion semblable.

240 l.A SAINTE EUCllAUlSTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE VU.

mettre que cet acte demeure en une certaine manière, comme partie de ce sacrenient auquel il a servi à donner l'existence. Que cet acte soit invisible, ce n'est pas davantage un obstacle à ce qu'il fasse partie du sacrement. Le corps et le sang de.Iésus-Christ sont invisibles aussi dans l'Eucharistie; or, nous avons vu qu'ils n'en font pas moins partie essentielle de ce sacrement adorable. On peut donc admettre que l'action par laquelle le corps et le sang de Nutre-Seigneur Jésus-Clirist succèdent dans l'Eucharistie à la substance du pain et du vin, fait réellement partie intrinsèque de ce très saint sacrement.

Il reste encore à demander s'il en est de même de V usage ou de la réception de l'Eucharistie.

Les hérétiques du xvi'" siècle considèrent la réception de l'Eucharistie comme appartenant essentiellement à sa constitution, de telle sorte que, selon la plupart d'entre eux, sans l'usage, l'Eucharistie n'existe pas, et le corps de Jésus-Christ n'y est présent qu'au moment où on la reçoit. D'autres disent que la présence de Jésus- Christ dans l'Eucharistie est conditionnelle et ne se réalise que si l'usage doit suivre immédiatement après la consécration. Le saint concile de Trente a condamné ces erreurs, en proclamant que Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans l'Eucharistie avant l'usage du sacrement; que la Sainte Eucharistie peut être conservée sans que la présence du Seigneur cesse, aussi longtemps que les espèces demeurent '. Laissons donc de côté ces hérésies et ne nous occupons que des opinions admises par les théologiens catholiques 2.

Quelques théologiens concèdent que la réception de VEuchariatie fait partie intrinsèque du sacrement; il s'en est même trouvé pour dire que c'est un sacrement difiérent de l'Eucharistie elle-même.

1. Si quis (lixcrit peracta consccralione, in admirahili Eucharisliae sacramenlo non esse corpus et sanguinem D. N. J. C, sed tantum in usu, duni suinilur, non aiilem antc vel post; et in hostiis seu particulis consecratis quae ])osl coininuiiioneni reservantiir, vel supersunt, non remanere verum corpus I)oniini ; anatliema sit. [Concil. Trid., sess. XIII, can. 4.)

2. Disceplalur ctiam (si nomen hoc mcreatur Icvissimum et obsoletum fere dissidiuni) do sumplione ijjsa Eucharistiœ, sitne prasdicatum ad illius physicam nalurain jK'rlincns inlrinsece, saltem tanquampars integralis sacramcnti? Supponunl orthodoxi ad unum, sacramcntum hoc minime consistere adœquatc in usu, ut sonmiant cum Luthero liclerodoxi, et quidom tam ex eis qui praesentiaui rcalom (^lirisli Domini inficiantur, sacramenlum attamen agnoscunt, (juain ex illis qui pricsentiam laudatum in sumptionc tantum sivc usu Eucha-

DES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE l'eUCIIARISTIE. 241

Mais l'enseignement commun, celui qu'il faut considérer comme rexpressi(jn de la vérité, c'est que l'usage ou la réception de l'Eucharislie n'appartient pas à la constitution intrinsèque du sacrement. Il existe dans toute sa perfection, indépendamment de cet usage. Telle est la doctrine de S. Thomas que rapportent et que suivent Suarez, Vasquez et les autres théologiens après eux. Le concile de Trente déclare à plusieurs reprises, dans la session XIII, que le corps de Jésus-Christ est contenu dans ce sacrement avant l'usage, qu'il est conservé dans un vase sacré, qu'on le porte aux malades, qu'il est adoré, honoré d'un culte public. Il résulte évidemment de ces déclarations que la présence du corps et du sang de Jésus-Christ dans la Très Sainte Eucharistie existe et, en même temps, le sacrement qui contient ce corps adorable et ce sang précieux, avant qu'on la consomme.

En second lieu, dans le décret du pape Eugène IV au concile de Florence, il est dit que le prêtre donne l'existence à l'Eucharistie par les paroles de la consécration. Donc l'Eucharistie existe en vertu de la consécration, avant l'usage et indépendamment de lui. Il suit de là que l'usage ne saurait être considéré comme partie intrinsèque nécessaire de ce sacrement.

Une troisième raison prouve encore cette vérité. Nous avons vu que l'Eucharistie est Taliment spirituel de l'àme et qu'elle procure la grâce par mode de nourriture. De même donc qu'un aliment naturel quelconque est un aliment par lui-même et n'a pas besoin d'être mangé pour le devenir, la Sainte Eucharistie est un aliment ■complet avant d'être consommée; il ne lui manque rien pour mériter ce nom. L'aliment a de lui-même la vertu de nourrir : l'Eucharistie, avant qu'on la reçoive, possède au même titre en elle-

ristiae creduut. Quos omnes anathemate ferit synodus Tridentina, sess. XIII, can. 4 et 7, uti et cap. m et vi. Advcrsus quos disputarunt egregie Valentia, disp. VI, Alanus, lib. I de Euchar., cap. iv, Bellarm., lib. IV, cap. i, Eximius, Castro, Tannerus et Controversiarum scriptores alii.

Caeteruin illius usum parlialitcr conslituore, vel integrare sacramcntum docuit, non sine formidinc Aureolus in quartam, distinct, viii, q. 1 ; Gabriel vero in quartam, distinct, viii, q. i, art. 3. — Marsilius et pauci alii ex vetoribus suniptioneni Eucharistie^ dixere novum aliud sacramentum, illam in trij)licem sacramenti gradum, sive ordinem dividontos. Utramque tamen scntentiam exagitant ex definilionibus EloreiUini, et Tridcnlini thcologi ubique, cum definituin legatur aperlc in utroque concilio sacramentum Eucbaristite oxistere pcrmancnler ante usum. (ClENFUEGOS Gard., Vila abscondita, disp. i, wct. II, n. 36.)

it'rl LA SAINTE EDCHARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE VII.

niômc le principe qui nourrit spirituellement les âmes. Or, ce principe est le corps et le sang de Jésus-Christ.

A ces motifs, Suarez en ajoute encore deux ; le premier est que le sacrement de rEucharistie est intégralement consacré par le prêtre, c'est le prêtre seul qui lui donne son être complet; or, un simple diacre peut distribuer, et souvent distribue ce sacrement aux fidèles, signe indubitable que l'application, l'usage de ce sacrement n'en est pas une partie constitutive essentielle.

La seconde raison, que nous empruntons à Suarez, est celle-ci : L'usage de ce divin sacrement ne peut pas en être une partie essentielle, parce que, s'il l'était, le sacrement n'existerait pas réellement avant cet usage : il est impossible qu'une chose, quelle qu'elle soit, existe tant que ce qui constitue son essence n'existe pas. Il ne peut pas davantage en être une partie intégrale, parce qu'il n'appartient ni à la forme, ni à la matière ; parce que les conciles désignent le pain et le vin, et non pas l'usage du pain et du vin, comme matière éloignée de l'Eucharistie ; le pain et le vin sont les éléments matériels dont la substance sera changée au corps et au sang du Seigneur, et la matière prochaine, d'après les mômes conciles, est encore le pain et le vin, dont les accidents, après la tianssubstantiation, contiennent ce même corps et ce môme sang divin.

On ne peut pas dire non plus que l'usage ou la réception du sacrement de l'Eucharistie soit un sacrement distinct de l'Eucharistie elle-même. Il s'ensuivrait en effet qu'on ne devrait plus compter sept sacrements, mais huit. D'ailleurs, il faudrait à ce sacrement supplémentaire sa forme propre, son effet propre, son ministre propre, comme pour les autres sacrements, ce qui n'existe pas dans l'usage de l'Euciiaristie. De forme, il n'y en a pas ; de ministre particulier, il n'y en a pas d'autre que le prêtre et, à son défaut, le diacre; mais l'un et l'autre ne prétendent que distribuer un sacrement déjà existant. En cas de nécessité, un laïque qui se communierait lui-même, comme dans la primitive Église, i-ecevrait aussi bien le sacrement que s'il le recevait des mains du prêtre : or, pourrait-il se donner à lui-même un sacrement s'il n'existait pas d'abord? L'effet que produit le sacrement de l'Eucharistie lorsqu'on le reçoit, ce n'est pas à l'acte de le recevoir que Jésus-Christ l'attribue, mais à sa propre personne : Qui manducat me, et ipse vivet propter me : Celui qui me mange

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viv7'a à cause de moi '. C'est Jésus-Christ qui opère directement la grâce par lui-même. Il est dans la Sainte Eucharistie pour être notre nourriture, et il nous nourrit. La manducationde ce pain qui est sa chair est une condition nécessaire pour que cet aliment divin nous nourrisse, mais ce n'est pas l'acte de manger, c'est l'aliment qui produit l'effet que nous attendons. L'acte de recevoir la Sainte Eucharistie n'est donc pas une cérémonie sacrée instituée pour signifier et produire la grâce, comme sont les sacrements. Ce n'est pas à lui que la promesse de la grâce est faite, que l'effet est attaché, mais à l'Eucharistie. Cependant cet acte, s'il n'a pas été institué directement pour signifier et produire la grâce, s'il n'est pas un sacrement distinct de l'Eucharistie et s'il n'en est pas une partie essentielle, a néanmoins avec elle une connexion qui provient de sa nécessité ; sans lui, la Sainte Eucharistie ne pourrait pas produire l'effet qui lui est propre.

Dans les autres sacrements, l'usage qu'on en fait a été institué par Notre-Seigneur, pour signifier et opérer directement la sanctification ; c'est ainsi que, dans le Baptême, l'ablution sanctifie, quoique l'eau qui sert à cette ablution ne possède en elle-même aucune vertu ni aucune efficacité; c'est l'application de cette eau, c'est l'action de baptiser avec l'eau en prononçant les paroles sacramentelles, qui signifie et qui confère la grâce. Dans le très saint et très adorable sacrement de l'Eucharistie, il n'en est pas ainsi 2, L'Eucharistie est un aliment; elle est faite pour nous

\. Joann., vi, .'38.

2. Qiianlum vero discrepet Eucharistia a Baptismo et aliis, vel inde liquet, qiiod aliter egit Christus in illius quam in aliorum institutione ; aliter locutus est, et aliter nominavit. In baptismo non aquam cepit, non benedixit, non dixit de ipsa, Hic est spin'ius mens, aut, Hic est snnçjuis meus, quoniam aqua non est sacramentum baptismi, sed lotio sive ablutio, quae non est res sed actio ; et ob id sacramentum istud in actione ponilur, nec de ipsa quidem ablutione dixit, Hic est spirilus meus, aut, Hic est sanf/uis meus, tametsi ablutio ipsa illorum sit sacramentum et signum sed non illa continens, ut Eucharistia corpus et sanguinem Domini, ad quam constituendam panem cepit, benedixit, et esse corpus suum exposuit. De re quam acceperat, non de actione aliqua, ca verba fecit. Sacramentum quoque Eucharistiœ duabus rébus constare pr.Tedicatur, non actionibus, quarum una terrena sit, et cœleslis altéra ; nec de usu et actione in panem et vinum recte diceretur. Hoc est corijus meum, sed cum Apostolo : llujus panis fractio et dislribulio est participatio corporis mei et sanguinis, ut actio circa rem aclioni circa signum resjtondeat quemadmodum Paulus uframque contulil, (juando ait : Panis quem IVangimus, nonne participatio corporis Clbristi est? Atanlcquam uUa suscipienlium exerccrelur circa signum actio, de rc absohUa posila in signo, Christus

nourrir, pour nous servir de provision de voyage et nous donner des forces sur le clieinin qui conduit à Télernité bienheureuse; elle possède en elle-même toute sa vertu ; l'action par laquelle on y participe ne produit pas celte vertu et n'y ajoute rien. Elle n'est pas seulement un si^ne efficace de la grâce, elle est le corps et le sang de Jésus-Christ sous les espèces sacramentelles, ou, si l'on veut la définir par ce qui paraît d'abord à nos sens, elle est l'apparence du pain et du vin contenant le corps et le sang de Jésus- Christ; ou bien encore, elle est la nourriture sacramentelle composée du corps et du sang de Jésus-Christ ainsi que des espèces. On voit assez par là quelle différence existe entre l'Eucharistie et les autres sacrements, et comment il se fait que l'application qui est partie essentielle des autres ne le soit pas de lEucharistie et qu'elle soit seulement une condition nécessaire pour la production des fruits qu'on en attend.

A cette doctrine généralement admise par les théologiens, que la réception de l'Eucharistie n'est ni un sacrement distinct ni une partie essentielle de cet adorable sacrement, quoiqu'elle soit nécessaire pour qu'il produise ses fruits, on peut cependant faire une objection sérieuse. Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle K La conclusion qui ressort de ces paroles n'est-elle pas que c'est l'action de manger la chair et de boire le sang du Seigneur qui donne la vie éternelle, qui produit l'effet pour lequel le sacrement est institué et qui, par conséquent, est le sacrement lui-

.iffirmavit : Hoc est corpus mcum.... Porro gliorum sacramenlorum appellationcs aclionem enuntiant, quia proprie actionc constant : ut l)aptismus ablulionem significal, inanuum impositio, unctio, alisolutio, aclionem quoque désignant. Al cibus hic, ])anis hic, calix Domini, mensa Domini, corpus et sanguis Domini, sacramcnlum corporis et sanguinis Domi:ii, rem, non aclionem propric ejlcrunt, nec quisquam antea audivit, vel legit vocari sacramcnlum inaïKJucalionis....

Non imus infiri.-is, inslitulam esse Eucharisliam ul edaliir, sed non assenlimur projjloi'ca nuMam esse, nisi (|uan(liu editur, aul donec edalur. Omnia Dcus croîivit i)i'()])t(îr hominem, i])si(jue omnia subjccit, alque in cil)um instiluil et j»ro(luxit : an ideo non suam retinent naturam anlequain in usum vcrlanlur? Aqnam in vinum Chrislus, propter convivarum polum transmisit: an tamon vinum non i)rius cxlilit, et apparuit quam de eo archilricHnus guslassel? (De Smnctes, Uc lehns Euckaristix controversis, quarta repetilio, De rpritale Eticliarislix.)

\. Qui manducat moam carnem el liibit meum sanguinem habct vitam a;lernam. iJonnn., vi, .'iiJ.)

DES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE l'eUCHARISTIE. 245

même ou au moins une des parties essentielles qui le constituent?

Nous avons dit, et c'est la réponse ordinaire que l'on fait à cette objection, que la réception de FEucharistie est une condition nécessaire, mais que la grâce n'est pas promise à cette réception ; elle est promise au sacrement moyennant l'accomplissement de cette condition. La manducation est en effet le seul moyen naturel par lequel nous puissions nous nourrir de cet aliment divin. Mais s'il arrivait par miracle, comme de fait il est arrivé, que la sainte hostie pénétrât dans l'estomac sans avoir passé par la bouche, sans qu'il y ait eu manducation, le sacrement n'opérerait-il pas néanmoins son effet? Quoique les paroles du divin Maître soient absolues, quoiqu'elles semblent exclure toute exception, surtout lorsqu'il les répète sous la forme négative : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez soii sang, vous n'aurez point la vie en vous ', néanmoins elles comportent des exceptions nombreuses, et ceux qui sont dans l'impossibilité physique et morale de faire la sainte communion ne sont pas pour cela dans l'impossibilité de posséder la vie. A plus forte raison peut-on dire que celui qui ne mangerait pas, à parler strictement, le corps du Sauveur, mais qui le recevrait miraculeusement dans son sein de quelque manière qu'il plairait à Dieu de choisir, ne serait pas privé du fruit du sacrement. Un aliment naturel produirait en pareil cas ses (effets naturels : pourquoi l'aliment surnaturel des âmes ne produirait-il pas les siens?

Ce que nous avons dit de la nécessité de la manducation ou de la réception de la Très Sainte Eucharistie, pour qu'elle produise ses effets sans qu'elle soit pour cela partie essentielle du sacrement, il faut le dire à plus forte raison du contact des saintes espèces avec l'estomac. Ce contact est, s'il est possible, plus nécessaire encore, car sans lui la manducation n'est que commencée; sans lui tout aliment naturel est inutile à la nutrition ; sans lui aussi l'aliment surnaturel est inutile à la nutrition de nos âmes. Mais ce contact, s'il est une condition de nécessité absolue, n'est pas pour cela une des causes qui produisent la grâce. Dans l'ortire naturel, ce n'est pas l'action de la bouche ni celle de l'estomac qui nourrissent, toute la puissance nutritive est dans les aliments. Il

1. Nisi iiianducaveritis carnoin l'ilii hominis et l)iborilis rjus sanguineni, non huLebitis vitam in vobis. [Juann., vi, ÎJ4.)

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en est de même dans l'ordre surnaturel, pour la Très Sainte Eucharistie.

Plusieurs ont voulu voir aussi une partie constitutive du sacrement de l'Eucharistie dans les dispositions avec lesquelles s'en approche celui qui la reçoit. Ces dispositions concourent évidemment à procurer la grâce sacramentelle, qui est donnée à chacun selon les dispositions qu'il apporte; mais elles ne sauraient être considérées comme partie intrinsèque du sacrement de l'Eucharistie. Elles ne sont nullement les causes efficientes delà grâce. La véritable cause efficiente de la grâce dans l'Eucharistie, c'est Jésus-Christ présent sous les espèces du pain et du vin. Les dispositions préparent l'âme à recevoir, avec plus ou moins d'abondance, les grâces sacramentelles; elles attirent plus ou moins les faveurs de l'hôte divin qui vient habiter en celui qui communie, mais elles ne produisent pas ces faveurs ni ces grâces. Il en est autrement dans la Pénitence, où la douleur des péchés commis est une partie essentielle du sacrement, parce que Jésus-Christ l'a ainsi institué. Dans les autres sacrements, les dispositions qu'on y apporte favorisent ou entravent l'action de la grâce sacramentelle, mais ne sont aucunement la cause efficiente de cette grâce.

Ce que nous disons de la disposition peut s'appliquer aussi à rintenlion dans la réception du sacrement de l'Eucharistie. Sans doute, l'intention de communier est nécessaire, lorsqu'on reçoit la Sainte Eucharistie, mais elle est nécessaire pour que la communion produise son fruit, et nullement pour la validité du sacrement. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, si l'on reçoit la Sainte Eucharistie, c'est le sacrement que l'on reçoit; si l'intention est très bonne, aussi bien que la disposition, le sacrement produira des fruits abondants; si elle est médiocre ou même nulle, il en produira moins, mais il en produira encore. En tout cas, c'est lui et lui seul qui les pioduira, les mesurant sur la perfection ou l'imperfection des dispositions et de l'intention de celui qui le recevra.

Concluons donc en disant que ni la réception de la Sainte Eucharistie, quoique nécessaire pour qu'elle produise ses fruits, ni la mnntlucation, ni le contact des saintes espèces avec l'estomac, ni les dispositions de celui qui communie, ni son intention ne sont des parties constitutives ou essentielles du Très Saint Sacrement, parce que leur rôle, quelque important qu'il soit, n'est pas de pro-

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'eUCHARISTIE. 247

duire la grâce, mais de rendre possible ou seulement plus abondante sa production et sa collation par le corps et le sang de Notre-Seigneur sous les espèces sacramentelles.

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