PARIS
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AU LECTEUR
En tête de là première édition du « Tzar Nicolas et de la sainte Russie, *> Fauteur a fait connaître les motifs qui l'ont porté à écrire cet ouvrage.
a La position que j'ai occupée pendant de longues années, disait-il, et jusqu'à la guerre actuelle, auprès d'un grand seigneur russe, moins connu par ses immenses richesses que par son goût pour les préoccupations de l'intelligence, et dont on peut dire, comme de Byron, que ses pensées ne dorment point,» cette position, m'a mis en contact continuel avec les hommes et les choses de la Russie, avec les hommes officiels et les choses officielles surtout.
« Ce livre n'est donc point une œuvre de fantaisie, mais le résultat d'études sérieuses, faites sur place, dans les meilleures conditions pour voir et savoir.
« Un écrivain distingué, auteur de travaux remarquables sur la Russie, m'écrivait dernièrement : « Je
AU LECTEUR
« pense qu'avec tout ce que vous savez de la Russie « vous pourriez fournir des notions précieuses au « public; par le temps qui court, ce serait un ser- « vice à rendre à la littérature et à la presse, qui « enregistrent tant d'erreurs, tant d'ignorances sur « ce pays. »
a Une pensée analogue à celle qui inspira ces lignes m'a mis la plume à la main.
« On a énormément écrit sur la Russie ; la dernière guerre a fait éclore des milliers de volumes, auxquels l'Occident a dû de voir s'abaisser, en partie, cette immense muraille qui lui cachait les steppes moscovites. Mais, si ces publications ont dissipé beaucoup d'illusions, elles ont en même temps consacré bien des idées fausses. C'est le tort des livres faits sur des livres. L'erreur imprimée se réimprime, et, passant d'une plume à l'autre, finit par tomber dans le domaine commun des faits reçus. Cet alliage rem* plit malheureusement l'histoire humaine. L'intuition du talent, si vive qu'elle soit, ne suppléera jamais la pratique intime des hommes et des choses.
« J'apporte des idées nouvelles, des faits nouveaux. Si je n'avais possédé des matériaux de ce genre, préparés par douze années passées dans un milieu russe, si je n'avais été certain d'apprendre quelque chose,
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même à ceux qui ont lu tout ce qui, dans ces derniers temps, a été écrit sur la Russie, je n'aurais pas publié ce livre. »
Le Tzar Nicolas et la sainte Russie a reçu en France l'accueil le plus sympathique. Une première édition, épuisée en quelques mois ; les honneurs de la traduction en Angleterre et en Allemagne ; l'appréciation sérieuse et générale de la presse française et étrangère ; le suffrage de ceux-là mêmes qui, n'étant point en complète communion d'idées avec nous, ont reconnu que notre travail jetait de vives lumières sur un empire plus fermé que la Chine aux investigations européennes : — tels furent les témoignages de ce succès.
De pareils encouragements créaient à l'auteur le devoir d'apporter à l'édition nouvelle un soin tout particulier, et cette maturité d'aperçus, de nuances et de style à laquelle ne saurait prétendre une œuvre d'actualité procédant, à ce titre , d'une inspiration rapide.
L'ouvrage a été revu, corrigé, amélioré, modifié, remanié profondément et considérablement accru. Des vues négligées à dessein dans la première édition sont venues prendre place dans la seconde, bien que laiileur ait dû, cette fois encore, s'abstenir d'y com-
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prendre plusieurs documents d'une signification trop délicate pour paraître en 1857, mais trop curieux pour qu'il renonce à l'espoir de les publier quelque jour, s'il s'en rencontre un, parmi les trois cent soixante-cinq dont Tannée se compose, où la vérité puisse être montrée sans fard et sans voile.
La mort et la paix ont emporté les hommes et lies haines; l'empereur Nicolas ne pèse plus sur les événements européens ; sa politique même a reçu de profondes atteintes; une altière personnalité a cessé d'absorber en elle l'empire russe : c'est cet empire que nous avons désormais devant les yeux, et c'est pourquoi nous avons cru devoir ramener le titre de ce livre à son expression la plus simple et la plus exacte : La sainte Russie.
En résumé, cette seconde édition est réellement une publication nouvelle. Les lecteurs qui ont bien voulu honorer la première de leur attention y trouveront des éléments d'intérêt rajeunis et augmentés; ceux qui n'en ont point eu connaissance verront s'y refléter, dans un miroir fidèle, la Russie actuelle, le présent qu'elle subit et l'avenir qu'elle peut attendre.