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PAGE 14 — UNE DES FACES DU SERVAGE RUSSE

Sous le fard de certaines garanties, le serf est toujours dans la dépendance absolue du propriétaire.

Chaque seigneur peut envoyer ses serfs en Sibérie. Il lui suffit, en ce cas, de les désigner à la justice. Sans examen, sans contrôle, sans droit de veto, cette justice — quelle justice! — les emprisonne, leur rase la tête, les expédie à Tobolsk avec la chaîne des forçats. Le maître est tenu seulement de servir au supplicié une pension alimentaire. Beaucoup de propriétaires, ne pouvant faire de la cruauté gratis, renoncent à cette forme de châtiment; d'autres y persistent et payent les pleurs qu'ils font répandra.

m APPENDICE

« 11 y a là, observe M. X. Harmier dans ses lettres sur la Russie, la Pologne et la Finlande, une affreuse lacune législative, et, par les larmes de ceux qui en ont été les victimes, par les souffrances qu'ils ont subies, par la loi de Dieu enfin, l'humanité entière demande qu'elle soit réparée. »

« Une jeune femme, belle et forte, ne veut pas vivre avec son mari, infesté d'une maladie hideuse. Le mari en appelle au seigneur, qui, dans un épouvantable sentiment d'avarice, pensant aux robustes enfants que cette femme doit procréer, exige l'accomplissement du devoir conjugal. Elle résiste, et il l'envoie en Sibérie. Au bout d'un temps d'épreuve on la fait revenir, mais le môme dégoût motive la même résistance. Elle part de nouveau pour l'exil, qui, cette fois, ne la rend plus.

« Un gentilhomme avait été entraîné, par les conseils d'un de ses serfs, à construire une manufacture. Après quelques années d'essais, il s'aperçoit que sa spéculation l'entraîne à des dépenses dont il ne peut retirer aucun bénéfice. La fureur qu'il éprouve, en se voyant ainsi trompé dans son espoir, retombe sur le pauvre serf qui, dans un zèle inconsidéré, — lui avait donné un funeste conseil. Il le condamne à l'exil de la Sibérie, et, avant de le faire partir pour la chaîne de Moscou, il le conduit, sous bonne escorte, devant les murs déserts de la manufacture : « Tu m'as laissé là, lui dit-il, un beau souve- « nir de ton savoir et de ton habileté; je ne veux pas « que tu nous quittes sans emporter aussi un souvenir

APPENDICE 2fi1

« de ma reconnaissance. » Et, là-dessus, il lui fait arracher, séance tenante, quatre dents par un serf vigou-

I eux. . .

« Un autre gentilhomme qui s'en allait gaiement visiter les poétiques contrées de l'Italie apprend, dans le cours de son voyage, que son staroste a négligé de suivre ses instructions. Il lui ordonne de venir à Florence, le fait fouetter par deux valets, et le renvoie dans son village 1 . »

• X. WiimiiiT.

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