‹ La sainte RussieChapitre 39 sur 109 · INDUSTRIE RUSSE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE RUSSE

Un marchand russe, sorti de la classe des artisans, et arrivé, par le commerce, à une haute fortune, M. Basile Kokoref, dans un discours prononcé à Moscou pendant les fêles du sacre, a fait ressortir, avec la plus honorable franchise et un grand sens pratique, la nécessité, pour l'industrie russe, d'entrer dans des voies nouvelles, et de se rapprocher de l'Europe, par le développement des moyens de communication :

« Le Russe, disait-il, a toujours su reconnaître ses qualités aussi bien que ses défauts. Avouons donc franchement, messieurs, qu'en fait de commerce et d'industrie nous en sommes encore, sous beaucoup de rapports, à la routine. Notre mérite consiste aujourd'hui dans le désir de nous perfectionner par une intelligente pratique. 11 est de fait que, dans la vie industrielle d'un peuple, le succès complet et certain est moins facilement atteint par les préceptes théoriques des livres que par le contact suivi avec les autres peuples. C'est par ce contact

qu'on acquiert l'expérience, les idées, le goût; qu'on établit des relations nouvelles qu'on tient à maintenir parce qu'elles reposent sur des intérêts communs, seules garanties stables des traités de paix. Pour arriver à ce but, le plus sûr moyen, c'est la facilité et la rapidité des communications avec l'étranger. La question des bateaux à vapeur et des chemins de fer est aujourd'hui une question d'intérêt humanitaire, parce que c'est par ces voies que les nations peuvent se réunir dans une communauté d'intérêts et de sentiments d'amitié.

« En fait de commerce, il existe chez nous les opinions les plus contradictoires : les uns parlent encore d'une muraille de la Chine, les autres de libre échange. Mais, soyez-en sûrs, messieurs, ce n'est jamais par des extrêmes qu'on résout de pareilles questions ; leurs vraies définitions ne peuvent provenir que de l'échange international des idées.

« Or donc, lorsque nous pourrons nous rapprocher, à l'aide de la vapeur, des négociants étrangers, plus experts que nous en fait d'industrie, et échanger avec eux nos idées, alors nous parviendrons à la définition exacte et vraie des principes mêmes du commerce, définition qui intéresse si grandement toute l'Europe. Nous arriverons même alors jusqu'à voir ici, à Moscou, centre du commerce intérieur de la Russie, ainsi que dans les autres villes et ports de l'empire, les représentants des principales maisons de commerce de toute l'Europe. Et nous, nous pourrons apprendre chaque jour, ici, à Moscou,

ot à heure dite, la marche des affaires de Paris, de Londres et des autres places; et même, lorsque nous nous trouverons, comme aujourd'hui, réunis autour d'une table le verre à la main, nous informer par le télégraphe de la santé de nos enfants établis à l'étranger dans des maisons de commerce russes. »

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