PAGE 239 - SOUVERAINS DE LA RUSSIE
RÉSUMÉ CllROHOI.Or.lQUK
La république de Novogorod, — en proie aux dissensions intestines et menacée par les incursions d'ambitieux voisins, — réclama l'appui d'un chef de Varègues (Normands), établi sur les bords de la Baltique. Ce pirate, que des exploits d'audace heureuse avaient rendu célèbre, se nommait Rurik. « La mer et la guerre lui avaient donné la gloire et l'ambition de la tyrannie. » Il accourut à l'appel de la ville slave, avec ses deux frères, — Sinaf et Truvor, — et une horde de guerriers Scandinaves.
Rurik sauva Novogorod et l'asservit.
Devenu grand-prince, il distribua le pays entre ses capitaines. L'un fonda Polotsk, l'autre Rostoff, un troisième Belo-Ozero. De ce germe naquit l'empire russe.
Pendant près de sept siècles et demi, la dynastie de Rurik a gouverné la Russie, d'abord dans la personne de son chef à Novogorod, — puis à Kief, à Wladimir (sur la Kliazma) et à Moscou, sous ces titres, — diversifiés par le
mouvement ascendant de la puissance centralisatrice, — de grand-prince, tzar et autocrate (provelitel).
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DYNASTIE DL KURltK
Olecr.
Vladimir II, le Monomaque .......
' \a plupart des canonisés de l'Église russe ne sont connus — historiquement — que par leurs exploits, leurs usurpations ou leurs crimes. Vladimir le Grand fit assassiner son frère Yaropolk I", s'empara de ses États, épousa sa veuve enceinte, et donna au peuple le spectacle de sacrifices humains.
En 988, il embrassa la communion grecque, déjà séparée de l'Église latine par le schisme de Photius.
Les Busses l'honorent sous le nom de saint Vladimir.
I$ia*lat 111 1157
RostislafMstislaviteh 1159
MstislafH , 11G7
André I" 1108
Michel I" 1175
Vsévolod IH, le Grand H 76
Constantin Vsévolodovitch 1212
lourii II 1219
laroslafll 1258
Sviatoslaf II 1247
Michel II 1248
André II 1349
Saint Alexandre Newski 1 1252
Iaroslal 111 1265
Vacili l" 1272
Dimitri I" 1276
André III 1294
Michel 111 1304
lourii III 1319
Dimitri II 1322
Alexandre II 1325
Ivan 1". 1328
Siméon Ivanovitch, l'Orgueilleux 1340
Ivan II 1355
Dimitri III 1359
Dimitri IV, Donskoï 1563
Vacili II 1389
Vacili III, l'Aveugle 1425
Ivan III, le Grand 1462
Vacili IV 1505
Ivan IV, le Terrible 1534
Fœdorl" 1584
La dynastie de Rurik s'éteignit avec Fœdorl".
1 Alexandre Newski ne fut point un saint dans l'acception rationnelle du terme, mais seulement un grand guerrier, et, — relativement au temps et au pays ou il vécut, — un grand homme.
Boris Godounoff, — son assassin et celui de son frère Dimitri, dernier rejeton d'Ivan le Terrible, égorgé à Ougliteh entre les bras de sa nourrice, — fut porté au pouvoir par un simulacre d'élection. Ce tzar, à la mémoire duquel se rattache le souvenir d'un autre crime, — celui de la #lèbe, régna sept années avec une habileté ressemblant à du génie. La mort le surprit inopinément en 1605.
« Bienveillance du sort, angoisse ou poison? Nul ne put le déterminer. »
Le serviteur obscur d'un magnat lithuanien, — exmoine, — Grégoire Otrepieff, — menaçait le trône. Se faisant passer pour Dimitri, l'enfant d'Ivan le Terrible, assassiné à Ouglitch, il avait recruté une armée parmi les vagabonds polonais et les Cosaques zaporogues, et, soutenu par le roi Sigismond III et les Jésuites, il s'avançait contre Moscou.
Boris Godounoff, mourant, recommande son fils Fœdor aux boyards. Ceux-ci jurent sur leurs épées de le défendre, et le livrent à Grégoire Otrepieff, qui le fait périr avec sa mère.
Ce dernier, devenu tzar, affecte, dans son costume et ses mœurs, le dédain des habitudes nationales. Après un règne de onze mois, il tombe victime d'une sédition, pour avoir épousé une Polonaise 1 étrangère à la foi orthodoxe et mangé du veau, — viande en horreur aux vrais croyants.
1 Marine Mnischek, 011e d'un prince polonais, palatin ou voïvodc de Sendomir.
Le peuple brûle son cadavre, bourre un canon avec ses cendres et les disperse au vent.
Le principal instigateur du complot, Yacili Schouiski,
— des princes de Soudzal et de Nijni-Novogorod, — se fait élire à sa place. Mais cette fortune surprise est, elle-même, suivie d'une chute rapide. Ce fantôme de tzar disparaît dans l'ombre du cloître, et les boyards du conseil privé portent la couronne à Vladislas Wasa, fils de Sigismond, roi de Pologne.
La Russie, — épuisée par une anarchie de dix ans, — semble sur le point de périr...
Deux héros, — devenus deux légendes, — Minime et Pojarski, — l'un boucher à Nijni-Novogorod, l'autre soldat et prince, la sauvent. Ils raniment l'esprit public, appellent le peuple aux armes, et battent les Polonais à la bataille de Moscou.
Ici se place l'élection dite nationale de 1613.
Des représentants du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie, réunis en conseil suprême (zemskii soveth) au Kremlin, élisent pour « seigneur, grand-prince, tzar et autocrate, » un enfant de seize ans, — Michel Romanoff , — fils de Philarète, métropolitain de Moscou 1 ,
— d'une famille ancienne, — alliée par les femmes au
4 La formule des oukases rendus sous ce règne témoigne de.l'aclion importante exercée par Philarète dans le gouvernement de son fils : « Michel Fœodorovitch, autocrate, tzar et grand-prince de toutes les Russies, et son père Philarète, grand seigneur [veliki~<p-
sang de Rurik, — et objet, sous le tyran Godounoff^ d'une persécution terrible.
Le choix tomba sur lui, dit un historien russe, — parce que, en vertu de son âge, il n'inspirait d'ombrago à personne. Ce fut une élection dictée par la lassitude.
Le règne des Romanoff, avant Pierre I tr , fut la floraison du régime byzantin. 11 faut lire les récits des coutumes moscovites de ce temps, par un diplomate russe, Kaschikhine. On recule devant celte asphyxie sociale, devant ces mœurs, — parodie de mauvais goût du Bas- Empire. Les processions, les messes, les vêpres, les dîners, les réceptions d'ambassadeurs, les changements de costumes, formaient Tunique occupation des tzars. Autour d eux se rangeait une oligarchie sans dignité et sans culture. Ces aristocrates, — fiers des fonctions occupées par leurs pères, — étaient fustigés dans les écuries du tzar ou knoutés sur la place publique, sans en ressentir l'offense. Rien d'humain n'existait dans cette société ignorante et apathique.
Jl fallait sortir de cet état.
Pierre I er rejeta la défroque byzantine dont se paraient ses prédécesseurs, pour descendre ou plutôt pour monter au rôle d'ouvrier.
Maréchal-ferrant , menuisier, ingénieur, architecte,
çouéar), et très-saint patriarche de Moscou et de toules les Russies, ordonnent, » etc.
soldat, pilote, on le vit depuis le matin jusqu'à la nuit, en simple redingote militaire, donner des ordres et enseigner la manière de les exécuter.
Ce Uar fut le premier moscovite émancipé.