‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 142 sur 458 · Év.j t. I, p. 2, pl. II · texte numérisé non relu

Év.j t. I, p. 2, pl. II

CH. III

ANNONCIATION

veux. (En nous occupant des représentations spéciales de la sainte Vierge, nous aurons à revenir sur cette coiffure.) Elle est, comme toujours, chaussée. Admirons en passant cette belle mosaïque, un des plus remarquables exemples de l’art antique christianisé.

Camée byzantin. — Le camée byzantin de la Bibl. nat. sous le n° 262 donne la sainte Vierge et l’ange dans un ovale, autour duquel on lit en grec : « Je vous salue pleine de grâces, le Seigneur est avec vous. »

Nous en possédons une photographie, grandeur de l’original. Les deux figures sont de profil et se regardent, l’ange porte une verge et la Vierge tient un écheveau de fil qui paraît sortir d’une corbeille.

L’autre pierre cataloguée sous le n° 26 4 a o'n.o36 sur om.o3o, nous l’avons grossie pour en rendre l’étude plus facile. La sainte Vierge et l’ange sont encore de profil et tiennent l’écheveau de fil et la verge; l’écheveau sort d’une corbeille. (Pl. IX).

Pesaro. (Pl. IX). — A Pesaro, M. Olivieri décrivit son musée dans un livre publié en 1781, et parmi ses objets, un morceau d’ivoire un peu couvexe de om.22 de hauteur, d’environ o'n.o2 d’épaisseur 'et de om.i2 de largeur; un listel l’entoure et semble destiné à se placer dans un cadre plus grand. Les deux faces sont ornées de bas reliefs; à l’extérieur qui est convexe, on croit voir la multiplication des pains; on remarque dans le bas un lit en sigma. La figure de Notre-Seigneur n’y étant pas représentée il semble qu’on l’ait symbolisée par une fleur dans l’angle du haut, à gauche.

La face intérieure montre L Annonciation et la sainte Vierge assise sur un fauteuil en osier comme dans les sarcophages. Ses pieds posent sur un tabouret. De la main gauche elle tient deux fuseaux. L’auteur ne craint pas d’affirmer que cet ivoire est de la plus haute antiquité. La Vierge ni l’ange n’ont de nimbes. La table en sigma dénote de même un âge très-reculé.

Quant à l’usage de cet ivoire, en se rappelant la chaire de Saint-Maximien qui est à Ravenne, on peut croire qu’il a fait partie du dossier de quelque chaire épiscopale.

Ivoire de Hanovre. — Une boîte en ivoire du ve siècle, rapportée dans un ouvrage allemand1, publié à Hanovre en 1862, donne une annonciation comparable pour la grossièreté du style à une boîte (pixis) en ivoire du musée de Rouen, décrite par M. Deville. Une croix grecque entourée d’une guirlande, se trouve au dessous de la maison. La sainte Vierge assise tient de la main gauche un fil qui s’enroule sur un fuseau, qu’elle tourne. Le fuseau est très-grand et sa pointe repose dans une petite cuvette, comme un tourillon dans sa crapaudine. L’ange est ailé, et n’a pas de verge. Les figures n’ont pas de nimbes.

VIe SIÈCLE.

Collection Trivul\io. (Pl.VII.) — La collection du marquis Trivulzio à Milan, nous attire spécialement dans le sujet qui nous occupe par deux ivoires extrêmement remarquables. Le premier de om,09 sur om,2o, que nous reproduisons d’après une photographie de Mr G. Rossi, nous montre cette scène sous les traits les plus élégants. L’ange arrive tenant son bâton de voyage de la main gauche, et levant la droite et l’index en signe de discours. Sa bouche est entrouverte ; il semble que des paroles vont s’en échapper. Les cheveux sont frisés à la bysantine, il porte la tunique, le manteau relevé sur l’épaule gauche, et lui cachant tout le corps dans ses larges plis. La madone est admirable et si le sculpteur n’avait été forcé par la dimension de l’ivoire de resserrer les gestes plus qu’il n’aurait voulu, elle mériterait d’être appelée un chef-d’œuvre. Pendant qu’elle tient d’une main le fil de pourpre, elle porte l’autre à sa joue d’un air pensif. Sa

1. Füns Elfenbein gefâsse der Fruhescen nullelalters Herausgegeben von Halrn.

tête est admirable de finesse et de correction. Penchée sur l’épaule droite, elle reflète à la fois, l’attention, l’étonnement, la dignité d’une reine qui reçoit un message, l’humilité d’une servante prête à suivre les ordres de son maître. Les yeux sont très-ouverts et très-grands, les narines pincées, les lèvres épaisses et fortement accusées sur les angles, les joues pleines et délicatement encadrées par les fines draperies du voile. Le reste du corps est enveloppé dans le manteau qui laisse retomber les longs et riches contours de sa broderie et de ses franges.

L’attitude générale du corps est très-conforme à la physionomie de la tète ; la jambe droite reste en avant, pendant que le corps lui-même se retire. Les pieds chaussés posent sur un escabeau. Un trône en osier est préparé derrière Marie. Le fond du tableau est occupé par les deux inscriptions : TABPIHÀ — MP 0V et par une riche architecture qui nous livrerait l’âge de l’ivoire, (ve ou vie siècles) si le style des figures ne l’avait déjà fait. On y voit encore des formes romaines auxquelles sont venues s’appliquer les fantaisies et la richesse orientale.

Collection Trivulqio. (PI. IX.) — Le second ivoire de la collection Trivulzio représentant l’Annonciation est de dimension plus restreinte, et de mérite, selon nous, fort inférieur. Celui que nous venons de décrire, rappelle l’élégance du style bysantin dans ses débuts, figures sveltes, élancées, pleines de vie et de richesse. La plaque à laquelle nous faisons maintenant allusion, peut être contemporaine, n’a aucune de ces brillantes qualités ; les personnages sont lourds, ne trahissent aucune des impressions que fît naître une telle scène sur leur physionomie. L’ange tient sa verge, la sainte Vierge, son fuseau ; le programme de l’artiste a été modelé sur les mêmes traditions, mais quelle différence dans le rendu ! Entre ces deux œuvres, il y a la différence qui séparé l’éblouissante cour de Justinien, des barbares et massifs palais mérovingiens. Je ne doute pas, en effet, que nous ne soyons devant une œuvre occidentale.

Bibliothèque nationale — ivoire. (Pl. VIII.) — Le manuscrit 9393, est couvert par un ivoire des plus remarquables, remontant au beau temps de l'art, et qui se compose d'un panneau central de ora,io sur om,i9, divisé entrois compartiments. En bas, le Massacre des innocents, au-dessus, l’Adoration des mages ; et tout en haut, l’Annonciation ; un premier encadrement de raies de cœur, pris au même bloc d'ivoire, enveloppe les trois scènes. Un double encadrement formé de cinq bandes de chacune ora,°34 de largeur, donne au dyptique tout enlier une largeur de om,i65, sur une hauteur de om,255. L’ornementation de cet encadrement est fait par une main plus exercée à ce genre de travail que les raies de cœur du centre. Il n’est pas possible d’être plus fini, plus joli que ces enroulements de pampre, où les feuilles de la vigne alternent avec les grappes; il n’y a pas deux enroulements exactement pareils dans les vingt-quatre dont ils se composent; on sent que l’artiste avait la nature sous les yeux et qu’il la copiait fidèlement. J’en ai dessiné un fragment pour donner l'idée du style. (Pl. XXXVII.)

Au centre, au contraire, il semble que ce soit le statuaire qui ait fait l’ornementation, qu’il regardait avec raison comme un simple accessoire. Ce n’est qu’une ébauche, mais si l’on entre dans ces délicieuses compositions, on ne trouve plus de place que pour l’admiration. C’est dans les manuscrits et les ivoires, qu’il m’a été permis d’étudier, un de ceux où se relève le grand art, la grande manière, et cependant les figures ont om,o40 de hauteur, des petites mains de om,oo2, des têtes de om,oo4 ressortent sous les coups de gouge, que la loupe montre tous. Les physionomies ravissantes peuvent être grossies, sans rien perdre de leur charme. On doit remarquer aussi que l’architecture est contemporaine des premiers siècles.

Au vie siècle la Bible syriaque de Florence, à laquelle nous avons fait tant d’emprunts, nous offre l’ange ailé, nimbé, les pieds nus, et portant une verge, et la sainte Vierge debout sur un

CH. III. — ANNONCIATION

escabeau devant sa maison, venant de se lever de son siège, et ayant près d’elle la corbeille, le fil rouge, etc. \

VIIe SIECLE.

Une intaille sur émeraude du vne siècle, trouvée avec des couronnes votives à la Fuente de Guarrazar, à deux lieues de Tolède et qui est actuellement à Madrid, représente très-grossièrement la scène qui nous occupe, la sainte Vierge de face, l’écheveau de fil et la corbeille, l ange de profil, ailé, levant les mains, les personnages dépourvus de nimbes.

Au cabinet des médailles de Paris, on voit l’Annonciation sur un cylindre chrétien, tellement fruste, qu’il est difficile de le décrire. Nous le retrouverons à la Nativité.

VIIIe SIECLE.

Rome, Saints Nérée et QÂchillée. — Au viiic siècle, nous avons d’abord la peinture des saints Nérée et Achillée sur le grand arc de l’abside. La sainte Vierge tient deux fuseaux. Elle est debout devant son fauteuil. L’ange ailé n’a point de verge, il lève la main droite2.

Venise, Bibliothèques. — Venise nous offre deux specimens de l’Annonciation dans deux missels du vme siècle. L’un à la bibliothèque de Saint-Marc, l’autre à celle des Arméniens à San- Lazzaro. Dans le premier, la sainte Vierge nimbée est assise devant une maison de riche architecture, l’ange nimbé marche ou plutôt vole vers elle une verge à la main. Dans le ciel, une colombe darde un rayon sur Marie 3.

A San-Lazzaro, la sainte Vierge est debout devant son siège, un fuseau dans la main gauche et la main droite ouverte. — L’ange ailé, nu-pieds,

1. Ev., ch. m, pl. III, p. 13 et note sur le manuscrit écrit par Rabula en 586.

2. Evangile/ch. m, p. 14, note sur l’église des SS. Nérée et Achillée.

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