Tromb., I, 6 1 r
Les montagnes 1. La sainte Vierge a pu passer par la ville sainte, qui se trouve sur le chemin de Nazareth aux montagnes. Ce voyage a pu se faire en quatre jours, car il faut trois jours de Nazareth à Jérusalem ; c’est un voyage de vingtsix heures ; et le quatrième jour, elle arrivait à la maison de Zacharie, ainsi décrite par Adricomus : Elle était distante d’un mille d’Emmaüs, près des montagnes, encore habitée dans un bourg du temps de Saliginiacus et l’objet du concours des pèlerins. Près d'elle est la fontaine de la sainte Vierge qui en puisait de l’eau quand elle était chez Elisabeth. Le ruisseau se rend dans la mer; dans le haut de la maison, il y avait autrefois une église actuellement presque détruite.
Quelques hommes de valeur ont pensé qu’Hébron était la ville habitée par Zacharie et Élisabeth. Ils se fondaient surtout sur ce qu’Hébron est dans la montagne; mais les montagnes d’Hé-
i. Voir Èvun
IV, i.
CH. IV
LA VISITATION
bron ne sont pas les montagnes de Juda, qui en sont éloignées de quatre lieues allemandes. Aucun temple d'ailleurs n’a été élevé sur ce lieu, comme, suivant l’usage des chrétiens, sur tous les lieux devenus célèbres par un des mystères de notre Rédemption.
D'autres ont voulu que ce fût à Jérusalem ; or Jérusalem n "‘appartenait pas à la tribu de Juda, mais à celle de Benjamin.
On a cité encore Macheronte, mais sans aucune autorité de valeur : Bethléem, indiquée sur la foi de quelques manuscrits relatifs à la ville de David, ne peut pas même soutenir la discussion, car Bethléem n’est pas dans les montagnes de Juda.
Ceux qui font cet honneur à Emmaüs s’appuient sur ce qu'il y avait là un temple en partie détruit, qui passait pour avoir été la maison des parents de saint Jean-Baptiste; une fontaine d’eau vive qui est proche et est appelée par les habitants la fontaine de la Vierge Marie et de saint Jean-Baptiste, serait une preuve de ce saint voyage. Emmaüs, il est vrai, n'est pas dans la montagne, mais assez proche pour pouvoir être appelée la ville de la montagne. Deux villes seulement répondraient aux données de l'Evangile : Hébron et Emmaüs, sans qu’il y ait d’ailleurs rien de certain à ce sujet1.
Tel était l’état de la question du temps de Trombelli; mais d'après les travaux les plus récents et notamment ceux de M. Guérin, la plus grande probabilité s’attache au lieu où la tradition locale l’indique, à QAïn-Karin, à une heure et demie de marche de Jérusalem, à huit kilomètres au sud d'Hébron. A cette ville, distante de deux lieues de Jérusalem, du côté de l’Occident, sur la limite des tribus de Juda et de Benjamin, mais sur la première, se rapportent toutes les traditions; là sont les monuments qui rendent témoignage des faits. La ville d'Ain est représentée maintenant par le village qui porte le nom de Saint- Jean-de-la-Montagne , en mémoire de la naissance du Précurseur, et pour le distinguer
i. Trombelli, I, 621.
d'un autre village appelé Saint-Jean-du-Désert, à une lieue plus à l’Occident, où il passa sa jeunesse.
Zacharie avait son habitation dans la ville même d’Ain; une basilique superbe, érigée dès le commencement du ive siècle, en marquait la place; à cinq cents pas plus bas et plus au midi était une maison des champs appartenant à Zacharie. Le lieu s’appelle Mar-Sakaria, la maison de Zacharie, sur lequel on voit les ruines d’un temple magnifique datant de la paix de l’Église.
La maison est environnée d’oliviers au pied d'une montagne, et elle a vue sur une vallée agréable et fertile qui sert à présent de jardin au village. Là se trouvait momentanément Élisabeth, lorsque Marie arrivait à Ain et, n’y rencontrant pas celle qu’elle cherchait, elle vint la surprendre au milieu de ses occupations champêtres. La partie inférieure de la maison est encore conservée : c’est une chambre basse, au fond de laquelle est un autel où les Pères de la terre sainte viennent dire la messe, le jour de la Visitation.
L’Ecriture, qui néglige les détails et prend les événements par le fait, ne dit point si la sainte Vierge fut accompagnée dans le voyage qu’elle fit à Nazareth, à la ville d’Ain. Cette distance est de cinq journées de marche à traders une partie de la Galilée, l’hostile Samarie et presque toutes les terres de Juda; est-il présumable que Joseph eût consenti à laisser sa femme, jeune, belle, délicate, exposée seule à tous les dangers d’un pareil voyage G La plupart des théologiens sont d'accord qu’elle fut accompagnée, soit par une femme d'àge, soit par saint Joseph, soit par quelqu’un de ses parents. Juarès, saint Bernardin, saint Bonaventure et beaucoup d’autres veulent que ce fût saint Joseph lui -même. N était— il pas convenable, d’ailleurs, qu’après son mariage, saint Joseph allât visiter des parents d'une position sociale élevée? Il est vraisemblable qu’il avait eu connaissance de la grossesse miraculeuse de sainte Elisabeth et des circonstances qui l'avaient accompagnée, et qu’il voulut en féliciter Zacharie.