Saint Joseph : robe ocre jaune pâle avec filets rouges
2. Les carnations sont verdâtres. La sainte Vierge : robe rouge, tunique bleue. Saint Joseph : manteau violet, tunique blanche. Enfant Jésus : langes bleus. Le Ier ange: tunique blanche, manteau rouge. Le 2e : tunique bleue, manteau jaune. Le 3e : tunique blanche, manteau vert. L’ange d’en bas : tunique blanche, manteau jaune. Le Ier berger : tunique violette, caleçon rouge. Celui d'en bas : tunique rose. Ce manuscrit est un ancien sacramentaire latin de l’église de Verdun que l’on attribue au Xe ou XIe siècle ; il provient du fonds de l’Oratoire; on y voitau f° 21 : le Christ en croix, tunique extérieure rouge, tunique de dessous blanche, les pieds séparés. F0 28 : la Nativité. F0 35 : Adoration des mages, couronnes d’or. F0 43 : Présentation, au fond trois arcades et des lampes suspendues. F0 74 : les saintes femmes au tombeau; l’Ascension (. Évang II, 304) : on voit Notre-Seigneur monter au ciel sans que son auréole soit soutenue par les anges. F° 95 : la Pentecôte sans la sainte Vierge. F0 118 : l’Assomption figurée par la sainte Vierge couchée sur le lit funèbre et par Notre-Seigneur qui emporte son âme.
CH. V. — NATIVITE DE NOTRE-SEIGNEUR
tuelle, au-dessus l’enfant étendu sur une crèche magnifique que porte une riche arcature. Le lange de l’enfant est ponceau avec raies bleues, les draps delà sainte Vierge verdâtres, le surplis de saint Joseph jaune, sa tunique bleue. Nous devons ajouter que l’effet de ces couleurs est très-désagréable.
Cathédrale de Bamberg. — Le XIe siècle, qui fut témoin dans les arts d’une véritable renaissance, nous dédommage de la stérilité du siècle précédent. Nous retrouvons ici un ivoire de la cathédrale de Bamberg, qu’on voit maintenant au musée de Munich et dont nous avons déjà parlé à l’Annonciation. Il renferme les éléments ordinaires de la scène, mais ordonnés avec une simplicité qui nous prouve son ancienneté.
Munich. — Un beau manuscrit de Munich nous montre la sainte Vierge presque debout, saint Joseph debout et lui parlant comme dans le sacramentaire de Verdun (manuscrit 18005), qui est de la même époque ; un ange au pied du lit et deux autres à mi-corps dans le haut. Nous l’avons publié dans l’Évangile.
Darmstadt. (PL XXI.) — M. Hofmann, conservateur du musée de Darmstadt, a eu l’obligeance de nousfaire photographier un petit ivoire de cette collection qu’il estime du xie siècle et qui n’a pas encore été publié. La Nativité s’y trouve figurée selon les données ordinaires du style byzantin; on remarquera que, gêné par la dimension de l’ivoire, l’auteur n’a pu mettre dans le tableau le corps des anges, mais seulement la tête, les ailes et un bras.
Dans le même musée on possède un curieux petit monument fait en os et sur le haut duquel dans une dimension restreinte, on distingue une Nativité.
Vatican, n° 39. (Pl. XXV.) — N’oublions pas le charmant manuscrit du Vatican qui nous fournit un des meilleurs spécimens de l’époque, au-dessus de la scène des bergers, la crèche et
l’enfant, dans le haut trois anges tenant une une légende avec ces mots : Gloria in excelsis.
XIIe SIÈCLE.
Les monuments du xne siècle s’offrent à nous en si grand nombre que le choix lui-même en devient difficile. D’ailleurs, le prix de nos témoignages iconographiques diminue avec leur ancienneté. Nous nous contenterons de rappeler les plus célèbres.
Fonts baptismaux de Vérone. — Les fonts baptismaux de Vérone sont un des types des plus remarquables de l’époque; on y retrouve comme toujours l’influence des apocryphes qui se transmet de siècle en siècle ; la sainte Vierge couchée, saint Joseph méditant, les sagesfemmes, les animaux, et au-dessus de la tête de l’enfant une étoile ; un trait distinctif est la présence de deux femmes, lesquelles, dans l’Annonciation, se regardent et sont placées chacune à l’extrémité du tableau), au lieu qu’ici elles sont réunies et portent un nimbe, elles représentent sans doute l’Église et la Synagogue que la naissance de l’enfant divin a rapprochées. Dans l’Annonciation, l’Église est pieds nus comme étant encore au ciel, ici les deux femmes allégoriques portent toutes deux des chaussures pour montrer qu’elles sont fixées sur la terre.
Vatican, fonds d’Urbain, n° 2. — Un manuscrit du Vatican nous donne un charmant exemple de Nativité pour cette époque. D’Agincourt l’a très-bien rendue. Dans le bas, la scène comme à l’ordinaire, avec les mages en plus, et dans le ciel une foule d'anges qui assistent à ce spectacle sublime.
Citons encore, comme exemples , les portes sculptées et notamment celle de Pise qui nous fait voir la scène de la naissance dans la grotte pendant qu 'au-dessus les anges et les bergers conversent ensemble. (Év.} t. I, pl. XIII.) Rappelons le manuscrit de Pise qui présente la
ICONOGRAPHIE
Nativité sous des traits grossiers. ( Évang t. I, pl. XIII); le devant d’autel de Città-di-Castello dont la disposition diffère peu de celles qu’on vient de passer en revue; la porte de Sainte- Marie du Capitole, à Cologne, qui nous montre la Nativité sous de nobles traits, la sainte Vierge assise et non couchée auprès du berceau. Signalons enfin le bas-relief de la porte Sainte-Anne à Paris, où nous trouvons l’expression la plus exacte du style franco-byzantin de ce temps.
Bas-relief de la porte Sainte-Anne.
(Cathédrale de Paris.)
RÉSUMÉ
Cette nomenclature nous paraîtrait sans objet ou du moins sans intérêt supérieur à celui d'un catalogue si nous n’en résumions en quelques lignes les traits principaux, si nous ne cherchions au milieu de cette multitude de monuments iconographiques la tradition qui nous rattache aux récits évangéliques. C’est ce qu’il nous reste à faire en quelques lignes.
En remontant aux premières images, nous voyons la scène dans toute sa simplicité, dans sa dignité divine; les marbres du Latran, les ivoires de Milan exposent le Sauveur dans sa crèche sous une fragile cabane aux abords de laquelle se tiennent Marie et Joseph assis, puis les deux animaux, puis les bergers qui viennent contempler ce grand mystère. Malgré l’humilité du théâtre de cette scène admirable, les figures sont pleines de noblesse, les artistes savaient donner même au bœuf et à l’âne je ne sais quoi d’idéal et de poétique. Marie, au lieu de participer aux infirmités d’une nature déchue, au lieu d’ètre étendue sous le joug douloureux de la' faute
originelle, est assise et contemple avec sérénité l’enfant miraculeux qu’elle vient de mettre au monde; elle est bien la vierge royale et immaculée que l’Église propose depuis dix-huit cents ans à notre vénération.
Bientôt un sujet si simple et si digne n’a plus suffi à l’imagination populaire, la curiosité excitée ou, si l’on veut, excusée jusqu’à un certain point par la piété, a demandé des détails pour cette scène divine, on a cherché les circonstances qui ont encadré l’accomplissement de cette mystérieuse naissance, et, comme l’Évangile les laissent voilées, les artistes des viieetvme siècles ont cherché plus loin et fouillé les vieilles légendes. Alors, pour satisfaire à ce besoin de détails et d’embellissements, ils ont emprunté aux apocryphes les récits qui pouvaient accroître l’intérêt historique, alors Marie a été renversée de son trône et figurée couchée, les sages-femmes, le lavabo, ont paru, Joseph ne semble plus l’époux de Marie, le chaste protecteur de Jésus, ce n’est plus qu’un guide de voyageurs qu’on laisse à la porte de l’hôtellerie et qui, vieilli dans son métier, est épuisé de fatigue ou songe au gain qu’il va faire; il ne regarde plus les bergers qu’avec l’inquiétude du gardien dont la caravane va se trouver surprise par les brigands. La grande pensée des artistes primitifs calquée fidèlement sur l’Évangile se trouve ainsi oubliée, travestie et, qui pis est, remplacée par des types que l’art byzantin devait rendre hiératiques et immobiles. Dans ces siècles de foi, le peuple était avide de ces fantaisies religieuses comme nous le voyons aujourd'hui des images coloriées qui lui rappellent les légendes vulgaires. Il suivait dans les miniatures les péripéties si intéressantes de la vie apocryphe de Marie, son enfance merveilleuse, son séjour dans le temple avec les anges, son mariage décidé par le sort, les calomnies qui suivent et que l’épreuve de l'eau change en triomphe pour elle, enfin les lumineux événements de la grotte. On comprend l'attrait que puisait dans ces lectures iconographiques l’imagination orientale pour laquelle l’Évangile était trop succinct ; on comprend
CH. Y. — NATIVITE DE NOTRE-SEIGNEUR
aussi que l’Église dans son indulgence maternelle ait fermé les yeux sur des licences qui n'avaient pas la prétention de s’ériger en dogme, on le comprend surtout dans le temps où les iconoclastes sévissaient avec rigueur et où il fallait se garder de décourager les pauvres peintres persécutés.
Ce qu’il nous faut dire, c’est que la tolérance de l'Église n’a jamais dégénéré en adhésion à cet égard, et, de plus, ce qu’il faut montrer pour la gloire de la vraie iconographie chrétienne gardienne, elle aussi à sa manière, de la foi, c’es qu’en face de ces images, il y a toujours eu une protestation ; malgré l’envahissement byzantin, au foyer byzantin lui-même nous ne cessons de rencontrer des artistes qui conservent dans une glorieuse liberté les saines traditions. Après les sarcophages, les ivoires de Milan, la bible syriaque, nous voyons les fioles de Monza où les
bergers ne viennent pas saluer une pauvre femme étendue au fond d’une grotte, mais une reine assise avec son fils sur un trône magnifique, l’ivoire de la collection Spitzer proteste de même pour le ixe siècle, l’admirable ménologe du Vatican, ce manuscrit, composé par les premiers artistes byzantins, protestepour le Xe, enfin la porte de Sainte-Marie du Capitole, à Cologne, pour les siècles suivants. Dans ces belles représentations, Marie est assise, elle paraît en possession de sa virginale santé. Joseph est jeune, lui aussi est sur un trône, et l’un et l'autre, premiers adorateurs du Sauveur naissant, s’entretiennent de la merveille dont ils sont témoins ; recueillons précieusement ces images qui nous ramènent au récit évangéliste dont elles ont conservé la simplicité et l’adorable pureté, et proposons-les comme modèles aux artistes qui cherchent de grands modèles.
Fresque découverte dernièrement au cimetière Saint-Sébastien. (Dessin de M. Henry Stevenson.)