Voici les couleurs données aux personnages
Une première miniature représente saint Joseph endormi : tunique grise, manteau blanc jaune, avec des ombres très-prononcées, tète très-étudiée, cheveux gris. Ange : tunique bleue très-clair, manteau blanc tirant sur le verdâtre, ombres prononcées, visage rose dans le clair, verdâtre dans l’ombre. Le lit : bleuâtre et très-clair. (Les couleurs à la gouache sont un peu écaillées.)
Dans la fuite proprement dite : La sainte Vierge : nimbée, manteau violet et robe bleue. L'enfant Jésus : robe tout or, nimbé. Saint Joseph : sans nimbe, manteau violet et robe bleue. Le jeune homme : tunique grise, manteau rouge, jambes nues, brodequins blancs avec des
ICONOGRAPHIE
respire dans cette image la noblesse et la simplicité; l’âne lui-même n’enlève aucune dignité à cette scène, il n’a rien de l’aspect qu’on lui prête aujourd'hui. Disons, à ce propos, que chez les Hébreux, cet animal était très-estimé et la monture ordinaire des personnages de condition; ils en donnaient le nom aux hommes de courage. Cette estime les avait probablement fait accuser par les Romains d'adorer une tête d’âne. Ce fut au moyen âge l’origine de la fête de l’âne.
Coffret du Louvre. (PL XLII.) — Les Orientaux, dans leur représentation de la Fuite, répugnaient donc moins que les artistes d'Occident à introduire l’âne dans cette scène. Le plus ancien spécimen de cette image que nous puissions citer dans nos contrées est le coffret du Louvre, où nous voyons tous les saints voyageurs à pied. Quoique contemporain du ménologe, ce monument lui est bien inférieur; les personnages y sont disgracieux et fort incorrects comme dessin.
Saint Joseph précède la caravane et, apercevant la ville, il se retourne vers ses compagnons pour leur annoncer leur arrivée. Vient ensuite la sainte Vierge, qui porte l’enfant Jésus dans ses bras ; l’enfant très-jeune est encore emmaillotté; puis Salomé, l’amie inséparable de Marie, et enfin le jeune homme, fils .de saint Joseph selon les apocryphes, qui porte un petit bagage. L’architecture de la cité où sont entrés les voyageurs est littéralement antique, on croirait voir une miniature du Virgile ou du Josué du Vatican.
Coffret d'émail, émail du mont Cassin.
— M. Caravita a eu l’obligeance de nous communiquer les calques des émaux d'un coffret
ornements en or. Allégorie de la ville : robe rose bordée d’or, couronne murale, mantelet très-court. Elle porte entre ses mains une étoffe noire largement bordée d’or, peut-être pour présenter les clefs de la ville ou plutôt pour recevoir le Sauveur. Sirnéon, dans la Présentation, tient un linge semblable au moment de le prendre dans ses bras.
du mont Cassin, dont l’un figure la Fuite en Égypte et qu’il attribue au Xe siècle. (Voir Naples.)
XIe SIÈCLE.
Manuscrit 74. (PL XV.) — Dans le manuscrit grec 74 de la Bibliothèque nationale, la scène se passe entre deux villes ; dans celle d’où sortent les voyageurs à droite, on aperçoit saint Joseph averti par l’ange ; devant celle où ils se dirigent, une femme qui se prosterne à leur approche ; cette femme, quoiqu’elle n’ait pas la couronne murale, est évidemment l’allégorie de la ville. La sainte Vierge est assise sur l'âne qu elle conduit elle-même; au-dessus de la tête on lit : MP — 0T. Elle ne porte pas le Sauveur dont on voit la tête au-dessus du nimbe de saint Joseph, accompagné du monogramme IC — XC. L’auteur a voulu évidemment le figurer sur les épaules du saint patriarche.
Émail grec. — Nous rapprocherons de cette miniature un émail grec publié par le P. Cahier (p. 408), où Jésus se trouve sur l’épaule de saint Joseph. Le jeune homme porteur du bagage est ici en avant et tient la bride de l'âne.
Vouvant. — On ne se piquait pas souvent au moyen âge d’une grande fidélité dans les costumes; nous en avons la preuve dans l’archivolte du portail méridional de Saint-Julien de Vouvant1. Saint Joseph, en courte jaquette et son modeste paquet de voyage sur l’épaule au bout d’un bâton, précède la sainte Vierge habillée en campagnarde et suivie d’un varlet qui porte à sa ceinture un large coutelas. Ce varlet pourrait bien passer aussi pour un cavalier lancé à la poursuite des fugitifs par Hérode, représenté par derrière sous la forme d’un chevalier tout bardé de fer.
Bibliothèque nationale, manuscrit 12117.
(PL XLUJ.) — La fuite en Égypte est représen-
! 1. Longuemar, Journal de la Vienne, 15 février 1874.
CH. VIII
RETOUR D’EGYPTE
tée sous une arcade dans un manuscrit latin de la Bibliothèque nationale. — A gauche, dans un cercle, un ange parle à saint Joseph, nimbé et endormi. La sainte Vierge, assise sur l’âne, tient l’enfant Jésus habillé d’une robe et couronné du nimbe crucifère; deux petits personnages qui paraissent nus et qui se prosternent accueillent le Sauveur à la place de l’allégorie de la cité. — Saint Joseph, tenant la bride, est à moitié entré dans la ville, dont les portes sont ouvertes et au milieu de laquelle une foule attend la sainte Famille. Sur la tour d’entrée, un monstre tout couvert de poils, comme on a quelquefois représenté le démon, sonne de la trompe.
Saint Benoît-sur-Loire. — Sur un chapiteau de l’église monastique de Saint-Benoît-sur-Loire, la sainte Vierge est assise sur un âne à courtes oreilles, elle a les pieds nus sur un tabouret; saint Joseph n’est pas nimbé (Gaillabaud).
XIIe SIÈCLE.
Vatican , manuscrit 1156. (PI. XLIII.) — Le manuscrit grec 1156, l’un des plus intéressants de la bibliothèque vaticane, nous fournit une fuite en Égypte du xne siècle. — La sainte Vierge, assise sur l’âne, porte l’enfant Jésus; elle a le voile vert et la robe bleue. Saint Joseph la précède en tenant la bride, son manteau est rose et sa tunique bleue. — L’allégorie de la Ville, au lieu d’ètre sur le seuil de la porte, est prosternée dans une loge au haut d’une tour; elle est couronnée et vêtue d’une robe rouge.
Città di Castello. — Parmi les panneaux du devant d’autel de Città di Castello, l’un d’eux ligure à la fois la fuite en Égypte et le baiser de Judas.
Pise. (PI. XLIII.) — Un des sujets représentés sur la porte de San-Ranieri, au dôme de Pise, retrace la scène que nous étudions en ce moment. La sainte Vierge est sur l’âne, elle tient l’enfant Jésus et passe sous un palmier.
Benevent. (PI. XLIII.) — Saint Joseph à la suite porte le bagage et s’appuie sur un bâton; aucune des ligures n'est nimbée ; dans la porte de Bénévent, saint Joseph porte l’enfant Jésus.
Parme. — Nous recommandons le gracieux bas-relief qui retrace cette scène dans le baptistère. (Voy. Parme.)
Arles. — Si la barbarie du dessin ne rendait ce bas-relief ridicule, nous pourrions citer encore pour le xiie siècle le portail de Saint-Trophime d’Arles. (Fl. XLIII .)
Bibliothèque nationale. (PI. XV.) — Nous n’avons vu le retour d'Égypte figuré que dans le manuscrit 74 de Paris, où nous avons déjà mentionné la Fuite.
Ici la scène change de direction, et les saints voyageurs vont de gauche à droite ; ils s’approchent de la ville qu’ils avaient quittée et à l’entrée de laquelle est agenouillée une femme qui les reçoit; la disposition de la scène est la même, sauf que la sainte mère a son fils sur les genoux; saint Joseph tient une longe avec laquelle il dirige l’âne, pendant que la bride flotte sur son col.
Résumé. — Notre revue iconographique étant pour cette scène de l’Évangile forcément restreinte à trois siècles, il nous est facile d’en recueillir les principaux caractères. — Les traits qui se reproduisent le plus ordinairement nous montrent la sainte Vierge à âne, tenant l’enfant sur ses genoux, saint Joseph la précédant, le jeune homme par derrière portant l’humble bagage de la sainte Famille ; enfin sur le seuil de la ville d’Héliopolis, si l’on veut, une femme agenouillée pour recevoir le divin fugitif. — Sauf quelques variantes telles que le Sauveur dans les bras de Joseph ou l’intervention de Salomé dans la compagnie de Marie, ou la suppression de l’âne, ou l’indication de l'Égypte par le palmier, on a vu que les artistes se sont rarement écartés de ces données.